A LA PRESSE
Les autorités républicaines de la capitale veulent faire respecter la bberté de la presse, ainsi que toutes les autres; elles espèrent que tous les journaux comprendront que le premier de leurs devoirs est le respect dû à la République, à la vérité, à la justice et au droit, qui sont placés sous la sauvegarde de tous.
Néanmoins, la résistance s'organise; \e Journal officiel (de Versailles) nous apporte la nomination de l'amiral Saissct comme commandant supérieur des
gardes nationales de la Seine, et le 16^ arrondissement (maire, M. Henri Martin, le grand historien), entend se garder lui-même avec les bataillons de son quartier.
D'ailleurs, la journée est relativement calme, quoique déjà l'on parle de marcher sur Versailles, et que quelques bataillons se dirigent vers la porte Maillot.
Les gardes nationaux commencent à connaître le chemin de l'imprimerie Dubuisson; hier, ils y venaient pour empêcher la publication d'un journal; aujourd'hui, ils y viennent pour en protéger un autre. C'est une compagnie tout entière qui porte la copie du journal la Commune^ journal de M. Félix Pyat; c'est la liberté de l'imprimerie venant après la liberté de la presse.
Rue de Grenelle, aux bâtiments de la guerre, on a mis la main sur une certaine quantité d'armes françaises ou prussiennes, et l'on en fait une complète distribution. Cela dure depuis le matin; à cinq heures du soir, ce n'était pas terminé. Bon nombre de personnes ont pu ainsi acquérir à bon marché des armes dont — dans leur intérieur — elles se feront des trophées. Pas mal de dreyss ont été mis ainsi dans la circulation.
Ce qui se passe à l'Hôtel-de-Ville est plus sérieux. On y discute la question des échéances, la solde de la garde nationale, les élections prochaines. Ils savent
^ 20 — l)ien, ceux qui forment le Comilé central, qu^ils ne sont pas encore le gouvernement ; aussi ne cherchentils pas à donner à leurs décisions force de loi, mais ils se préparent pour le moment où ils seront à la Commune, et cène sera pas long, disent-ils.
Cependant, sur les houlevards, on commence à manifester.
Il est onze heures du soir; une patrouille de gardes nationaux débouche de la rue Drouot. Dans la foule, les uns fuient, les autres invectivent.
— Où sont vos casse-têtes? s'écrie un mauvais plaisant.
Et l'on rit.
A la sortie du théâtre des Variétés, nouvelle patrouille, nouvelle manifestation; c'est le prélude des amis de l'ordre^ qui peut-être font trop de bruit pour leur titre.
Dans la journée, il a paru un document nécessaire à l'histoire de ces événements.
C'est une proclamation signée de plusieurs députés de Paris et de presque toutes les municipalités, sauf des 19^ et 20^ arrondissements.
Proclamation des Députés de Paris.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté, Égalité, Fraternité.
Pénétrés de la nécessité absolue de sauver Paris et la
République en écartant toute cause de collision, et convaincus que le meilleur moyen d'atteindre ce but suprême est de donner satisfaction aux vœux légitimes du peuple, nous avons résolu de demander aujourd'hui même à l'Assemblée nationale l'adoption de deux mesures qui, nous en avons l'espoir, contribueront, si elles sont adoptées, à ramener le calme dans les esprits.
Ces deux mesures sont : l'élection de tous les chefs de la garde nationale et l'établissement d'un conseil municipal élu par tous les citoyens.
Ce que nous voulons, ce que le bien public réclame en toute circonstance et ce que la situation présente rend plus indispensable que jamais, c'est l'ordre dans la liberté et par la liberté.
Vive la France ! Vive la République !
Les représerdants de la Seine,
Louis Blanc, V. Schœlgher, A. Peyrat, Ed. Adam, Floquet, Martin Bernard, Langlois, Edouard
LOCKROY, FARGY. h. BrISSON, GrEPPO, MlLLIÈRE.
Les maires et adjoints de Paris.
Cela n'a rien fait.
Pas plus, d'ailleurs, que la grande déclaration de la presse aux électeurs de Paris.
Les journaux du 21 parurent, en effet, avec une déclaration en tetc de leurs colonnes, signée de presque tous les journaux présents ù Paris.
C'est le 20 au soir que, dans les bureaux de V Opinion nationale, M. Cuéroult présidant cette réu-
nion, la déclaration suivante fut rédigée et signée :
Aux Électeurs de Paris.