‹ Paris sous la commune--Chapitre 14 sur 65 · MAIRIES ENVAHIES · texte numérisé non relu

MAIRIES ENVAHIES

Il sera repris dans ces dernières aussitôt que les maires et adjoints y seront réinstallés.

Pour les maires et adjoints de Paris :

Les délégués,

TiRARD, DUBAIL, HÉLIGON.

Le tour était bon; mais l'argent n'a pas manqué au Comité, et il fut inutile.

Néanmoins, des gardes dissidents du Comité se réunissaient dans les 9® et 10^ arrondissements. Quand ils furent un peu nombreux, ils rejoignirent les forces

(le la place de la Bourse, où ils passèrent la nuit. Il y avait des vivres : la municipalité nourrit ses troupes. Quelle nuit nous passâmes!

Vers quata^e heures du matin, on appelle les gardes du 9^ arrondissement, et on nous forme en colonne serrée. Notre mairie est libre; nous allons la prendre. Telle est la confidence que nous fait un officier. C'est en effet vers la rue Drouot que nous nous acheminons et que nous prenons position. Là, nous apprenons que le 1^^' arrondissement a repris également sa mairie, et déjà on pouvait espérer que notre attitude allait modifier les conditions qui nous étaient faites.

Nous avons été joués. Nos chefs , les chefs de Tordre, étaient plus préoccupés de questions personnelles et d'ambition que du bien général. Tous voulaient se faire remarquer et commander en chef, ce qui, vingt fois, faiUit amener des accidents. Il n'y avait pas d'unité de commandement. Les uns prenaient leurs ordres à la mairie du 2^ arrondissement; les autres les prenaient au Grand-Hôtel, où M. Saisset était censé résider. Aussi cela a-t-il fini par réduire à rien la bonne volonté de ceux qui étaient venus prêter la main à M. Saisset. On nous a leurrés le contes bleus. On nous disait : « 11 y a dans les '.hamps-Elysées dix mille marins et vingt mitrailcuses. ') Ou bien on nous apprenait en grande conulence que le Î0« arrondissement, qui tenait pour 'ordre, était maîli'e de trois portes de Paris : Passy,

Versailles et la Muette, par lesquelles entreraient les troupes qui devaient appuyer, mais non commencer le mouvement dans Paris.

Si j'insiste sur ces faits, c'est pour préciser la situation et montrer que le gouvernement, en quittant Paris et en ne faisant rien, est cause que la guerre civile a ensanglanté nos murs si longtemps. On pouvait moins attendre, et on a trop attendu.

Enfin le jour se lève, n'apportant rien de nouveau à notre situation. L'Hôtel-de-Yille est plus formidablement gardé que de coutume ; la place est un vrai parc d'artillerie. Les curieux ont de la besogne pour tout voir. La ligne des boulevards est garnie de factionnaires depuis la Madeleine jusqu'au Chàteau-d'Eau ; chaque quartier se garde, et les aboutissants des rues sont hérissés de baïonnettes. Il y a de la guerre civile dans l'air, et un vieillard, assis sur un banc devant la rue du Sentier, s'écrie :

— Ça me rappelle 48 !

Et il est de fait que la coUision a été imminente un moment entre un bataillon de Bellevillc et les troupes massées dans la rue Drouot.

Il est trois heures de l'après-midi lorsqu'un grand mouvement se produit sur le boulevard Montmartre. Des femmes, des hommes, en courant, passent devant nous, campés dans la rue Drouot, en nous disant :

— ■ On vient vous attaquer ! Ils ont des canons !

A tout hasard, notre commandant nous fait prendre

~ Il —

les armes. Au même instant un colonel d'étal-major de la garde nationale arrive à nous tout effaré :

— Tenez bon ! L'amiral est dans le 2^ arrondissement, prêt à venir à votre secours !

Nous nous regardons, chacun glisse une cartouche dans son fusil. On se serre la main, et on se met enhgne.

Un cordon de tirailleurs, qui précédait ce bataillon, s'arrête à notre vue et hésite. La troupe qui arrivait sonne le : halte-là! Nous ne bougeons pas. Le commandant bellevillois donne quelques ordres. Des artilleurs avinés essaient de sonner le : en batterie! Ils avaient six canons; mais leur sonnerie est coupée par celle du bataillon ordonnant : en avant! Et le commandant, se retournant sur son cheval, commande à ses hommes :

' — Portez armes!

On nous rendait les honneurs, nous étions isolés; notre commandant nous fit également porter les armes.

Ils ont crié en passant : Vive la Répubhque ! et plusieurs d'entre nous ont fait chorus.

Aussi , après ce brillant exploit , plusieurs gardes quittérent-ils les rangs! Ou les gens qui passaient étaient des assassins, et nous ne devions leur rendre aucun honneur, ou si nous leur rendions les honneurs, nous ne valions pas mieux qu'eux. C'était une position fausse que la plupart tranchèrent en se retirante

Quant à T amiral Saisset et au colonel (rétat-major, nous n'en avons plus eu de nouvelles.

Une heure après cette alerte, M. Desmarest, maire élu du 9^ arrondissement, venait pour reprendre possession de sa mairie. Il se disait porteur de promesses de Versailles, et la conciliation débordait dans ses discours.

Le fait est que, peu après ses paroles, on pouvait lire la proclamation suivante :

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