PROCLAMATION
Chers concitoyens,
Je m'empresse de porter à votre connaissance que, d'accord avec les députés de la Seine et les maires élus de Paris, nous avons obtenu du gouvernement de l'Assemblée nationale :
lo La reconnaissance complète de vos FRANCmsES municipales ;
2 " L'élection de tous les officiers de la garde nationale, y compris le général en chef;
3» Des modifications à la loi sur les échéances ;
40 Un. projet de loi sur les loyers, favorable aux locataires, jusques et y compris les loyers de 1,200 fr.
En attendant que vous confirmiez ma nomination ou que vous m'ayez remplacé, je resterai à mon poste d'honneur pour veiller à Texécution des lois de conciliation que nous avons réussi à obtenir, et contribuer ainsi à l'affermissement de la République.
Paris, 23 mars 1871.
Le lice-amiral^ commandant en chef provisoire,
Saisset.
Cette proclamation avait le tort de limiter les faveurs à accorder aux locataires à 1,200 fr. ; car ce que Versailles devait chercher à s'attirer, c'étaient les boutiquiers; tous ayant des loyers supérieurs, Versailles continuait à se les aliéner.
Cette proclamation ne fit aucun effet. Saisset devint impopulaire, et le nombre des gardes nationaux amis de l'ordre diminua.
Pendant ce temps-là, que fait le Comité central? Il fait savoir que lui aussi s'occupe des loyers, et, dans sa séance de ce jour 23 mars, il décide le dégrèvement, mais en remet la décision au Conseil municipal élu qui prendra les affaires dès après les élections.
La journée s'est terminée bizarrement.
Deux fourgons d'artillerie, chargés de fusils et de munitions, s'aventurent rue de Valois et sont entourés par des gardes du 2® arrondissement, lesquels font une trentaine de prisonniers, désarment environ cinquante hommes et confisquent les fourgons, qui sont amenés dans l'intérieur de la Banque, que l'on a déjà commencé à créneler et à fortifier.
Que faire de ces prisonniers?
L'idée vient de les diriger sur Versailles.
On les mène à la gare Saint-Lazare, occupée par l'ordre ; on les met en wagon, escortés par vingtcinq gardes nationaux.
Tout va pour le mieux; mais à Asnières le train
s'arrête. Des gardes nationaux fouillent le train : ce sont des fédérés qui délivrent leurs amis et arrêtent ceux qui les conduisaient à Versailles.
Ce petit tour de passe-passe a amusé Paris pendant vingt-quatre heures.
Le 24, nous sommes encore sur le terrain de la résistance armée et des tentatives de négociation. La place de la Bourse tient toujours garnison ; l'amiral Saisset est toujours à son quartier-général du Grand- Hôtel. La séance du Comité central est surtout importante dans la partie dite séance secrète. Ces séances, que le Paris- Jour ncd publiait avec beaucoup de crânerie, lui étaient vendues par un membre de la Commune. Le journal Fa dit lui-même. Quand le Comité reçut les délégués de la mairie du 2^ arrondissement, il se forma en comité secret, et voici ce qui s'y passa :
Le citoyen Assi prend la parole : « Citoyens, dans les circonstances actuelles, la guerre civile peut être un crime civique; elle est nécessairement ime nécessité que nous pouvons dire fatale. Voici les conditions que nous offre le gouvernement. (Suit la lecture des propositions.) Certes, je suis prêt à vous proposer de les accepter; mais en présence du retard demandé pour les élections et de l'attitude douteuse de l'Assemblée, je crois qu'il est sage de les rejeter.
c( Si nous retardons les élections, le pouvoir, qui est le synonyme de la réaction, viendra peser de tout son poids sur les électeurs. Il dirio;erale vote de telle façon que nous, les
vainqueurs d'aujourd'hui, nous serons non seulenaent les vaincus, mais les proscrits de demain.
(( Nous sommes les maîtres de la situation ; nos adversaires, bien que décidés en apparence à la lutte, n'ont ni organisation, ni communauté d'idées. Un seul jour de retard peut tout perdre. Si les maires et le gouvernement ne veulent pas accepter la date de dimanche pour les élections, nous devons rompre les négociations. »
Le citoyen Bergeret est d'avis de rompre les négociations et de se préparer à la lutte à outrance. Après quelques mots du citoyen Billioray, l'assemblée nomme deux membres qui doivent se rendre à la mairie du 2® arrondissement.
Ces délégués doivent accepter au nom du comité toutes les conditions proposées par l'amiral Saisset ; mais les élections devront être faites au jour fixé par les représentants de la garde nationale. La séance est suspendue.
A minuit, les délégués reviennent annoncer que le gouvernement repousse les élections à bref délai.
Le Comité, à l'unanimité, déclare les négociations entamées nulles et non avenues.
La séance est levée aux cris de : « Vive la République ! vive la Commune ! »
Avec des dispositions pareilles, toute tentative honnête devait échouer. Nous verrons bien que c'est ce qui arriva.
La jeunesse des Ecoles s'est tenue à Fécart du mouvement insurrectionnel qui devait aboutir à la Commune de Paris, faute de mieux. C'est même un fait
très-significatif et que les historiens devront mentionner avec soin : le quartier Latin est resté muet.
Dès le premier jour, l'École polytechnique avait offert ses services à l'amiral Saisset; l'École de médecine suivit l'exemple donné par la polytechnique. Le vendredi 24 mars, à deux heures de l'après-midi, une réunion de trois cents délégués a eu heu à l'amphithéâtre de l'Ecole de médecine ; le docteur Trélat y a fait un discours des plus patriotiques qui a soulevé l'unanimité des assistants, qui prirent l'initiative d'une déclaration en réponse aux menaces du Comité central.
Yoici ce document :
La jeunesse des Écoles^ assemblée dans l'amphithéâtre de l'École de médecine, considérant que le Comité central a porté atteinte au suffrage universel ;
Déclare qu'elle fait cause commune avec les représentants et les maires de Paris, et qu'elle est prête à lutter avec eux par tous les moyens possibles contre ce Comité sans mandat populaire.
Elle affirme, en outre, qu'elle répudie toute espèce de complicité avec la réaction ; qu'elle entend repousser toute tentative de coup d'État venant du pouvoir, et veut maintenir, pleine et entière, la République une et indivisible.
Paris, le 24 mars 1871.
Et pourquoi ce mouvement spontané de tout ce qu'il y a de jeunes intelligences contre le mouvement du 18 mars? C'est que les Ecoles avaient compris
rimportancc, la nature et le but de ce mouvement. Ce n'était pas la liberté qu'on leur apportait, c'était la licence ; ce n'était pas un règne de lumière, mais un avènement d'éteignoirs. Ceux qui savent n'ont rien à gagner à être commandés par des ignorants. Ce n'étaient pas des penseurs qui arrivaient au pouvoir, c'étaient des manœuvres; et s'il répugne à un homme sobre d'être commandé par un ivrogne, à plus forte raison des savants, des hommes de science, devaient rejeter loin d'eux le gouvernement des fruits secs.
Un des chefs du mouvement avait dit d'ailleurs ces paroles, que l'on connaissait au quartier Latin.
On parlait de l'Ecole polytechnique :
— A quoi cela sert-il? demanda le personnage. A donner des Mac-Mahon et des Bazaine.
,— Mais il en sort des ingénieurs ! lui fut-il répondu.
— Des ingénieurs ! répliqua- t-il, la belle affaire ! Est-ce que ce sont eux qui construisent les ponts, élèvent les digues et bâtissent les monuments ? Ce sont les ouvriers ! Les ouvriers n'ont pas besoin de ces... feignants !
Je crois même qu'il a dit de ces j... f... Les Écoles se le tinrent pour dit, et protestèrent contre le règne des ignorants.
La nuit du M au 25 ï\\\ oraacùse: mais le 25 aii
matin tout était arrarmé. Les amis de rorcire en avaient assez; de guerre lasse ils abandonnaient la position, et les élections avaient lieu le 26 mars.
Le Comité central triomphait. Il avait les mairies ; il allait avoir sa Commune, et l'amiral Saisset opérait cette belle retraite précipitée dont je vous ai déjà parlé. En partant il laissait, entre autres, un papier que reproduisirent les journaux de Paris :
Copie dhm ordre du vice-amiral Saisset adressé au colonel Trêve de la garde nationale, et remis à M. Dupo7it par son aide- de- camp.
J'ai l'honneur d'informer MM. les chefs de corps, officiers, sous-officiers et gardes nationaux de la Seine, que je les autorise à rentrer dans leurs foyers, à dater du samedi 25, sept heures du soir.
Le vice-amiral commandant en chef la garde nationale de la Seine,
Signé: Saisset.
M. Saisset chargea M. Tirard de transmettre les remercîments de M. Thiers aux bataillons réunis à la Bourse, et rien n'empêcha plus la comédie sinistre du Comité central de se jouer en toute liberté.
A mesure que le parti de l'ordre perdait du terrain, ou mieux qu'il cédait du terrain, les insurgés consolidaient le leur.
Considérant que la î-itualion réclame des mesures rapides ;
Que de tous côtés des commandements supérieurs, continuant les errements du passé, ont, par leur inaction, amené Tétat de choses actuel ; que la réaction monarchique a empêché jusqu'ici, par Témeute et le mensonge, les élections qui auraient constitué le seul pouvoir légal de Paris ;
En conséquence, le Comité arrête :
Les pouvoirs militaires de Paris sont remis aux délégués Brunel, Eudes, Duval.
Ils ont le titre de généraux et agiront de concert, en attendant l'arrivée du général Garibaldi, acclamé comme général en chef.
Du courage encore et toujours, et les traîtres seront déjoués.
Vive la République !
Paris, le 24 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale.
Voilà comment on prend le peuple ! Il a cru que Garibaldi était du Comité, et il a voté pour le Comité. Garibaldi n'est pas venu; mais qu'est-ce que cela peut faire à ceux qui ont métier de leurrer de pauvres gens?
Ces trois généraux nommés font leur proclamation aussi :
Citoyens, Appelés par le Comité central au poste grand et périlleux de commander provisoirement la garde nationale républicaine, nous jurons de remplir énergiquement cette mission,
afin d'assurer le rélablissement de rentente sociale entre tous les citoyens.
Nous voulons l'ordre... mais non celui que patronnent les régimes déchus, en assassinant les factionnaires paisibles et en autorisant tous les abus.
Ceux qui provoquent à l'émeute n'hésitent pas, pour arriver à leur but de restaurations monarchiques, à se servir de moyens infâmes ; ils n'hésitent pas à affamer la garde nationale en séquestrant la Banque et la Manutention.
Le temps n'est plus au parlementarisme : il faut agir, et punir sévèrement les ennemis de la République.
Tout ce qui n'est pas avec nous est contre nous.
Paris veut être libre. La contre-révolution ne l'eifraie pas ; mais la grande cité ne permet pas qu'on trouble impunément Tordre public.
Vive la République !
Lé?s généraux commandant, Brunel, E. Duval, E. Eudes.
Le 24, les Ecoles avaient protesté. Voici ce qui arriva le lendemain. Deux jeunes élèves de FEcole polytechnique, revêtus de leur uniforme, se trouvaient dans les environs de la Montagne-Sainte-Geneviève. Ils remarquèrent qu'on les p.ait. Quatre hommes, en eifet^ de mine assez rébarbative, quatre gardes nationaux, les suivaient. Arrivés à la hauteur de la rue Descartes^ un élève s'arrête devant une porte ; aussitôt les quatre hommes mettent le couteau à la main. Devant cette agression, ils tirent leurs épées, appellent au secours,
et ne tardent pas, autant par leur courage que par leur tapage, à contraindre les assassins à s'enfuir. Les élèves, à la suite de ce fait et de quelques autres de même nature, furent remis à leur famille.
Le Comité ne fut jamais ennemi de Fesprit français; et tandis que le Journal officiel changeait presque tous les jours de rédacteur en chef, le Petit Officiel du soir pétillait de toute la verve des gens d'esprit de ces Messieurs : on y lisait sous la rubrique Çà et là des traits d'une finesse de goût et d'un atticisme!... Jugez plutôt!
Dans le Français^ une ânerie tellement impériale, qu'il est impossible de la passer sous silence :
Le fait suivant nous est raconté par une personne digne de foi (?) :
Il y a quinze jours, à Bruxelles, un étranger racontait à un Français — actuellement à Paris — qu'il venait de voir la princesse Mathilde.
Celle-ci se promenait comme une lionne dans son appartement, en disant : « Les malheureux ! ils ne savent pas que mon cousin Napoléon III a en main Montmartre et Belleville ! »
Qu'en pensent les indigènes des localités citées ?
La descendante de l'aigle impériale (je parle au point de vue de lard), cette vieille fille-insoumise à la préfecture — qui se promène comme une lionne !
Ses feux sont passés, que diable !
Et l'étranger de l)onne foi (badaud, va!) qui prétend
que l'ancieiiue iriaitresse du sieur Deux -Décembre prône pour patron de Montmartre et Belleville le saint Napoléon !
Je conseille au saint qui tient ces deux tètes d'y aller prêcher pour l'entretien de sa chapelle...
Et sans m'avancer , je lui garantis qu'il recevra quelque chose.
Le 25 mars fut pourtant marqué, je ne dirai pas par une bonne action, mais par un heureux événement : la mise en liberté des généraux Chanzy et de Langourian. Crémer prétendit qu'on la devait à ses instances, aidées de celles du colonel Aronhson. Le fait est qu'une pièce signée du nom de ce colonel et portant r en-tête clc Société fraternelle de protection des Alsaciens et des Lorrains semble y donner quelque créance.
Chanzy prenait l'engagement d'honneur de n'accepter aucun commandement avant six mois, à moins que ce ne soit contre l'étranger. De son côté, le Comité central a voulu faire acte de magnanimité. 11 était vainqueur : la clémence lui seyait.
Enfin le dimanche 26 mars arriva!
A la hâte les candidats avaient affiché leurs professions de foi et leurs noms. Affiches blanches et couleur lie-de-vin s'étalaient sur tous les murs.
Le Goiiîité central scm])la s'elfacer, mais ses amis travaillaient pour lui ; et d'ailleurs cette déclaration ne laissait guère de doute sur leur désir d'être les premiers de la Commune :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté, Égalité, Fraternité, comitb: central. — ï:lections a la commune.
Citoyens,
Notre mission est terminée ; nous allons céder la place de votre Hôtel-de-Ville à vos nouveaux élus, à vos mandataires réguliers.
Aidés par votre patriotisme et votre dévoûment^ nous avons pu mener à bonne fin l'œuvre difficile entreprise en votre nom. Merci de votre concours persévérant; la solidarité n'est plus un vain mot; le salut de la République est assuré.
Si nos conseils peuvent avoir quelque poids dans vos résolutions, permettez à vos plus zélés serviteurs de vous faire connaître, avant le scrutin, ce qu'ils attendent du vole d'aujourd'hui.
Citoyens,
Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant de votre propre vie^ souffrant des mêmes maux.
Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt, et finissent toujours par se considérer comme indispensables.
Défiez- voufi égrdement dcfi parleurs, incapables de
-- oi ^
passer à Vaction ; ils sacrifieront tout à un discours, à un effet oratoire ou à un mot spirituel.
Évitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère.
Enfin, cherchez des hommes aux convictions sincères^ des hommes du peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c'est aux électeurs à connaître leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter.
Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considéreront jamais comme vos maîtres.
Hôtel-de-Ville, 25 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale.
Cela était aussi pertide qu'habile.
« Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ! >»
C'était dire : Nommez ceux du Comité central qui ne font rien — d'apparent! — pour être nommés.
Toute la journée de la veille, à rHôtel-de-Villc, ils avaient fait des bulletins de vote et dressé dos listes d'éligibles pour chaque arrondissement. Eux et leurs amis avaient bien travaillé, et ils attendaient le prix de leur peine.
Dos estafettes arrivent portant des nouvelles : mal-
gré de nombreuses abstentions, le nombre des votants pour la Commune est assez élevé.
Faisons un tour de Paris.
On votait sans désordre, mais aussi sans empressement. La journée était belle, cbaude ; des promeneurs circulaient comme un jour de récréation populaire, mais tous ceux qui se promenaient ne votaient pas. Ce n'est plus le temps où chaque arrondissement avait sa physionomie et où le vote était ardent ici, farouche là, mais toujours sincère, malgré la passion.
Ceux qui votent le font par acquit de conscience, et la plupart machinalement.
Au l^ï* arrondissement, presque personne; on vote pour l'ancienne municipahté ; le 2^ n'est guère plus animé : même comédie, c'est l'ancienne municipahté qui sera réélue. Le 3^ arrondissement est plus convaincu. Le quartier du Temple vote avec assez d'ensemble; 4«, 5^, 6«, 7e et S^ arrondissements, pas de physionomie ; quelques rares électeurs égarent leurs buUetins dans les urnes. Au 9*" arrondissement, quelque animation ; les amis de Ranc et de Desmarets luttent en paroles et, au besoin, lutteraient différemment. Le 10^ arrondissement est très-décidé; cet arrondissement est le seul dans lequel ait été faite une protestation contre les élections de ce jour. C'est M. Bazirc, point le rédacteur de la Marseillaise, qui a déposé une protestation motivée disant : — <i Attendu que..., etc., etc., les élections faites dans
ces conditions ne présentent aucunes garanties de liberté et de légitimité. »
M. Bazire a exigé un reçu de sa protestation. Voici la teneur de ce reçu, auquel nous conservons son orthographe :
Je reconnait avoir reçu du citoyent Bazire la protestaton contre les élections. Je m'engage à la remettre an commité,
Paris, h^m'ar 1871.
Le président de la section de la rue d'iïenghien,
Barbe,
Bouleyord do la YillPtto, 163.
Mon Dieu ! tout le monde n\a pas été élevé au collège Sainte-Barbe, et Ton peut faire des fautes d'orthographe tout en étant un bon citoyen ; mais ce qui est plus singuher que Forthographe de ce Monsieur, c'est qu'habitant La Villette, il vienne présider des élections dans un arrondissement qui n est pas le sien.
Les 11^ 12^ 13^, 14^, 15«, 16^ arrondissements n'offrent pas de physionomie intéressante ou à noter. Le IC® est encore celui oii on s'abstient le plus.
Au 17^ arrondissement il y a foule; quelques coups de poing appuient l'opinion de quelques citoyens. A Montmartre, au 18^, tout le monde, jusqu'au dernier, a déposé son bulletin dans l'urne; les uns, en accusant le Comité d'être réactionnaire; les autres, en
aftirmanl qu'il a bien mérité de la patrie; mais ee sur quoi ne se divisent pas les électeurs de cet arrondissement, c'est rinviolable attachement qu'ils professent pour leurs canons.
Je crois qu'ils les défendraient même contre la Commune !
Montmartre sans canons ! Horreur ! C'est Orphée ayant perdu Eurydice î
Le 19^ arrondissement est aussi voleur que Montmartre, et il est plus hruyant encore. Des affiches, il y en a partout, les unes imprimées, les autres lithographiées. On fait religieusement queue aux sections de vote, et de temps en temps quelques bonnes
bourrades viennent prouver aux électeurs moins
convaincus, que deux citoyens de différentes opinions s'expliquent et se donnent des raisons.
Au 20« arrondissement, le diapason pohtique est monte d'un cran de plus. Si on parle de Blanqui, il faut se découvrir presque. Flourens est le dieu de la population.
Un exemple de Texaltation des esprits :
Un électeur tient son bulletin à la main, et s'adressant à un groupe, lui dit :
— Je vote pour des rouges-rouges; mais n.. de D..., si j'en savais un plus radical que le drapeau rouge, je le nommerais de préférence.
La journée ne s'est pas passée sans violences. Cela eût été trop beau.
On a cherché à arrêter plusieurs personnes; il y a eu un mandat cramener lancé contre M. Mottu. Ne le trouvant pas, on prend son adjoint; le commandant VaUigrane, du 129^, est arrêté également; Chouteau, le citoyen Chouteau, du Comité central, est aussi emprisonné. On allait bien. Vers six heures et demie, deux cents hommes venant de la place Vendôme s'arrêtent devant la salle des conférences du boulevard des Capucines, et demandent au concierge les noms des personnes qui ont convoqué une réunion pour ce jour, dimanche. Refus du concierge de livrer ces noms; immédiatement, l'officier commandant le détachement menace de livrer la maison au pillage. Devant cette menace, le concierge livre les noms.
M. C. Morel, qui met sur ses cartes : secrétaire de M, le dite d'Aumcde, aurait été recherché également; enfin le soir, vers dix heures, la fusillade du 22 s'est renouvelée, mais en petit... heureusement.
La scène s'est passée placée du Carrousel, et voici comme Ta racontée un journal :
({ Hier soir, à dix heures, plusieurs détonations d'armes à feu se faisaient entendre sur la place du Carrousel, et un jeune homme de vingt-deux ans, M. Trémelot, tombait mortellement frappé d'un coup de feu dans le côté gauche.
(( Onze personnes se trouvaient à quelques pris de la victime et n'ont pas été touchées, grâce à la présence d'esprit de l'une d'elles, M. f^aul Ray, employé
du tir du Puiul-du-Juur, qui avait oiitcudu le cliquetis des fusils qu'on armait. Il cria : o Couchezvous ! » Les assistants se jetèrent a terre; seul, M. Trémelot n'entendit pas ou ne comprit pas Tappel de M. Ray.
(( Cinq coups de feu ont été tirés sur la victime; un seul Ta atteint : la balle a frappé la poitrine à un centimètre au-dessous du camr et est sortie par le dos. M. Trémelot est mort dans la matinée, à l'iiospice de la Charité, oii il avait été transporté d'office.
(<: D'après la version de ceux qui ont fait feu, un individu inconnu aurait tiré deux coups de revolver. Immédiatement, le poste situé près de la grille des Tuileries fit cette décharge; mais, naturellement, personne parmi les assistants n'a entendu les coups de revolver. »
Toute la nuit on dépouilla le srutin. C'est au moins ce que disent les journaux de la Commune ; mais il circula en ville un quatrain que nous avons recueilli et qui explique différemment cette besopie nocturne :
Le Comité craignant ■— prévoyance louable — Quelque honteux échec en ouvrant le scrutin, S'est commandé, dit-on, une urne inépuisable Comme celle bouteille en vogue chez IJoudin.
Sur du succès, le Comité central ne songea plus qu'à tomber avec grâce comme un lutteur antique, et à former un Sous-Comité destiné h ne pas nl)diqueï\
sinon le pouvoir, du moins le contrôle. Le citoyen Assi se chargea de le former.
Ainsi, voilà comme fonctionnent nos maîtres! En théorie, ce ne sont que principes purs et conduites chevaleresques; mais en pratique, ce sont des tyrans décidés, habiles et peu scrupuleux. Ah ! nous étions bien tombés !
Le lendemain du ^6, on continue à dépouiller les votes, car ce n'est pas un mince travail, paraît-il ; et tandis que les employés comptent et recomptent, le Comité se réunit et se déclare en permanence jusqu'à ce que le résultat des votes soit proclamé. M. Andignoux demande à ce que la proclamation des votes soit accompagnée d'une solennité imposante; immédiatement, on propose pour modèle la fête de la Fédération de 89.
Cette idée est acceptée, et le citoyen Géresme, un élu du suffrage communal, corsetier de son état, est chargé des splendeurs de la fête. Ceci fait, le grand Comité central s'occupe de choses plus sérieuses : la formation de l'armée de la Commune. Ce ne sont pas à des gens qui ont combattu l'Empire qu'il faut demander de faire autrement que lui. Sur quoi se basait l'Empire? Sur sa garde; la Conmmne aussi aura sa garde, et c'est le Sous-Comité qui la lui confectionnera. On formera vingt-cinq bataillons de marche avec haute paie de 2 fr. 50 par jour, vingt batteries d'artillerie, autant de batteries de mitrailleuses.
- Gl —
IX voici lo8 iiuiiis des uiotlcurs en (éuvre de ces Ibrces :
Le ûénéral Duval oruanisera rarlillerie.
Le général Henri organisera Tinfonlerie.
Le général Bergère t organisera la cavalerie.
Le général Gluseret organisera Fadministralion.
Et maintenant, vogue la galère ! Demain on proclamera le résultat des votes.
De tout temps, V Officiel a été bon à lire, et cela sous tous les gouvernements. Ce jour, 27 mars, YOfficiel est assez intéressant. En tête de sa partie non officielle, on lit :
Nous reproduisons l'article suivant du citoyen Ed. V'aillant, article qui nous paraît répondre d'une façon satisfaisante à une des difficultés du moment.
Le délégué, rédacteur en chef du Journal officiel^
Cil. Longuet.
On nous assure, mais la nouvelle n'a rien d'officiel, que le duc d'Aumale serait à Versailles. Si cela était vrai, c'est que, de Bordeaux à Versailles, le duc d'Aumale n'aurait pas rencontré un citoyen.
C'est par des faits semblables que Ton voit combien le sens moral et civique s'est afiaissé. Dans les républiques antiques, le tyrannicide était la loi. Ici, une prétendue morale nomme assassinat cet acte de justice et de nécessité.
Aux corrompus qui se plaisent dans la pourriture monarchique, aux intrigants qui en vivent s'unit le groupe des niais sentimentaux.
Ceux-ci déclarent que ces pauvres diables de princes
ne sont pas responsables des crinies de leurs pères, de leur nom, de leur famille, pas plus que ne le serait le fils de Troprnann.
Ils oublient que le fils du forçat n'est pas condamné par l'opinion publique s'il n'est foreat lui-même ; mais, ajuste titre, la défiance s'attache à celui dont la jeunesse a dû subir l'influence de si mauvais exemples, dont l'éducation première a eu un tel directeur.
De même un prince, fils de prince, qui continue à s'appeler prince, et qui, comme le d'Aumale en question, ose venir poser dans la France républicaine la question monarchique et la candidature de sa famille, excite notre colère et appelle notre justice.
Et quand même ces princes, qui revent de nous rejeter dans l'oppression, auraient été éclairés par le génie de la révolution, ils devraient alors comprendre qu'ils ne doivent pas devenir des agents de discorde et de guerres civiles, et ils devraient se condamner eux-mêmes à aller expier dans une contrée lointaine le malheur et la honte de leur naissance.
Car il ne suffit pas qu'ils se prétendent sans ambition; — nous nous rappelons les sermenîs et les protestations de Bonaparte-— fussent-ils sincères, leur nom, leur présence, seraient exploités par ceux que l'ambition, l'intérêt, l'intrigue attachent à leur fortune, et, quelle que fût la volonté du prince, son influence néfaste serait la même.
De même que, dans le cours inaltérable des choses, tout élément discordant est éliminé, et rien de ce qui est contre l'équilibre ne pourrait prévaloir, de même, dans la société, tout objet de trouble dans l'ordre moral, tout obstacle à la réalisation de l'idéal de justice que poursuit In révolution doit être brisé.
La société iia qu'an devoir envers les princes : LA MOPiT. FAle n'est tenue qu'à une formalité : la constatation cVidentité. Les d'Orléans sont en France, les Bonaparte veulent revenir : ciue les bons citoyens avisent!
On pourra se (leiiiander quel est ce Vaillant qui conseille le crime aux autres en se donnant bien de garde de mettre lui-même en pratique ses aimables tbéories. Nous avons voulu aussi le savoir. C'est un homme de quarante ans, un journaliste. Il est de Lille et a collal)oré au Propagateur de cette ville. Après avoir éXé employé dans une manufacture de tabac, il vint h Paris pour donner un libre cours à ses inspirations. Il a collaboré dans plusieurs journaux supprimés, et il est membre de la Commune et l'un des plus acharnés.
L'article produisit un sentiment de répulsion dans le pubhc; mais il n'eut pas le temps d'y penser beaucoup. On venait d'apprendre le nom des ékis
du ^2r>.
Premier a rro a dissement.
Adam (Adolphe), négociant, 50 ans. — C (1), Î\1ÉL1NE, avocat, iO ans. — C.
RociiARD, ûjérant de la Belle-Jardinière, io ans, ~ C. BvRRÉ, marchand de tahar. — C.
(l) Le C mnjuscule indi^iue quo , dans les circùnstaiices, ceux devant le nom dosquds se trouve cette lettre sont (]9h Co}isen'aleurs.
(rélail l;i n'prést'jilalion de l'Miici(^iiiir niuiiicipalité. Ces élus iront pas accepté le mandat de membres de la Commune.
Deux'ème arrondissement.
Brélay, négociant, 53 ans. — C.
LoisEAU-PiNSON, négociant, 60 ans. — C.
TiRARD, négociant, 35 ans. — G. — Député. Chéron (Léon), négociant, 58 ans. — C.
Même observation que pour le l'^'^ arrondissement.
Troisième arrondissement.
Demay, ouvrier, 50 ans. — S (1).
Arnaud (Antoine), ouvrier, 28 ans. — S.
PiNDY (Louis-Jean), menuisier, 31 ans. — S.
MiOLAT (Pierre-André), ouvrier mécanicien, 38 ans. — S.
Dupont (de Londres), ouvrier maroquinier, 30 ans. — S.
Ici nous sommes en plein socialisme.
Quatrième arrondissement,
Arnould (Arthur), 40 ans. — Littérateur (2). Lefrançâis, comptable, 38 ans. — J (3).
(1) L'S majuscule veut dire Socialiste.
(2) Ce mot Littérateur veut dire que le sujet est de la classe des écrivains qui n'ont pas d'antécédents bien établis. Us sont là portés par leur plume.
(3) Le J majuscule veut dire Jacohi/i. Grâce à ces quatre désignations, on peut se rendre facilement compte de la physionomie de la Commune et de IVsprit des arrondissements.
Clé.vience (Louis), 38 ans. — S.
GÉRARDIN (François-Eugène), 40 ans. — S.
Amouroux, chapelier, 28 ans. — S.
Cinquième arrondissement.
Régère (Théodore), vétérinaire. — J.j
JouRDE (François), graveur sur métaux, 35 ans. — - S.
Tridon (Gustave), étudiant. — J.
Blanchet (Louis), homme d'affaires, 45 ans. — S.
Ledroy (Joseph), négociant, 60 ans. — S.
Sixième arrondissement,
Leroy (Alhert), professeur libre, 50 ans. — G. Goupil, docteur en médecine, 60 ans. — J. Robinet, docteur en médecine, 55 ans. — G. Beslay (Gharles), 76 ans. — S.
Varlin (Louis-Eugène), ouvrier relieur, 31 ans. — S.
M. Beslay, qui fut le doyen d'âge, président de la Commune, est un homme distingué, bien connu de son quartier et de la démocratie, ainsi que le docteur Goupil. M. Leroy a bientôt donné sa démission, ainsi que MM. Goupil et Robinet.
Septième arrondissement.
Parizel, docteur en médecine, 50 ans. — S.
Lefèvre (Ernest), rédacteur du Rappel^ 34 ans. — Avocat (1).
Urbain. — S.
Rrunel (Jean-Louis\ voyageur de commerce, 28 ans. — .(.
(1) M. Lefèvre est avocat; ni socialiste, ni jacobin : avocat. Ce^t un ambitieux qui a cm arriver de re côlé, 11 est neveu de Vacqiierio.
HtiUlème arrondissement.
RiGAUD (Raoul), étudiant, 28 ans. — J.
Vaillant (Edmond), journaliste, 40 ans. — J. Arnould (Aiihur). — Il opte pour le 4e arrondissement. Allix (Jules), professeur, E"2 ans. — S.
Pour donner une idée des abslentions de cet arrondissement : sur 17,825 inscrits, le premier sorti de la liste n'a eu que 2,173 voix, et les trois autres n'avaient pas le huitième des voix!!! N'importe!
Neuvième arrondissement.
Rang (Arthur), journaliste, 39 ans. -~ J. — Député. Parent (Llysse), dessinateur et journaliste, 44 ans. — J. Desmarest (Ernest), avocat, 56 ans. — C. Ferry (Emile), 35 ans. — C.
Nast (Gustave). — G.
MM. Desmarest, Ferry et Nast, membres de Tancienne mimicipalité, donnèrent immédiatement leur démission; et ce qu'il y a de plus curieux, c'est que MM. Ranc et Ulysse Parent en ont lait de même, un peu plus tard il est vrai. Et pourtant c'étaient deux jacobins de cœur, Ranc surtout ; mais ils étaient trop intelligents et d'un esprit trop politique pour ne pas voir que ce gouvernement, ni chair ni poisson, ne les conduirait à rien... qu'à mal.
- Dixième arrondissement,
Gambon (Charles-Ferdinand), propriétaire, 51 ans. — J. — Député. PyaT (Félix), fionnue de letlres, 60 ans. — J.
FoRTLNÉ (Henri), 40 ans. — S.
Champy, doreur sur métaux, 42 ans. — S, Babick, Polonais, 30 ans. — S.
r»ASTOUL. — S.
Onzième arrondissement.
MoRTiEft (Eugène), ouvrier, 30 ans. — S.
Delescluze. — - J.
Assi (Adolphe-Alphonse), mécanicien, 30 ans. — S.
Protot (Eugène), avocat, 35 ans. — J.
Eudes (François, dit Deschamps), .«lénographe, ^IQ ans, — J
AVRIAL (Augustin), mécanicien, 30 ans. — S.
Verdure (\uguslin-Joseph), ouvrier, 35 ans. — S.
Douzième arrondissement.
VaRLIN. — Opte pour le 6^ arrondissement. ; GÉRESME, corselier, 38 ans. — S.
Theisz (Albert), ouvrier ciseleur, 32 ans. — S, Pruneau. — C.
Treizième arrondissement.
Meillet (Léo), étudiant, 27 ans. — J.
DuvAL (Émile-Victor), 30 ans. — S.
Chardon, ouvrier, 40 ans. — S.
Franckel (Léo), ouvrier bijoutier, 27 ans. ~ S,
Cela devient de plus en plus foncé
Quatorzième arrondissement.
BiLLiORÂY (Jules), 52 ans. — S.
^Iartelet. — S.
Decamp, ouvrier, 35 ans. — S.
Ici, c'est pis; car le citoyen Billioray n'est pas pré cisément une excellente acquisition.
Quinzième arrondissement,
CouRNET, journaliste, 30 ans. — J. — Député,
Vallès (Jules), journaliste, 40 ans. — Littérateur,
Langevin (Camille-Pierre), tourneur sur métaux, 28 ans. — S.
On est radical, ici ; mais encore choisit-on ses hommes.
Seizième arrondissemerit,
Marmottan, docteur en médecine. — C.
De Bouteillier, ex-officier de marine. — C.
Ces Messieurs n'ont pas tardé à donner leur démission. C'est dans cet arrondissement que la résistance aux ordres du Comité a été la plus énergique.
Dix-septième arrondissement,
Varlin. — Opte pour le 6e arrondissement.
Clément (Victor), ouvrier, 33 ans. ■— S.
GÉRARDIN (Charles), entrepreneur. — S.
Chalain (Louis), tourneur en cuivre, 26 ans. — S.
Malon (Benoist), garçon de librairie, 29 ans. — S. «— Député.
Nous sommes en pleine Internationale,
Dix-huitième arrondissement,
Blanou!. — Opte pour le 20e arrondissement, Theisz. —- Opte pour le 12e arrondissement. Déreure ^ Louis), cordonnier, 45 ans. — S. Clément (J.-B.), publiciste, 45 ans. — S. Ferré (Céleslin-.lean-Baptiste\ 48 ans, — S.
\ EUMoUfcL, juurijulisle. — S.
Ghousset (Pasclml), journaliste, 30 ans. — Littérateur,
Dans cet arrondissement, Tullra-rouge domine. C'est Blanqui qui est le patron,
Dix-neiwièmp arrondissement,
OuDET, 30 ans. — J.