‹ Paris sous la commune--Chapitre 6 sur 65 · A LA GARDE NATIONALE · texte numérisé non relu

A LA GARDE NATIONALE

Citoyens,

Vous nous aviez chargés d'organiser la défense de Paris et de vos droits.

Nous avons la conscience d'avoir rempli cette mission. Aidés par votre généreux courage et votre formidable sang-froid, nous avons chassé ce gouvernement qui nous trahissait.

A ce moment, notre mandat; est expiré, et nous vous le rapportons, car nous ne prétendons par prendre la place de ceux que le souffle populaire vient de renverser.

Préparez donc et faites de suite vos hstes d'élections communales, et donnez-nous pour récompense, la seule que nous ayons jamais espérée, celle de vous voir établir la véritable République.

En attendant, nous conservons au nom du peuple l'Hôtel-de-Ville.

(Suivent les signatures.)

Mais tout le monde ne voit pas la marche des événements d'un œil tranquille. On songe à la résistance; les maires se réunissent et appellent autour d'eux les chefs de bataillons sur lesquels ils croient pouvoir compter, car ils se voient débordés par un flot populaire venu on ne sait d'où.

Le vice-amiral Saisset, rencontré sur les boule-

vards. est environne par la foule, qui veut le porter en triomphe. On le prie de prendre le commandement de la garde nationale; il déclare ne pouvoir rien faire sans des ordres du gouvernement régulier. Quatre personnes vont à Versailles pour voir M. Thiers et lui demander des instructions.

Pendant que ceci se passe boulevard des Italiens, on fait, au nom du Comité, une descente dans les bureaux du Figaro, rue Rossini ; mais, dès la veille, les rédacteurs étaient partis. Les gardes nationaux ne trouvant personne à arrêter, déménagent les lampes de la rédaction, puis vont rue Coq-Héron, 5, pour mettre les scellés sur les presses du journal poursuivi, ou mieux, supprimé arbitrairement.

Le Gaulois, qui craint un sort pareil, ne paraît pas ce jour-là, et la rédaction émigré pour Versailles. C'est, dans le personnel de la presse, comme un sauvequi-peut général. Chaque journal fait son examen de conscience, et plus d'un prend des mesures de départ, tout en faisant bonne contenance.

Vers la même heure, un général est acclamé dans la rue de Rivoli ; il se dirige majestueusement vers riIôtel-de-Ville : c'est le général Crémer qui se rend au sein du Comité.

Il faudra bien des belles pages dans la carrière de ce jeune officier pour faire oublier cette visite au moins inconséquente. On dit que, dépité d'être reversé de son grade de général au titre auxiliaire dans

— il) —

les cadres de l'armée comme lieutenant-colonel, il va offrir son épée à la Commune naissante.

Pour nous, M. Crémer aura voulu jouer les Bonaparte ; mais nous ne sommes plus au temps où

Le premier qui fui roi fut un soldat heureux ;

et, soit qu'il l'ait compris, soit que M. Crémer ait éprouvé quelque déboire au Comité central, il ne tarda pas à faire sa soumission au pouvoir régulier que la France s'est donné, et à quitter l'Hôtel-de- Ville et ceux qui y commandaient.

Une remarque que nous avons faite, car dans ces malheureux événements nous avons beaucoup vu, c'est que le mot fraterniser était singulièrement employé. Des gardes nationaux rencontraient des lignards; ils levaient la crosse en Tair en criant : « Vive la ligne! » et la ligne leur rendait leur politesse. Les gardes nationaux s'avançaient, prenaient aux soldats leurs fusils, leurs cartouches, tout ce qu'ils avaient sur eux, et l'on appelait cela : Fraterniser ! — Drôle de fraternité qui consiste à vous dépouiller.

Encore une affiche :

REPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté y É g alité ^ Fraternité.

Le Comité central de la garde nationale,

Considérant qu'il est de toute urgence de constiluer immédiatement l'administration communale de la ville de Paris,

Arrête :

1*® Les élections du Conseil confimunal de la ville de Paris auront lieu mercredi prochain 22 mars.

2® Le vole se fera par scrutin de liste et par arrondissement.

Chaque arrondissement nommera un conseiller par chaque vingt mille habitants ou fraction excédante de plus de dix mille.

3» Le scrutin sera ouvert de huit heures du matin à six heures du soir. Le dépouillement aura lieu immédiatement.

¥ Les municipalités des vingt arrondissements sont chargées, en ce qui les concerne, de l'exécution du présent arrêté.

Une affiche ultérieure indiquera le nombre des conseillers à élire par arrondissement.

Hôtel-de-Ville de Paris, 19 mars 1871.

(Suivent los signatures.)

Le bruit a couru que les portes étaient fermées el que l'on allait être affamé. Immédiatement nouvelle affiche.

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