‹ Paris sous la commune--18 mars au 28 mai--Chapitre 6 sur 124 · D'AURELLE DE PALADINES · texte numérisé non relu

D'AURELLE DE PALADINES

La seconde était pour toute la population; elle di sait :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Habitants de Paris, Nous nous adressons encore à vous, à votre raison et votre patriotisme, et nous espérons que nous serons écoutés Votre grande cité, qui ne peut vivre que par l’ordre, esl profondément troublée dans quelques quartiers, et lé trouble de ces quartiers, sans se propager dans les autres, suffit cependant pour y empêcher le retour du travail et de l’aisance. | À Depuis quelque temps des hommes mal intentionnés,

TDi —

ous prétexte de résister aux Prussiens, qui ne sont plus ans vos murs, se sont constitués les maitres d’une partie e la ville, y ont élevé des retranchements, y montent la arde, vous forcent à la monter avec eux, par ordre d’un omité occulte qui prétend commander seul à une partie le la garde nationale, méconnait ainsi l'autorité du général l'Aurelle, si digne d’être à votre tête, et veut former un euvernement en opposition au gouvernement légal insitué par le suffrage universel.

Ces hommes, qui vous ont causé déjà tant de mal, que ous avez dispersés vous-mêmes au 31 octobre, affichent a prétention de vous défendre contre les Prussiens, qui dont fait que paraître dans vos murs, et dont ces désordres etardent le départ définitif, braquent des canons qui, s ls aisaient feu, ne foudroieraient que vos maisons, vos enants et vous-mêmes ; enfin, compromettent la République u lieu de la défendre ; car s’il s’établissait dans l'opinion le la France que la République est la compagne nécessaire lu désordre, la République serait perdue. Ne les croyez as, et écoutez la vérité que nous vous disons en toute sinrAnIé.

Le gouvernement, institué par la nation tout entière, auait déjà pu reprendre ces canons dérobés à l'État, et qui, in ce moment, ne menacent que vous, enlever ces retranhements ridicules qui w’arrêtent que le commerce, el hettre sous la main de la justice les criminels qui ne raindraient pas de faire succéder la guerre civile à la uerre étrangère ; mais il a voulu donner aux hommes rompés le temps de se es de ceux qui les trompent. | Cependant le temps qu'on a accordé aux hommes de ponne foi pour se séparer des hommes de mauvaise foi est iris sur votre repos, sur votre bien-être, sur Île bien-être

SAS de la France tout entière. Il faut donc ne pas le prolonge indéfiniment.

Tant que dure cet état de choses, le commerce est ar rété, vos boutiques sont désertes, les commandes qui vier draient de toutes parts sont suspendues, vos bras sot oisifs, le crédit ne renait pas, les capitaux dont le gouver nement à besoin pour délivrer le territoire de Ja présence de l'ennemi hésitent à se présenter. Dans votre intéré même, dans celui de votre cité, comme dans celui de 1 France, le gouvernement est résolu à agir. Les coupable qui ont prétendu instituer un gouvernement à eux von être livrés à la justice régulière. Les canons dérobés ! l'État vont être rétablis dans les arsenaux, et, pour exécute cet acte urgent de justice et de raison, le gouvernemen compte sur votre concours.

Pendant que lon lisait cette affiche, il s'était déjà passé bien des choses. |

Vers quatre heures du matin, un certain nombre de troupes, qu'on avait eu la précaution de faire COucher dans les baraquements qui se trouvent établis, depuis le siége, sur les boulevards extérieurs, étaient montées sur les buttes Montmartre et s'étaient emparées des canons que la garde nationale ne gardait plus que d’une façon très-insignifiante. Aucune résistance ne se produisit : on était maître de ces fameux cæ nons; Seulement, par un de ces oublis comme il n’en est arrivé que trop depuis quelque temps, la cavalerie chargée de transporter l'artillerie prise arriva deux heures en retard.

Pendant ce temps, on battit le rappel, les curieux levinrent nombreux. Tandis que la résistance s’orgaaisait dans Montmartre, on offrit aux soldats à manger » à boire. Le 88e, plus particulièrement en butte aux zajoleries de la foule, finit par lever la crosse en Pair. Ge fut le signal de la défaite des troupes de Vinoy, car Vinoy commandait ce coup de main. Cest alors que le général Lecomte, abandonné par ses soldats, fut fait prisonnier et conduit à la salle de danse connue sous le nom de Château-Rouge.

La ligne, avant fraternisé, se mêle avec la garde nationale et devient plus enragée qu’elle. Le 88 de ligne, aidé des 152€ et 228€ bataillons de la garde nationale, s'empare de deux mitralleuses et racole des soldats des 87° et 137e de ligne. La débandade est complète. Il est neuf heures du matin, et la bataille est perdue. C’est alors que l’on colle sur les murs de Paris laffiche suivante, composée au mimistère de l’intérieur :

Que les bons citoyens se séparent des mauvais, qu'ils aident à la force publique au lieu de lui résister. Ils hâteront ainsi le retour de l’aisance dans la cité, et rendront service à la République elle-même, que le désordre ruinerait dans l'opinion de la France.

Parisiens, nous vous tenons ce langage parce que nous estimons votre bon sens, voire sagesse, votre patriotisme ; mais, cet avertissement donné, vous nous approuverez de recourir à la force, car il faut à tout prix, et sans un jour

1,7 600 de retard, que l’ordre, condition de votre bien-être, re naisse entier, immédiat, inallérable.

THIERS, président du conseil, chef du pouvoir exécuti de la République; DurFAuRE, ministre de la justice E. PICARD, ministre de l’intérieur; PoUYER-QuERTIER ministre des finances; Jules FAVRE, ministre des af faires étrangères ; général LE FL1ô, ministre de k guerre; amiral POTHUAU, ministre de la marine Jules SIMON, ministre de l'instruction publique ; pi LarCY, ministre des travaux publics ; LAMBRECHT, mi: nisire du commerce.

Paris, le 17 mars 1871.

Mais c’est peine perdue. La tourbe des vainqueurs arrive sur la place Pigale, défendue par une cinquantaine de chasseurs à cheval et par une compas gnie de gendarmes à pied.

On s'arrête, on parlemente. Pour réponse, le lieutenant de gendarmes met l'épée à la main, et le ca= pitane des chasseurs donne l’ordre à ses hommes de dégainer. La foule épouvantée se disperse ; seuls les combattants restent en présence.

Un homme s’avance et saisit au mors le cheval du capitaine, Celui-ci lève son sabre; mais un coup de fusil part, et le capitaine, frappé en pleine poitrine, tombe et meurt. |

La fusillade s’engage entre les soldats du 88e et les gendarmes. Le cheval du capitaine s’abat, et tout à l'heure, quand l’escarmouche sera terminée, c’est à qui se partagera la viande du cheval dont les boyaux

EEE ont restés pendant deux jours, sanglants et déchirés jar des chiens du quartier, sous les fenêtres de latejer de M. Pelouze, peintre.

Parmi les victimes, on cite M. de Saint-James, caitaine adjudant-major du 9% chasseurs, frappé moréllement de plusieurs balles, à côté du général Susbielle.

Les gardiens de la paix quittent successivement ous les postes qu'ils occupent dans les environs du quartier Montmartre, et sont remplacés par la garde nationale.

Il est midi, nouvelle affiche :

Gardes nationaux de Paris,

On répand le bruit absurde que le gouvernement prépare un coup d'État. |

Le gouvernement de la République n’a et ne peut avoir d'autre but que le salut de la République.

Les mesures qu'il a prises étaient indispensables au maintien de l’ordre ; il a voulu et il veut en finir avec un Comité insurrectionnel dont les membres, presque tous inconnus à la population, ne représentent que les doctrines communistes et mettraient Paris au pillage et la France au tombeau, si la garde nationale et l’armée ne se levaient pour défendre, d'un commun accord, la patrie et la République.

Paris, le 18 mars 1871.

A. Taiers, Duraure, E. Picarn, Jules FAVRE, Jules SIMON, PouvEr-QUERTIER, général LE FLÔ, amiral PotTHUAU, LAMBRECHT, DE LARCY.

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Vers deux heures de l'après-midi et pendant qu l’on battait le rappel, dans toutes les rues de Par l'affiche suivante était encore placardée :

À la garde nationale de la Seine.

Le gouvernement vous appelle à défendre votre cité, vo foyers, vos familles, vos propriétés.

Quelques hommes égarés, se mettant au-dessus de lois, n’obéissant qu’à des chefs occultes, dirigent contr Paris les canons qui avaient été soustraits aux Prussiens:

Is résistent par la force à la garde nationale et à l’armée

Voulez-vous le souffrir ?

Voulez-vous, sous les yeux de létranger, prêt à profite de nos discordes, abandonner Paris à la sédition?

Si vous ne l’étouffez pas dans son germe, c'en est fai de la République et peut-être de la France!

Vous avez leur sort entre vos mains.

Le gouvernement a voulu que vos armes vous fusseni laissées.

Saisissez-les avec résolution pour rétablir le régime des lois, sauver la République. de l'anarchie, qui serait ss perte; groupez-vous autour de vos chefs : c’est le seul

moyen d'échapper à la ruine et à la domination de lé: tranger.

Le général commandant des gardes nalionales,

Le ministre de l'intérieur, D’AURELLE DE PALADINES. E. Picaro.

Paris, le 18 mars 1871.

Mais le rappel est malheureusement inutile dans les quartiers bien pensants,

ACER à | Po

Les garibaldiens se mêlent à la garde nationale. )n élève des barricades. À trois heures et demie, un itoyen qu'on nous dit être le citoyen Brunel, depuis rénéral de la Commune, entraine la foule pour marher sur l'Hôtel-de-Vlle, que personne n'a lidée de léfendre.

À ce moment le général Clément Thomas, en habit bourgeois, est reconnu; on l’appréhende, on lenpaine vers la rue des Rosiers, où il devait trouver une fin si fatale.

Voici comment le général a été conduit. à Montmartre. Trompé par une similitude de nom, 1l crut que l’on venait de s’emparer d’un de ses officiers l'ordonnance ; il ne voulut pas laisser entre les mains du Comité central un homme qu'il estimait, un de ses amis ; il sortit de chez lui et venait le réclamer quand 1l fut reconnu.

= Cest-v pas vous Clément Thomas? lui fat-il demandé.

— Fi vraiment, répondit-1l.

— Et ben, vot’ affaire est-claire; venez! venez!

Et il fut entrainé près d’une sorte de tribunal qui venait de juger Lecomte; on l’accusait d’avoir voulu lever le plan des buttes.

— (’est encore un général? Bon! fut-il dit, le même jugement servira pour les deux.

Les gardes nationaux se chargèrent de Lecomte, et le 88e fit l'affaire de Clément Thomas.

Pauvres martyrs !

Le Comité central a voulu immédiatement se lave de cette tache. Il avait des prisonniers, entre autre M. Lannes de Montebello et M. Douville de Maillefin auxquels il à fait signer un procès-verbal dont nou avons tout lieu de suspecter la véracité. |

Cest dans un petit jardinet de la rue des Rosier que le crime a reçu son exécution, vers quatr heures. M. Clémenceau, maire du 18e arrondisse: ment, n'a pu que reconnaitre les corps des victimes: son intervention pour les sauver fut inutile.

Et le lendemain, dans la journée, des trafiquants peu Scrupuleux offraient au public les boutons de la tunique du général Lecomte, au prix de cinquante centimes l’un.

Et l’on achetait.

Cest ignoble !

Les deux généraux furent clandestinement inhn: més le 20, dans l'après-midi, dans un petit cimetière depuis longtemps abandonné.

Et quand on pense que peu s’en est fallu que le général Chanzy ne subit le même sort ! Il revenait de Tours le 18 mars, et il est pris à la gare d'Orléans comme dans une souricière, ainsi que M. Edmond Turquet, député de l'Aisne.

L’état-major de la garde nationale est aux mains de l’émeute, ainsi que l’'Hôtel-de-Ville, où siége le Comité central.

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