COMITÉ CENTRAL
Mais le corps de l'afliche resta blanc, malgré l'arrêté de la Commune.
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Un bien curieux spectacle dans le 11^ arrondissement! Le 137*^ bataillon est allé rue Folie-Méricourt, s'est emparé de la guillotine, a brisé en morceaux la machine de mort, puis Ta brûlée aux pieds de la statue de Voltaire.
Cet acte, accueilli avec tant d'ap]:)laudissements par les gens présents, nous parait une bonne plaisanterie ! — Pourquoi brûler la guillotine quand la peine de mort est maintenue? — Qu'importe que Teffet change quand la cause reste la même?
Dans le Mot d' Ordre, Rochefort publia un court article qu'il est bon de reproduire :
Hier jeudi, 6 avril, à dix heures da matin, le peuple a brûlé Téchafaud sur le boulevard Voltaire. L'idée était loruie et le boulevard bien choisi. Mais à quoi bon, je le demande, cet auto-da-fé accompli sur les bois de justice, si, en détruisant l'échafaud, nous cotiservons la peine capitale, avec cette seule nuance que la guillotine est remplacée par le chass^pol?
Les Français sont décidément des êtres surprenants. Ils sont tous d'accord pour proclamer l'inviolabilité de la vie humaine; mais cette inviolabilité consiste à déclareT qu'aucun individu, à quelque sexe qu'il appartienne, et quelque crime qu'il ait cnn mis, ne sera désormais appelé à grimper les degrés de la fatale machine qui a emprunté son nom au docteur Guillotin.
En revanche, il paraît convenu entre nous qu'adosser un homme contre un mur et lui envoyer douze balles dans le corps ne s'appelle pas violer la vie humaine.
Le mode d'exécution ne nous inquiète pas; c'est l'exécu-
tion elle-même qui nous préoccupe. Si même il fallait choisir entre le fusil ou la guillotine, j'ai idée que je préférerais encore celte dernière, eu égard aiix derniers préparatifs, qui exigent un certain temps, tandis qu'il n'y a rien comme une arme à feu pour rayer avec promptitude un citoyen du nombre des vivants.
La terrible guerre que nous traversons n'établit que trop irréfutablement la vérité de ce que j'avance.
Ce que nous voulons, ce n'est pas l'incendie de l'échafaud, c'est l'abolition de la peine de mort.
Henri Roghefort.
Terrible guerre, en effet! car, ce même jour, la Conimune avait invité Paris à l'enterrement des victimes des journées des 2, 3, 4 et 5.
A deux heures de l'après-midi, on se réunissait à rhospice Baujon, où un grand concours de public faisait la haie au cortège et le suivait.
Tout devenait spectacle pour les gens renfermés dans Paris; gai ou triste, on allait voir chaque événement de la journée, et, dans cette imposante cérémonie, ce que l'on voulait voir surtout, c'étaient les memhres de la Commune délégués : MM. Amouroux, Martelet, Malon, Delescluze, Demay et Antoine Arnaud.
Le. convoi traversa le boulevard Haussmann, la place et le boulevard de la Madeleine, les boulevards des Capucines, des Italiens, etc., dans l'ordre suivant :
Trois clairons, dont un de la garde nationale, un de la ligne, un de la mobile; le 131^ bataillon fé-
déré, l'arme renversée, puis le 203^ et une partie du 116^; douze tambours et clairons garnis de crêpes, battant et sonnant aux champs, et alternant avec deux corps de musique fusionnés; douze porteurs et douze gardes sans armes; trois gigantesques cercueils recouverts d'un drap de velours noir frangé d'argent et garni de bandes de crêpe, traînés chacun par quatre chevaux caparaçonnés, recouverts de housses noires semées d'étoiles d'argent, et conduits par autant de piqueurs des pompes funèbres sans galons ni aiguillettes; aux quatre coins des chars, un trophée de drapeaux rouges cravatés de crêpe et portant une couronne d'immortelles jaunes et noires. Derrière le dernier char , les délégations de la Commune et du Comité central.
Pendant ce temps, le canon tonne du côté de la porte Maillot, et le bruit de la fusillade arrive par instant jusqu'à nous; les opérations mihtaires continuent. Versailles veut avancer, Paris ne veut pas ; le choc est continu, et tandis que l'on transporte au Père-Lachaise les victimes de la veille, la guerre civile en fait de nouvelles. Ce jour-là, le pont de Neuilly tomba au pouvoir des assiégeants malgré l'ardeur des assiégés; et, chose bizarre, tandis qu'entre Français on se tire à bout portant, entre Allemands (Bavarois et Prussiens), cantonnés à Nogent-sur-Marne, on se tue à l'arme blanche.
La guerre serait-elle épidémique?
La nouvelle commission executive avait liate de faire sentir son arrivée aux affaires, et comme la plupart de ses membres sont des écrivains, c'est un torrent d'impression; non seulement il y en a pour Paris, mais voici venir la part de la province :