DOMBROWSKI
Pour la Commune comme pour ses généraux, tout va très-bien et se résume en ces mots, qu'on trouve dans tous les li\Tets d'opéra-comique :
Espérance, Confiance.
Le journal le Cri du peuple^ dont le tirage est important, sait si bien raconter ce qui se passe... au gré de son public gobeur !
Ces trois coupures, laites dans un seul de ses numéros, donneront une idée de la manière dont M. Jules Vallès entend raconter les faits :
Il y a à Saint-Germain un corps de 1,500 artilleurs, qu'on a été obligé de séparer des troupes de Versailles.
Ce sont des Lorrains et des Alsaciens qui ont refusé, avec indignation, de marcher contre Paris.
Leur indignation a été si grande, qu'on va leur donner leur feuille de route.
On nous écrit de Levallois-Perret, qu'un gendarme a assassiné une pauvre femme qui portait des œufs place Villiers. Sans sommation, il lui a tiré un coup de fusil.
Maintenant, contre-partie de l'affaire :
Une cantinière, qui était sortie bravement faire le coup de feu avec sa compagnie, a été poursuivie dans Neuilly par un gendarme, qui voulait absolument l'enlever. Elle s'est retournée tout à coup et l'a tué à bout portant.
Comment le peuple qui sait lire peut-il s'aveugler sur les hommes et les choses, en lisant cette prose perfide, insidieuse et sciemment de mauvaise foi?
Les rapports mihtaires que nous avons cités un peu plus haut portaient une signature étrangère, et le Parisien aime bien à connaître les gens qui règlent ses destmées. VOfficiel crut, et la Commission executive avec lui, qu il devenait nécessaire de faire cesser les cancans qui couraient sur le compte de ce général aussi Polonais qu'inconnu.
A la garde nationale.
Citoyens,
Nous apprenons que certaines inquiétudes persistent dans la garde nationale au sujet du citoyen Dombrowski, nommé commandant de la place.
On hii reproche d'être étranger et inconnu de la popula-= lion parisienne.
En effet, le citoyen Dombrowski est Polonais.
Il a élé élu chef principal de la dernière insurrection polonaise, et a tenu tète à l'armée russe pendant plusieurs mois.
Il a été général sous les ordres de Ganbaldi, qui l'estime particulièrement. Dès qu'il devint commandant de Tarmée des Vosges, le premier soin de Garibaldi fut de demander le concours du citoyen Dombrow>ki. Trochu refusa de le laisser partir de Paris, et le fit même incarcérer.
Le citoyen Dombrowski a également fait la guerre du Caucase, où il défendait, comme ici, l'indépendance d'une nation menacée par un ennemi implacable.
Le citoyen Dombrowski est donc incontestablement un homme de guerre et un soldat dévoué de la République universelle.
La commission executive de la Commune.
Cela suffit à quelques-uns; les autres n'y allèrent point voir.
La Gazette de France émigré; elle choisit Saint- Germain pour théâtre de ses exploits.
Tous les cafés et lieux pubhcs doivent être fermés à onze heures du soir. Paris n'avait pas déjà une physionomie trop gaie, et cette mesure ne contribue pas à l'égayer. Par contre, les grilles du Louvre sont ouvertes au public qui peut circuler et s'asseoir dans les jardins.
Les ventes publiques suspendues sont reprises à l'hôtel de la rue Drouot.
L'église de Notre-Dame-de-Lorette est fouillée du
liant en bas ; les gardes nationaux perquisitionnenrs ne cherchaient pas le curé, mais bien des armes et des munitions; n'-en trouvant pas, ils n'ont pas voulu revenir à l'ex-préfecture de police complètement bredouilles, et ont ramené un vicaire, M. Sabatliier, sa vieille domestique et le suisse de la paroisse.
Ce n'est pas seulement dans les éghses que Ton cherche des engins de guerre. Tous les industriels qui ont fait des essais de fabrication pendant le siège sont soumis à des visites domiciliaires.
L'usine Cail fabrique pour la Commune, comme elle avait fabriqué pour le gouvernement du 4 septembre.
Le 41, un délégué de la Commune, accompagné de vingt-cinq gardes nationaux, s'est rendu, 144, faubourg Saint-Denis, chez M. Thiébault, fondeur et ancien maire du 10*^ arrondissement, pour y opérer une perquisition. On a découvert :
25 canons de 7; 40 mitrailleuses non terminées; 20 pièces de canon (système Glaparède) non achevés ; 8 canons pour la refonte; 104 caisses de fusées pour les pièces de 7, d'une contenance de 150 fusées chacune ; 135 obus calibre 19; 64 obus cahbre 24.
La presse était bien expurgée de tout élément réactionnaire — c'est-à-dire non communal; — cependant VOfficiel crut devoir donner un avertissement aux journaux qui répétaient les bruits courant la ville.
Certains journaux se donnent la tâche d'inventer chaque jour leS' nouvelles les plus propres soit à déconsidérer la Commune de Paris, soit à décourager ses défenseurs.
C'est ainsi qu'hier on a répandu le bruit de l'arrestation du citoyen Delescluze et de la mort du citoyen Vermorel.
Les inventeurs de ces fausses nouvelles doivent être prévenus que dans les circonstances actuelles, ils encourent la plus grave responsabilité.
La situation de Neuilly devient de plus en plus critique. Le village, soumis à toutes les surprises d'une guerre de rues et de barricades, est mitraillé des deux côtés, et les habitants en sont réduits, dans la plupart des rues, à se réfugier à la cave. Ceux qui sont là voudraient bien s'en aller; mais le moyen?
Il faudrait une suspension d'armes, et les deux adversaires ne semblent pas disposés à cesser les hostilités, même pour un jour.
M. Hadol, dessinateur du Charivari, écrivait cette lettre à M. Vallès; elle eut la faveur delà publicité et éveilla l'attention sur la malheureuse situation des habitants de Neuilly :
Neuilly, luudi 10 avril.
Citoyen Vallès, Par ordre du médecin, j'habite l'avenue de Neuilly depuis quinze jours seulement. Le siège de Paris m'a donné le scorbut; je ne puis me lever ni marcher.
Depuis huit ,iours, la maison que j'habite est un nid à
bombes ; elle est en partie démolie, éventrée et brûlée ; nous vivons (si c'est vivre !), avec quelques locataires, dans des caves.
Au nom de Thumanité, trouvez un moyen près de vos collègues de la Commune pour nous sauver, moi et les nombreux habitants de Neuilly.
Les vivres vont nous- manquer. Une suspension d'une
heure suffirait.
Salut et fraternité.
Hadol,
44, avenue de Nouilly,
La nuit du H au 12 fut signalée par un épouvantable orage de détonations.
A neuf heures et demie, tout le sommet des hauteurs, autour de Paris, est en feu. De Châtillon à Saint-Cloud, les batteries sont étagées et crachent la mitraille sur Issy, sur Vanves et sur Monlrouge. Au loin gronde par intervalles le fort de Bicêtre.
Que se passe-t-il?
Le récit suivant du Siècle peut en donner une idée :
Pendant qu'une atfaque feinte hier, qui pourrait être sérieuse aujouM'hui, avait lieu sur Neuilly, l'armée de Versailles opérait une seconde attaque à sa droite vers les Hautes-Bruyères. Un engagement assez vif de mousqueterie avait eu lieu dans Bagneux et le versant est de Châtillon.
Donc, l'armée de Versaillf s, agissant d'après un plan de Mac-Mahon, procède par deux feintes sur ses a. les et
par une attaque au centre : feinte sur Neuilly, feinte sur Bagneux, attaque au-dessous de Clamart. Les batteries versaillaises ont ouvert un feu des plus violents, tel qu'on n'en entendit point durant le siège, sur les forts de Montrouge, de Vanveset d'Issy. Ce feu protégeait un fort mouvendent d'infanterie.
Il durait, en effet, depuis une heure, quand les gardes nationaux, qui gardaient la tranchée de Vanves et qui occupaient celle dlssy, ont été assaillis par une vive fusillade. Les factionnaires crient : « Aux armes! » Les fusils étaient aux faisceaux, sous les balles; les gardes nationaux, quoique le fort ne fût pas averti de la présence des Versaillais, avaient leurs armes à la main et se précipitaient en avant.
Un bataillon, surpris par l'alerte, se repliait sous Paris en criant à la trahison. On le repousse aux portes ; il revient au feu, et, remis de cette algarade, il se met à la lutte. Les combattants étaient si pressés que l'artillerie ne pouvait se mettre de la partie. Des renforts arrivent aux Versaillais; les mitrailleuses ouvrent le teu sur les renforts, et les gardes nationaux poussent la baïonnette en avant.
L'armée de Versailles se replie. Il est dix heures.
Malgré ces pertes, le Cri du Peuple imprimait, le ! 12, ce télégramme : . '
Place à Commune.
1!2 avril, midi.
Je reçois du général Domhrowski excellentes nouvelles. Sommes en possession des trois quarts de Neuilly; faisons
siège en règle. L'un après l'autre, chaque jardin tombe en notre pouvoir.
J'espère ce soir être sur le pont de Neuilly.
Le colonel d'état-major, Henry.
et ajoutait, d'après sa source de renseignements à lui personnelle — et quelle source ! — les lignes sui« vantes :
Les troupes ennemies sont complètement chassées de Neuilly. Le pont est réoccupè par nos troupes. L'ennemi est en fuite sur Courbevoie.
Pour entretenir l'ardeur des troupes et faire en sorte qu'elles conservent leur amour du drapeau, la Commune prévoyante ordonne l'institution d'un con* seil de guerre dans chaque légion, c'est-à-dire dans chaque arrondissement. Le conseil de guerre prononcera les peines en usage.
Dans le décret, les deux mots en usage sont en italique. Cela est significatif.
A partir de ce jour, ceux qui avaient résolu de rester jusqu'au dernier moment trouvent qu'ils ont assez bravé les événements et qu'il ne faut point tenter le diable : ils partent.
Les stratagèmes commencent à être usés ou connus ; la surveillance est plus active, les endroits par où l'on sort plus restreints. Il faut corrompre les gardes pour vaincre les consignes.
A ce sujet, je dois dire que certains employés du (•hemin de fer du Nord ont demandé jusqu'à 300 fr. pour faciliter l'évasion — le mot est juste ! — de î^ens âgés de plus de dix-neuf et de moins de quarante ans. Le prix moyen était un louis.
La chronique de la ville devient caractéristique, non point par les bruits que Ton invente, qui grossissent, se transforment et font le tour de Paris et (les journaux , mais par les faits qui se passent. Chaque jour offre une ample moisson au chroniqueur qui voudrait recueillir tous les détails, enregistrer tous les petits faits, mentionner les on dit; pour une fois — car il ne faut pas abuser des petits côtés de l'histoire mêlés aux faits saillants — je vais résumer la chronique de la ville, et recopier tout simplement une lettre que j'écrivais à mon père :
Mon cher père,
Il me vient à l'idée que tu ne seras pas fâché de savoir clans tous ses détails ce qui se passe dans ce Paris dont ton affection redoute tant pour moi le séjour en ces temps de tourmente révolutionnaire. Sois tranquille; mon concierge ne m'a pas encore dénoncé, et je ne suis pas encore incorporé dans la garde nationale.
Que de choses en un jour dans ce Paris!
Ce matin, on arrête M. Balathier de Bra^^elonne, rédacteur en chef de la Petite Presse. Et d'un! Quelques instants aprèSj je vais au quartier des Écoles pour voir quelques amis, et l'on m'apprend que les prêtres qui se
montrent dans les environs de la Cité et de rHôtel-de-Ville sont appréhendés au... rabat et conduits au poste.
Il est bien triste, le quartier des Écoles! — Dès les premiers jours de la révolution du 18 mars, on a remarqué l'abstention des étudiants dans ce mouvement. L'École polytechnique s'est mise la première à la disposition de l'Assemblée nationale, et l'École de médecine a suivi l'École polytechnique. L'École de droit aussi a sui\i le gouvernement de la légalité.
Plus de grands chapeaux pointus et de chevelures flottantes, plus d'excentricité ni d'originalité. Les hôtels sont dégarnis, les pensions sont désertes; comme les ministères, le quartier Latin a émigré.
Ce matin, à six heures, a eu lieu une exécution capitale, après jugement prononcé par lé conseil de guerre de la 15e légion. Un garde, convaincu de meurtre sur la personne de son capitaine, payait de sa \ie celle qu'il avait tranchée.
Cette fusillade a passé presque inaperçue, car on ne songe guère à s'apitoyer sur le sort du prochain quand soi-même, à chaque instant, on est menacé dans sa propriété et dans sa personne.
La mauvaise humeur des gardes nationaux de piquet aux remparts de la ville atteint les dernières limites. Si, au risque de sa vie, on s'aventure dans les endroits fouillés par les obus de Versailles, ou l'on vous enripêche de passer, ou l'on vous maltraite.
Quelquefois même on vous arrête sous le prétexte que l'on fait des signaux aux batteries versaillaises.
Un de mes camarades s'est aventuré l'autre jour dans la rue Tour'acque, à Montmartre, d'où l'on découvre tout le panorama du théâtre de la guerre. Des industriels y louent
des longues-vues; coût, 40 centimes. Il a voulu monter un peu plus haut sur les buttes, mais un garde national farouche a croisé la baïonnette en disant :
— Les espions ne passent pas ici !
Comme c'est agréable !
Une visite domiciliaire a été faite avenue de Wagram, près de l'hôtel de M. Vitu, rédacteur en cheï d\x Peuple français ; on cherchait des sergents de ville, et, pendant deux heures qu'a duré la perquisition, aucun locataire de la maison cernée n'a pu ni entrer ni sortir.
Comme c'est gai!
Encore un membre de la Commune qui en a assez : le docteur Goupil donne sa démission.
Il faut que je te raconte une histoire sur ce médecin.
Il fut compromis dans l'affaire du 31 octobre ; on le mit en prison ; mais lui, malin, prétexta une visite médicale indispensable à faire à l'un de ses clients très-dangereusement malade. Le miriistre de la justice autoriï^^a la visite, et le rusé médecin, bien accompagné jusqu'à la porte de la chambre du malade, s'évadait par une issue qu'il connaissait et qui avait échappé à la surveillance de ses gardes.
Attends ! j'ai encore sur ce docteur un détail qui est assez amusant.
M. Goupil, qui ne manque pas de talent, est possédé de la manie d'une certaine organisation nriédicale. Il voudrait établir une échelle des malades et une échelle des médecins, de façon à ce que les malades payassent selon leur état de fortune, et que les médecins soient payés suivant leur valeur.
Va-t'en voir s'ils viennent!...
Les Anglais sont bien ennuyés ; le Père Duchêne dirait
qu'ils sont bougrement dans la mélasse, La. légation britannique a fait publier l'avis suivant :
(( M. Malet, second secrétaire d'ambassade de Sa Majesté, croit devoir réitérer l'avis publié le 13 septembre dernier par lord Lyons, et rappeler aux citoyens anglais qui continuent à rester dans Paris qu'en prolongeant leur séjour ils le font à leurs risques et périls, et qu'en différant leur départ ils peuvent se trouver, plus tard, dans
Vimpossibilité de partir. y> /
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Beaucoup de ces insulaires sont restés quand même,
dévorés par l'envie de voir ce qui va se passer.
Mais pour la plupart ils ont arboré aux fenêtres de leur domicile le drapeau de leur nationalité. Je crois, Dieu me pardonne! qu'il y a en ce moment dans Paris, dépeuplé, plus d'étrangers qu'avant le siège.
Une maison de la rue Blanche oflre un échantillon bizarre de drapeaux de plusieurs nationalités : à l'entresol, les couleurs danoises — bleu et blanc ; — au premier, un Turc — drapeau rouge au croissant blanc; -—au second, un Américain ; — au troisième, un pavillon non classé, peu connu, se déploie mollement au gré d'un vent modéré ; — enfin, au quatrième, un Belge — bleu, jaune, rouge, — laisse fouetter ses couleurs nationales.
C'est à qui ne voudra pas être Français à Paris; car parmi tous ces pavillons, combien y en a-t-il qui trichent?
Les sœurs de charité du quartier des Ternes ont eu la visite de gardes nationaux qui ont parcouru le couvent en détail.
M. Solacroup, le directeur de la compagnie d'Orléans, a été presque arrêté ; je dis presque,, parce que la Com-
inune l'a mandé deux fois pour lui demander des explications.
On Faccusait de renvoyer à Versailles les trains de ravilaillement qui arrivaient à destination de Paris.
Les explications de M. Solacroiip ont été trouvées satisfaisantes.
Il n'en a pas été de même de celles présentées par le citoyen Bergeret.
Tu ne sais peut-être pas — et comment le saurais -tu , toi qui habites un coin béni du soleil et de la nature, où ne parviennent guère les bruits de la ville?-— que la Commune s'est prise au collet elle-même dans la personne des citoyens Assi et Bergeret, ses membres, qu'elle a envoyés en prison.
Aujourd'hui elle les a fait appeler à sa barre, et tandis qu'Assi était mis en liberté. Bergeret était réintégré dans sa cellule.
On dit en plaisantant : « Ils finiront par s'arrêter tous les uns les autres. » Eh bien ! ce jour-là, ce sera drôle, et je ne donnerai pas ma place pour quarante sous, quoique dans un jour de misère • — et elle approche la cruelle mégère — une pièce de quarante sous soit une monnaie d'une appétissante rondeur.
Ah ! — chose immense! — les séances de la Commune ne seront plus enveloppées d'un voile mystérieux; V Officiel contiendra le compte-rendu des séances. Enfin !
l^e prix des passeports est abaissé : de deux francs il descend à cinquante centimes; il est bien temps, maintenant que ceux qui en avaient besoin sont presque tous partis !
Tu as su l'arrestation de Mé^" Darboy, archevêque de Paris, et de plusieurs curés des paroisses parisiennes ! Je
ne t'apprends rien là que tu ne saches probablement; mais ce que tu ignores certainement, c'est la prétendue démarche de Mgi^ Darboy et du curé Deguerry : la lettre qu'ils auraient écrite à M. Thiers, à propos de leur crainte, étant otages, d'être fusillés au premier jour si le président du pouvoir exécutif continuait à exécuter sans jugement les prisonniers qu'il faisait.
On peut difficilement admettre que deux ecclésiastiques de l'expérience et de la haute intelligence de MM. Darboy et Deguerry aient cru aux fables inventées pour exaspérer Paris contre Versailles, et l'on ne pourrait attribuer leur missive qu'à un sentiment de crainte personnelle, fort justifiée sans doute, mais auquel ils auraient eu tort de céder en des circonstances aussi graves.
Tout en doutant de leur authenticité, je te rapporte le jugement du premier moment sur ces deux lettres que donne V Affranchi — journal dirigé par M. Paschal Grousset, membre de la Commune — avec un petit ton badin très-ironique au fond.
En France on aime la crânerie, — c'est peut-être un mauvais goût, — et les prisonniers pouvaient craindre des journées de septembre et des massacres dans les prisons. Comme hommes, ils seraient plus qu'excusables ; mais comme exemple, ce serait fâcheux,
MM. de Pressensé et Guillaume Edmond, pasteurs protestants, ont très-dignement protesté contre la violence faite aux ecclésiastiques d'une autre communion que la leur, mais qui ont droit, comme tous les ministres des autres cultes, à la liberté.
Pour finir cette longue lettre, que ton amitié pour moi trouvera encore trop courte, j'en suis certain, je vais te citer les passages d'une circulaire du Comité central affi-
chée sur les murs du 6^ arrondissement (quartier des Écoles) :
(( Citoyens,
(( Devant le crimes les opinions politiques s'effacent, et la neutralité est inadmissible.
<ic On est toujours responsable du mal que l'on voit faire, quand on ne tente rien pour l'empêcher ou pour le châtier.
« En face de l'immonde Assemblée de Versailles et des membres qui constituent son gouvernement, quiconque se retranche derrière une opinion politique ou se déclare neutre est un lâche ou un complice.
« En conséquence :
(( Tous les citoyens appelés par le décret du 7 avril 1871, et non encore inscrits, devront se faire inscrire sur les registres ouverts à cet effet par les soins de la municipalité, dans le délai de quarante-huit heures ;
c Une commission est nommée à l'effet de relever sur les registres de Fétat-civil, sur les listes électorales, sur les livres de police et le rôle des contributions, la liste des citoyens compris dans les diverses catégories d'âge, afin de déférer à une cour martiale les déserteurs et les réfractaires, et de provoquer, en outre, la suppression de leurs droits civiques; car il faut absolument que les lâches traînent, dans la cité, sous Vœil et le mépris de leurs i oncAtoyenSy la marque de leur ignominie.
« Pour le Comité central :
€ Le chargé des ^pouvoirs, (C Lagord. »
Brrrrrr! — En voilà qui vont vite en besogne! Quelle chance pour moi d'habiter le 10e arrondissement !
— us —
Je ne t'ai rien dit de la guerre; en voici le bulletin : on se bat beaucoup, mais on n'avance ni d'un côté ni d^ l'autre.
En attendant des jours meilleurs, reçois, cher père, etc.
Jamais opérette de Cliivot et Dura n'aura le succès de fou rire qui accueillit la note, burlesque à force d'être sérieuse, de la Commission executive, traitant le peintre Gustave Courbet, dit^ en faniillo \e maître d'Onian^^ de président des peintres. , ^ ..
Faut-il que nous soyons en Commune pour voir le maître Courbet président des peintres? Mah qui Va nommé? Quels sont les peintres connus par leur mérite ou leur talent qui ont appelé M. Courbet— pardon — le citoyen Courbet — à être le président de cette république des arts? ^^^ .... ...
La note tout entière a besoin d'être reproduite :
La Commune autorise le citoyen Gustave Courbet, président des peintres, nommé en assemblée générale, à rétablir, dans le plus bref délai, les musées de la ville de Paris dans leur état normal, d'ouvrir les galeries au public et d'y favoriser le travail qui s'y fait habituellement. '■^ La Commune autorisera à cet eiïet les quarante-six délégués qui seront nommés demain jeudi 13 avril, en séance publique, à l'École de médecine (grand, aniphi théâtre), à deux heures précises. ,«5,^,^,^ I
De plus, elle autorise le citoyen Courbet, ainsi /{lie celte
tissèïiibiyè, à rétablir, dans la même Ui^gehcê, Te^positioii annuelle aux Ghamps-Llysees.
Paris, le 12 avril 1871.
* ' JjO Commission execuUve,
Du moment (\\\c (lourhel nrrive aux affaires, la co-
^yy'V-}\ >. ^^;b,-'oi'''^.^ ..■■[-le. hi hiii'jïïJjïv Aiij.
, X^a Commune de Paris,
Considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois graïif|? principes de la République français^?,
la fraternité,
>i')qqî. qj iiBijt.j ji0t:
Décrète :
Article unique. — J.a colonne de la place Vendôme
,, ,. 'Vin ^.ijU, ^mhiUiiiuyi alif):)
sera démolie. / ^ ■
Que disais-je? Déjà M. Courbet avait demandé le déboulonnage de cette colonne, et — détail à noter ^ le jour où son nom paraît à V Officiel paraît aus,si une décision ordonnant la destruction de ce monument, jXqus reviendrons sur ce sujet à la date du 8 mai, jour primitivenient lixé pour le renvçrsonxant de la colonne de bronze. " ^. r; /wmtd.u.^
La Commune fixe au 16 les élections qffl-'^mTéht compléter ses membres, liceticie le régiment des sa-
peiirs-pompiers comme corps militaire, à dater du 1^^^ avril — mesure rétroactive ■ — et suspend toutes les poursuites pour les échéances jusqu'au jour où paraîtra sur ce sujet un décret à ['OfficieL
Puis, ces décisions prises, la Commune songea à faire exécuter quelques-unes de ses décisions précédentes. Un passant ayant collé, à l'une des grilles de l'hôtel de M. Thiers, l'article dans lequel le Mot d' Ordre apprécie la valeur de Timmeuble, le lendemain, deux employés de l' ex-préfecture de police, escortés d'un certain nombre de gardes nationaux du 64^ bataillon, sont venus prendre possession de cette propriété, confisquée au profit de la nation.
En présence d'un délégué de la Commune, tous les bureaux, secrétaires, ont été fouillés, et les papiers, notes, études littéraires et politiques, correspondances, emportés. La perquisition faite, un poste est établi dans l'hôtel , et a été , depuis , renouvelé chaque jour.
' Que deviendront ces documents destinés à avoir une si grande place dans l'histoire contempo raine?
Après Thiers, Jules Favre; et n'est-ce pas rationnel?
Sur toutes les caricatures, Thiers et Jules Favre sont spécialement en butte aux traits dégoûtants de crayons sans pudeur.
Après la visite chez M. Thiers, ce fut la maison
de Jules Favre qui reçut les agents de la Commune.
Ce que nous savons de cette perquisition, nous le prenons dans le Cri du Peuple, journal où les calomnies s'épanouissent comme sur un terrain qui leur est propre :
Le misérable qui s'appelle Jules Favre est connu depuis plusieurs mois comme faussaire.
Aujourd'hui, on découvre les nouveaux vols qu'il a commis depuis le 4 septembre.
On a trouvé dans son domicile deux millions de titres au porteur, achetés après la chute de l'empire.
Si tous ses collègues — et Picard au moins est son émule — ont trafiqué de la sorte, le chiffre des détournements est énorme.
Et il y eut des gens pour le croire! — Qu'il me soit permis de plaindre M. Jules Favre, son beau talent vilipendé par ceux qui l'ont le plus adulé ! Qu'il me soit permis de plaindre et l'avocat dont la parole ; est maintenant sans puissance sur cette foule qu'elle passionnait, et l'orateur qui se trouve désormais visà-vis du peuple de Paris comme un muet s'adressant à des sourds.
Bilan de la journée.
Arrestations, — M. Dalouvert, chef du cabinet de la haute police, — police occulte sous l'Empire, • —
chasse de son habitation des Ternes par les obué ^tersaillais, est arrêté par les gardes fédérés; M. Gustave Chaudey, journaliste du 5^èc/^;, est arrêté au' bureau de son journal, sous raccusatîon « d'ilVôîr fait tirer de rilôtel-de-ViUe/le 22 janvieir. ^- ;^^^^^^^^^;. ^^^^^'^'^ ''^' '^' C'est le Père Duchêiie qui fui la causé^ 1fc^* c!ef:fe arrestation, par 1 article que je cite :* /
Le père Duchêne était là, le 22 janvier^ ■(^;iïand ces'MdtVivais bougres ont canardé les sans-culottes. i?''^H'l S^
Et qu'il a conservé une fameuse dent contre les gredinfe qui ont assassiné à côté de lui son ami Sapia. fr«pitij7rm,'>
C'est ce qui fait que le père Duchêne n'oubliera jamais ce qu'il a vu,
Et qu'il n'aura pas de cesse que ses amis les patrioîes soient vengés et les assassins punis.
Il y a, par exemple, le misérable Cbaudey, qui a Jolie un sale rôle dans cette affaire-là, ^î *iir««* * n €• a-'n
Et qui se ballade encore à Paris, aussi tranquille qu'un petit Jean-Baptiste. \n\U'Av~ .îi/ y»!, ^uv^^ .
Est-ce qu'on ne va pas bientôt décréter d'accusation ce jean-foutre-là et lui faire connaître un peu le goilt des bons pruneaux de six livres dont il nous a régalé dans le temps?
Le père Duchêne attend cette satisfaction-là.
Et il espère que la brave Commune se bâtera de la lui accorder. .
De l'énergie, foutre ! ..'MÎi-'v
Il le faut, si vous voulez que ça marche.
Et vous voulez que ça marche, n'est-ce pas?
Eh bien ! alors, dépèchez-vous.
.Après cette clénonciation en règlq. M, Çhaiidey étaU poursuivi, .^.j/j.'
, Avant crêtre arrêté, rue Chauchat, le commissaire aux délégations, M.^Pilotell,-- dessinateur de pejji de talent, mais de beaucoup de morgue — s'était rendu ajLi domicilQ de M. Chaudey, et sans présenter aucun mandat avait opéré la saisie de tout le numéraire qui se trouvait dans le bureau. M^^ Chaudey eut la présence d'esprit de lui. en demander reç^.^,,^^^^^ ^ ^
M. Pilotell, que nous retrouverons mettant cojc^atamment la main sur le numéraire, semble avoir pour conviction politique cette maxime de Bilboquet :îo lup
''^-^i Sauvons la caisse! ^^pocik- ^
Perquisitions, — Les frères Pereire Tout échappé belle! Leur hôtel de la rue du faubourg Saint-lïonoré a été cerné; Deux voitures de déménagement suivaient l'expédition, qui s'est terminée par une razzia de vin destiné aux malades des hôpitaux et aiix ])le^fei^s'ÏÏës''^mbulanceé?'''^''^ ^^^ ^^ ^*' ''^:^A' -^^"^^^^-
Liberté dn commerce, tt^ Ai'rèté défendant aux marchands regrattiersyfietr;d'ï)bjets divers de stationner sur les voies coiivertes et aux abords des halles centrales, nom'i eG
irimn ^.q ^>up x^hiî^yi -^ùov l^ ^inBÎ ôl II
Cancans:— Cette partie se' (livièe- en cancans civils et cancans militaires.
Parmi les cancans civils, on fait courir le bruit que les chemins de fer de Lyon et d'Orléans sont coupés.» parce que des approvisionnements de munitions pour Fartillerie seraient arrivés à la Commune.
Parmi les cancans militaires, l'armée de la Commune a cerné quinze cents hommes dans l'île de la Grande- Jatte, a qui n'ont plus qu'à se rendre ! »
Premier compte-rendu de la Commune, un 13!
Pas intéressants les débats de nos maîtres !
Que la vie est monotone, même dans ses plus grandes secousses, quand elles durent un certain temps! Nous sommes dans une époque volcanique entre toutes; 93 est dépassé; mais cela n'empêche que tous les jours vont se ressembler, et la répétition des mesures violentes, des arrestations, des dénonciations, fait que l'on ne prend plus garde ni aux menaces, ni aux promesses.
On lit dans l' Univers :
Encore une église fermée et des prêtres arrêtés. Vendredi soir, M. le curé de Saint-Roch et deux de ses vicaires ont été arrêtés. Ce matin, l'église était fermée, et un factionnaire avait été placé à la petite porte de la rue Saint- Roch.
\J Opinion nationale ajoute :
Au moment où les prêtres sont sortis de l'église, entourés par vingt-cinq gardes nationaux, une quantité considérable de personnes, parmi lesquelles un grand nombre de femmes, protestèrent avec énergie contre cet acte arbitraire. Un délégué de la Commune resta dans l'église pour dresser un inventaire de tous les objets précieux.
Le Journal de Paris nous annonce que :
M. l'abbé Miquel, premier vicaire de la paroisse de Saint-Philippe, a été arrêté en allant rendre visite à l'archevêque de Paris.
Il est à la Conciergerie.
Après? — Cela est-il nouveau? — Non, malheureusement. On n'est plus à compter les blessures faites à la liberté de conscience.
Douze bataillons sont dissous; les hommes seront désarmés, puis immédiatement versés dans d'autres bataillons.
D'abord, on prend le fusil du garde national refusant le service, puis on vient prendre, quelques instants après, l'homme devenu réfractaire.
Ainsi, rien n'échappe au Comité central*
Pierre Leroux est mort; la Commune a décidé l'envoi de deux de ses membres aux funérailles, après avoir déclaré qu'elle rendait cet hommage non au philosophe, mais à l'homme politique qui, le lendemain des journées de juin, a pris la défense des vaincus.
Les dentistes ont du bon, et leur maxime i''(<' Cuérissez, n'arrachez pas, » aurait bien dû être méditée par les législateurs de la Commune.
Quelque chose va mal; cefci ne le fait pas mieux aller en le supprimant complètement. C'est ce qui est arrivé pour les ambulances, que le docteur Parisel jMjursuivait de sa haine.
La Commune a fait prendre possession des bâtiments et de l'installation de Tambulancede la Pressé, au palais de l'Industrie. Devant ce fait brutal, le docleur Chenu s'est retiré avec son personnel.
Pendant qu'on veut descendre Napoléon I^'^^ de sa colonne, on veut voir aux Invalides si son caveau ne contient pas des matières faciles à monnayer.
Les recherches ayant été infructueuses, le couvent des Oiseaux, la célèbre maison d'éducation, t\it envahi par un fort détachement de gardes nationaux; mais la cage était ouverte depuis longtemps , et les pensionnaires avaient pris la clé des champs.
Une partie des quinze musées du Louvre a été rouverte au pubhc et aux artistes, comprenant le musée Lacazes, la salle Ilenri II, la salle des Sept-Cheminées oii se trouvent le Naufrage de la Méduse, par Géricault, et les Sabines, de David;
Tout le musée des antiques ;
Le musée des dessins de toutes les écoles, des miniatures et des pastels ;
- 157 ~- JLja musée Sauvageot, celui des faïences italiennes et des terres cuites de Bernard de Palissy ;
Le musée des sculptures de la Renaissance; ^,E|L, le musée dt^îs sculptures des XVIllc et XIX^ siècles du rez-de-chaussée.
i 3I^i^ Qix se bat toujours 1 Les avant -postes tirent à qui mieux mieux ; le canon gronde ; les mitrail- Iq^s.es avec , leur roulement acre font entendre leurs bruits «sinistres, et. les. visiteurs de musées sont rares.
Les surveillants ont l'air de gardes de cimetière^ et le suisse qu'on voyait autrefois à la grande porte du Pfivijlon Denon a été désarmé : il n'a plus sa formidable et pacifique hallebarde. 11 est dans un coin, Fex-tambour-major, disant, comme la touchante Valentiiie (de Milan : « Rien ne m'est plus, plus rien ne m'est l»
Ah! que les décrets de la Commune auront blessé de cœurs sensibles !
Il est temps de nous occuper d'un groupe de citoyens dont la formation est l'ouvrage de M. Bornaletj ex-restaurateur du boulevard du Temple, ex-maire du 3® arrondissement, et \n'és(iniement vieillard jwli- I tj(J^^ sans emploi.
Il a formé une Ligue dJUnum républicaine des droits de Paris , qui, dans la pensée de son auteur, 'levait jouer un grand rôle entre la (Commune et l'Assemblée. Ce rôle n'est peut-être pas neuf, mais il
réussit souvent : c'est celui du troisième larron qui s'empare de maître Aliboron.
La conciliation est son drapeau. Et la Ligue va de la Commune à l'Assemblée pour se mettre à la place des deux, les supplanter et monter par la paix le dada du pouvoir que les adversaires se disputent par la guerre.
Les représentants de la Ligue^ bien reçus par M. Thiers, n'obtinrent pas la soumission- de Versailles aux exigences de Paris, pas plus qu'à la Commune ils n'obtinrent la reconnaissance de l'Assemblée nationale par Paris belligérant.
Ils s'attirèrent même dans Y Officiel la petite mercuriale que voici :
Certains journaux rendent fort inexactement compte des démarches faites auprès de la commission executive par les délégués de la Ligue d'Union républicaine des droits de Paris,
La Commission executive a écouté, mais à titre officieux seulement, le rapport que la Ligue a fait insérer dans les journaux, mais sans avoir plus que précédemment le devoir de répondre à une question qui ne pouvait lui être adressée.
La Ligue a pris librement une initiative à laquelle la commission executive, aussi bien que la Commune, sont et devaient demeurer étrangères. Elle a résumé à sa façon les aspirations de Paris ; elle a posé un ultimatum au gouvernement de Versailles, annonçant par une affiche qui se lit encore sur nos murs que si le gouvernement de Fer-
sailles restait sourd à ces revendications légitimes, Paris tout entier se lèverait pour les défendre.
Le cas prévu et posé par la Ligue s'étant réalisé, elle n'a pas besoin d'interroger la Commune; elle n'a qu'à tirer la conséquence de ses déclarations spontanées, en conviant Paris tout entier à se lever pour défendre ses droits^ méconnus.
Bien touché! C'est de bonne guerre, et M. Bonvalet n'a pas jugé prudent de prendre le commandement des troupes dje sa Ligue; il a vu qu'on le tenait à distance des deux côtés, et s'est trouvé comme un macaroni — lui, cuisinier émérite — cuit feu dessus feu dessous.
La Ligue redevenue muette s'est résignée à un bien modeste rôle pour tant de grandes affiches !
M. Edouard Lockroy, qui allait au fort de Vanves, a été pris par un piquet de cavalerie, conduit à Versailles, et emprisonné. V ^
Quel est son crime?
La Commune rend, par hasard, un moins mauvais [décret; mais il ne sera pas exécuté :
Considérant que s'il importe pour le salut de la République que tous les conspirateurs et les traîtres soient mis lans l'impossibilité de nuire, il n'importe pas moins Tempêcher tout acte arbitraire ou attentatoire à la liberté ridividuelle,
Décrète :
Art. 1er. — . Toute arrestation devra être notifiée immé-
— IGO —
diatement an délégué de la Commune à la justice, qui interrogera ou fera interroger l'individu arrêté, et le fera écrouer dans les formes régulières, s'il juge que l'arrestation doive être maintenue.
Art. 2. — Toute arrestatiou qui ne serait pas notifiée dans les vingt-quatre heures au délégué de la justiGe sera considérée comme une arrestation arbitraire, et ceux qui l'auront opérée seront poursuivis. -siiiii n>
Art. 3. — Aucune perquisition ou réquisition ne pourra être faite qu'elle n'ait été ordonnée par l'autorité compétente ou ses organes immédiats, porteurs de mandats réguliers, délivrés au nom des pouvoirs constitués par la
Commune. ^Trfftrfnfias^At-^'tf^q- q^v^ji^
Toute perquisition ou réquisition arbitraire entraînera la
mise en arrestation de ses auteurs.
Paris, le 14 avril 1^71.
.: :j: U^*?'r^jri Ahififfr^ >M»MJ°r->Jô HbJ
•Que va dire M. Pille-Hùtel, commissaire^ aSit délectations, de ce décret? — Il le trouvera réactionnaire et demandera la mise hors la loi de la Comtnuneviet le Père Duchêne, rinsiQ:ne ivroiïne, dira: -^^ '-^ '^^* « Vous ne warchez pas, foutre! cttéyênë MHa
-^ -^ - ...... ..iqiliiN
Élections complémentaires à îa Commune. — Tableau des abstentions* '*''*i- ^Papiers du 4 "septemlji'ë. ~ La légation belge envahie. — Paysans '^-fusillés sans juûjement par Dombrowski. ~ Parenthèse. — Prise du , château de Bécon. — : L'amiral... presque Suisse. — La cour martiale. — Loi sur les éohéances. — Plus d'huissiers; encore des huissiers. — Gentillesses aux journaux. — L'argenterie des Invalides. — Les bonnes lectures. — Déclaration au peuple français. — • Les ballons. — Boulangers et mitrons. — Pyat voudrait revoir Bruxelles. — Pilotell récompensé suivant ses mérites. — Les mystères de l'église Saint-Laurent : ^'''stïuelettes et souterrains. — Raoul Rigault est remplacé par Frédéric j;{ Cpurneté — Suspension d'armes. — Promenade à Neuilly. — La francmaçonnerie et la Commune : démarche des F.*. M.*. M.*. — 2,000,000, s. y. p. — Pauvres pêcheurs ! — Manifestation des fr.*. maç.*. ~ Le fort d*Issy. — Cluseret arrêté. — Grand meeting de la province à Paris. — Fédération artistique. — La Commune dans l'embarras.
Les élections complémentaires pom^ la Commune ont eu lieu le 16 avril. Il y avait trente-une places vacante]^. Les élections ont été tellement négligées par la population entière, que malgré Textrême facilité de la Commune à valider les; pouvoirs des candidats, elle n'a pas osé se compléter quand même. Vingt membres seulement sont venus la renforcer.
Ce sont les citoyens Andrieu, Arnold, Briosne , Cluseret (nommé deux fois), Courbet, Dupont, Durand, Johannard, Lonclas, Longuet, Menotti Garibaldi, Philippe, Pillot, Pothier, Rogeard, Seraillier, Sicafd, Trinquet, Vésinier, Viard.
Menotti Garibaldi ne s'est pas rendu à l'honneur qu'on lui faisait. Briosne et Rogeard n'ont pas voulu
- 162 ~d'une validation révoltante , de sorte que , dés le lendemain du scrutin, il y avait encore quinze vacances à remplir. La Commune ne songea plus à se compléter; elle avait Vésinier, ex-copiste d'Eugène Sue, qui se fait passer pour Tex-secrétaire du grand romancier : cela lui suffisait. Courbet faisait sa gloire, et avec J.-B. Clément, le chansonnier, ils pouvaient se décerner la devise des poètes latins : Ut pictura poesis.
Le chiffre des abstentions est tellement à noter, que le tableau ci-contre en donnera une idée. Ce fut un camouflet, un abandon ; aussi, la Commune voyant que le huitième des électeurs inscrits ne suffisait plus, adopta la majorité relative : la moitié plus un.