‹ Paris sous la commune--Chapitre 40 sur 65 · COMPLAINTE DU CHANSONNIER · texte numérisé non relu

COMPLAINTE DU CHANSONNIER

(Extrait.)

Air de Fu aides,

.\YI.

On voit avec leurs insignes

Arriver nos r'présentants.

■Ils ont tous l'air très-contents.

Faut dir' qu' c'est des gens bien dignes 'eux qui les insult'nt souvent S"en pourraient pas faire autant !...

)es orchestres très-conv'nahles It qui jouaient en môme temps, [lais sur des airs différents, tendaient la fête agréable.

'*n s's'rait cru à l'Opéra, 'ni d'ailleurs n'est pas loin d'ià.

Au signal du machiniste, On vira le cabestan ; Mais la cord' se tendit tant Qu'on redoutait un sinistre.

L'appareil avait le tort De n'pas être le plus fort.

Enfin il faut qu'il succombe A cinq heures trente-cinq....

Quel exempt' pour Henri Cinq !

La colonn' s'incline et tombe....

Et Napoléon Premier S'ab)m(^ dans le fumier.

La foule se précipite Pour ramasser les débris De ce monstre qui l'a mis Dans un état si critique ; Chacun, en signe d'espoir, Agite en l'air son mouchoir!

Mais lorsque l'on examine Cett' colonne de canons, Eir n'était f^iit' que d'moellons....

G'monument n'payait que d'mino.

D'bronze il n'y avait pas beaucoup On nous avait monté l'coup !

Les étrangers, — Pour donner un aperçu de la façon d'agir de ces Messieurs de la Commune, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire la lettre écrite aux journaux par le correspondant du Morning Advertiser, retenu illégalement pendant quelques heures :

Monsieur le rédacteur,

Revenant hier soir du Gymnase, trois de mes amis et moi, nous nous sommes arrêtés au premier café encore ouvert.

A peine installés, — il était 41 heures 20 minutes, — nous, ainsi que toutes les personnes se trouvant à cette heure sur cette portion du boulevard, nous fûmes cerné par une troupe de cent à cent cinquante gardes nationaux

Enfin, un garde me permit de monter l'escalier, ce qii me fournit Foccasion de voir des Messieurs avec des écharpes rouges aux franges d'or y soupant dans un cabine avec plusieurs dames.

Je demandai s'il nous serait bientôt permis de partir.

(( Attendez, me fut-il répondu. Les citoyens sont en trair de souper. »

Vers trois heures et demie, on nous ordonne de sortir Un membre delà Commune galopait autour de nous, disant (( Si quelqu'un, homme ou femme, cherche à détruire oi

à laisser tomber un papier quelconque, ou à s'échapper, fusillez-le immédiatement : vous avez mes ordres. y>

On nous conduisit à l'Hôtel-de-Ville ; vers cinq heures, nous demandons humblement quand on nous mettrait en liberté. — o: Ces Messieurs les citoyens sont à déjeûner. y> Je ne pus m'empêcher de faire cette réflexion, que l'appétit des citoyens était des plus satisfaisants, puisque, venant de souper, ils déjeunaient déjà. On m'imposa silence.

Vers six heures, nous entendîmes : « liGs étrangers ! y> Le consul russe sort, accompagné du correspondant du Times, M. Dallas : nous les suivons de près. Je fais voir mon passseport. Un jeune monsieur me reçoit avec une écharpe rouge et un revolver. Il me demande de quel droit moi et mes c de compatriotes venons en France encourager la débauche.

Je répondis que je fumais tranquillement mon cigare avec trois de mes amis ; il n'y avait pas même une seule femme auprès de nous.

Je ne pus pas m'empêcher de lui faire observer que j'avais eu l'honneur de le voir, quelques heures auparavant, soupant avec des femnaes dans un cabinet. Il me répondit brusquement c< que ça ne me regardait pas, que je méritais de /*..... le camp dans mon sale pays, et de ne plus remettre le pied en France. x>

On ne répond pas à un homme qui, après avoir si bien soupe et déjeûné, a un revolver à ses côtés. Je me retirai. Au même moment où je passais sous les fourches caudines à la porte, et que je franchissais la grille, non sans un certain soulagement, un garde s'écria que s'il avait dépendu de lui, il m'aurait fusillé.

Enfin, entre six et sept heures, je fus Ubre, tout à fait libre.

Eylolt BowER, ConespoudcJnt du MornUiQ Advertiscr

Réforute, — Le Journal officiel ajoute en tète de son numéro cF aujourd'hui : Liberté, Égalité/ Er citernité, avec la date empruntée au calendrier républicain : 26 floréal an 79.

Le vrai courage. — Le Journal de Paris venait d'être supprimé; il reparaît presque immédiatement sous le titre VÉcho de Paris ^ sans rieh changer a 'sa disposition typographique, à sa rédaction, à son format. Sauf le mot Écho qui remplace le mot Journal, il Y avait à se méprendre. , i

On doit rendre un hommage réel à la courageuse direction que M. Edouard Hervé §ut donnep à son journal. M. Henri Vrignault et lui ont certainement relevé le rôle de journaliste.

Journée du 17 mai.

La iKirodie continue. — La Commune ne veut pas de dictature de soldat, « qui, dit-elle, aboutit, tôt ou tard, à l'établissement d'une dynastie. » Pour empêcher cette primauté militaire, elle cherche un moyen déjà employé par les conventionnels, et nomme des commissaires civils attachés aux généraux :

Art. 1^^'. — Des commissaires civils, représentants de la Commune, sont délégués auprès des généraux des trois armées de la Commune.

I 4,if^t ^. -73 i^^opt nommés con;iïBksaires civils : 'A

1" Auprès div^én^ralDombrowsld, le, citoyen Dereure; ;/2" Auprès du général La Cécilia, le citoyen Johannard; "^'^^''Wupres du général Wrobleski, le citoyen Léo Meillet. Hôtel-de-Ville, le 26 floréal an 79.

Le Comité de saint public.

..;, Ces commissaires n' exercèrent pas longtemps leur RurveiUan,ce ; les Versaillais les ont promptement re-

:.Mpersmiie^né'pahe}'-— avait, jusqu'à présent, cherché à établir le plus d'obstacles possibles pour empêcher la sortie de Paris ; aujourd'hui, le Comité de salut public étabht une acthe surveillance à l'en-

ï ■ "il ,> f, ■

Art. i^^'. — Tous les trains, soit de voyageurs, soit de marchandises, de jour et de nuit, se dirigeant sur Paris par une ligne quelconque, devront s'arrêter hors de l'enceinte, au point où est établi le dernier poste avancé de la garde nationale.

Art. 2. — Aucun train ne pourra dépasser la limite précitée saas avoir été préalablement visité par l'un des commisSfii,r^s de police délégués à cet eftèt.

Art. Î^,-—. Les travaux nécessaires seront immédiatement exécutés à la hauteur de l'enceinte, pour être en mesure de détruire instantanément tout train qui essaierait de forcer la consio^ne.

Toujours la menace pour assurer l'exécution diis, mesures'les plus arbitraires.

Le commencement de Vinfamie. — Un arrêté dont on ne devait comprendre malheureusement que plus tard riiorrible portée paraît à \ Officiel:

Le membre de la Commune délégué aux services publics,

Arrête :

Tous les dépositaires de pétrole ou autres huiles minérales devront, dans les quarante-huit heures, en faire la déclaration dans les bureaux de l'éclairage, situés place de l'Hôtel-de-Ville, 9.

Paris, le 16 mai 1871.

Vu et présenté par ringénieur chef des services publics :

Ed. Caron.

Vu et dressé par l'ingénieur chef du service de l'éclairage et des concessions :

H. Peyrouton.

Le membre de la Commune^ délégué aux services publics,

Jules Andrieu.

Ce pétrole devait servir à incendier Paris! Et l'on disait que c'était pour éclairer la ville dans le cas où le gaz manquerait ! ! !

Arrestation, — M. Pons, le célèbre maître d'armes, capitaine, pendant le siège, du i^^ bataillon de la garde nationale, est arrêté. On arrête éjjalement le

prote et le concierge de T imprimerie Dubuisson, ne pouvant arrêter le rédacteur du Républicain.

La Commime et les musées. — La Commune fait apposer les scellés sur tous les musées du Louvre; elle en réorganise le personnel, et fait déménager les objets d'art qui se trouvent dans le palais des Champs- Elysées, pour les transporter au musée du Louvre.

La cartoîicherie Rapp, — Vers six heures, Paris est mis en émoi par une formidable explosion. C'est la cartoucherie Rapp qui vient de sauter. Aussitôt la Commune s'empare de ce fait, résultat d'un accident, pour en accuser Versailles.

C'est Versailles qui a envoyé des agents pour mettre le feu à cette cartoucherie; des hommes sont arrêtés qu'on dit avoir été vus s'échappant en tenant encore à la main des mèches enflammées.

Le Comité de salut public fait afficher, le lendemain, cette proclamation :

Le gouvernement de Versailles vient de se souiller d'un nouveau crime, le plus épouvantable et le plus lâche de tous.

Ses agents ont mis le feu à la cartoucherie de l'avenue Rapp et provoqué une explosion effroyable.

On évalue à plus de cent le nombre des victimes. Des femmes, un enfant à la mamelle ont été mis en lambeaux.

Quatre des coupables sont entre les mains de la sûreté générale.

Paris, le 27 floréal an 79.

Le Comité de salut public.

Détail curieux : presque toutes les pendules du quartier avoisinant la cartouclierie se sont arrêtées à six heures moins dix minutes.

L état-major communal, — Pendant que les fédérés sont sur les remparts, les officiers d'état-major mènent une si agréable vie, que X Officiel est obligé de la siernaler dans une note de la façon suivante :

Des officiers d'état-major de la garde nationale, qui manquaient à leur service pour banqueter avec des filles de mauvaise vie chez le restaurateur Peters, ont été arrêtés avant-hier, par ordre du Comité de salut public. Ils ont été dirigés sur Bicêtre avec des pelles et des pioches pour le service des tranchées. Les femm.es ont été envoyées à Saint-Lazare pour confectionner des sacs à terre.

Ces petites orgies amènent les rigueurs de la Commune sur le café Peters, dont la fermeture est ordonnée.

La Commune en séance. — La Commune, se trouvant sans doute bien de Tadoption des mesures qui rappellent 93, veut persévérer dans la même voie, et elle songe à de seconds massacres de septembre. Le citoyen Urbain communique un rapport d'un lieute-

. ,nant Eutin^ de la 3f compagnie du 105^ bataillon, dénonçant le viol et le massacre d'une ambulancière par les Versaillais, et demande, en compensation , que dix des otages de riIôtel-de-Yille soient fusillés dans les vingt-quatre heures. Cette sinistre proposition est ''rippùyée par le citoyen J.-B. Clément. ' tè 'citoyen Raoul Rigault veut qu'on réponde aux assassinats des Versaillais en frappant les coupables et non les premiers venus, a J'aimerais mieux, dit-il, laisser échapper des coupables que de frapper un ■innocent! » Que n'a-t-il fait ce qu'il disait! M. Chaudey vivrait encore! ' H\' ' '

Le citoyen Protot veut que les choses suivent le cours ordinaire : les prisonniers seront jugés.

Pour en fmir, la Commune adopte l'ordre du jour suivant :

(( La Commune, s'en référant à son décret du 7 avri^ 1871, en demande la mise à exécution immédiate. »

La séance continue par cette déclaration, en réponse à celle de la minorité :

La majorité de la Commune déclare :

1<^ Qu'elle est prête à oublier la conduite des membres de la minorité qui déclareront retirer leur signature du manifeste;

2'' Qu'elle blâme ce manifeste, et passe à Tordre du jour.

La séance se termine par le dépôt des propositions suivantes :

Proposition Vésinier :

1° Les titres de noblesse, armoiries, livrées, privilèges nobiliaires et toutes les distinctions honorifiques sont abolis.

Les pensions, rentes, apanages y afférents sont supprimés.

2^ Les majorats de tous genres sont abolis ; les rentes, pensions et privilèges en dépendant sont supprimés.

3o La Légion-d'Honneur et tous les ordres honorifiques sont abolis.

Autre proposition Vésinier :

La loi du 8 mai 1816 est rapportée; le décret du 21 mars 1803, promulgué le 31 du même mois, est remis en vigueur.

Tous les enfants reconnus sont légitimes et jouiront de tous les droits des enfants légitimes.

Tous les enfants dits naturels non reconnus sont reconnus par la Commune et légitimés.

Tous les citoyens âgés de dix-huit ans et toutes les citoyennes âgées de seize ans qui déclareront devant le magistrat municipal qu'ils veulent s'unir par les liens du mariage seront unis, à la condition qu'ils déclareront, en outre, qu'ils ne sont pas mariés, ni parents jusqu'au degré qui, aux yeux de la loi, est un empêchement au mariage.

Ils sont dispensés de toute autre formalité légale.

Leurs enfants, s'ils en ont, sur leur simple déclaration, seront reconnus légitimes.

Proposition Durand :

Je propose à la Commune de décréter qu'à l'avenir, nul

déménagement n'aura lieu qu'après avoir été surveillé à l'emballage par un douanier ou tout autre agent de la Commune. ,

Proposition du conseil de la 5^ légion :

Considérant que tout citoyen honnête a le droit de combattre pour la liberté de son pays dans quelque camp que le hasard l'a placé, Décrète :

Art. 1^^'. — Tout citoyen qui aura pris part à la défense des libertés communales et de la République aura droit à une pension de 300 fr., dont le premier trimestre sera payé trois mois après le jour où une victoire complète aura été remportée par l'armée des défenseurs de la République sur celle des royalistes versaillais.

Art. 2. — Tout soldat de l'armée versaillaise, à quelque corps qu'il appartienne, venant se ranger sous la bannière de la Commune et de la République, aura droit à la même retraite.

Art. 3. — Tout citoyen de la province qui prendra les armes pour défendre la République et les institutions communales aura également droit à la même retraite.

Art. 4. — Tout officier et sous-officier de l'armée de Versailles venant défendre le drapeau de la liberté aura le droit à la retraite, proportionnellement à son grade.

Les communards, comme toujours, en élucubrant leurs propositions, se souciaient fort peu de la désorganisation qu'ils allaient apporter dans la société, si elles allaient être prises au sérieux.

, Inlervention/priissienne. — Depuis le traité de pai^, il n'est bruit dans Paris que de F intervention prussienne dans les affaires intérieures de la France. Les journaux annoncent des concentrations de troupes allemandes dans 'lasvegyir^nséerla^ capitale, dont elles se rapprochent. On va jusqu'à dire que si dans trois jours Paris np s'^est pas rendu, la Prusse imposera un vote plébiscitaire à la France, et que si Paris ne veut pas se soumettre à ce vote, les Prussieiis le bombarderait sans merci. . ; .. - , u vî'ui}.

Ces bruits seraient-ils devenus une réalité si Paris n;avait été aussitôt délivré? C'est ce qu'on ne peut dire ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que la Prusse, créancière de la France, n'aurait pas voulu laisser perdre son gage.

Les artistes fédérés, — Il est fait quelques nominanations assez intéressantes :

Sur la proposition de la commission fédérale des artistes.

Le citoyen André Gill, dessinateur, est délégué comme administrateur provisoire du musée du Luxembourg.

Les citoyens Chapuy (Jean), sculpteur, et Gluck, peintre, lui sont adjoints pour l'assister dans ses fonctions provisoires.

Le citoyen Oudinot (iVchille), architecte et peintre, est délégué comme administrateur provisoire des musées du Louvre.

Et les citoyens Héreau (Jules), peintre, et Dalou, sta-

tuaire, lui sont adjoints pour l'assister dans ses fonctions "provisoires.

Journée du 18 mai.

Encore des squelettes. — Après Picpus, Saint-Laurent; après Saint-Laurent, les Petits-Pères.

Des squelettes ont encore été découverts dans cette dernière église. Sur cette découverte, quatre prêtres de Notre-Dame-des-Victoires sont arrêtés.

Ces exhumations ont produit des exhalaisons tellement malsaines, que deux gardes nationaux, de faction dans l'église, se sont évanouis, et n'ont repris leurs sens qu'au grand air.

Craintes de la Commune — La Commune apercevant du découragement dans les gardes nationaux ou sentant arriver sa chute, croit devoir, pour ranimer le zèle de ses soldats, pubher un manifeste où, exaltant la cause pour laquelle ils combattent, elle montre la perte des républicains et de la République, s'ils hésitent ou s'ils reculent.

Aux gardes nationaux.

Vos ennemis, ne pouvant vous vaincre, voudraient vous déshonorer. Ils vous jettent les épithètes de brigands et de pillards, en ajoutant ainsi la calomnie à la série de leurs

crimes. Répondre par la force à leurs attentats contre la République, voilà le brigandage; lutter pour le triomphe des franchises communales, voilà le pillage.

Ronapartistes, orléanistes et chouans sont ligués contre vous et n'ont de lien commun que leur haine pour la révolution. Ils rêvent de rétablir un trône qui servirait de rempart à leurs privilèges, et ils voudraient écraser la Répubhque, garantie de tous les progrès, sous l'ignorance des campagnes qu'ils égarent on corrompent.

Vous déjouerez leurs projets liberticides par votre discipline et votre héroïsme. Leurs trahisons nous ont empêchés de sauver l'intégrité de notre patrie ; mais elles n'auront pas la puissance de nous rejeter sous le joug, mime passager, d'une restauration monarchique.

Il faut que ces insurgés contre les droits du peuple en prennent leur parti : nous réaliserons le sublime programme tracé par nos pères en 92. L'ordre dans la République, la liberté, l'égalité, la fraternité, ne demeureront pas lettre morte. La lutte soutenue en France depuis quatre-vingts ans contre le vieux monde va toucher à son dénoûment.

Si vous remplissez vos devoirs, il n'est pas douteux : c'est Paris triomphant, ce sont les villes qui brûlent de suivre votre exemple, ce sont les campagnes élevées à la notion de leurs droits, c'est la République devenue inébranlable et affranchissant le peuple de l'ignorance et de la misère, c'est une ère nouvelle ouverte à tous les progrès.

Si, au contraire, vous hésitiez ou vous reculiez, ce serait Paris livré aux vengeances féroces des sicaires de Versailles et noyé dans des flots de sang; ce serait la dévastation et le carnage dans toutes les rues, regorgement et la déportation des républicains dans toute la France, le deuil de la République ajouté au deuil national, l'esclavage du citoyen

greffé sur la patrie démembrée, une rétrogradation effroyable dans toutes les orgies du royalisme.

Gardes nationaux ! votre choix est fait : vous combattez pour la République, pour votre salut, pour la plus noble des causes, et vous vaincrez !

Vive la République !

Vive la Commune !

Paris, le 27 floréal an 79.

Le Comité de saint public.

Bulletin militaire, — Au moment où la Commune est sur le point d'expirer, il est curieux de relater les rapports militaires enregistrés journellement, et toujours mensongers. Ainsi, celui du 17 dit que le fort de Vanves n'est pas occupé par les Versaillais ! que ceux-ci ont été repoussés à Neuilly! etc.!...

Pas de demi-mesure. —Le colonel de la 8^ légion n'y va pas de main morte contre les réfractaires. Il les menace de mort s'ils refusent de marcher :

Tous les citoyens de dix -neuf à quarante ans, faisant partie des 3^ et ¥ bataillons, qui n'auront pas rejoint immédiatement leur casernement à la caserne de la Pépinière, seront arrêtés et déférés à la cour martiale. (La peine encourue est celle de mort.]

Trois bataillons étrangers à l'arrondissement sont mis à ia disposition de la légion pour faire exécuter cet ordre.

Un F.\ M.', tué. — A l'ambulance du Grand-Orient, l'uc Cadet, était mort des suites de ses blessures un

dignitaire de la franc-maçonnerie qui avait été un des instigateurs de la manifestation du 29 avril.

La Commune donna toute l'importance possible a cet enterrement, fort remarquable d'ailleurs par le nombre des maçons, l'éclat des ornements et la diversité des costumes.

Faits divers. — Au concert des Tuileries, M^^^ Agar a encore dit la Lyre d'airain^ de Barbier.

L'église de la Trinité est fermée pour cause de déménagement des vases sacrés à la Monnaie.

Le citoyen Jaussoulé (Ferdinand) est autorisé par la Commune à former un corps franc qui s'appellera le corps des Lascars.

Jugement sonimaire. —- Les journaux communalistes annoncent « que les criminels émissaires de Versailles qui ont mis le feu à la cartoucherie de l'avenue Rapp ont été, dans la nuit du 18 mai, jugés et condamnés à mort. L'exécution doit avoir lieu dans les vingt-quatre heures. »

Parmi ces malheureux se trouve un Polonais, le comte Zamovski, un liomme du meilleur monde, dont la bourse a toujours été ouverte à ses compatriotes dans le besoin. Dombrowski est un de ceux surtout qui ont le plus abusé de la générosité du comte.

Représentations de bienfaisance. — La Commune est pleine d'humanité à ses heures. Aujourd'hui, jour i

de l'Ascension, des membres de la Commune ont organisé trois représentations aux Tuileries. Dans la salle des Maréchaux, à deux heures ; dans la galerie de Diane, à quatre heures ; dans la salle du Théâtre, à six heures. Partout foule nombreuse et empressée.

Journée du 19 mai.

La Commune et la presse. — Par arrêté du Comité de salut public, dix journaux sont supprimés : la Commune^ Y Écho de Paris ^ V Indépendance française, V Avenir national, la Patrie, le Pirate, le Républicain, la Revue des Deux-Mondes, Y Écho de Ultramar et la Justice. Pour ne pas être obligé d'y revenir si souvent, la Commune arrête qu'aucun nouveau journal ou écrit périodique poUtique ne pourra paraître avant la fin de la guerre. Afin que l'on sache à qui l'on a affaire, les articles devront être signés par leurs auteurs ; les attaques contre la République et la Commune seront déférées à la cour martiale, naturellement.

Toujours des abus. — Il n'y a pas que d'honnêtes gens dans la garde nationale, car voici la note que le ministère des finances est forcé d'insérer dans Y Officiel, menaçant de cour martiale et encourageant la délation :

La solde de la garde nationale a donné lieu à de scandaleux abus.

Le délégué aux finances a constitué un service spécial de contrôle pour arrêter les détournements qui se commettent tous les jours.

Quant aux misérables qui ont osé profiter des difficultés de la situation actuelle pour tromper indignement la Commune, le service de contrôle est appelé à faire une enquête sévère sur ces délits qui, à l'heure présente, sont des crimes. Leur culpabilité établie, ils seront déférés à la cour martiale et jugés avec toute la rigueur des lois militaires.

La direction du contrôle, siégeant à la délégation des finances, recevra avec reconnaisance tous les documents de nature à l'éclairer.

Situation militaire. — On sentait que de jour en jour approchait l'action définitive, et malgré le peu de cas à faire des rapports militaires de la Commune sous les bonnes nouvelles qu'ils ne cessaient de donner, on cherchait toujours un indice de vérité.

C'est par les forts sud-ouest qu'il semble que l'armée entrera. \J Officiel dit :

Véritable bombardement toute la soirée, d'Auteuil, Passy et Point-du-Jour par les batteries de Montretout ; nous ripostons vigoureusement.

Définitivement, succès remporté par nos braves fédérés dans le bois de Boulogne.

Tout va bien ! Acculés eutrn doux barricades, jni-

traillés des deux côtés, ils diraient encore que tout va bien !

Non seulement tout va bien, mais on triomphe !

19 mai 1871, 1 heure 10 minutes.

Nous recevons dépêche d'Arc-de-Triomphe : Plus de feu, plus d'attaque ; croyons les Versaillais repoussés.

Delescluze.

Aussi, avec ce calme qui sied aux gens tranquilles sur le résultat, et sûrs de Tatteindre, se livrent-ils à V administration intérieure.

Les travaux de démolition de la chapelle expiatoire sont commencés. Les ouvriers ont enlevé les chames en fer qui entouraient ce monument et ont descellé les pierres de taille qui entouraient la chapelle et formaient tout autour une sorte de trottoir.

Le Comité central partage entre tous ses membres les commissions de Fadministration de la guerre :

Intendance. — Moreau.

Ordonnancement. — Piat, B. Lacorre.

Solde. — Geofroy.

Contrôle général et informations. — Gouhier, Prudhomme, Gaudier.

Commission médicale. — Fabre, Tiersonnier, Bonnefoy. Infanterie. — Lacord, Tournois, Barroud.

Artillerie. — Rousseau, Laroque, Maréchal. Armement. — Bisson, Ilouzelot.

Génie. — Brun, Marceau, Lévêque.

Cavalerie. — Chouteau, Avoine fils.

Examen disciplinaire^ enquête et secours, — Navarre, Husson, Lagarde, Audoynaud.

État-major, — Hanser, Soudry.

Habillement, équipement, harnachement, campement. — Lavalelte, Château, Valatz, Patris, Pougeret.

Train, — Millet, Boullenger.

Subsistances, — Bouit, Dacamp, Grêlier, Drevet.

Dans le 2® arrondissement, on fait des fouilles chez les boulangers qui continuent à travailler la nuit.

La préméditation incendiaire, — h' Officiel est pressant, les membres de la Commune aussi. 11 faut des matières combustibles, incendiaires, acharnées; il en faut beaucoup et tout de suite.

Les possesseurs de phosphore et produits chimiques qui n'ont pas répondu à l'appel du Journal officiel s'exposent à une saisie immédiate de ces produits.

Paris, le 18 mai 1871.

Le membre de la Commune, chef de la délégation scientifique,

Parizel.

La délégation scientifique acceptera tous les jours, de huit heures à onze heures du matin, les soumissions de sulfure de carbone qui lui seront faites.

Paris, le 19 mai 1871.

Le membre de la Commune, chef de la délégation scientifique,

Parizel.

Inutile de dire a quoi tous ces produits ont servi.

La sinistre menace de Jules A'alles a été mise en exécution :

« Si M. Thiers est chimiste, il me comprendra ! »

» Séance de la Commune. — La première partie de la séance est longuement occupée par les récriminations des membres de la Commune. Ils se plaignent que VOfficiel dénature leur pensée et tronque leurs discours, met sous le nom de Tun ce qui est la folie de l'autre :

Le citoyen Mortier. — Je viens protester contre une erreur des sténographes qui ont écrit Mortier pour Pothier. Je demande à ce que rectification du fait soit insérée à VOfficiel, Si la sûreté générale faisait évacuer ou fermer toutes les églises de Paris, elle ne ferait que prévenir mes désirs. Ce que je pourrais lai contester, ce serait la fermeture complète de ces maisons, car je désire les voir ouvertes pour y traiter de l'athéisme et anéantir par la science les vieux préjugés et les germes que la séquelle jésuitique a su infiltrer dans la cervelle des pauvres d'esprit.

La Commune déclare Turgence de juger Cluseret, et prend plusieurs décisions qui seront à VOfficiel du lendemain.

A dimanche la suite des travaux de la Commune.

Le départ de Rochefort. — Ennemi des gens de la Commune, mais non du principe communal, M. Rochefort part dans la nuit du 19 au 20 mai, laissant

OOA

— ooyj —

une lettre dans laquelle il déclare que devant la situation faite aux journaux par la dernière mesure du Comité de salut public, il ne croit pas de sa dignité défaire paraître le Mot d'Ordre.

Il attendra des jours meilleurs. Ce départ fut un coup pour la Commune : si Rochefort partait, c'est que la situation n'était plus sûre. Le gouvernement l'arrêta à Meaux.

Journée du 20 mai.

La lutte. — Décidément la lutte a pris un caractère des plus sérieux. Du Point-du-Jour à Passy, il y a un engagement très-important. A Passy surtout, le combat semble prendre les proportions d'une bataille. D'après les forces qui sont concentrées sur ce point, on peut croire que Passy est devenu l'objectif des assaillants.

C'est donc là aussi qu'on prépare une grande résistance.

Les bulletins furent, comme toujours, les plus satisfaisants du monde :

Midi, Petit-Vanves.

Les garibaldiens ont mis en fuite les ruraux. Nous avons encore eu l'avantage du côté de Clamart.

Neuilly, Auteuil.

Succès importants.

Fusillade intermittente.

Nos artilleurs sont pleins d'entrain, et l'esprit des troupes

en général est excellent.

Neuilly.

Tout va bien. Les batteries de nos barricades font éprouver des pertes sérieuses aux Versaillais.

Minuit. — Reprise des hostilités jusqu'à six heures du matin; avantage aux fédérés.

Après-midi, — Nos bastions tirent de temps à autre et font cesser le feu ennemi.

Sur le boulevard , le bruit courait que le drapeau tricolore avait flotté un instant sur la porte d' Auteuil. Ce que Ton nous a raconté à ce sujet serait qu'un soldat, ayant escaladé les murs, aurait planté un tout petit drapeau tricolore sur le parapet des remparts.

Décrets. — La Commune lance décrets sur décrets. Elle veut faire voir qu'elle sait employer son temps.

i^ Une commission supérieure de comptabilité, composée de quatre comptables nommés par la Commune, est instituée.

Elle sera chargée de la vérification générale des comptes des différentes administrations communales, et devra fournir à la Commune un rapport mensuel de ses travaux.

2o (( Considérant que dans les jours de révolution,

le peuple, inspiré par son instinct de justice et de moralité, a toujours proclamé cette maxime : « Mort aux voleurs ! »

La Commune décrète :

Art. l6^ — Jusqu'à la fin de la guerre, tous les fonctionnaires ou fournisseurs accusés de concussion, déprédation, vol, seront traduits devant la cour martiale; la seule peine appliquée à ceux qui seront reconnus coupables sera la peine de mort.

Art. 2. — Aussitôt que les bandes versaillaises auront été vaincues, une enquête sera faite sur tous ceux qui, de près ou de loin, auront eu le maniement des fonds publics.

3^ Il sera fait application aux parents des victimes de la cartoucherie de l'avenue Rapp du décret du 10 avril 1871, concernant les veuves et les orphelins.

4» Un recueil hebdomadaire de tous les actes officiels de la Commune est fondé; il prendra le titre de Bulletin des Lois,

Henri IV à terre, — Un échafaudage a été dressé hier matin devant la grande porte d'entrée de THôtelde-Ville. Quatre ouvriers s'y sont installés et ont commencé à enlever, morceau par morceau, la statue d'Henri IV qui orne le fronton demi-circulaire. Ce matin, la statue était complètement enlevée.

Les brassards trieolores, — Les mesures de la Commune étaient tellement attentatoires à larehgion, à la

liberté, à la famille et à la propriété, que Ton songeait sérieusement, pratiquement, à une diversion à l'intérieur. Pour se reconnaître, on devait avoir un brassard tricolore au bras gauche. Un officier d'étatmajor, qui était du complot, éventa la mèche, et l'affaire n'eut pas lieu.

Mais quand l'armée de l'ordre entra, les brassards revinrent, et l'on peut dire que les fédérés ne furent pas les derniers à se déguiser avec ce signe distinctif des bons gardes nationaux, qui était comme la carte de civisme de Versailles.

Mont-de-Piété, — Il est procédé à un second tirage au sort de quatre nouvelles séries d'objets engagés et devant être délivrés gratuitement.

Ce tirage a donné les résultats suivants :

1« Du 16 au 31 janvier 1870; 2o Du 16 au 31 novembre 1869 ; 3*>Du 16 au 31 mai 1870; 40 Du 1er au 15 février 1871.

Seuls, les habitants de la Commune de Paris pouvaient bénéficier du droit du 6 mai, h la condition que chaque reconnaissance porte le cachet de la mairie, du commissaire de poHce, du juge de paix ou du conseil de famille du bataillon de l'arrondissement de r emprunteur.

Lart lyrique, — M. Auber ayant été remplacé par M. Daniel Salvador qui, sous l'Empire, faisait la cri-

tique musicale à la Marseillaise, ce dernier voulut parler à ses... sujets de la danse et du chant:

Les citoyens et citoyennes artistes, attachés aux théâtres ci-après : Opéra, Opéra-Comique et Théâtre-Lyrique, et comptant à un litre quelconque dans le personnel du chant, de l'orchestre, des chœurs, de la danse ou de la régie, sont invités à se réunir dans la salle du Conservatoire, mardi 23, à deux heures, à l'effet de s'entendre avec le citoyen Salvador Daniel, délégué par la délégation à l'enseignement, sur les mesures à prendre pour substituer au régime de l'exploitation, par un directeur ou une société, le régime de l'association.

Le jury d'aeeiisation, — Cette intervention des gouvernants parisiens, destinée à couvrir d'un masque de légalité les journées de septembre que préparait Raoul Rigault, fonctionne aujourd'hui pour la première fois.

La séance est ouverte à onze heures, et Ton passe à l'interrogatoire de quelques sergents de ville.

Pour l'histoire, qui refusera de croire à tout ce qui se passe à Paris, nous reproduisons aux documents l'interrogatoire d'un des aeeusés (1).

L'audience a compris plusieurs séries d'accusés, et presque tous furent retenus comme otages; c'était une menace de mort quo d'être otage, et l'on meurt

(1) Voir aux documents la note P, qui rapporte les paroles du président et du substitut du procureur de la Commune.

vingt fois quand l'appréhension de la fusillade ne vous laisse aucun répit.

A cette séance, on donnait comme probable, pour le commencement de la semaine prochaine, mardi ou mercredi, la comparution de Farcheveque de Paris devant le jury d'accusation.

Journée du 21 mai.

Le dernier jour cViin condamné, — Lorsque les faits sont passés, on ne peut s'empêcher de rechercher et d'analyser la philosophie du hasard.

Qui de nous, des internés de Paris, aurait cru la délivrance si proche ? Qui de nous aurait pensé qu'au cadran de l'éternité la dernière minute de la Commune venait de sonner?

Par une sorte de fatalité, c'était une belle journée de mai, pendant laquelle on a chanté, ri, décrété, terrorisé comme si, de longtemps, rien ne devait changer dans Paris.

C'est comme un fait exprès ! La mort vous saisit quand on y pense le moins, et l'on dirait que l'horrible fiancée s'arrange pour vous surprendre du côté où l'on ne regarde pas, car on fuirait de dégoût à l'approche do cette carcasse d'os blancs recouverts d'ini suaire.

■M Mesures eoinniunalesi -*t^iDans le ii^ arrondissement, on fait à la Commune des défenseurs par force. Qui ne marche pas est arrêté ^ et l'on arrête dans les rues. .ua^oî*

L'intendance communale aura un nouveau costume.

Le corps des marins est dissous.

En présence des tentatives de corruption qui lui sont signalées de toutes parts, le Comité de salut public rappelle que tout individu prévenu d'avoir offert ou accepté de l'argent pour faits d'embauchage se rend coupable du crime de haute trahison et sera déféré à la cour martiale.

La Commune de Paris,

Conformément aux principes établis par la première République, et déterminés par la loi du 11 germinal an II,

Décrète :

Les théâtres relèvent de la délégation à l'enseignement.

Toute subvention et monopole des théâtres sont supprimés.

La délégation est chargée de faire cesser, pour les théâtres, le régime de l'exploitation par un directeur ou une société, et d'y substituer, dans le plus bref délai, le régime de l'association.

Les écoliers de la Comniîme. .^Tq^-yrfiê jour-là nous avons rencontré, rue des Martyrs, une bande d'environ deux cents bambins marchant en rang, précédés par un enfant qui battait du tambour et un autre qui por-

— ool

lail un petit drapeau rouge. Ils chantaient à tue-tète la Marseillaise. Cette promenade grotesque fêtait Fouverture d'une école laïque organisée par les soins de la Commune.

Encore une brebis galeuse. — Après avoir pris connaissance des pièces contenues dans le dossier du citoyen Clément et après ses déclarations, les membres de la Commune, Dupont et Clialain, firent un rapport qui concluait à ce que Ton maintînt l'arrestation de Clément, jusqu'à ce que de l'étude de quelques pièces résulte si oui ou non il a été agent de police secrète sous Napoléon III.

La Commune, qui ne peut pas laver son linge sale en famille, le fait en public, ce qui est loin d'attirer la confiance générale à des gens qui, dit-on, si on les épluchait tous, auraient probablement bien des peccadilles sur la conscience.

Le Comité central. — Cette note, qui parut à VOfficiely souleva à la séance de la Commune un toile général:

Les habitants de Paris sont invités de se rendre à leur domicile sous quarante 'huit heures ; passé ce délai, leurs titres de rente et grand livre seront brûlés.

Pour le Comité central :

Grélier.

Lefrançais alla jusqu'à demander l'arrestation du signataire de cette note.

Un peu de musique. — Il y avait grand concert à deux heures et demie, dans le jardin des Tuileries. Quinze cents musiciens de la garde nationale ont exécuté six morceaux. 11 y avait bien six mille auditeurs.

Dernière séance de la Commnne, — On se réunit à trois heures et demie de l'après-midi. Vallès présidait, ayant G. Courbet pour assesseur.

Cluseret, jugé, fut acquitté, et avant la fin de cette séance Paris échappait à la tyrannie de la Commune, qui est morte en mentant aux Parisiens, comme elle avait vécu en mentant aux principes qu'elle invoquait.

A cinq heures du soir, l'enceinte était forcée, et lundi matin le Cr^ f/z//j96uj)Z6 publiait ces rapports militaires :

Montrouge, 21 mai.

Deux attaques sur Moulin-Saquet^ barricade Villejuif, dix heures da soir et trois heures matin, repoussées sans pertes.

Moulia-Saquel.

A poussé une reconnaissance jusqu'à Choisy et n'a rencontré que des patrouilles de cavalerie.

Hautes-Bruyères et Cachan, calme.

Ivry tire sur Choisy vers onze heures.

Petit-Vanves.

Rien de nouveau.

Midi, 21 .

Parc Béranger ouvre son feu sur Bécon.

Neuilly.

Tout va très- bien.

Oui, tout va très-bien, mais ni pour Neuilly, ni pour vous ; pour la liberté et la France !

L'insurrection était vaincue.

Pyat et Grousset disparaissent.

Delescluze déménage au plus vite du ministère de la guerre et se réfugie à rHôtel-de-Yillc, d'où il lance cette affiche qui ne trompa personne :

8 heures du soir.

On avait, dans la soirée, parlé de l'entrée de Versaillais dans la ligne des remparts.

L'observatoire de l'Arc-de-Triomphe nie l'entrée des Versaillais ; du moins il n'y voit rien qui y ressemble. Le commandant Renard, de la section, vient de quitter mon cabinet et affirme qu'il n'y a eu qu'une panique, et que la porte d'Auteuil n'a pas été forcée ; que si quelques Versaillais se sont présentés, ils ont été repoussés. J'ai envoyé chercher onze bataillons de renfort par autant d'officiers d'état- major, qui ne doivent les quitter qu'après les avoir conduits au poste qu'ils doivent occuper.

Delescluze.

Et pendant ces événements si importants, le jury

d'accusation était convoqué pour le lendemain; les théâtres, pleins de lumières et de rires, avaient peine à contenir la foule qui se pressait aux guichets ; et dans un club obscur, le citoyen Gaillard père — ^qui avait repris ses fonctions de barricadier en chef — parlait avec jactance de la barricade qu'il ferait construire à l'Arc-de-ïriomphe, de manière à permettre aux Parisicbs de battre en brêchè lé Mont-Valérien, en empêchant a tout jamais les Versaillais d'entrer

dans I ans. npilBdîr -^ulmi^im^h iBaaJ.

Trop tard / — Le mot de toutes les révolutions.

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LAGONIE,

Le 22 mars et le 22 mai. — Le clairon d'alarme. — Ils sont entrés! — Appel de Delescluze aux combattants aux bras nus. — Les afffches du 22. — Barricades. — Les affiches du 23. — Les journaux du 23. — Prise de Monmartre. — L'incendie. ■— Les dernières affiches du 24. — Les pompiers. — L'exécution de Minière. — Les anciennes municipalités. — Le parc aux cerfs de Raoul Rigault. — L'écurie du général Eudes. — La batterie du Père-Lachaise, — Le sort des otages : Gustave Chaudey, M»' Darboy, le curé Deguerry et le président Bonjean. — La Ligue d'union républicaine. — Les prisonniers. — Le fort de Vincennes. — Conclusion et proclamation de Mac-Mahon aux habitants de Paris.

Le 22 MARS 1871, des hommes, des Français, des Parisiens, un ruban bleu à la boutonnière, portant un drapeau tricolore, — autour duquel se groupaient des marins, des soldats, des mobiles, des gardes nationaux et des francs-tireurs sans armes — faisaient, au nom de Tordre, une manifestation pacifique.

Le Comité central leur répondit par des coups de fusil, et des balles brisèrent la hampe du drapeau national qui tomba.

Le 22 MAI — deux mois après, jour pour jour — ces mêmes hommes, les armes à la main cette fois, ren-

- Vit -

traient en vainqueurs dans ce Paris d'où ils avaient été chassés, et faisaient de nouveau flotter sur la ville le drapeau tricolore, qui est celui de la France.

Dans la nuit du 21 au 22, Paris fut réveillé dans tous ses quartiers par le bruit des tambours et des clairons. Le tocsin était sonné dans les églises; des troupes en armes allaient et venaient sur les boulevards. Dans les maisons tout le monde se levait en hâte, les fenêtres s'ouvraient, des têtes anxieuses s'y montraient.

Il faisait nuit; le clairon d'alarme piquait les échos de ses notes plaintives, et un bourdonnement inconnu, confus, inénarrable, s'élevait de la cité subitement troublée dans son repos.

A l'aube on vit des gardes nationaux remonter les boulevards par petits groupes; ils étaient exténués de fatigue, couverts de poussière, et leurs fusils suaient la poudre.

— Les Versaillais sont dans Paris! dirent-ils.

Cette nouvelle, quand elle fut certaine, fut pour les uns un coup de foudre, pour les autres un soupir de déhvrance.

Deux mois de régime imposé par des gens qui se disaient les apôtres de toutes les libertés, et dont les actes répondaient si peu aux principes dont ils se paraient, avaient fait bien des désolations. Ceux qui n'avaient pu — ou qui n'avaient pas voulu — quitter Paris, en butte à des exigences de service actif,

à des perquisitions, à des arrestations, voyaient arriver avec bonheur la fm de leurs craintes et de leur terreur. ILes gens pour qui le travail est un devoir facile voyaient avec la fin de la guerre s'ouvrir une ère de paix.

Et ils semblaient heureux !

Les personnes qui n'osaient se montrer la veille sortaient, s'enquéraient; les réfractaires de la garde nationale allaient aux informations.

— Par 011 sont-ils entrés?

— Comment ?

Les questions se croisaient, chacun racontait sa version; mais tout le monde était d'accord sur un point, et c'était le principal : l'entrée des troupes.

On se féhcitait entre voisins. Et tout le monde disait : Enfin !..

Dans certains quartiers de la ville et des faubourgs, l'enthousiasme était plus contenu , car tout n'était pas fini, et les habitants des rues où s'élevaient des barricades se voyaient exposés à tous les risques des luttes sanglantes que l'attitude des fédérés et l'ardeur des troupes faisaient présager.

Les femmes surtout se montraient indignées de ce qu'elles appelaient (( la lâcheté des hommes, » qui rentraient chez eux au lieu de combattre jusqu'au dernier. Cependant nombre de mères de famille allèrent sur les barricades chercher leurs maris, prirent leurs fusils et les ramenèrent ainsi au logis.

Quelques journaux parurent : le Journal officiel^ le Père Dîichêne^ le Cri du Peuple, le Rappel ^lé Vèrigeiir^ le Journal populaire (édition du matin). -—On se les arracnaii. ^i *f;ff}rj """'t--: ^î^? /-iff^r itç ^l'fM-ji'n^-t ?!- '

V Officiel, muet sur l'entrée des troupes dans Paris, ne donnait pas de nouvelles militaires. A la place où se trouvaient la veille les renseignements guerriers s'étalait l'annonce d'un marché passé avec un facteur d'instruments de musique, pour la livraison de cent clairons garnis, au prix de 13 fr., livrables le 25 mai. U^'^t^^ ^ir oo'iff* mfvm

Cependant cette proclamation en disait assez long pour ceux qui savent lire : •^'■

Ali peuple de Paris, -- Ala garde nationale.

Citoyens,

Assez de militarisme, plus d'états-majors galomiés et dorés sur toutes les coutures !

Place au peuple, aux combattants, aux bras nus ! L'heure de la guerre révolutionnaire a sonné.

Le peuple ne connaît rien aux manœuvres savantes; mais quand il a un fusil à la main, du pavé sous les pieds, il ne craint pas tous les stratégistes de l'école monarchiste.

Aux armes! citoyens, aux armes! Il s'agit, vous le savez, de vaincre ou de tomber dans les mains impitoyables des réactionnaires et des cléricaux de Versailles, de ces misérables qui ont, de parti pris, livré la France aux Prussien? et qui nous font payer la rançon de leurs trahisons.

Si vous voulez que le sang généreux qui a coulé comme de l'eau depuis six semaines ne soit pas infécond, si voué

voulez vivre libres dans la France libre et égalitaire, si vons voulez épargner à vos enfants et vos douleurs et vos misères, vous vous lèverez connme un seul homuie, et devant votre formidable résistance, l'ennemi, qui se flatte de vous remettre au joug, en sera pour la honte des crimes inutiles dont il s'est souillé depuis deux mois.

Citoyens, vos mandataires combattront et mourront avec vous, s'il le faut. Mais au nom de cette glorieuse France, mère de toutes les révolutions populaires, foyer permanent des idées de justice et de solidarité qui doivent être et seront les lois du monde, marchez à l'ennemi, et que votre énergie révolutionnaire lui montre qu'on peut vendre Paris, mais qu'on ne peut ni le livrer ni le vaincre!

La Commune compte sur vous ; comptez sur la Commune !

Le délégué civil à la guerre, Ch. Delesgluze.

Le Comité de salut public :

Ant. Arnaud, BiLLioRAY, E. Eudes, , ,, w

F. Gambon, g. Ranvier. ' , ' ""'7.

Il faudrait, pour répondre à cette sinistre proclamation, mettre en regard toutes les atrocités commises par ces gens affolés de rage, ivres de tout ce que les passions destructives peuvent offrir de plus désordonné !

Que les honnêtes gens qui ont cru en les hommes de riïôtel-de-Ville doivent regretter leur erreur et pleurer le concours — ne serait-il que moral — qu'ils peuvent leur avoir prêté !

Courbet finir ainsi?

Delescluse ?

Ils ont fait appel aux combattants aux bras mis, et ils ont accompli ensemble les ravages par lesquels les barbares se sont signalés dans l'bistoire : ils ont égorgé, pillé, assassiné, incendié. Ces bommes-là, incapables de quelque chose de grand, ont tout abattu à leur taille et ont laissé des ruines.

Des mesures étaient prises pour faire marcher le bataillon de la fédération artistique.

Autre arrêté de leur Officiel, le dernier :

Le délégué civil à la guerre,

Attendu que le 7^ bataillon refuse son concours à la défense de la République et de la Commune,

Vu le rapport du chef de la 9« légion, Arrête :

Le 7® bataillon est dissous.

Les hommes de dix-neuf à quarante ans, tombant sous l'application de l'arrêté du 7 avril 1871, seront reversés dans d'autres bataillons.

Le colonel de la 9® légion est chargé de l'exécution du présent arrêté.

Paris, le 21 mai 1871.

Le délégué cirril à la guerre, Gh. Delescluze.

De plus, le pubhc est prévenu que les musées du Louvre seraient fermés, et que les sœurs avaient été

remplacées par des citoyennes dans les services hospitaliers de Beaujon.

Le combat est ^partout engagé avec une extrême violence. Partout on élève des barricades.

Le feu prend au ministère des finances ; toutes les archives sont atteintes depuis la rue du Luxembourg jusqu'à la rue Saint-Florentin. On fait courir dans le public le bruit que c'est le grand livre que la Commune fait brûler, et comme V Officiel de ce matin a été très-peu lu, on ne sait pas que la Commune a désavoué le Comité central et la note signée GrêHer.

Des affiches couvrent Paris; les voici dans l'ordre suivant lequel elles ont été apposées :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté^ — Égalité^ — Fraternité.

Que les bons citoyens se lèvent !

Aux barricades I L'ennemi est dans nos murs. Pas d'hésitation.

En avant pour la République, pour la Commune et pour la liberté !

Aux armes !

Paris, le 22 mai 1871.

Le Comité de salut public :

Ant. Arnaud, Biluoray, E. Eudes, J. Gambon, g. Ranvier.

COMMUNE DE PARIS

DEUXIÈME ARRONDISSEMENT. -- M4î^IE^I)E;,^LA.,ipçyRSE.

Les monarchistes qui veulent anéantir Paris se croient sûrs de la victoire ; ils ne font que creuser leur tombe.

Aux barricades, frères, aux barricades !

Que chaque coin de rue devienne une forteresse, que les enfants roulent des pavés, que les femmes cousent des sacs à terre ! Alix armes, bataillons fédérés ! La province, éclairée, enthousiasmée, marche à notre aide. Aujourd'hui la lutte acharnée, demain la victoire définitive.

Debout ! Vous tenez en vos mains le sort de la Révolution.

Vive la Commune /

Vive la République !

La délégation communale :

Eugène PoTTiER, Auguste Serraillier, Jacques Durand, Jules Johannard.

Paris, ^22 mai 187 L

Les autres maires n'ont pas fait de proclamations.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté, — Égalité, — Vraterniié.

COMMUNE DE PARIS

Comité de salut public* yhUùiiïii^iU

Le Comité de salut public autorise les chefs des barricades à requérir les ouvertures des portes des maisons là où ils le jugeront nécessaire.

A réquisitionner pour leurs hommes tous les vivres et objets utiles à la défense, dont ils feront récépissé, et dont la Commune fera état à qui de droit.

Paris, le 22 mai 1871.

^^^ ^Le membre du Comité de salut public^

[Qf 'xii'-A 'i^r^A^'^y

G. Ranvier,

i' 11 y a des barricades : rue de Rivoli, rue Duphot, ^rue de Luxembourg, rue Neuve-Saint-Augustin, rue ^ de Monpensier, au coin du Théâtre-Français, à l'entrée de la rue du 4 septembre ; faubourg du Temple, boulevard Voltaire, place du Chàteau-d'Eau, sous la porte Saint-Martin, place du Nouvel-Opéra, presque toutes les rues adjacentes des deux côtés du boulevard, rue Richelieu, rue Yivienne, place delaRourse, place Glichy, au milieu de la rue de Chàteaudun (ex-Gardinal-Fesch), rue Saint-Marc.

Ce n'est encore rien.

Demain il y en aura davantage. Jamais l'expression : se hérisser de barricades, n'aura été plus juste pour Paris. Ce sont surtout des enfants qui les construisent, mais elles n'en servent pas moins aux combattants, parmi lesquels se distinguent les fennnes.

Le général La Cécilia commande à Montmartre ; le colonel Brunel, de la lU^ légion, relâché de sa prison, commande à la place Vendôme.

Un journal affirme que d'une fenêtre d'une maison située au coin du boulevard Rocliecliouart, on a tiré sur des gardes nationaux.

Une pei^quisition, faite immédiatement dans cette maison, ayant amené la découverte d'individus armés, plusieurs auraient été, sur le champ, passés par les armes.

La susceptibilité de l'homme est encore excitée par sa défaite; aussi, ce fait n'a-t-il rien d'invraisemblable.

Dans l'après-midi, on a pu se procurer quelques journaux : Y Avant-garde^ le Salut public et le Journal populaire.

A la nuit close, la situation n'a pas sensiblement changé depuis le matin.

Les Versaillais occupent la plus grande partie de la rive gauche, les quais, les Champs-Elysées, le faubourg Saint-Honoré et une partie des boulevards Malesherbes et Haifissmann . Ils ont des mitrailleuses à Saint-Augustin, et des canons défendent la caserne de la Pépinière.

Au ministère des finances, on est parvenu à se rendre maître de l'incendie.

Le drapeau tricolore était arboré sur l'Ecole militaire, où l'on a trouvé les archives de la société l'/nternationale.

Le Comité de salut public fait afficher pour demain matin une nouvelle proclamation aux soldats de l'armée de Versailles. Toute la nuit on a construit des barricades, pendant que le canon tonnait et que la mitrailleuse grinçait (1).

(1) Voir à la note Q le programme des sper-tacles de Paris pour

Voici la proclamation :

COMMUNE DE PARIS

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