DUCROT
ifiiord.
N'est-ce pas que cela est galant ? et cette appréciation chevaline d'hommes d'Etat n'est-elle pas spirituelle, de bon goût, et l'indice d'un esprit fin et distingué? ,
La résistance des derniers tronçons de l'armée communale augmentait forcément l'acharnement des combattants qui, dans leur exaspération d'être vaincus, auraient, s'ils en eussent eu le pouvoir, fait sauter la France entière.
Ces égoïstes matérialistes ne voyaient qu'eux. Que leur importaient les innocents et les inoftensifs? A la dernière heure tout le monde dut les servir , les étrangers comme les autres. En vain leur montraiton des papiers en règle, des passeports timbrés, signés et visés; la bonne plaisanterie pour eux, ces gens hors la loi !
Pour que tout Paris porte la trace de leur colère, ils avaient installé sur les buttes Chaumont et sur la
terrasse du cimetière du Pére-Lachaise des batteries qui tiraient à toute volée sur la cité.
Les obus pleuvaient, trouant les toits^ frappant les monuments, écrasant, tuant, brûlant n'importe oii, n'importe qui.
Leur rage aveugle ne leur laissait pas le loisir de pointer leurs pièces. Ils savaient que chaque coup portait... dans le las, et tandis qu'ils couvraient Paris de fer, leurs émissaires venaient inonder les caves des maisons de matières intlammables qui devaient incendier l'immeuble et faire rôtir les habitants.
Si ces dévastateurs eussent possédé Montmartre, Paris n'eût été, avant la fin de mai, qu'un immense monceau de décombres; mais la direction militaire tenta un coup hardi et s'empara de ce point si important, dont la prise de possession était le signe évident de la défaite des fédérés.
En contemplant les ruines de Paris, en songeant aux événements qui viennent de s'accomplir, on se demande si réellement le mot civilisation n'est pas dénué de sens, et ne représente pas plutôt un rêve qu'une réalité !
Sur tous les tons on a dit que la France marchait A la tête de la civilisation moderne, et voilà le résultat I
Oui, nous avons trouvé l'électricité, la vapeur et tant d'autres choses ; mais il faut croire que l'homme est toujours le même, et que depuis Caïn rien n'est changé en lui, sin^ ^'auveloppe et l'apparence.
Le 26, reparurent plusieurs journaux victimes de la Commune : le Paris-Joiirnid, la Liberté, \e Bivn public et le Siècle. '} ^ '"^'^
Seulement à ce moment, on a des détails authentiques sur le sort des otages détenus à la Conciergerie, à la Préfecture de police, et transférés à Mazas et surtout à la Roquette.
L'assassinat de M. Gustave Chaudey fut le premier connu. Il remontait au mardi 23 mai, et avait eu lieu à Sainte-Pélagie : Raoul Rigault commandait le peloton d'exécution.
Après Chaudey, on sut à n'en pas douter que M^J^' Uarbov et le vénérable curé Det>uerrv avaient subi le même sort, mais seulement le lendemain mercredi. Ces exécutions, dans lesquelles furent compris M. le président Bonjean, furent faites sous la direction de Ferré, délégué à la sûreté générale.
On a cité un détail horrible :
En revenant de l'exécution, l'un des assassins dit à un de ses camarades, en parlant de M. Bonjean :
— Tiens, ce vieux, as-tu vu comme il s'est relevé ? il a fallu qu'on l'achève !
Le chef d'état-major du maréchal Mac-Mahon publie un rapport dont nous extrayons ces détails :
État des personnes notables fusillées par la Commune le mercredi 24 mai au soir, et renseignements sur leur exécution :
M^f Darboy, archevêque de Paris ; MM. Bonjean, prési-
dent de chambre à la cour de cassation ; l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine ; Ducoudray, père jésuite ; Clerc, père jésuite ; Allard, père jésuite.
Total : six victimes fusillées le mercredi soir, 24 mai.
Dans la nuit de vendredi à samedi, du 26 au 27 mai, quelques autres personnes ont encore été fusillées. Ce sont :
MM. Bengy, père jésuite , Caubert, père jésuite; OUivaint, père jésuite ; Petit, secrétaire de l'archevêque ; Gard, séminariste ; Polanchin, prêtre; Seigneuray, séminariste; Houillon, missionnaire ; Perny, missionnaire ; Sabathier, vicaire de Notre-Dame-de-Lorette ; Jecker, Américain, (Une autre dépêche l'appelle le banquier Jacquer.)
L'abbé Surat, grand vicaire de Paris, avait réussi à s'échapper, mais en traversant une barricade, un obus lui enleva la tète.
Les six premiei'S notables ont été fusillés dans la prison, et leurs corps transportés a l'ancienne mairie du 20^ arrondissement. Les seize autres, avec un groupe de trente-huit gendarmes, ont été conduits au Père-Lachaise, dans la nuit, sous un prétexte de transfèrement,"et fusillés.
Quatre autres, dont les noms sont inconnus, ont été fusillés samedi. Ils faisaient partie de la liste comprenant vinurt noms.
Il y a donc un total connu de soixante-quatre victimes.
Dans la journée de samedi, les prisonniers restant allaient être fusillés par la Commune, lorsque, à l'instigation du gardien Pinet, de l'ancien personnel conservé par la Commune, ils se sont révoltés.
A cinq heures du soir, samedi 27, la Commune, prise définitivement de panique, s'est enfuie.
En résumé, il reste encore en ce moment à la prison :
lo Cent militaires sortant des hôpitaux, etc., qui ont refusé de participer aux prises d'armes décrétées par la Commune ;
2^ Quinze ecclésiastiques ;
.^)« Cinquante-quatre sergents de ville, qui sont ainsi presque miraculeusement rendus à la liberté.
Les incendies continuent à la Villette; les importants magasins généraux flambent, et de sinistres lueurs embrasent le ciel : l'iiorrible chose !
Le cœur est serré rien qu'en écrivant ces désas très ! Qu'on juge de ceux qui ont vu ces événements d'assez près pour pouvoir se vanter d'avoir fait la chaîne à tous les incendies importants !
Nous avons quelque peu parlé de cette superbe Ligue d' Union répiiblicume à laquelle M. Bonvalet consacrait les loisirs que lui avait faits sa cuisine renommée au boulevard du Temple. Cette ligue a publié depuis un rapport, une communication au Siècle, datée du 26 mai, oi^i elle cherche à prouver qu'elle a rendu les plus grands services, elle qui, sous l'égide de la Commune, dictait orgueilleusement des lois et menaçait de sa colère le gouvernement légal réfugié à Versailles :
Si l'Assemblée restait sourde aux instances de la Ligue, et refusait de recormaître les droits de la capitale, Paris se lèverait tout entier pour les défendre.
Voir ce rapport aux documents (lettre N), duquel il résulte que cette ligue était sans force, ses inenihres sans décision, et ses hommes influents plus prés de la Commune que du gouvernement légal.
Aussi, quand M. Bonvalet a voulu rentrer à la mairie du 3^ arrondissement, a-t-il rencontré une opposition qui Ta forcé à se retirer au plus vite. 11 en a été d'ailleurs de même de M. Tirard, le principal désorganisateur de la résistance au 23 mars.
Le 27 mai, la défense des derniers fédérés était concentrée dans Belleville même, et le 28 tout était terminé-
On n'évalue pas a moins de dix à douze mille le nombre des fédérés tués sur leurs barricades. Les prisonniers sont excessivement nombreux. Ils ont été en grande partie dirigés sur Versailles ou sur le camp de Satory, d'où ils sont transférés dans les prisons de l'Etat. Le nombre des femmes arrêtées est relativement considérable : beaucoup, prises les armes à la main, assassinant de préférence les officiers, empoisonnant les soldats et mettant le feu dans Paris, ont été passées par les armes.
Le fort de Vincennes, qui était resté entre les mains des insurgés, s'est rendu à discrétion le lundi 29, à trois heures de l'après-midi. La garnison de Vincennes prisonnière était de quatre cents hommes. On y a trouvé quinze fonctionnaires de la Commune. Un commissaire de police constata leur identité.
Ce sont les troupes du général Yinoy qui en ont pris possession. L'insurrection est donc complètement écrasée au dehors comme au dedans de Paris. *
'*'œil-est pas à cette place qu'il faut nommet* êt'techercher ceux qu'on a fusillés; ceux qu'on a emprisonnés ou qui ont réussi à s'enfuir.
Ceux qui sont morts ont rendu avec leur âme le terrible compte qu'ils devaient de leur conduite ; ceux qui sont en prison auront à répondre devant la justice\ qui les tient, et ceux qui se sont dérobés aux poursuites iront dans quelque coin ignoré cacher leur individualité; mais aucun d'eux n'échappera à la punition, à la réprobation universelle qui accompagnera le nom de ces hommes qui n'auront reculé devant rien pour assouvir les passions fauves qu'ils ont excitées et soulevées.
La condamnation solennelle de leurs actes sera dans l'opinion publique un revirement en faveur de tout ce qu'ils auront bafoué.
On sera plus rehgieux que jamais ;
On sera plus Chauvin que jamais ;
On respectera davantage la propriété;
On aimera plus la famille;
Et quad on parlera de la Commune de Paris de 1871, on ne dira pas :
— Alors on était libre !
Le gouvernement de la Commune a cessé dans Pa-
ris avec la prise delà dernière barricade par Tarmée de Versailles. Le dernier coup de canon tifé des batteries fédérées du Père-Lachaise a été le dernier cri d'agonie des bommes du 18 mars, et c'est pour cela que nous fermons ici ce bvre, au monient où le 28 mai, à cinq beures du soir, commençait pour Paris un nouveau gouvernement.
Le 29 au matin, les Parisiens pouvaient lire ceci •^sur tous les murs non brûlés de la ville :
Habitants de Paris,
L'armée de la France est venue vous sauver.
Paris est délivré.
Nos soldats ont enlevé, à quatre beures, les dernières positions occupées par les insurgés.
Aujourd'bui, la lutte est terminée : l'ordre, le travail et la sécurité vont renaître.
Au quartier-général, le 28 mai 1871.
' i^ maréchal de France^ Commandant en chef.
Maréchal Mac-Mahon, duc de Magenta.
FIN DE PARIS sous LA COMMUNE.