‹ Paris sous la commune--18 mars au 28 mai--Chapitre 32 sur 124 · G. CLUSERET · texte numérisé non relu

G. CLUSERET

Le

Ce document ne supporte pas un instant l'examen le plus superficiel. Le considérant du décret est ridicule pour le moins. Qu'est-ce qui empêchait les gens mariés, fenant à l'honneur de défendre leur indépendance municipale, même «uw prix de leur vie, d'aller tranquillement au feu? Pourquoi forcer à y aller ceux qui ne pensent pas de même, et qui n’ont pas fait de demande semblable? |

J'engage les bons patriotes à faire eux-mêmes la police de leur arrondissement.

Sous prétexte de patriotisme, condamner les bons patriotes au métier de délateur ! Quelle comédie! et, derrière tout cela, quels drames !

Les prêtres sont toujours soumis aux arrestations arbitraires. Le curé de KSaint-Eustache, celui de Saint-Germain-des-Prés et le supérieur du séminaire de Saint-Sulpice vont rejoindre ceux déjà emprisonnés.

M. Richardet, un confrère du journal le National, va pour chercher un laissez-passer à la préfecture de police; on l'arrête. Il fera partie des otages. Ce que voyant, M. fidefonse Rousset, directeur du journal le National, éprouve le besoin de quitter Paris à tout prix, et le quitte, en effet, par Berev-Seine, monté sur une embarcation de pêche, et comme un homme absorbé par la poursuite du goujon.

Ces jours derniers, la Commune supprimait le titre et les fonctions de général en chef: la commis-

sion exécutive supprime, à son tour, — pour faire acte d'autorité, — le titre de général.

De plus, elle adresse à la garde nationale quelques paroles bien senties:

À la garde nationale.

Citoyens, L'Assemblée de Versailles a fait appel aux volontaires des départements contre Paris. |

La Commune de Paris a fait appel au droit contre l’Assemblée de Versailles.

Les volontaires ont répondu à l’appel du droit.

Limoges a proclamé la Commune. Son Hôtel-de-Ville a les mêmes couleurs que le nôtre. La troupe de ligne a fra- ternisé avec la garde nationale. L'armée du droit marchera au secours, non de Versailles, mais de Paris.

Guéret, de même, a fait sa Commune, et attend Limoges pour le suivre.

Tout le centre est levé pour grossir le mouvement. La Nièvre a ses hommes debout. Vierzon, Commune aussi, tient la tête du chemin de fer pour empêcher les gendarmes de Versailles d'avancer contre Toulouse, et pour aider les gardes nationaux de Limoges marchant vers Paris.

Si Paris continue à faire son devoir, s'il est aussi constant qu'il a été brave, c’en est fait de la guerre civile et de ses coupables auteurs.

Vive la Commune ! Vive la République!

Paris, le 7 avril 1871.

La Commission exécutive.

Sur une de ces affiches, un gavroche quelconque avait écrit :

Vierzon, patrie de M. Pyat.

Des obus ont endommagé l’Arc-de-T riomphe, l'ambassade ottomane et plusieurs hôtels ou maisons des Champs-Élysées et de l'avenue de la Grande- Armée; mais les duels d'artillerie sont plus meurtriers pour les constructions que pour les hommes.

La journée militaire, nulle comme résultat, a ins- . piré à l’Officiel le compte-rendu suivant :

8 avril.

Ce matin, dès la première heure, une vive canonnade s'engage dans les directions de Neuilly et de Vanves.

Dans la partie ouest, le mouvement général de retraite signalé hier s’accentue du côté de Versailles.

Vers huit heures, une vive fusillade a été engagée avenue de Neuilly; les vengeurs, déployés en tirailleurs, se sont portés en avant ; protégés par le tir de la garde nationale, ils ont forcé les Versaillais à se replier ; nous oceupons à cette heure les mêmes positions que la veille.

À Issy, notre artillerie s’est portée en avant, appuyée par la garde nationale, et occupe solidement de fortes positions.

Le village de Bagneux est entièrement libre.

Le général Besson, commandant les forces de Versailles, aurait été tué hier à Neuilly, pendant l’engagement.

Une nouvelle que nous trouvons dans le journal de

OT ve Rochefort, le Mot d'Ordre, peut, par sa rédaction, donner le la de la presse communaliste de Paris quand elle daigne employer le style léger et badin :

Ah! le vieux polisson de lord Lyons! ah! le vieux birbe!... Savez-vous ce qu'il vient de faire”?

Il vient d'offrir asile dans son hôtel aux religieuses Carmélites pour le cas possible, après tout, où Raoul Rigault poursuivrait le timide troupeau de ses arrêtés révolutionnaires.

Lord Lyons un vieux polisson! C’est gracieux!

La Commune de Paris décrète :

Tout citoyen blessé à l'ennemi pour la défense des droits de Paris recevra, si sa blessure entraîne une incapacité de travail partielle ou absolue, une pension annuelle et viagère dont le chiffre sera fixé par une commission spéciale, dans les limites de trois cents à douze cents francs.

La Commune statuera aujourd’hui sur les pensions attribuées aux familles des citoyens morts pour la défense : des droits du peuple.

La Commune de Paris invite les citoyens et les citoyennes qui désireraient un emploi dans les établissements publics d'instruction primaire de la ville de Paris à présenter leur demande.

La déclaration préalable pour la publication des journaux et écrits périodiques, de même que le dépôt, sont

t L2 L LL L L oujours obligatoires et doivent se faire au bureau de la presse, délégation de la sûreté générale et de l’intérieur, place Beauvau. $

Tels sont les actes de la Commune de ce jour, qui se sont partagé l'attention du public avec l'affiche. suivante, collée à toutes les colonnes des boulevards :

L'infanterie de ligne à la population de Paris.

Citoyens,

Un conseil de guerre siégeant à Versailles vient de condamner à la peine de mort les officiers et sous-officiers de l’armée qui ont refusé de faire feu sur le peuple.

Aux habitants de Paris de nous juger, et si nous sommes coupables, nos poitrines sont là pour répondre. Nous ne tomberons pas en lâches.

À. PIERRE, capilaine d'infanterie délégué ; BONAVENTURE, capilaine ; PHiLIPPOT, sergent.

Quel est le sens bien exact de cette expression : faire feu sur le peuple ?

Ces militaires, qui se disent délégués — tout le. monde avait fin par être délégué de quelque chose à Paris — ont refusé de faire feu sur le peuple, mais promettent de faire feu sur l’armée ; et cependant peuple et armée, ce sont toujours des hommes.

[Il faudrait savoir pourtant si le mot peuple veut. dire ceux qui s’arrogent le droit de tirer impunément sur les hommes qui ne sont pas de leur opinion et

qui en défendent une autre, ou si ce mot peuple désigne en général les citoyens d’une nation, à quelque catégorie qu'ils appartiennent dans la hiérarchie des classes sociales. |

€ On a tiré sur le peuple ! » est le ert auquel se sont faites bien des révolutions ; mais quand... le peuple a commencé de tirer, il trouve très-extraordinare qu’on lui rende la monnaie de sa pièce, et se montre toujours prêt à crier à l'assassin quand on se défend !

La guerre civile est une atrocité ; car, 1l faut le dire, de chaque côté on tire sur le peuple, et le peuple est frappé de quelque côté que. la balle vienne. Aussi, @’est le cœur serré que l’on lit des bulletins ainsi CONÇUS :

Les troupes de Versailles occupent les premières maisons de Levallois-Perret ; elles ont construit une barricade rue Peyronnet. ne |

De dix à onze heures, un bataillon de fédérés a fait une reconnaissance de ce côté ; inais les soldats qui occupent les maisons ont fait pleuvoir une grêle de balles, qui a forcé les assaillants de se retirer.

On s'attendait à une sérieuse affaire de ce côté.

Les fédérés occupent la moitié de Levallois-Perret, c’està-dire qu'ils ont été repoussés et délogés de maison en muison.

A six heures du soir, le bruit courait que les Versaillais avaient leurs avant-postes rue Victor-Noir, et étaient maitres du marché et de la mairie.

La Banque a composé avec la Commune. Une personne digne de foi assurait qu’une entente aurait été conclue entre la Banque et la Commune, représentée par M. Beslay, délégué par la commission des finances. |

Aux termes de cet arrangement, la Commune reconnaissait à la Banque son caractère d’établissement privé, et s’engageait à faire respecter la Banque, soit par l’organisation d’un bataillon de gardes nationaux composé des employés de létablissement, soit, s’il était besoin, en adjoignant à ce bataillon d’autres détachements commandés par la Commune. Par contre, la Banque devait fournir à la Commune, sur un reçu de M. Beslay, les fonds appartenant à la ville de Paris et déposés à la Banque; et, dans le cas où ces fonds seraient épuisés, celle-ci devait faire à la Commune des avances garanties par la remise de titres sur les biens de la ville. | |

Les fêtes de Pâques n’ont pas été brillantes; le concours de fidèles qui, en temps ordinaire, accourent aux cérémonies du culte, faisait presque complétement défaut. La moitié des églises étaient fermées. Le curé de Saint-Eustache, délivré, — après une manifestation des dames de la halle pour réclamer leur curé, — a pu célébrer la grand’messe. Maïs dans les offices, 1l n’y eut ni sermon, ni chant de fête.

On a chanté quelques versets de l'O Fil, et dit, à voix basse, des prières pour la cessation des calami-

tés abattues sur Paris. Il n’y a presque pas eu de communions. | f

M. l’abbé O’Gan, relâché sur la réclamation formelle de l'ambassade anglaise, alla donner la commumion aux.ecclésiastiques captifs, parmi lesquels se trouvaient plusieurs élèves de grand séminaire.

Par suite d’un refus d’obéissance au général Cluseret, le général Bergeret lui-même est arrêté. Un fait curieux et digne d’être signalé, c’est que Bergeret aurait dit en entrant dans sa cellule à Mazas : « Dans huit jours, Cluseret sera mon compagnon de. geôle. » | |

Des journaux ont affirmé que Bergeret l'avait écrit

Sur les murs de la prison.

Cluseret mit vingt jours à donner raison à la prophétie de Bergeret, dont l’exclamation a un précédent dans l’histoire des Templiers :

O Philippe! à mon roi! ta vie est condamnée; Au tribuual de Dieu je t’atteuds dans l’année,

ainsi que Raynouard a rapporté le fait en vers.

Pour la troisième fois la Cominune ajouïne les élections complémentaires, précédemment fixées à ce jour 10 avril; sans comprendre que chaque jour lui enlève des voix et permet à des électeurs de quitter Paris,

et de fuir des urnes qui, comme la boîte de Pandore, laissent échapper tant de maux sur Paris, et ne servent qu'à retenir l'espérance tout au fond de leurs boites.

La Commune reçoit la dépêche suivante, qu’elle communique au public :

10 avril, 4 heure du matin.

Nous recevons par estafette envoyée à Asnières la réponse suivante :

Nous occupons Asnières; l'ennemi est en fuite; nos pertes sont relativement faibles.

Le chef de la légion, DouBRowsKkr.

Et le Cre du peuple publie fièrement ce petit roman militaire daté du même jour :

2 h. 20 soir.

lroupes installées définitivement dans leurs positions à Asnières. Wagons blindés commencent leurs opérations et, par leur mouvement sur lignes Versailles, Saint-Germain, couvrent la ligne entre Colombes, Gareunes et Courbevoie, Nos postes à Villiers et à Levallois se sont avancés, et nous sommes en possession de toute la partie nord-est de Neuilly.

J'ai fait avec tout mon état-major une reconnaissance par Levallois, Villiers, Neuilly, jusqu’au rond-point du boulevard du Roule, et nous sommes rentrés par la porté dés Ternes. La situation, porte Maillot, est beaucoup amélio-

— 133 — | rée par suite du relâchement du bombardement pendant la nuit. Nous avons pu réparer les dégâts causés par le feu ennemi et commencer construction de nouvelles batteries en avant de la porte.

Un ordre parfait a régné pendant la nuit dans tous les postes, et les bruits sur l'abandon des diverses positions sont des inventions de la réaction dans le but de démoraliser la population.

DomBROwWSKI.

Pour la Commune comme pour ses généraux, tout va très-bien et se résume en ces mots, qu'on trouve dans tous les livrets d’opéra-comique :

Espérance, Confiance.

Le journal le Cri du peuple, dont le tirage est important, sait s2 bien raconter ce qui se passe. au gré de son public gobeur !

Ces trois coupures, faites dans un seul de ses numéros, donneront une idée de la manière dont M. Jules Vallès entend raconter les faits :

Il y a à Saint-Germain un corps de 1,500 artilleurs, qu'on à été obligé de séparer des troupes de Versailles.

Ce sont des Lorrains et des Alsaciens qui ont refusé, avec indignation, de marcher contre Paris.

Leur indignation a été si grande, qu'on va leur donner leur feuille de route.

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On nous écrit de Levallois-Perret, qu'un gendarme a assassiné une pauvre femme qui portait des œufs place Villiers. Sans sommation, il lui a tiré un coup de fusil.

Maintenant, contre-partie de l'affaire :

Une cantinière, qui était sortie bravement faire le coup de feu avec sa compagnie, a été poursuivie dans Neuilly par un gendarme, qui voulait absolument l'enlever. Elle s’est retournée tout à coup et l’a tué à bout portant.

Comment le peuple qui sait lire peut-il s'aveugler sur les hommes et les choses, en lisant cette prose perfide, insidieuse et sciemment de mauvaise foi?

Les rapports militaires que nous avons cités un peu plus baut portaient une signature étrangère, et le Parisien aime bien à connaitre les gens qui réglent ses destinées. L’Officiel crut, et la Commission exécutive avec lui, qu'il devenait nécessaire de faire cesser les cancans qui couraient sur le compte de ce général aussi Polonais qu’inconnu.

À la garde nationale.

Citoyens,

Nous apprenons qné certaines inquiétudes persistent dans la garde nationale au sujet du citoyen Dombrowski, nommé commandant de la place.

On lui reproche d’être étranger et inconnu de la population parisienne.

En effet, le citoyen Dombrowski est Polonais.

ESA CR En 5È ART EE 'ALER:

Il a été élu chef principal de la dernière insurrection po-

Jonaise, et a tenu tête à l’armée russe pendant plusieurs

mois.

Il a été général sous les ordres de Garibaldi, qui l'estime particulièrement. Dès qu'il devint commandant de l’armée des Vosges, le premier soin de Garibaldi fut de deraander le concours du citoyen Dombrowski. Trochu refusa de le laisser partir de Paris, et le fit même incarcérer.

Le citoyen Dombrowski a également fait la guerre du Caucase, où il défendait, comme ici, l’indépendance d’une nation menacée par un ennemi implacable,

Le citoyen Dombrowski est donc incontestablement un

homme de guerre et un soldat dévoué de la République

universelle, La commission exécutive de la Commune.

Cela suffit à quelques-uns; les autres n'y allérent

point voir.

La Gazette de France émigre; elle choisit Saint- Germain pour théâtre de ses exploits.

Tous les cafés et lieux publies doivent être fermés à onze heures du soir. Paris n’avait pas déjà une physionomie trop gaie, et cette mesure ne contribue pas à l’égayer. Par contre, les grilles du Louvre sont ouvertes au public qui peut circuler et s'asseoir dans les jardins.

Les ventes publiques suspendues sont reprises à l’hôtel de la rue Drouot.

L'église de Notre-Dame-de-Lorette est fouillée du

haut en bas; les gardes nationaux perquisitionneurs ne cherchaient pas le curé, mais bien des armes et des munitions ; n’en trouvant pas, ils n’ont pas voulu revenir à lex-préfecture de police complétement bredouilles, et ont ramené un vicaire, M. Sabathier, sa vieille domestique et le suisse de la paroisse.

Ce n’est pas seulement dans les églises que l’on cherche des engins de guerre. Tous les industriels qui ont fait des essais de fabrication pendant le siége sont soumis à des visites domiciliaires.

L'usine Cal fabrique pour la Commune, comme elle avait fabriqué pour le gouvernement du 4 septembre.

Le 17, un délégué de la Commune, accompagné de vingt-cinq gardes nationaux, s’est rendu, 144, faubourg Saint-Denis, chez M. Thiébault, fondeur et ancien maire du 10e arrondissement, pour y opérer une perquisition. On a découvert : |

29 canons de 7; 10 mitrailleuses non terminées; 20 pièces de canon (système Claparède) non achevés ; S canons pour la refonte ; 104 caisses de fusées pour les pièces de 7, d’une contenance de 150 fusées chacune ; 159 obus calibre 19; 64 obus calibre 24.

La presse était bien expurgée de tout élément réactionnaire — c’est-à-dire non communal; — cependant lOfficiel crut devoir donner un avertissement aux journaux qui répétaient les bruits courant la ville.

La

Certains journaux se donnent la tâche d'inventer chaque jour les nouvelles les plus propres soit à déconsidérer la Commune de Paris, soit à décourager ses défenseurs.

C’est ainsi qu'hier on a répandu le bruit de l'arrestation du citoyen Delescluze et de la mort du citoyen Vermorel.

Les inventeurs de ces fausses nouvelles doivent être prévenus que dans les circonstances actuelles, ils encourent la plus grave responsabilité.

La situation de Neuilly devient de plus en plus critique. Le village, soumis à toutes les surprises d'une guerre de rues et de barricades, est mitraillé des deux côtés, et les habitants en sont réduits, dans la plupart des rues, à se réfugier à la cave. Ceux qui sont là voudraient bien sen aller; mais le moyen ?

Il faudrait une suspension d'armes, et les deux adversaires ne semblent pas disposés à cesser les hostilités, même pour un Jour.

M. Hadol, dessinateur du Charivari, écrivait cette lettre à M. Vallès; elle eut la faveur de la publicité et éveilla l'attention sur la malheureuse situation des habitants de Neuilly :

Neuilly, lundi 10 avril.

Citoyen Vallès,

Par ordre du médecin, j'habite l’avenue de Neuilly depuis quinze jours seulement. Le siége de Paris m'a donné le scorbut; je ne puis me lever ni marcher.

Depuis huit jours, la maison que j'habite est un nid à

bombes ; elle est en partie démolie, éventrée et brûlée ; nous vivons (si c’est vivre !), avec quelques locataires, dans des caves. | |

Au nom de l'humanité; trouvez un moyen près de vos colligues de la Commune pour nous sauver, moi et les nombreux habitants de Neuilly.

Les vivres vont nous manquer. Une suspension d’une heure suffirait.

Salut et fraternité.

HApoL, 44, avenue de Neuilly.

La nuit du 11 au 12 fut signalée par un épouvantable orage de détonations.

À neuf heures et demie, tout le sommet des hauteurs, autour de Paris, est en feu. De Châtillon à Saint-Cloud, les batteries sont étagées et crachent la mitraille sur Issy, sur Vanves et sur Montrouge. Au lon gronde par intervalles le fort de Bicêtre.

Que se passe-t-il?

Le récit suivant du Siècle peut en donner une

idée :

.… Pendant qu'une attaque feinte hier, qui pourrait être sérieuse aujourd'hui, avait lieu sur Neuilly, l’armée de Versailles opérait une seconde attaque à sa droite vers les Hautes-Bruyères. Un engagement assez vif de mousqueterie avait eu lieu dans Bagneux et le versant est de Chàtillon.

Donc, l’armée de Versailles, agissant d’après un plan de Mac-Mahon, procède par deux feintes sur ses ailes et

"par une attaque au centre : feinte sur Neuilly, feinte sur

Bagneux, attaque au-dessous de Clamart. Les batteries versaillaises ont ouvert un feu des plus violents, tel qu’on n’en entendit point durant le siége, sur les forts de Montrouge, de Vanveset d’Issy. Ce feu protégeait un fort mouvement d'infanterie.

Il durait, en effet, depuis une heure, quand les gardes nationaux, qui gardaient la tranchée de Vanves et qui occupaient celle d’Issy, ont été assaillis par une vive fusil- :

Jade. Les factionnaires crient : &« Aux armes! » Les fu-

sils étaient aux faisceaux, sous les balles ; les gardes na-

: fionaux, quoique le fort ne fût pas averti de la présence

des Versaillais, avaient leurs armes à la main et se pré-

- cipitaient en avant.

Un bataillon, surpris par l'alerte, se repliait sous Paris en criant à la trahison. On le repousse aux portes ; il re-

vient au feu, et, remis de cette algarade, il se met à la

lutte. Les combattants étaient si pressés que l'artillerie ne

* pouvait se mettre de la partie. Des renforts arriveut aux

Versaillais ; lés mitrailleuses ouvrent le feu sur les ren-

forts, et les gardes nationaux poussent la baïonnette en

avant.

L'armée de Versailles se replie. I est dix heures.

Malgré ces pertes, le Cri du Peuple imprimait, le 19, ce télégramme :

Place à Commune.

19 avril, midi.

Je reçois du général Dombrowski excellentes nouvelles. Sommes en possession des trois quarts de Neuilly; faisons

siége en règle. L’un après l’autre, chaque jardin tombe en: notre pouvoir.

J'espère ce soir être sur le pont de Neuilly.

Le colonel d'état-major, HENRY.

et ajoutait, d’après sa source de renseignements à lui personnelle — et quelle source! —- les lignes suivanies :

Les troupes ennemies sont complètement chassées de Neuilly.-Le pont est réoccupé par nos troupes. L’ennemi est en fuite sur Courbevoie.

Pour entretenir l’ardeur des troupes et faire en sorte qu'elles conservent leur amour du drapeau, la Commune prévoyante ordonne l'institution d’un conseil de guerre dans chaque légion, c’est-à-dire dans chaque arrondissement. Le conseil de guerre prononcera les peines EN USAGE.

Dans le décret, les deux mots en usage sont en italique. Cela est significatif. ï

À partir de ce jour, ceux qui avaient résolu de rester jusqu'au dernier moment trouvent qu'ils ont assez bravé les événements et qu’il ne faut point tenter le diable : ils partent.

Les stratagèmes commencent à être usés ou connus; la surveillance est plus active, les éndroits par où lon sort plus restreints. Il faut corrompre les gardes pour vaincre les consignes.

A ce sujet, je dois dire que certains employés du chemin de fer du Nord ont demandé jusqu’à 500 fr. pour faciliter l'évasion — le mot est juste! — de sens âgés de plus de dix-neuf et de moins de quarante ans. Le prix moyen était un louis.

La chronique de la ville devient caractéristique, non point par les bruits que l’on invente, qui grossissent, se transforment et font le tour de Paris et des journaux, mais par les faits qui se passent. Chaque jour offre une ample moisson au chroniqueur qui voudrait recueillir tous les détails, enregistrer fous les petits faits, mentionner les on dit; pour une fois — car il ne faut pas abuser des petits côtés de l’histoire mélés aux faits saillants — je vais résumer la chronique de la ville, et recopier tout simplement une lettre que j'écrivais à mon père :

Mon cher père,

Il me vient à l’idée que tu ne seras pas fâché de savoir dans tous ses détails ce qui se passe dans ce Paris dont ton affection redoute tant pour moi le séjour en ces temps de tourmente révolutionnaire. Sois tranquille; mon concierge ne m'a pas encore dénoncé, et je ne suis pas encore incorporé dans la garde nationale.

Que de choses en un jour dans ce Paris!

Ce matin, on arrête M. Balathier de Bragelonne, rédacteur en chef de la Petite Presse. Et d’un! Quelques instants après, je vais au quartier des Écoles pour voir quelques amis, ét l'on m’apprend que les prêtres qui se

montrent dans les environs de la Cité et de l’ Hôtel-de-Ville sont appréhendés au... rabat et conduits au poste. x

Il est bien triste, le quartier des Écoles! — Dès les premiers jours de la révolution du 48 mars, on a remarqué labstention des étudiants dans ce mouvement. L'École polytechnique s’est mise la première à la disposition de l'Assemblée nationale, et l'École de médecine a suivi l'École polytechnique. L”’ Fete de droit aussi a suiri le gouvernement de la légalité.

Plus de grands chapeaux pointns et de chevelures flottantes, plus d’excentricité ni d'originalité. Les hôtels sont dégarnis, les pensions sont désertes ; comme les ministères, le quartier Latin a émigré.

Ce matin, à six heures, a eu lieu une exécution capitale, après jugement prononcé par le conseil de guerre de la 15e légion. Un garde, convaincu de meurtre sur la personne de son capitaine, payait de sa ie celle qu'il avait tranchée.

Cette fusillade a passé presque inaperçue, Car on ne songe guère à s’apitoyer sur le sort du prochain quand soi-même, à chaque instant, on est menacé dans sa propriété et dans sa personne.

La mauvaise humeur des gardes nationaux de piquet aux remparts de la ville atteint les dernières limites. Si, au risque de sa vie, on s’aventure dans les endroits fouillés par les obus de Versailles, ou l’on vous empêche de passer, ou l’on vous maltraite,

Quelqnefois même on vous arrête sous le prétexte aie l'on fait des signaux aux batteries versaillaises.

Un de mes camarades s’est aventuré l’autre jour dans la rue Tour'acque, à Montmartre, d’où l’on découvre tout le panorama du théâtre de la guerre. Des industriels y louent

My p CES des longues-vues; coût, 10 centimes. Il a voulu monter un peu plus haut sur les buttes, mais un garde national farouche a croisé la baïonnette en disant :

— Les espions ne passent pas ici !

Comme c’est agréable !

Une visite domiciliaire a été faite avenue de Wagram, près de l’hôtel de M. Vitu, rédacteur en chef du Peuple ‘français ; on cherchait des sergents de ville, et, pendant ‘deux heures qu’a duré la perquisition, aucun locataire de la maison cernée n’a pu ni entrer ni sortir.

Comme c’est gai !

Encore un membre de la Commune qui en a assez : le docteur Goupil donne sa démission.

li faut que je te raconte une histoire sur ce médecin.

Il fut compromis dans l'affaire du 31 octobre ; on le mit en prison; mais lui, malin, prétexta une visite médicale indispensable à faire à l’un de ses clients très-dangereusement malade. Le ministre de la justice autorisa la visite, “et le rusé médecin, bien accompagné jusqu’à la porte de la “chambre du malade, s’évadait par une issue qu'il con- "naissait et qui avait échappé à la surveillance de ses gardes.

Attends ! j'ai encore sur ce docteur un détail qui est assez amusant,

M. Goupil, qui ne manque pas de talent, est possédé de “la manie d'une certaine organisation médicale. Il voudrait établir une échelle des malades et une échelle des médecins, de façon à ce que les malades payassent selon leur état de fortune, et que les médecins soient payés suivant - leur valeur.

Va-t'en voir s'ils viennent !.… Les Anglais sont bien ennuyés ; le Père Duchéne dirait

: de

qu'ils sont bougrement dans la mélasse. La légation bri. tannique à fait publier l’avis suivant :

« M. Malet, second secrétaire d’ambassade de Sa Ma. Jesté, croit devoir réitérer l’avis publié le 13 septembr dernier par lord Lyons, et rappeler aux citoyens anglai: qui continuent à rester dans Paris qu’en prolongeant leu séjour ils le font à leurs risques et périls, et qu’en différant leur départ 1ls peuvent se trouver, plus tard, dan: l’impossibilité de partir. »

Beaucoup de ces insulaires sont restés quand même dévorés par l’envie de voir ce qui va se passer.

Mais pour la plupart ils ont arboré aux fenêtres de leu domicile le drapeau de leur nationalité. Je crois, Dieu me pardonne! qu’il y a en ce moment dans Paris, dépeuplé. plus d'étrangers qu'avant le siége,

Une maison de la rue Blanche offre un échantillon bizarre de drapeaux de plusieurs nationalités : à l’entresol. les couleurs danoïses — bleu et blanc ; — au premier, ur Turc — drapeau rouge au croissant blanc; — au second, un Américain ; — au troisième, un pavillon non classé, peu connu, se déploie mollement au gré d’un vent modéré ; — enfin, au quatrième, un Belge — bleu, jaune, rouge, — laisse fouetter ses couleurs nationales.

C’est à qui ne voudra pas être Français à Paris; car parnn tous ces pavillons, combien y en a-t-il qui trichent ?

Les sœurs de charité du quartier des Ternes ont eu la visite de gardes nationaux qui ont parcouru le couvent en détail. |

M. Solacroup, le directeur de la compagnie d'Orléans, a été presque arrêté; je dis presque, parce que la Com-

mune l’a mandé deux fois pour lui demander des explications. \

On l’accusait de renvoyer à Versailles les trains de ravitaillement qui arrivaient à destination de Paris.

Les explications de M. Solacroup ont été trouvées satisfaisantes. |

Il n’en a pas été de mème de celles présentées par le citoyen Bergeret.

Tu ne sais peut-être pas — et comment le saurais-tu , toi qui habites un coin béni du soleil et de la nature, où ne parviennent guère les bruits de la ville? — que la Commune s’est prise au collet elle-même dans la personne des citoyens Assi et Bergeret, ses membres, qu’elle a envoyés en prison.

Aujourd'hui elle les a fait appeler à sa barre, et tandis qu’Assi était mis en liberté, Bergeret était réintégré dans sa cellule.

On dit en plaisantant : &Ils finiront par s'arrêter tous les uns les autres. » Eh bien ! ce jour-là, ce sera drôle, et je ne donnerai pas ma place pour quarante sous, quoique dans un jour de misère — et elle approche la cruelle mégère — une pièce de quarante sous soit une monnaie d’une appétissante rondeur.

Ah! — chose immense! —— les séances de la Commune ne seront plus enveloppées d’un voile mystérieux; l’Officiel contiendra le compte-rendu des séances. Enfin !

Le prix des passeports est abaissé : de deux francs il descend à cinquante centimes ; il est bien temps, maintenant que ceux qui en avaient besoin sont presque tous partis ! |

Tu as su Parrestation de Mgr Darbovy, archevèque de Paris, et de plusieurs curés des paroisses parisiennes ! Je

ne apprends rien là que tu ne saches probablement : mais ce que tu ignores certainement, c’est la prétendue démarche de Msr Darboy et du curé Deguerry: la lettre qu'ils auraient écrite à M. Thiers, à propos de leur crainte, étant otages, d’être fusillés au premier jour si le président du pouvoir exécutif continuait à exécuter sans jugement les prisonniers qu'il faisait.

On peut difficilement admettre que deux ecclésiastiques de l'expérience et de la haute intelligence de MM. Darboy et Deguerry aient cru aux fables inventées pour exaspérer Paris contre Versailles, et l’on ne pourrait attribuer leur missive qu’à un sentiment de crainte personnelle, fort justifiée sans doute, maïs auquel ils au-

raient eu tort de céder en des circonstances aussi graves.

Tout en doutant de leur authenticité, je te rapporte le Jugement du premier moment sur ces deux lettres que donne l’Affranchi — journal dirigé par M. Paschal Grousset, membre de la Commune — avec un petit ton badin: très-ironique au fond.

En France on aime la cränerie, — c’est peut-être un mauvais goût, — et les prisonniers pouvaient craindre des journées de septembre et des massacres dans les prisons. Comme hommes, ils seraient plus qu’excusables ; mais comme exemple, ce serait fâcheux.

MM. de Pressensé et Guillaume Edmond, pasteurs protestants, ont très-dignement protesté contre la violence faite aux ecclésiastiques d’une autre communion que la leur, mais qui ont droit, comme tous les ministres des autres cultes, à la liberté.

Pour finir cette longue lettre, que ton amitié pour moi irouvera encore trop courte, j'en suis certain, je vais te citer les passages d’une circulaire du Comité central affi-

Le

chée sur les murs du 6° arrondissement (quartier des Ecoles) :

« Citoyens,

« Devant le crime, les opinions politiques s’effacent, et la neutralité est inadmissible.

« On est toujours responsable du mal que l’on voit faire, quand on ne tente rien pour l'empêcher ou pour le châtier.

« En face de l’immonde Assemblée de Versailles et des membres qui constituent son gouvernement, quiconque se retranche derrière une opinion politique ou se déclare neutre est un lâche ou un complice.

« En conséquence :

« Tous les citoyens appelés par le décret du 7 avril 1871, ‘et non encore inscrits, devront se faire inscrire sur les re-

gistres ouverts à cet effet par les soins de la municipalité, dans le délai de quarante-huit heures ;

« Une commission est nommée à l'effet de relever sur les registres de l’état-civil, sur les listes électorales, sur les livres de police et le rôle des contributions, la liste des citoyens compris dans les diverses catégories d’äge, afin de déférer à une cour martiale les déserteurs et les réfractaires, et de provoquer, en outre, la suppression de leurs droits civiques; car ÿ faut absolument que les lâches traînent, dans la cité, sous l'œil et le mépris de leurs concitoyens, la marque de leur ignominte.

«: Pour le Comité central :

« Le chargé des pouvoirs, « LACORD. »

Brrrrrr! — En voilà qui vont vite en besogne! Quelle chance pour moi d’habiter le 10e arrondissement !

Le : L

Je ne t'ai rien dit de la guerre; en voici le bulletin : on se bat beaucoup, mais on n'avance ni d’un côté ni de l’autre.

En attendant des jours meilleurs, reçois, cher père, etc,

Jamais opérette de Chivot et Duru n’aura le succès de fou rire qui accueillit la note, burlesque à force d’être sérieuse, de la Commission exécutive, traitant le peintre Gustave Courbet, dit en famille le maître d'Ornans, de président des peintres.

Faut-il que nous soyons en Commune pour voir le maitre Courbet président des peintres? Mais qui l’a nommé? Quels sont les peintres connus par leur mérite ou leur talent qui ont appelé M. Courbet — pardon — le citoyen Courbet — à être le président de cette république des arts?

La note tout entière a besoin d’être reproduite :

La Commune autorise le citoyen Gustave Courbet, président des peintres, nommé en assemblée générale, à rétablir, dans le plus bref délai, les musées de la ville de Paris dans leur état normal, d'ouvrir les galeries au public et d'y favoriser le travail qui s’y fait habituellement.

La Commune autorisera à cet effet les quarante-six délégués qui seront nommés demain jeudi 43 avril, en séance publique, à l’École de médecine (grand amphithéâtre), à deux heures précises.

De plus, elle autorise le citoven Courbet, ainsi que cette

assemblée, à rétablir, dans la même urgence, l'exposition annuelle aux Champs-Elysées.

Paris, le 42 avril 1871.

La Commission exécutive.

Du moment que Courbet arrive aux affaires, la colonne !.…..

La Commune de Paris,

Considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à lun des trois grands principes de la République francaise, la fraternité,

Décrète :

ARTICLE UNIQUE. — La colonne de la place Vendôme sera démolie.

Que disais-je? Déjà M. Courbet avait demandé le déboulonnage de cette colonne, et — détail à noter —le jour où son nom parait- à l’Officiel parait aussi une décision ordonnant la destruction de ce monument. Nous reviendrons sur ce sujet à la date du 8 mai, jour primitivement fixé pour le renversement de la colonne de bronze.

La Commune fixe au 16 les élections qui doivent compléter ses membres, licencie le régiment des sa-

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peurs-pompiérs comme corps militaire, à dater du 1er avril — mesure rétroactive — et suspend toutes les poursuites pour les échéances jusqu’au jour où paraîtra sur ce sujet un décret à POfficel.

Puis, ces décisions prises, la Commune songea à faire exécuter quelques-unes de ses décisions précédentes. Un passant ayant collé, à l’une des grilles * de FPhôtel de M. Thiers, l’article dans lequel le Mot d'Ordre apprécie la valeur de l'immeuble, ‘le lendemain, deux employés de l’ex-préfecture de police, escortés d’un certain nombre de gardes nationaux du 64e bataillon, sont venus prendre possession de cette propriété, confisquée au profit de la nation.

En présence d'un délégué de la Commune, tous les bureaux, secrétaires, ont été fouillés, et les papiers, notes, études littéraires et politiques, correspondances, emportés. La perquisition faite, un poste est établi dans l'hôtel, et a été, depuis, renouvelé chaque jour.

Que deviendront ces documents destinés à avoir une si grande place dans l'histoire contempo raine ?

Après Thiers, Jules Favre; et west-ce pas rationnel°? |

Sur toutes les caricatures, Thiers et Jules Favre sont spécialement en butte aux traits dégoûtants de crayons sans pudeur. «

Après la visite chez M. Thiers, ce fut la maison

de Jules Favre qui reçut les agents de la Côommune.

Ce que nous savons de cette perquisition, nous le prenons dans le Cri du Peuple, journal où les calomnies s'épanouissent comme sur un terrain qui leur est propre :

Le misérable qui s'appelle Jules Favre est connu depuis plusieurs mois comme faussaire.

Aujourd’hui, on découvre les nouveaux vols qu’il a commis depuis le 4 septembre.

On a trouvé dans son domicile deux millions de titres au porteur, achetés après la chute de l'empire.

Si tous ses collègues — et Picard au moins est son émule — ont trafiqué de la sorte, le chiffre des détournements est énorme.

Et il y eut des gens pour le croire! — Qu'il me soit permis de plaindre M. Jules Favre, son beau talent vilipendé par ceux qui l'ont le plus adulé! Qu'il me soit permis de plaindre et Pavocat dont la parole est maintenant sans puissance sur cette foule qu’elle passionnait, et l’orateur qui se trouve désormais visà-vis du peuple de Paris comme un muet s’adressant à des sourds.

Bilan de la journée.

Arrestations. — M. Dalouvert, chef du cabinet de la haute police, — police occulte sous l'Empire, —

chassé de son habitation des Ternes par les obus versaillais, est arrêté par les gardes fédérés; M. Gustave Chaudey, journaliste du Siècle, est arrêté au bureau de son Journal, sous l'accusation « d’avoir fait tirer de PHôtel-de-Ville, le 22 janvier. » |

Cest le Père Duchêne qui fut la cause de cette arrestation, par l’article que je cite :

Le père Duchène était là, le 22 janvier, quand ces mauvais bougres ont canardé Jes sans-culottes.

Et qu'il a conservé une fameuse dent contre les gredins qui ont assassiné à côté de lui son ami Sapia.

C'est ce qui fait que le père Duchène n’oubliera jamais ce qu'il a vu,

Et qu'il n'aura pas de cesse que ses amis les patriotes soient vengés et les assassins punis.

I y à, par exemple, le misérable Chaudey, qui a joué un sale rôle dans cette affaire-là,

Et qui se ballade encore à Paris, aussi tranquille qu’un petit Jean-Baptiste.

Est-ce qu’on ne va pas bientôt décréter d'accusation ce jean-foutre-là et lui faire connaître un peu le goût des bons pruneaux de six livres dont il nous a régalé dans le temps ?

Le père Duchène attend cette satisfaction-là,

Et il espère que la brave Commune se hâtera de la lui accorder.

De l'énergie, foutre !

Il le faut, si vous voulez que ça marche.

Et vous voulez que ça marche, n’est-ce pas ?

Eh bien ! alors, dépèchez-vous.

F RTS

ST to

Après cette dénonciation en régle, M. Chaudey était poursuivi. |

Avant d'être arrèté, rue Chauchat, le commissaire aux délégations, M. Pilotell, — dessinateur de peu de talent, mais de beaucoup de morgue — s'était rendu au domicile de M. Chaudev, et sans présenter aucun mandat avait opéré la saisie de tout le numéraire qui se trouvait dans le bureau. M®% Chaudey eut la présence d'esprit de lui en demander reçu.

M. Pilotell, que nous retrouverons mettant constamment la main sur le numéraire, semble avoir pour conviction politique cette maxime de Bilboquet :

—— Sauvons la caisse!

Perquisitions. — Les frères Pereire l'ont échappé belle! Leur hôtel de la rue du faubourg Sant-Honoré a été cerné. Deux voitures de déménagement suivaient l'expédition, qui s’est terminée par une razzia de vin destiné aux malades des hôpitaux et aux blessés des ambulances.

Liberté du convmerce. — Arrêté défendant aux marchands regrattiers et d'objets divers de stationner sur les voies couvertes et aux abords des halles centrales.

Cancans. — Cette partie se divise en cancans civils et cancans militaires. |

si

Parmi les cancans civils, on fait courir le bruit que

les chemins de fer de Lyon et d'Orléans sont coupés,

parce que des approvisionnements de munitions pour :

l'artillerie seraient arrivés à la Commune.

Parmi les cancans militaires, l’armée de la Commune a cerné quinze cents hommes dans l’île de la Grande-Jatte, « qui n’ont plus qu'à se rendre ! »

Premier compte-rendu de la Commune, un 43!

Pas intéressants les débats de nos maîtres!

Que la vie est monotone, même dans ses plus grandes secousses, quand elles durent un certain temps! Nous sommes dans une époque volcanique entre toutes; 95 est dépassé; mais cela n'empêche que tous les jours vont se ressembler, et la répétition des mesures violentes, des arrestations, des dénonciations, fait que l’on ne prend plus garde ni aux menaces, ni aux promesses.

On hit dans l'Univers :

Encore une église fermée et des prêtres arrêtés. Vendredi soir, M. le curé de Saint-Roch et deux de ses vicaires

ont été arrêtés. Ce matin, l’église était fermée, et un fac- tionnaire avait été placé à la petite porte de la rue Saint- Roch.

L’Opinion nationale ajoute :

Au moment où les prêtres sont sortis de l’église, entourés par vingt-cinq gardes nationaux, une quantité considérable de personnes, parmi lesquelles un grand nombre de femmes, protestèrent avec énergie contre cet acte arbitraire.

La

Un délégué de la Commune resta dans l’église pour dresser un inventaire de tous les objets précieux.

Le Journal de Paris nous annonce que :

M. l’abbé Miquel, premier vicaire de la paroisse de Saint-Philippe, a été arrêté en allant rendre visite à l’archevèque de Paris.

Il est à la Conciergerie.

Après”? — Cela est-il nouveau? — Non, malheureusement: On n’est plus à compter les blessures faites à la liberté de conscience.

Douze. bataillons sont dissous; les hommes seront désarmés, puis immédiatement versés dans d’autres bataillons.

D'abord, on prend le fusil du garde national refusant le service, puis on vient prendre, quelques instants après, l’homme devenu réfractaire.

Ainsi, rien n'échappe au Comité central.

Pierre Leroux est mort; la Commune a décidé l'envoi de deux de ses membres aux funérailles, après avoir déclaré qu’elle rendait cet hommage non au philosophe, mais à l’homme politique qui, le lendemain des journées de juim,; a pris la défense des | vaincus.

CLR, CURE:

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—18p ra

Les denustes ont du bon, et leur maxime : € Gué-"

rissez, W’arrachez pas, » aurait bien dû être méditée par les législateurs de la Commune.

Quelque chose va mal; cela ne le fait pas mieux aller en le supprimant complètement. Cest ce qui est arrivé pour les ambulances, que le docteur Parisel poursuivait de sa haine.

La Commune a fait prendre possession des bâtiinents et de l'installation de l’ambulance de la Presse, au palais de l'Industrie. Devant ce fait brutal, le docteur Chenu s’est retiré avec son personnel.

Pendant qu'on veut descendre Napoléon Ier de sa colonne, on veut voir aux Invalides si son caveau ne contient pas des matières faciles à monnayer.

Les recherches ayant été infructueuses, le couvent des Oiseaux, la célèbre maison d'éducation,

fut envahi par un fort détachement de gardes na--

lionaux; mais la cage était ouverte depuis Jongtemps, et les pensionnaires avaient pris la clé des champs.

Une partie des quinze musées du Louvre a été rouverte au public et aux artistes, comprenant le musée Lacazes, la salle Henri IT, la salle des Sept-Cheminées où se trouvent le Naufrage de la Méduse, par Géricault, et les Subines, de David :

Tout le musée des antiques ;

Le musée des dessins de toutes les écoles, des mimatures et des pastels :

Le musée Sauvageot, celui des faïences italiennes et des terres cuites de Bernard de Palissy;

Le musée des seulptures de la Renaissance;

Et le musée des sculptures des XVEFTe et XIXe siécles du rez-de-chaussée,

Mais on se bat toujours! Les avant-postes tirent à qui mieux mieux ; le canon gronde; les muitrailleuses avec leur roulement âcre font entendre leurs bruits sinistres, et les visiteurs de musées sont rares.

Les surveillants ont l'air de gardes de cimetière, et le suisse qu'on voyait autrefois à la grande porte du pavillon Denon a été désarmé : 1l n’a plus sa formidable et pacifique hallebarde. Il est dans un coin, lex-tambour-major, disant, comme la touchante Valentine de Milan : « Rien ne m'est plus, plus rien ne m'est! »

Ah! que les décrets de la our auront blessé de cœurs sensibles !

Il est temps de nous occuper d’un groupe de citoyens dont la formation est l’ouvrage de M. Bonvalet, ex-restaurateur du boulevard du Temple, ex-maire du 3° arrondissement, et présentement véeillurd polilique sans emplor.

Il a formé une Ligue d'Union républicaine des droits de Paris, qui, dans la pensée de son auteur, devait jouer un grand rûle entre la Commune et PAssemblée. Ce rôle n’est peut-être pas neuf, mais il

Re | réussit souvent : C’est celui du troisième larron qui s'empare de maitre Aliboron. \

La conciliation est son drapeau. Et la Ligue va de la Commune à l'Assemblée pour se mettre à la place des deux, les supplanter et monter par la paix le dada du pouvoir queles adversaires se disputent par la guerre.

Les représentants de la Ligue, bien reçus par M. Thiers, n'obünrent pas la soumission de Versailles aux exigences de Paris, pas plus qu'à la Commune ils n’obtinrent la reconnaissance de l'Assemblée nationale par Paris belligérant.

Ils s’attirèrent même dans l’O/ficiel la petite mercuriale que voici :

Certains journaux rendent fort inexactement compte des démarches faites auprès de la commission exécutive par les délégués de la Ligue d'Union républicaine des droits de Paris.

La Commission exécutive a écouté, mais à titre officieux seulement, le rapport que la Ligue a fait insérer dans les journaux, mais sans avoir plus que précédemment le de voir de répondre à une question qui ne pouvait lui être adressée. |

La Ligue à pris librement une initiative à laquelle la commission exécutive, aussi bien que la Commune, sont et devaient demeurer étrangères. Elle a résumé à sa façon les aspirations de Paris ; elle a posé un ultimatum au gouvernement de Versailles, annonçant par une affiche qui se lit encore sur nos murs que si le gouvernement de Ver-

saîlles restait sourd à ces revendications légitimes, Paris tout entier se lèverait pour les défendre.

Le cas prévu et posé par la Ligue s'étant réalisé, elle n’a pas besoin d'interroger la Commune; elle n’a qu’à tirer la conséquence de ses déclarations spontanées, en conviant Paris tout entier à se lever pour défendre ses droits

méconnus.

Bien touché! C’est de bonne guerre, et M. Bonvalet n'a pas. jugé prudent de prendre le commandement des troupes de sa Ligue; il a vu qu'on le tenait à distance des deux côtés, et s’est trouvé comme un macaroni —- lui, cuisinier émérite — cuit feu dessus feu dessous.

La Ligue redevenue muette s’est résignée à un bien modeste rôle pour tant de grandes affiches! M. Edouard Lockroy, qui allait au fort de Vanves,

a été pris par un piquet de cavalerie, conduit à Versailles, et emprisonné.

Quel est son crime”?

La Commune rend, par hasard, un moins mauvais décret; mais il ne sera pas exécuté :

Considérant que s’il importe pour le salut de la République que tous les conspirateurs et les traîtres soient mis dans l'impossibilité de nuire, il n'importe pas moins d'empêcher tout acte arbitraire ou attentatoire à la liberté individuelle,

| Décrète :

Arr. 4er, — Toute arrestation devra être notifiée immé-

diatement au délégué de la Commune à la justice, qui interrogera ou fera interroger l'individu arrêté, et le fera écrouer dans les formes régulières, s’il juge que l'arrestation doive être maintenue.

ART. 2. — Toute arrestation qui ne serait pas notifiée dans les vingt-quatre heures au délégué de la justice sera

considérée comme une arrestation arbitraire, et ceux qui

l’auront opérée seront poursuivis.

ART. 3. — Aucune perquisition ou réquisition ne pourra être faite qu'elle n'ait été ordonnée par l’autorité compétente ou ses organes immédiats, porteurs de mandats réguliers, délivrés au nom des pouvoirs constitués par la Commune.

Toute perquisition ou réquisition arbitraire entraînera la mise en arrestation de ses auteurs.

Paris, le 14 avril 1874.

Que va dire M. Pille-Hôtel, commissaire aux délégations, de ce décret? — II le trouvera réactionnaire

et demandera la mise hors la loi de la Commune, et

le Père Duchône, l'insigne ivrogne, dira:

« Vous ne marchez pas, foutre! citoyens de la Commune! »

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