CHAPITRE IX ET DERNIER
Le 22 mars et le 22 mai. — Le clairon d’alarme. — ILS SONT ENTRÉS! — Appel de Delescluze aux combattants aux bras nus. — Les afffches du 22. — Barricades. — Les affiches du 23, — Les journaux du 23. — Prise de Monmartre. — L'incendie. — Les dernières affiches du 24. — Les pompiers. — L’exécution de Millière. — Les anciennes municipalités. — Le parc aux cerfs de Raoul Rigault. — L’écurie du général Eudes. — La batterie du Père-Lachaise. — Le sort des otages : Gustave Chaudey, M5" Darboy, le curé Deguerry et le président Bonjean. — La Ligue d'union républicaine. — Les prisonniers. — Le fort de Vincennes. — Conclusion et proclamation de Mac-Mahon aux habitants de Paris.
Le 22 mars 1871, des hommes, des Français, des Parisiens, un ruban bleu à la boutonnière, portant un drapeau tricolore, — autour duquel se groupaient des marins, des soldats, des mobiles, des gardes nationaux et des francs-tireurs sans armes — faisaient, au nom de l’ordre, une manifestation pacifique.
Le Comité central leur répondit par des coups de fusil, et des balles brisérent la hampe du drapeau
national qui tomba.
Le 22 MAI — deux mois après, jour pour jour — ces mêmes hommes, -les armes à la main cette fois, ren-
traient en vainqueurs dans ce Paris d’où ils avaient été chassés, et faisaient de nouveau flotter sur la ville # le drapeau tricolore, qui est celui de la France.
Dans la nuit du 21 au 29, Paris fut réveillé dans tous ses quartiers par le bruit des tambours et des clairons. Le tocsin était sonné dans les églises, des troupes en armes allaient et venaient sur les boulevards. Dans les maisons tout le monde se levait en hâte, les fenêtres s’ouvraient, des têtes anxieuses s’y montraient.
Il faisait nuit; le clairon d'alarme piquait les échos de ses notes plaintives, et un bourdonnement inconnu, confus, inénarrable, s'élevait de la cité subitement troublée dans son repos.
À l'aube on vit des gardes nationaux remonter les boulevards par petits groupes; ils étaient exténués de « fatigue, couverts de poussière, et leurs fusils suaient la poudre. |
— Les Versaillais sont dans Paris! dirent-ils.
Cette nouvelle, quand elle fut certaine, fut pour les uns un coup de foudre, pour les autres un soupir de délivrance.
Deux mois de régime imposé par des gens qui se disaient les apôtres de toutes les libertés, et dont les actes répondaient si peu aux principes dont als se paraient, avaient fait bien des désolations. Ceux qui n'avaient pu — ou qui n'avaient pas voulu — quitter Paris, en butte à des exigences de service actif,
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À des perquisitions, à des arrestations, voyaient arriver avec bonheur la fin de leurs craintes et de leur terreur. !Les gens pour qui le travail est un devoir facile voyaient avec la fin de la guerre s'ouvrir une ère de paix.
Et ils semblaient heureux!
Les personnes qui n'osaient se montrer la veille sortaient, s’enquéraient; les réfractaires de la garde nationale allaient aux informations.
— Par où sont-ils entrés? |
— Comment ?
Les questions se croisaient, chacun racontait sa version; mais tout le monde était d'accord sur un point, et c'était le principal : l'entrée des troupes.
On se félicitait entre voisins. Et tout le monde disait: Enfin! E
Dans certains quartiers de la ville et des faubourgs, l'enthousiasme était plus contenu, car tout n’était pas fini, et les habitants des rues où s’élevaient des barricades se voyaient exposés à tous les risques des luttes sanglantes que lattitude äes fédérés et l’ardeur des troupes faisaient présager.
Les femmes surtout se montraient indignées de ce qu’elles appelaient « la lâcheté des hommes, » qui rentraient chez eux au lieu de combattre jusqu’au dernier. Cependant nombre de mères de famille allèrent sur les barricades chercher leurs maris, prirent leurs fusils et les ramenérent ainsi au logis.
Quelques journaux parurent : le Journal officiel, le Père Duchêne, le Cri du Peuple, le Rappel, le Vengeur, le Journal populaire (édition du matin). — On se les arrachait. |
L'Officiel, muet sur l'entrée des troupes dans Paris, ne donnait pas de nouvelles militaires. A la place où se trouvaient la veille les renseignements ouerriers s’étalait l'annonce d’un marché passé avec un facteur d'instruments de musique, pour la livraison de cent clairons garnis, au prix de 13 fr., livrables le 25 mai.
Cependant cette proclamation en disait assez long pour ceux qui savent lire :
Au peuple de Paris. — À la garde nationale.
Citoyens,
Assez de militarisme, plus d’états-majors galonnés et dorés sur toutes les coutures!
Place au peuple, aux combattants, aux bras nus ! L'heure de la guerre révolutionnaire a sonné.
Le peuple ne connaît rien aux manœuvres savantes; mais quand il a un fusil à la main, du pavé sous les pieds, il ne craint pas tous les stratégistes de l’école monarchiste.
Aux armes! citoyens, aux armes! Il s’agit, vous le savez, de vaincre ou de tomber dans les mains impitoyables des réactionnaires et des cléricaux de Versailles, de ces misérables qui ont, de parti pris, livré la France aux Prussiens et qui nous font payer la rançon de leurs trahisons.
Si vous voulez que le sang généreux qui a coulé comme de l’eau depuis six semaines ne soit pas infécond, si vous
Her
voulez vivre libres dans la France libre et égalitaire, si ons voulez épargner à vos enfants et vos douleurs et vos misères, vous vous lèverez comme un seul homme, et deyant votre formidable résistance, l’ennemi, qui se flatte de vous remettre au joug, en sera pour la honte des crimes utiles dont il s’est souillé depuis deux mois.
Citoyens, vos mandataires combattront et mourront avec vous, s’il le faut. Mais au nom de cette glorieuse France, mère de toutes les révolutions populaires, foyer permanent les idées de justice et de solidarité qui doivent être et seront les lois du monde, marchez à l’ennemi, et que votre énergie révolutionnaire lui montre qu’on peut vendre Paris, mais qu’on ne peut ni le livrer ni le vaincre!
La Commune compte sur vous ; comptez sur la Commune |
Le délégué civil à la guerre, Ch. DELESCLUZE.
Le Comité de salut public :
Ant. ARNAUD, BILLIORAY, E. EUDES, F. GAMPON, G. RANVIER.
I faudrait, pour répondre à cette sinistre proclamation, mettre en regard toutes les atrocités commises par ces gens aflolés de rage, ivres de tout ce que les passions destructives peuvent offrir de plus désordonné !
Que les honnêtes gens qui ont cru en les hommes de l'Hôtel-de-Ville doivent regretter leur erreur et pleurer le concours — ne serait-il que moral— qu'ils peuvent leur avoir prêté !
= Courbet finir ainsi ?
Delescluse ? | Ils ont fait appel aux combattants aux bras nus, et ils ont accompli ensemble les ravages par lesquels les’ barbares se sont signalés dans l’histoire: ils ont, égorgé, pillé, assassiné, incendié. Ces hommes-là, in capables de quelque chose de grand, ont tout abattu. à leur taille et ont laissé des ruines.
Des mesures étaient prises pour faire marcher le! bataillon de la fédération artistique. | Autre arrêté de leur Officiel, le dernier :
Attendu que le 7e bataillon refuse son concours à la défense de la République et de la Commune, Vu le rapport du chef de la 9e légion,
Arrête :
Le délégué civil à la guerre, R R
\ Le 7e bataillon est dissous. |
Les hommes de dix-neuf à quarante ans, tombant sous | l'application de l'arrêté du 7 avril 1871, seront reversés" dans d’autres bataillons.
Le colonel de la 9e légion est chargé de l'exécution du. présent arrêté.
Paris, le 21 mai 1871.
Le délégué civil à la querre, Ch. DELESCLUZE.
De plus, le public est prévenu que les musées du Louvre seraient fermés, et que les sœurs avaient été
— J4T — remplacées par des citoyennes dans les services hospitaliers de Beaujon.
Le combat est {partout engagé avec une extrême violence. Partout on élève des barricades.
Le feu prend au ministère des finances; toutes les archives sont atteintes depuis la rue du Luxembourg jusqu’à la rue Saint-Florentin. On fait courir dans le public le bruit que c’est le grand livre que la Commune fait brûler, et comme l’Officiel de ce matin a été rès-peu lu, on ne sait pas que la Commune a désaoué le Comité central et la note signée Grêlier.
Des affiches couvrent Paris; les voici dans l’ordre suivant lequel elles ont été apposées :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté, — Égalité, — Fraternité.
Que les bons citoyens se lèvent !
Aux barricades ! L’ennemi est dans nos murs.
Pas d’hésitation.
En avant pour la République, pour la Commune et pour a liberté !
Aux armes !
Paris, le 22 mai 1871.
Le Comiié de salut public :
Ant. ARNAUD, BiLLIORAY, E. EUDEs, J. GAMBON, G. RANVIER.
COMMUNE DE PARIS