‹ Paris sous la commune--Chapitre 42 sur 65 · COMITÉ DE SALUT PUBLIC · texte numérisé non relu

COMITÉ DE SALUT PUBLIC

Au peuple de Paris,

La porte de Saint-Cloud, assiégée de quatre côtés à la fois par les feux du Mont-Valérien, de la butte Montmartre, des Moulineaux et du fort d'Issy, que la trahison a livré, la porte de Saint-Gloud a été forcée par les Versaillais, qui se sont répandus sur une partie du territoire parisien.

Ce revers, loin de nous abattre, doit être un stimulant énergique.

Le peuple qui détrône les rois, qui détruit les bastilles; le peuple de 89 et de 93, le peuple de la Révolution ne peut perdre en un jour le fruit de l'émancipation du 48 mars.

Parisiens, la lutte engagée ne saurait être désertée par personne; car c'est la lutte de l'avenir contre le passé, de la liberté contre le despotisme, de l'égalité contre le mo-

nopole, de la fraternité contre la servitude, de la solidarité des peuples contre l'égoïsme des oppresseurs.

Aux ARMES !

Donc, AUX ARMES !

Que Paris se hérisse de barricades et que, derrière ces remparts improvisés, il jette encore à ses ennemis son cri de guerre, cri d'orgueil, cri de défi, mais aussi cri de victoire; car Paris, avec ses barricades, est inexpugnable.

Que les rues soient toutes dépavées : d'abord, parce que les projectiles ennemis, tombant sur la terre, sont moins dangereux; ensuite, parce que ces pavés, nouveaux moyens de défense, devront être accumulés, de distance en distance, sur les balcons des étages supérieurs des maisons.

Que le Paris révolutionnaire, le Paris des grands jours fasse son devoir; la Commune et le Comité de salut public feront le leur.

Le Comité de salut public :

Ant. Arnaud, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier.

Le jeu des gouvernants de Paris était d'une duplicité redoutable. Tandis qu'ils exaltaient outre mesure la population contre l'armée, ils tendaient à celle-ci une main soi-disant fraternelle.

— Tuez tout ! Aux armes ! au feu ! Parisiens !

Tel était le langage des hommes de rHôtel-de-Ville qui, se retournant vers l'armée, disaient d'un air gracieux :

— Entrez chez nous; on vous y recevra bien.

Les affiches suivantes et les extraits des journaux de la Commune rendront plus saisissant encore ce machiavélisme banal qui ne devait pas donner un

soldat de plus à la Commune ni diminuer d'un seul homme l'armée de Versailles.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté, Égalité, Fraternité.

COMMUNE DE PAmS.

Fédération de la garde nationale, comité central.

Soldats de l'armée de Versailles,

IVous sommes des pères de famille.

IVous combattons pour empêelier nos enfants d'être un jour, comme ^'ous, sous le despotisme militaire.

Tous serez un jour pères de famille.

Sî vous tirez sur le peuple aujourd'hui, vos fils vous maudiront comme nous maudissons les soldats qui ont déchiré les entrailles du peuple en juin 1848 et en décenthre 1851.

Il y a deux mois, au i 8 mars, vos frères de Tarmée de Paris, le coeur ulcéré contre les lâches^qui ont vendu la France, ont fraternisé avec le peuple s imitez-les.

Soldats, nos enfants et nos frères, écoutez bien ceci, et que votre conscience décide :

Lorsque la consigne est infâme, la désobéissance est un devoir.

s prairial an 79.

Le Comité central.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté, Égalité, Fraternité,

COMMUNE DE PARIS

Le peuple de Paris aux soldats de Versailles.

Frères !

L'heure du grand combat des peuples contre leurs oppresseurs est arrivée !

N'abandonnez pas la cause des travailleurs !

Faites comme vos frères du 18 mars.

Unissez-vous au peuple dont vous faites partie!

Laissez les aristocrates, les privilégiés, les bourreaux de l'humanité se défendre eux-mêmes, et le règne de la justice sera facile à établir.

Quittez vos rangs !

Entrez dans nos demeures !

Venez à nous, au milieu de nos familles. Vous serez accueillis fraternellement et avec joie.

Le peuple de Paris a confiance dans votre patriotisme.

Vive la République !

Vive la Commune !

Le 3 prairial an 79.

La Commune de Paris»

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté, Égalité^ Fraternité,

COMMUNE DE PARIS

Comité de salut public*

Le Comité de salut public arrête :

Art. 1«^. — Les persiennes ou volets de toutes les fenêtres demeureront ouverts.

Art. 2. — Toute maison de laquelle partira un seul coup de fusil ou une agression quelconque contre la garde nationale sera immédiatement brûlée.

Art. 3. — La garde nationale est chargée de veiller à l'exécution stricte du présent arrêté.

Hôtel de- Ville, le 3 prairial an 79.

Le Comité de salut public :

Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes, F. CiAMBON, G. Ranyier.

Deux journaux seulement sont criés dans les rues le matin : le Yengeur et le Prolétaire,

Le Yengeur parait sur une seule feuille. Ce n'est pas un journal ; c'est une affiche où l'on dit :

Citoyens, L'ennemi est dans nos miu's ! . .

Ils veulent vous opprimer après vous avoir vendus.

Us rt échappcA'ont pas à la colère de ce grand peuple qu'ils veident asservir pour la seconde fois.

Déjà la généreuse population de Paris se lève indignée à leur approche; déjà la ville se hérisse de barricades; déjà des soldats de la ligne, poussés de force contre nous, ont quitté les rangs des royalistes, leurs oppresseurs, pour passer dans le camp des républicains, leurs libérateurs et leurs frères; déjà les implacables ennemis du peuple recident et se trordjlent devant la sublime fureur de V héroïque cité, qui retrouve dans V excès de ses maux le secret de ses victoires.

Ceux qui ont conquis trois fois la R.épublique sauront la conserver.

Ceux qui auront fait la révolution du 18 mars sauront la défendre.

F. Pyat, A. RoGEARD, F. Decaudin, C. Clodong, F. BiAS.

Le Prolétaire j, qui avait disparu, profite de la pénurie des journaux pour se remontrer, et insère un article signé David, dans lequel on lit :

Le moment est passé de monter la garde devant les comptoirs de marchand de vin.

Femmes, enfants, aux barricades, et réfractaire ou lâche que vous verrez ne rien faire, fusillez-le; c'est votre droit et votre devoir; agissez, agissons, etc., etc.

Une attaque formidable a lieu sur les buttes Montmartre ; elle a pour résultat de faire flotter le drapeau

tricolore sur la tour Malakoff et sur le Moulin-de-la Galette, vers deux heures de Taprès-midi.

On avance toujours dans Paris.

Rue d'Hauteville, il y a une barricade qui ne laisse pas que d'inquiéter fortement les habitants de ce quartier paisible.

Dans l'après-midi on a pu avoir quelques nouvelles par les intrépides, ceux qui osaient s'aventurer à cinq cents pas de chez eux.

On constate toujours la retraite des gardes nationaux harassés.

Quelques journaux paraissent le soir, et nous pouvons nous procurer le Tribun du Peuple, V Avant-- Garde et Paris-Libre.

Le Tribun du Peuple tint à parler en gros caractères :

Maintenant il ne s'agit pas seulement de résister, de renouveller Neuilly, qui ne put jamais être pris, mais de vaincre et vile.

Le plan Thiers est évidemment d'isoler les Batignolles et Montmartre, et d'occuper la butte. Delà, avec les hauteurs du Trocadéro, on tient la plus grande partie de Paris.

Défendre la butte est élémentaire. Tout assaillant doit être non pas rejeté, mais précipité. Si Ton veille, un mouvement tournant n'est pas possible.

(C'est précisément ce que Ton venait défaire quand paraissait ce journal.)

On lancera probablement à l'assaut les sergents de villp

et les gendarmes. Avec un peu d'énergie, leur défaite est certaine. Reste la ligne !..

^■' Souvenons-nous du 18 mars!

Au feu maintenant ! Il ne s'agit plus de crier : Vive la République ! mais de la faire vivre.

LiSSAGARAY.

Paris-Libre excite de toutes ses forces à la guerre civile et à l'extermination. Il termine son article-affiche de tête par ces lignes impudentes et mensongères :

Déjà les soldats, nos frères^ reculent devant le crime qu'on veut leur faire commettre.

Un grand nombre d'entre eux sont passés dans nos rangs.

Leurs camarades vont suivre en foule leur exemple.

Ces différents extraits des derniers journaux de la Commune, et qui sont comme le râle de la presse communaliste, donnent une idée de la tactique des chefs envers les fédérés. Ils leur disaient : « La ligne est avec nous. Tous ceux qui feront feu sur vous, ce sont des sergents de ville déguisés. Or, il n'y a que six mille sergents de ville, vous en viendrez à bout très-facilement. »

Ils ont ainsi poussé à des massacres inutiles, sachant bien que l'armée de la France ne pouvait pactiser avec les bandits de Paris.

Car ils commençaient à se montrer dans toute leur ignominie, eux qui osaient appeler des honnêtes gens leurs frères, et qui n'étaient que de misérables incendiaires.

Nous nous attendions bien à un désastre, mais non aune pareille catastrophe. La lin a été, on peut le dire, plus terrible encore qu'on n'avait pu le prévoir.

IJombrowski commande les forts de Belleville; les forts du sud sont sous l'autorité de Wrobleski ; La Cécilia refuse de marcher contre Saint-Augustin, occupé par les Versaillais; Lisbonne le suit.

Dans la nuit du 23 au 23, la troupe se reposa ; elle avait bien mérité son repos, mais il fut fatal à Paris. Sentant que la victoire n'était pas pour elle, la Commune résolut de se venger.

Le pétrole devint son agent le plus actif ; partout les fuséens en apportèrent, enduisant les maisons, jetant des matières explosibles dans les caves, donnant aux habitants, pour se retirer, moins de temps qu'il nen foUait pour descendre des étages élevés.

Là, le drame est dans toute son horreur.

Paris brûle. Ce sont les Tuileries, le Palais-Royal, le npnistère des linances, celui de la justice. La })oudrière du Luxembourg saute, et si tout l^aris n'a pas été incendié par les bandes de la Commune, la faute n'en est pas aux fédérés, et l'honneur en revient à rarmée (|ui, dans sa rapide marche en avant, a pré-

serve des richesses artistiques et nationales que ne pouvaient apprécier les brutes françaises et cosmopolites qui tenaient le pouvoir clans Paris.

Le lendemain, la marche des troupes dans Paris s'accentue, et Ton commence à savoir où Ton en est. Dans les quartiers occupés, on se prépare à reprendre la vie habituelle ; mais dans ceux qui sont à prendre, plus la lutte se prolonge, plus la situation devient critique.

Ce jour-là, le 24, je dus rester chez moi : on se battait dans la rue et jusque dans la maison que j'habite. La maison fut tour à tour occupée par les fédérés et par la ligne. Les fédérés avaient voulu me faire iiufrcher avec eux; la ligne, à son tour, me fit subir un interrogatoire pour savoir si je n'avais pas... mar elle, et je puis dire que ce fut une journée d'émotion (jui ne me laissa pas un instant pour suivre la marche victorieuse des troupes et la retraite constante des fédérés.

Un officier d'état-major m'apprit le résultat des combats : le général de Cissey s'était emparé du Panthéon ; à la même heure, l'IIôtel-de-Ville est enlevé par la brigade Daguerre ; le général de Ladmirault, après s'être avancé jusqu'à la barricade de la porte Saint-Martin, s'empare des gares du Nord et de l'Est.

De son côté, le général Douai occupe le Louvre.

C'est ce jour-là qu'aurait paru le dernier numéro

de ï Officiel de la Commune dont le Figaro a rei)roduit le contenu.

Voici les deux dernières affiches de l'autorité parisienne. La première, placardée le matin dans ce qui restait de Paris en la possession des insurgés, et la seconde dont nous n'avons rencontré qu'un seul exemplaire contre les murs de la caserne du Cliàteau-d'Eau (Prince-Eugène) :

N« 397. RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté, — Égalité, — Fraternité.

FÉDÉRATION RÉPUBLICAINE DE LA GARDE NATIONALE. CoBîiîlé ceiîlral.

Au moment où les deux camps se recueillent, s'observent et prennent leurs positions stratégiques ;

A cet instant suprême, où tout une population ^ arrivée au paroxysme de l'exaspération, est décidée à vaincre ou à mourir pour le maintien de ses droits.

Le Comité central veut faire entendre sa voix.

Nous n'avons lutté que contre un ennemi : la guerre civile. Conséquents avec nous-mêmes, soit lorsque nous étions une administration provisoire, soit depuis que nous sommes entièrement éloignés des affaires, nous avons pensé, parlé, agi en ce'sens.

Aujourd'hui et pour une dernière fois, en présence des malheurs qui pourraient fondre sur tous.

Nous proposons à l'héroïque peuple armé qui nous a nommés, nous proposons aux hommes égarés qui nous attaquent la seule solution capable d'arrêter l'efïYision du

— oO»j —

sang, tout en sauvegardant les droits légitimes que Paris a conquis :

1» L'Assenriblée nationale, dont le rôle est terminé, doit se dissoudre ;

2o La Commune se dissoudra également ;

3» L'armée dite régulière quittera Paris, et devra s'en éloigner d'au moins 25 kilomètres ;

4^ Il sera nommé un pouvoir intérimaire composé des délégués des villes de 50,000 habitants. Ce pouvoir choisira parmi ses membres un gouvernement provisoire, qui aura la mission de faire procéder aux élections d'une Constituante et de la Commune de Paris ;

5» Il ne sera exercé de représailles ni contre les membres de l'Assemblée, ni contre les membres de la Commune, pour tous les faits postérieurs au 26 mars.

Voilà les seules conditions acceptables.

Que tout le sang versé dans une lutte fratricide retombe sur la tête de ceux qui les repousseraient.

Quant à nous, comme par le passé, nous remplirons notre devoir jusqu'au bout.

i prairial an 79.

Les membres du Comité central^

MOREAU, PiAT, B. LACORRE, GEOFFROY, GOLIIIER, PrU-

DIïo^^^îE, Gaudier, Fabre, Thiersonnier, Bonnefoy, Lagord, Tournois, Baroud, Rousseau, Laroque, Maréchal, BissoN, Ouzelot, Brin, Marceau, Lévêque, Chouteau, Avoine fils, Navarre, Husson, La garde, AuDOYNAUx, Hanser, Soudry, Lavallette, Château, Valats, Patris, Fougeret, Millet, Boullenger, Bourr, Grêlier, Brevet.

Cette affiche passa complètement inaperçue. Les nndroits oii elle était placardée, c'était le Paris de la

Commune, dans les quartiers doiit'eÏÏe était encore maîtresse, et quand les soldats enlevaient une barricade, ils avaient autre chose à faire qu'à lire les placards. Derrière eux, le public les lacérait.

Ces propositions, d'ailleurs, étaient absurcles et insensées.

Qui donc a pu croire qu'elles arrêteraient une armée triomphante et un pouvoir légal?

Dernière affiche. — N^ 398.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté^ Égalité^ Fraternité,

COMMUNE DE PARIS

Ordre.

Faire détruire immédiatement toute maison des fenêtres de laquelle on aura tiré svir la garde nationale, et passer par les armes tous ses habitants, s'ils ne livrent et exécutent eux-mêmes les auteurs de ce crime.

4 prairial an 79 (24 mai, 9 heures du soir).

La commission de la guerre .

Il n'y eut pas de numéro 399. — La Commune, suivie de tous ses comités, de salut public ou autres, avait fmi de légiférer. En comptant le dernier jour de la lutte, l'insurrection a gouverné pendant soixante-douze jours, ce qui fait en moyenne cinq affiches et demie

que la population était obligée de lire, d'apprendre et de retenir par vingt-quatre heures.

Plus de la moitié de Paris est repris, mais partout l'incendie (1).

Le masque est jeté !

Les citoyens mettent le leu à la ville; les frères se montrent sous leur vrai jour : tout brûle! Sous le prétexte de défendre les barricades ou d'en surveiller les alentours, les fédérés entrent dans les maisons, pillent, brûlent, volent; ce qui échappe aux hommes n'est pas épargné par les femmes, parles pétroleuses, La Révolution de 93 donna naissance aux tricoteiiseSy dont le nom est resté historique; 71, pendant de 93, a eu ses pélrolenses.

De chaque coin de la ville, d'épais nuages de fumée s'élèvent, et de longues langues de feu lèchent les monuments et les maisons qu elles dévorent.

Paris! Paris!! !

En attendant les vrais pompiers, ceux qui accourront de partout ; les pompiers en blouse de Nanterre, dont on ne rira plus, et ceux en habit de Londres; en attendant ces soldats du dévoûment civique, dont quelques-uns resteront malheureusement au champ d'honneur; en attendant les hommes dévoués auxquels Paris en flammes n'aura pas fait un inutile appel, de faux pompiers parcourent Paris,

(1) Voir à V Appendice la liste des monuments brûlés, ainsi que dos principales maisons particulières ou magasins importants.

lançant des jets de feu et des tonneaux de pétrole sur les maisons désignées aux vengeances socialistes. Ils raniment les brasiers à moitié éteints et augmentent la destruction.

Tandis que le feu est partout, on fusille dans toutes les rues, on se bat à chaque barricade. Les maisons que Ton a prises sont fouillées, la garde nationale est désarmée. Les poursuites contre quiconque a porté les armes se font avec une rapidité qui pourrait nuire à l'examen des cas, et l'on se demande avec épouvante si, dans ces jugements sommaires, dans ces exécutions précipitées, quelque honnête homme, quelque innocent ne paie pas la faute commise par d'autres.

La guerre est un lléau, et, comme tel, ne compte pas ses coups, ne choisit pas ses victimes, et, dans ces i^^rands courants contraires — le courant vainqueur et le courant vaincu — on se demande où s'arrête le premier, quand commence le second.

Nous serons sobres et presque muets sur les prétendues exécutions de certains membres de la Commune et du Comité central, certains que nous sommes que la vérité n'est pas prête à sortir de ce fouiUis de fusillades et d'arrestations auquel Paris est ou a été en proie; cependant, nous reproduirons le récit de l'exécution de Minière , qui a paru dans les journaux, sous la garantie de M. H. de Montant, le dessinateur de talent :

Minière a été arrêté , jeudi matin, dans le palais du Luxembourg. On l'a trouvé caché dans les lieux. Millière a opposé une résistance des plus vives, car il a déchargé sur les soldats six coups de revolver.

Il était tête nue, pâle, effaré. Deux hommes le soutenaient par le bras ; on le conduisit chez le général de Cissey, où il répondit avec assez de fermeté aux questions qui lui furent posées.

En sortant, il avait retrouvé du calme.

Il fut dirigé vers le Panthéon. Quand il arriva sur la place, il était soutenu par un capitaine revêtu d'un caban.

En gravissant les marches du péristyle, cet officier lui fit remarquer des traces de balles; c'était là que, l'avantveille, il avait fait fusiller trente gardes nationaux qui refusaient de défendre les barricades.

Puis il gravit le reste des marches, et, arrivé sous le péristyle, comme il se tenait debout, faisant face aux soldats, un officier l'obligea à se retourner le visage vers la porte de l'église, en tournant le dos à la troupe; mais, par ordre, sans doute, d'un officier supérieur, on lui fit reprendre sa position première, en le forçant à se mettre à genoux.

Millière découvrit sa poitrine, et, levant en l'air le bras droit, cria à haute voix : «Vive la République!... Vive le ])euple ! . . . Vive l'humanité ! . . . Vive. . . »

Une décharge de chassepots lui coupa la parole ; il tomba inclinant sur le côté gauche.

Sa chemise était percée de balles à l'endroit du cœur, où apparaissait une large tache de sang. Une seule balle l'avait frappé à l'œil droit. Un officier s'approcha, se baissa sur le cadavre, et lui appliquant son revolver dans l'oreille, fit feu. Un sergent franchit à son tour les degrés et lui lâcha le coup de grâce dans la tête ; le crâne éclata

en plusieurs morceaux, et Millière fut complètement dé figuré.

Dans la journée du 25 on prit le fort de Montrouge.

La redoute des Hautes-Bruvèrcaqst. surmontée du drapeau tricolore.

Les insurgés se concentrent à la barrière ^Fllalie. Leurs pertes sont considérables.

Le drapeau tricolore flotte à Notre-Dame.

Les insurgés sont constamment acculés dans les quartiers de Belleville et de Charonne.

On les chasse de chaque position.

A partir de ce moment nous ne voyons plus rien. La troupe, en s'avançant, empêche le public de traverser ses lignes. Il faut se contenter d'interroger les officiers et d'attendre le passage des prisonniers. Les récits les plus bizarres circulent et se propagent.

L'armée avance toujours.

Ce même jour, une afliche fait connaître qu'à partir de midi, la mairie du 7« arrondissement fonctionnera légalement; elle est signée Greymin.

Les incendies du Conseil d'Etat et de la Caisse des dépôts et consignations ont occasionné une véritable pluie de papiers brûlés sur lesquels on distingue parfaitement des comptes et des chiffres.

Ces papiers tombent à de grandes distances, mqme hors Paris.

Un seul journal est en vente sur les boulevards mornes et désolés : c'est la Constitution qui reparaît.

Le sort des otages enfermés dans la Conciergerie, a 'Mazas, préoccupe tous ceux qui s'intéressent aux personnes emprisonnées.

Qu'est devenu Mo^' Darboy? le curé Deguerry? Gustave Chaudey? le président Bonjean? et cent autres moins connus, mais tout aussi intéressants?

llélas! on ne devait l'apprendre que trop tôt : — assassinés!

A ce sujet, notre ami Henri Delaage, qui a suivi au point de vue anecdotique et philosophique les phases des drames partiels de la Commune, nous communique le détail authentique suivant :

Dans la nuit du dimanche 2i mai, Protot, Ferré et Rigault, venaient de passer la soirée au théâtre des Délassements-Comiques, — ce qui leur arrivait fréquemment — et, attablés dans le café du théâtre, ils venaient de commander un lin souper pour six. Trois des figurantes, dans les Contes des Fées, de M. François Os^vald, devaient les rejoindre après s'être déshabillées. En les attendant, les membres de la Commune faisaient la liste des otages qui devaient être fusillés le lendemain matin et jours suivants.

Les événements de la nuit changèrent leur projet, mais la Uste servit néanmoins. Il était curieux de faire connaître quand , où et comment elle avait été dressée.

Pour rédification de nos lecteurs, nous rapporterons aussi la plaisanterie que le général Eudes s'était permise dans ses écuries — car il avait des écuries ^ — 011 se trouvaient trois chevaux. Au-dessous des bocks, on lisait :

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