DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE
Paris, 2 aviil 1871, 5 h. 30 m. du soir. Place à coimnission executive.
Bergpret lui-même est à Nenilly. D'après rapport, le feu de rennemi a cessé. Esprit drs troupes excellent. S aidais de ligne arrivrrit tous et déclarent que, sauf les oliiciers supérieurs, personne ne veut se battre. Colonel de gendarmerie qui aUaqnait, tué.
Le colonel ch-f d'êtairadjor, Henry.
Une pension de jeunes ûWfS, qui sortait de Féglise de Neuilly, a été liitéraleinent hachée par la mitraille des soldats de MM. Favre et Thiers.
11 y avait du sang, et pourtant Ton s'est amusé du « Bergeret lui-même, » V Officiel le supprima dans son édition du lendemain.
La Commune n'a que peu de décrets. Elle décide que Yu les démissions de dix-huit de ses membres et l'option de quelques autres, nommés dans plusieurs arrondissements, les électeurs seront appelés le 5 avril à compléter le Conseil communal de Paris.
La Commune rend aussi le décret suivant :
lo Le titre et les fonctions de général en chef sont supprimés.
2^ Le citoyen Brunel est mis en disponibihié ;
3^ Le citoyen Eudes est délégué à la guerre, Bergeret à Tétat-major de la garde nationale, et Duval au commandement militaire de l'ex-préfecture de police.
Paris, le 1er avril 1871.
La commission executive :
Général Eudes, Félix Pyat, G. Tridon, général Jules BtuGERLT, Lefrançais, E. Duval, Ed. Vaillant.
Quant au Comité central, il rentre en jeu :
Le Gomilé central des vingt arrondissements rappelle à la Commune de Paris qu'il lui a été demandé de statuer immédiatement sur la 'publicité des débats du pouvoir communal.
Il invite également la Commune de Paris?, tout en prenant, dès maintenant, les metrures qu'exige la position grave où Ton se trouve, à insérer, dans le décret de réorganisalion de la gnrde nationale, des stipulations portant peine contre quiconque aura sciemment entravé le service de la garde nationale.
Et la Commune obéissante fera ce que désire le Comité central; car ses invitations sont des ordres.
Quel respect du suffrage universel! Chaque jour ii en sera de même ; le principe républicain recevra les plus grands soufllets, la liberté n'existera plus qu'à Tétat de mot écrit sur les monuments publics, mais banni de l'esprit des décrets; quant à la fraternité, elle sert de drapeau à des tueries; l'égalité disparaît dans la bagarre.
De grandes concentrations de troupes ont eu lieu dans Paris, toute la soirée et une partie de la nuit. Les bataillons se rendaient tous aux Champs-Elysées, et de là dans l'avenue de la Grande-Armée; une parlie même passa la porte Maillot. Une autre concentration de troupes avait lieu entre les forts de Vanves et d'Issy.
Elles avaient un objectif: Versailles!
Devaient former deux colonnes d'attaque, chasser l'Assemblée et marcher ensuite à la conquête, ou
mieux, à la délivrance cies grands centres de population.
Le plan des fédérés n'était point maladroit :
Diversion sur le Monl-Yalérien ;
Attaque de front par Clamart;
Mouvement tournant par le Bas-Meudon.
C'est le général Cluseret, nommé la veille délégué à la guerre, qui a fait adopter cette tactique ; mais l'armée de Versailles était sur ses gardes, et partout elle attend de pied ferme son trop confiant ennemi.
A Clamiart et à Meudon, le combat a duré jusqu'au soir, après avoir commencé à six heures du matin. Du fort d'Issy le général Cluseret scrute la bataille, et se voit forcé de faire sonner la retraite; malgré leur courage indiscutable, les fédérés n'ont pu percer les troupes qui s'opposent à leur passage, ni les déborder.
Du côté du Mont-Valérien, le résultat a été plus prompt. Dès sept heures, la colonne commandée par le général Bergeret lui-même est coupée par le feu du fort qui, de l'aveu des gardes nationaux, a plutôt cherché «à les disperser qu'à les mitrailler. Les gardes nationaux rentrent en se disant trahis. — Les chefs leur avaient affirmé que le xMont-Yalérien devait rester neutre et ne pas tirer.
Les fédérés étaient donc battus et repoussés de tous les côtés, ce qui n'empêchait pas la Commune de pu* blier ces excellentes nouvelles :
DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIl^UE.
3 avril, il h. 20 m.
Colonel Bourgoin à directeur général.
Bergeret et Flourens ont fait leur jonction ; ils marchent sur Versailles. Succès certain.
AUTRE DÉPÈCHE.
3 avril, 2 heures.
Vers quatre heures du matin, les colonnes commandées par le général Duval et le colonel Flourens ont opéré leur jonction au rond -point de Courbevoie. A peine arrivées, elles ont essuyé un feu nourri ouvert par le Mont-Valérien.
Les troupes se sont alors abritées derrière les murs et les maisons. Ainsi garanties, les commandants ont pu organiser un mouvement qui a complètement réussi, et les deux colonnes ont pu franchir les lignes et se mettre en marche sur Versailles.
Le général Bergeret, en tête de ses troupes, les a entraînées au cri de Vive la République ! et a eu deux chevaux tués.
Le feu de l'armée de Versailles ne nous a occasionné aucune perte appréciable.
Ces deux chevaux tués demandent une explication. Bergeret était en voiture, en calèche à deux chevaux; dans le sauve-qui-peut les deux chevaux ont été tués : voilà rcxplication.
La dépêche, pour être véridiquc, aurait dû dire: « Le général Bergeret a eu deux chevaux tués devant lui. ))
Une triste nouvelle se propage : Flourens est tué !
Dans une maison du village de Chatou, l'énergique soldat de la République a été surpris, et dans un combat corps à corps, a eu la tôle fendue d'un coup de sabre.
Ce n'était pas le premier venu que cet agitateur perpétuel.
Gustave Flourens, né à Paris, le 4 août 4838, ce qui le rend âgé de trente-deux ans, venait d'être élu dans deux arrondissements (le 19^ et le 20^) membre de la Commune de Paris.
Le fils du célèbre secrétaire général de l'Académie des sciences débuta, comme suppléant de son père, dans la chaire du collège de France. L'année suivante, 1864, fatigué de la limite que lui imposait le programme de son cours d'histoire naturelle, il publia une brochure, oubhée aujourd'hui, qui fit sensation à son apparition. Elle est intitulée : Ce qui est possible.
Une sorte de petit roman philosophique, sous le titre de Ottfrid, fait suite à cette brochure; c'est un dialogue qui donnait déjà la mesure du caractère de Flourens et des réformes qu'il espérait introduire dans la société. Par suite de raisons diverses — politiques et de famille — Flourens passa à l'étranger; on se souvient encore du rôle qu'il joua dans l'insurrection Cretoise.
Blond, extatique, emporté, il offrait à la fois le bizarre assemblage d'un caractère doux et d'une éner-
-~ 96 gie sans bornes. Il n'apportait pas dans ses relations la fougue qu'il mettait à accomplir ses actes, quand il croyait être l'instrument du peuple. Inconscient du danger, et ne se rendant pas bien compte des forces dont il pouvait disposer, partout où nous l'avons vu à l'œuvre, pourvu que dix personnes le suivissent, il marchait en avant.
A rentcrrcmenl de Victor Noir, et sans le courage p1 us raisonné de Rocbefort, il serait entré dans Paris à la tête de la colonne d'hommes sans armes qui voulaient déposer le cercueil de la victime de Pierre Bonaparte au cimetière du Père-Lachaise.
Plus tard, nous l'avons vu, dans un des troubles de BcUeville, sauter sur un commissaire de police, lui arracher son épée, tirer un coup de pistolet en l'air, et proclamer — presque à lui seul — la République sur le boulevard Ménilmontant.
Lors du siège de Paris, il fut nommé commandant d'un bataillon de Belleville ; mais ce n'était pas ce qu'il voulait : il voulait être maitre et chef mihtaire de ce quartier.
M. Thochu reçut à cet égard maintes requêtes de lui, et enfin, pour satisfaire une ambition qui n'avait en vue que la défense de Paris, il fut créé pour lui, et spécialement pour lui, le titre et les fonctions de major de rempart.
Le major Fiourens exerça une sorte de commandement général sur les bataillons de Belleville. Com-
promis clans TaiTaire du 31 octobre, — comme il se compromettait régulièrement dans chaque agitation populaire, — il disparut de la scène politique.
A la révolution du 18 mars, on remarquait avec étonnement qu'il n'était pas à la tête du parti actif; mais dès l'organisation militaire de la Commune, il eut un commandement. Il est mort comme il a presque toujours vécu : les armes à la main !
Ce qui se passe dans Paris a bien son importance aussi. La Commune ne reste pas inactive; ses soldats se battent : elle décrète.
La Commune de Paris,
Considérant que les hommes du gouvernement de Versailles ont ordonné et commencé la guerre civile, attaqué Paris, tué et blessé des gardes nationaux, des soldats de la hgne, des femmes et des enfants ;
Considérant que ce crime a été commis avec préméditation et guet-apens contre tout droit et sans provocation,
Décrète :
Art. l^^ — MM. Thiers, Favre, Picard, Dufaure, Simon et Pothuau sont mis en accusation.
Art. 2. — Leurs biens seront saisis et mis sous séquestre, jusqu'à ce qu'ils aient comparu devant la justice du peuple.
Les délégués de la justice et de la sûreté générale sont chargés de l'exécution du présent décret.
La Commime de Paris,
La Commune de Paris,
Considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ;
Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés;
Considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu'il impose les citoyens contre leur propre foi ;
Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté.
Décrète :
Art. 1er. — L'Église est séparée de l'État.
Art. 2. — ^ Le budget des cultes est supprimé.
Art. 3. — Les biens dits de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales.
Art. 4. — Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation.
La Commune de Paris.
La Commune de Paris adopte les familles des citoyens qui ont succombé ou succomberont en repoussant l'agression criminelle des royalistes conjurés contre Paris et la République française.
Le Paris-Journal, courageiïsement dirigé par notre excellent confrère, M. Schnerb, pendant la douloureuse convalescence de M. de Pêne, reçoit un corn' muniqné.
La Goriuiume renouvelle les traditions de l'Empire! î::oiis le régime de la liberté absolue, on... communique! C'est à croire que l'on rêve! et pourtant quelle triste réalité ! les écrivains sont poursuivis, les journaux sont saisis, les imprimeurs sont arrêtés. Est-ce donc là le règne bienfaisant de Paiis libre?
Mais de quoi se plaindre? Aujourd'hui 4 avril, et les deux jours suivants, la foire aux jambons ne se tiendra-t-elle pas comme de coutume sur le boulevard Richard-Lenoir? Parisiens, soyez heureux, la vente du jambon est libre — pourvu que l'on observe à ce sujet les dix-huit articles édictés par M. Raoul Rigault, délégué civil à l'ex-préfecture de police.
Par contre, le soleil qui luit éclaire la suppression de trois journaux : les Débats, le Constitutionnel et le Paris- Journal.
L'archevêque de Paris, M^J^' Darboy, est arrêté ; la maison-mère des Jésuites, rue de Sèvres, est perquisitionnée, — Un garde national, que nous questionnons à ce sujet, nous dit que l'on voudrait incorporer dans des compagnies de marche tous les élèves curés, afm de voir ce que feraient ces gueules de carême devant les flingots des roussins de Versailles!
M. Deguerry, curé de la Madeleine, est emprisonné. La maison des Lazaristes a été fouillée, ainsi que la maison des Dominicains.
Pendant que l'on emprisonne les prêtres, d'autres prisonniers parviennent à s'échapper. M. LuUier, enfermé au dépôt de la préfecture, profite d'un défaut de surveillance pour s'évader avec son compagnon de cellule, M. Lebeaa, ex-rédacteur au Journal officiel.
Tout va à la débandade : les colonnes de fédérés et les décrets de la Commune. Elle décide que, vu la situation, le jour des élections, précédemment fixé au 5 avril, sera iillérimrcment indiqué; révoque de la commission executive les citoyens Bergeret, Duval et Eudes, en ajoutant pour fiche de consolation à cette mesure une lettre dont nous extrayons ce paragraphe :
Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'en prenant cette double décision, la Commune est aussi éloignée de vous désobliger que d'affaiblir l'intérêt de votre situation comme chef de corps. Vous n'y verrez que les conséquences des nécessités du moment.
Aujourd'hui, journaux de la Commune et officiers supérieurs de la garde nationale changent de langage. Tous ces jours-ci ils disaient : A Versailles ! A V action ! En route !
Maintenant ils font les bons apôtres et déclarent qu'on les attaque, eux, la tranquillité et la paix en personne; témoin cette note insidieuse de Y Officiel:
La réaction monarchique est sans p'tié. Hier, elle attaquait Neuilly ; aujourd'hui, Vanves et Ghàtillon.
~ iOl
Heureusement qu'averties à temps, nos forces ont pris une vigoureuse offensive et repoussé l'ennemi sur toute !a
jgne.
L'ennemi a été rejeté sur les hauteurs de Meudon, et une reconnaissance hardie a été poussée jusqu'à Bougival.
La Commission executive.
Puis, pour prouver que désormais tout va aller pour le mieux dans la meilleure des Communes, le directeur des postes qui a remplacé M. Rampon informe le public que :
A partir de ce jour mardi, A avril, les dépêches de Paris à destination des départements et de l'étranger seront légulièreni<^»nt expé^liées.
La dernière heure des levées de boîtes de quartiers est fixée à sept heures du soir.
Toutes les correspondances laissées en souffrance dans les boîtes de Paris depuis le départ de l'administration pour Versailles ont été expédiées dès ce matin.
Pure escroquerie pour empocher les frais d'affranchissement, car les lettres ne sont jamais parties.
Tout tableau a son ombre ; une lettre de Garibakli, publiée par les journaux, annonce que le général italien refuse catégoriquement Tbonneur que lui fait la Commune de le mettre à la tête de la garde nationale de Paris. Garibakli préfère Caprera, tout comme Victor Hugo, qui est rentré dans son île, préfère
Guernesey. Les deux vieillards se font pendants sur leurs rochers !
Décidément, pas de jour ne se passe qu'il ne couvre d'un crêpe nouveau la liberté de la presse, et aussi toutes les autres libertés.
La Liberté, saisie au moment où son tirage venait de commencer, est forcée de suspendre sa publication, par suite de Tinjonction qui lui a été faite au nom de la Commune, et par un mandat émanant du citoyen Raoul Rigault, délégué à Fex-préfecture de police.
Le Peuple français, sentant ses jours comptés, informé de poursuites prochaines, se suspend lui-même.
Aujourd'hui les troupes rentrent dans Paris. Les fédérés ont complètement renoncé à leur mouvement sur Versailles. Ils se contenteront de défendre les forts qu'ils occupent, ainsi que l'enceinte fortifiée.
Pour nous, qui écrivons surtout l'histoire de la Commune, nous négligerons les détails guerriers, pensant qu'une fois la lutte terminée, ces détails perdent presque tout leur intérêt.
Quoi d'ailleurs d'intéressant pour le lecteur, de savoir que le canon a tonné de dix heures à minuit, tandis que la veille il tonnait de huit heures à dix lieures, surtout lorsqu'on a combattu des deux côtés avec acharnement pendant un mois, sans résultat appréciable ?
Tous les jours il y a eu des engagements autour de Neuilly ; tous les jours les Yersaillais ont canonné les forts de Vanves, d'Issy et de Montrouge, qui ont répondu. Ces redites fastidieuses n'ont aucun intérêt, et nous les supprimons. Mais nous donnerons les dépêches de la Commune annonçant chaque jour des victoires, et le lecteur pourra mettre en parralèle les dépêches du gouvernement de Versailles, dans lesquelles la France apprenait chaque jour que les fédérés étaient hattus.
Interné dans Paris, nous écrivons l'histoire de Paris; et quant aux événements militaires, nous déclarons que seuls les résultats nous touchent. Nous pensons que la lutte de l'intérieur est bien plus curieuse que la lutte banale de l'extérieur. Au moins ici il y a de la variété, de l'imprévu; c'est la vie sociale, dont nous compterons les pulsations ; tandis que là-bas — d'Asnières à Choisy-le-Roy — nous ne pourrions compter que des cadavres et des blessés.
A partir du 5 avril, les abords des chemins de fer sont rigoureusement surveillés. On ne laisse plus sortir de Paris que les femmes, les vieillards et les enfants. Tout ce qui est population mâle et valide doit rester dans ce Paris libre, dont on ne peut s'éloigner qu'au moyen des stratagèmes les plus ingénieux.
- iOi —
On ne se déguisait pas encore en femmes, mais les marchands de postiches ont vendu jusqu'à leur dernière moustache blanche. Du moment qu'il est défendu de sortir, c'est à qui partira : les hommes comme les enfants s'empressent de faire ce qu'on leur interdit.
Et quelques-uns de ceux qui cherchent à quitter Paris le font avec un réel sentiment de peur; c'est qu'une affiche du ministère de la guerre sem ble ne pas plaisanter avec le service :
Les compagnies de marche seront immédiatement réorganisées.
Les otTiciers, sous-officiers et gardes entreront en solde à partir du 7 avril.
Les gardes toucheront 1 fr. 50 et les vivres ; les sousofficiers, 2 fr.; les officiers, 2 fr. 50,
Quand les compagnies ngiront en dehors du service, les officiers toucheront: la solde de leur grade dans Tarmée.
Font partie des bataillons de gnerre tous les citoyens de dix-sept à trente-cinq ans non mariés^ les gardes îïwhiles licenciés^ les volontaires de V armée ou civils. Les efiets de campement seront complélés dans le plus bref délai.
Paris, le 4 avril 1871.
Par ordre de la Commune :
Le délégué au ministère de la guerre, Cluseret.
On arme les canonnières, et le commandant de la flottille, le citoyen Durassier, demande des marins de
bonne volonté. Sauf quelques rares loups de mer, qui prennent du service, la plupart des marins de la Commune sont des canotiers de la Seine, qui trouvent que c'est un moyen comme un autre de revoir Bougiva! et la Grenouillère.
Encore une proclamation : la Commune est intarrissablc.
COMMUNE DE PARIS
Proclamation au peuple de Paris,
Citoyens,
Les monarchistes qui siègent à Versailles ne vous font pas une guerre d'homnfies civilisés; ils vous font une guerre de sauvages.
Les Vendéens de Gharette, les agents de Pietri fusillent les prisonîiierSy égorgent les blessés, tirent sur les ambulances !
Vingt fois les misérables qui déshonorent l'uniforme de la ligne ont levé la crosse en Tair, puis, traîtreusement, ont fait feu sur nos braves et confiants concitoyens.
Ces trahisons et ces atrocités ne donneront pas la victoire aux éternels ennemis de nos droits.
Nous en avons pour garants l'énergie, le courage et le dévoûment à la Ilépublique de la garde nationale.
Son héroïsme et sa constance sont admirables.
Ses artilleurs ont pointé leurs pièces avec une justes::e et une [)récision merveilleuses.
Leur tir a plusieurs fois éteint le feu de Tennemi, qui a dû laisser une mitrailleuse entre nos mains.
Citoyens, La Commune de Paris ne doute pas de la victoire.
Des résolutions énergiques sont prises.
Les services, momentanément désorganisés par la défec= lion et la trahison, sont, dès maintenarst, réorganisés.
Les heures sont utileinent employées pour votre triomphe prochain.
La Commune compte sur vous, comme vous pouvez compter sur elle.
Bientôt il ne restera plus aux royalistes de Versailles que la honte de leurs crimes.
A vous, citoyens, il restera toujours l'éternel honneur d'avoir sauvé la France et la République.
Gfardes nationaux, La Com,mune de Paris vous félicite et déclare que vous avez bien mérité de la République.
Paris, 4 avril 1871.
La commission executive.
On le voit, la Commission executive a presque remplacé la Commune, ou tout au moins a accaparé la presque totalité du pouvoir.
Primitivement, elle devait être chargée de faire exécuter les décrets de la Commune et tous les arrêtés des autres commissions ; alors elle était composée ainsi qu'il suit *
Du général Eudes, dont nous avons déjà parlé; — de Gustave Tridon, étudiant en médecine, représentant de la Côtc-d'Or, démissionnaire à Bordeaux; — d'Edmond Vaillant, journaliste; — de Lefrançais, excomptable de la com.pagnie Richer; — de Duval, général de la Commune, qui a péri le même jour que
Kloureiis ; - do Félix Pyat, le priuleiil conspirateur; et (lu général Jules Bergeret, qui, avant (Fètre chef de claque, a été garçon d'écurie à l'hôtel des Postes de Saint-Germain, et qui ne monte à cheval qu'en voiture.
Dés le 3 avril, trois généraux, les citoyens Eudes, Duval et Bergerel, étaient remplacés par trois journalistes, les non moins citoyens Delescluze, rédacteur en chef du Réveil ; Frédéric Gournet, son élève, son ami et son collahorateur, et Yermorel.
Lefrançais, sur sa demande, passait dans une autre commission et se trouvait remplacé à X executive par Augustin Avrial, memhre de Y Internationale, dont il faisait partie comme ouvrier mécanicien, quoiqu'il jouit d'une petite fortune le mettant à l'abri du chôrnaore.
Plus tard son personnel changera encore, puis la Commission executive sera supplantée par le Comité de salut public ; mais nous empiétons sur les événements, car nous ne sommes encore qu'au commencement d'avril.
La guerre fait des victimes. Parmi elles, les unes sont connues et frappent davantage l'esprit pubhc ; d'autres, plus obscures, ne font pas moins couler des pleurs.
Le premier enterremonl, des victimes de la guerre civile n été celui d'Fmile T^rodhomme, frère du gé-
néral Henry. Le cortège est parti de la place Vendôme. La chapelle ardente avait été dressée dans le ministère de la justice.
A deux heures le cortège s'est mis en route, un piquet de chasseurs fédérés en tête. Derrière, marchait le général Henry Prodhomme, puis venait une suite nombreuse d'amis, de parents et d'officiers de toutes armes de l'armée de Paris.
Les volontaires de la colonne de Juillet fermaient la marche. Parmi les bataillons qui accompagnaient le corbillard, le 64® de Montmartre se faisait remarquer par les ornements de ses guidons : une pique bleue traversant un bonnet phrygien; c'étaient les guidons de 1848 qui revoyaient le jour en 4871.
L'insuccès des troupes de Paris a complètement aigri l'esprit des membres de la Commune; les opérations militaires d'offensives devenues simplement défensives, la non probabilité de voir arriver de la province des armées de secours destinées à soutenir le mouvement communal, l'attitude de l'armée régulière, ont porté un rude coup aux espérances du gouvernement de l'Hôtel-de-Ville qui, voyant l'impuissance où le mettent ces événements, déclare sa faiblesse en affichant sa violence.
COMMUNE DE PARIS
Citoyens,
Chaque jour les bandits de Versailles égorgent ou fusillent nos prisonniers, et pas d'heure ne s'écoule sans nous apporter la nouvelle d'un de ces assassinats.
Les coupables, vous les connaissez: ce sont les gendarmes et les sergents de ville de l'empire, ce sont les royalistes de Charette et de Cathelineau qui marchent contre Paris au cri de : Vive le Roi ! et drapeau blanc en tête.
Le gouvernement de Versailles se met en dehors des lois de la guerre et de Thumanilé; force nous sera d'user de représailles.
Si, continuant à méconnaître les conditions habituelles de la guerre entre peuples civilisés, nos ennemis massacrent encore un seul de nos soldats, nous répondrons par l'exécution d'un nombre égal ou double de prisonniers.
Toujours généreux et juste dans sa colère, le peuple abhorre le sang comme il abhorre la guerre civile ; mais il a le devoir de se protéger contre les attenlats sauvages de ses ennemis, et quoi qu'il lui en coûte, il rendra œil pour œil et dent pour dent.
Paris, le 5 avril 1871.
La Commune de Paris,
Suit le décret réglementant la loi du talion : Dent pour denty œil pour œil. L'article 5 est surtout féroce et inqualitiable :
La Commune de Paris,
Considérant que le gouvernement de Versailles fouie ouvertement aux pieds les droits de Thumanité comme cnix de la guerre ; qu'il s'est rendu coupable d'horreurs dont ne se sont même pas souillés les envahisseurs du sol français;
Considérant que les représentants de la Commune de Paris OLit le devoir impérieux de défendre l'honneur et la vie des deux millions d'habitants qui ont remis entre leurs mains le soin de leurs destinées; qu'il importe de prendre sur l'heure toutes les mesures nécessitées par la situation;
- Considérant que des hommes politiques et des magistrats de la cilé doivent concilier le salut commun avec le respect des libertés publiques,
Décrète :
Art. l^ï". — Toute personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Vers.iilles sera immédiatement décréîée d'accusation et incarcérée.
Art. 2. — Un jury d'accusation sera institué dans les vingt-quatre heures pour connaître des crimes qui lui seront déférés.
Art. 3. — Le jury statuera dans les quarante-huit heures.
Art. 4. — Tous accusés retenus par le verdict du jury d'accusation seront les otages du peuple de Paris.
Art. 5. — Toute exécution d'un prisonnier de guerre ou d'un partisan du gouverneriient régulier de la Commune de Paris sera, sur-le-champ, suivie de l'exécution d'un nombre triple des otages retenus en vertu de Tarticle 4, et qui seront désignés par le sort.
Art. 6. — Tout prisonnier de guerre sera traduit devant le jury d'accusation, qui décidera s'il sera immédiatement remis en liberté ou retenu comme otage.
Voilà où nous en sommes réduits au quatrième jour de combat ! Quelle sera la limite de l'article l^ï"? Où
-~ lii -
commence la complicité avec le gouvernement de Versailles, et quel tribunal régulier connaîtra de ce crime? — Qu importe ! Retournant l'axiome : « On est la force quand on est le droit, » la Commune déclare « qu'elle est le droit étant la force. »
Devant cette conduite, MM. Ulysse Parent, Arthur Ranc et Ernest Lefebvre donnent leur démission, et le Cri du peuple — dont nous reparlerons plus tard — ^ les flétrit du nom de déserteurs!
Évidemment M. Ranc n'a pas déserté la cause qu'il sert depuis si longtemps; mais il s'est séparé des gens qui compromettaient le principe républicain. Quant au motif qui a déterminé la retraite du neveu de M. Vacquerie, le citoyen-avocat Lefebvre, je l'ignore : la crainte de se trop compromettre peut-être.
M. Paschal Grousset, membre de la Commune, délégué aux relations extérieures, — ex-rédacteur du Figaro comme Jules Vallès, et ex-employé de l'Hôtelde-Ville comme Rochefort, — quoique sachant parfaitement le monde diplomatique éloigné de Paris, adresse la note suivante aux représentants des puissances étrangères :
].e soussigné, membre de la Commune de Pari?, déléj^ué aux relations extérieures, a l'honneur de vous notifier officieilement la conslilution du gouvernement communal de Paris.
Il vous prio (Ven porter la conn lissance h votr^^ rronvernenieiit, et saisit cette occaïiioii de vous exprimer le dé.:ir
de la Commune de resserrer les liens fraternels qui unissent le peuple de Paris au peuple **\ Agréez, etc.
Paschal (îrousset.
Au bout de trois semaines, en réponse à celte note, un individu, se disant ministre de la république de rEquateur, vint trouver M. Paschal Grousset — auquel ses fonctions laissaient beaucoup de loisirs — pour reconnaître la Commune de Paris. Aussitôt joie de M. Paschal Grousset, qui annonce le fait urbi et orbi. Mais cette joie fut de peu de durée. M. de Brustamante, vice-consul de TEquateur, déclara, dans une lettre rendue publique, qu'aucun ministre de son pays n'était présent à Paris et n'avait pu reconnaître la Commune.
M. Paschal Grousset ne le i)ardonnera jamais à l'Equateur.
L'opinion publique s'était émue de l'intrusion du (bmité central de la garde nationale dans les affaires de la Commune. L'Officiel du 6 avril contenait a ce sujet une note qui confirma Tassurance qu'on avait à Paris que le Comité central était un Etat dans l'Etat, et une puissance avec laquelle le gouvernement de Paris devait compter.
Depuis quelque temps, certains journaux mal renseignés ou de mauvaise foi ont parlé d'un prétendu antagonisme qui
existerait entre la Commune et le Comité central de la fédération de la garde nationale. Si le Journal officiel n'a pas cru devoir démentir ces bruits malveillants, c'est qu'il y avait lieu de penser qu'ils cesseraient bientôt d'euxmêmes.
Leur persistance voulue nous oblige, avant de publier les avis émanant du Comité, de déclarer que le Comité central, considéré par la Commune et se reconnaissant luimême comme le grand conseil de famille de la garde nationale, a été admis par la délégation de la Commune à la guerre, avec l'approbation de la commission executive, à. lui apporter son concours pour la réorganisation de la garde nationale.
D'ailleurs le Comité restera au pouvoir jusqu'au bout.
Un arrête de la Commune défendait sous des peines sévères, à tout autre qu'à elle, d'imprimer sur papier blanc les affiches destinées à la publicité des murs parisiens.
Le Comité central passa outre ; et des représentations lui ayant été faites, il daigna ajouter à ses affiches une bande de papier rouge sur laquelle était imprimé :