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JOL'H.NAL'X

Moiyitour du 13 nivôse : « Paris, le 12 ninUe Viijourd'lini, à une heure

aprés-iiiidi, les miMnbres du Corps législatif el du Tribunal se sont rendus au l'alais des Tuileries. Ils ont été successivement conduits par les grand-mailre, maîtres et aides des cérémonies et introduits par le grand-mailre dans la salle du trône, où élaient présents les princes et les grands dignitaires, les ministres, les grands officiers de l'Empire et les membres du Sénat el du Conseil d'Klat. S. A. le prince .losepli, grand électeur, a présenté le Corps législatif et le Tribunal a Sa Majesté Impériale. M, Fonianes et M. Fabre (de l'Aude), aprè? avoir lu les adresses des Corps qu'ils président, oui remis entre les mains de Sa Majesté les délibérations et les adresses. » — « Le docleur Poilal a eu

509 PARIS SOUS L'EMPIRE [3 janvier 1805]

riionneur de présenter à Sa Sainteté un exemplaire de son ouvrage sur l'anatomie médicale. Sa Sainteté a bien voulu le remercier de la manière la plus affectueuse et écouter avec une extrême bonté le discours latin que lui a adressé M. Portai. En nommant les médecins célèbres dont les écrits ont été pour lui des sources précieuses, M. Portai a particulièrement cité plusieurs médecins italiens, attachés dans les siècles derniers aux souverains pontifes. Sa Sainteté a paru sensible au souvenir que lui retraçait cette intéressante partie du discours de M. Portai. » — « Courrier français du 13 nivôse : « Paris, 12 nivôse. « M™® Saint-Aubin Durel vient d'être attachée à la chapelle impériale et à la chambre de l'Impératrice en qualité de cantatrice. »

CGXXVIII

Rapport de la préfecture; de police du 14 mvose.

Réunions. — On rapporte que le sieur Dulle, agent comptable de la Garde maritime de Sa Majesté Impériale à Boulogne, et qui se trouve dans ce moment à Paris, fréquente une dame de Richeville, intrigante connue, demeurant cour Mandar, n" 10; que le sieur Dulle tient dans cette maison beaucoup de propos ; qu'il annonce que les ordres sont donnés pour le désarmement de la flottille; que les soldats et les matelots murmurent beaucoup contre le gouvernement, etc. Tous les bruits sont à la guerre et on la regarde comme inévitable avec l'Allemagne. On annonce le très prochain départ de M. de Cobenzl, et l'on dit qu'il est la suite d'une scène très vive, qu'il a éprouvée au Palais impérial.

Journaux. — Quelques journaux donnent aujourd'hui la traduction du rapport fait au cardinal secrétaire d'État à Rome relativement à la chute du ballon, qui, enlevé à Paris le 16 décembre au soir, est tombé le lendemain, sur le lac Bracciano, et a, par conséquent, parcouru une distance de 300 lieues en vingt-deux heures. — Les nouvelles que donne sur la République batave la Gazelle de France portent que c'est sur la demande de M. de Sémonville, qu'ont donné leur démission de membres du Directoire d'État MM. Bezier, Spoor, Byleveld et Gockinga ' ; le journaliste ne donne à cet égard aucune conjecture. On annonce également la prise l'aile par les Anglais du navire espagnol la Faente Hermosa, qui revenait de Lima, chargé de 780. OJO piastres fortes et de denrées coloniales

1. Sur ces cvéncmcnls, voir l'uuvrage de M. Legrand : La li^ooiulloii française en lluUande, Paris, Hachette, 1804, ia-8 ; p. 329,

[4 JANVIER 180b' PARIS SOUS L'EMPIRE blO

Liés précieuses. Le Journal des Débats donne une nouvelle datée de Con<tanlinoi»le, le 18 novembre. Il en résulte qu'à cette époque M II' niaréchal Brune avait annoncé a la Porte son départ comme indi^|)e'nsal)lt' et très prochain, attendu que les négociations pour la reconnaissance de l'empereur des Français avaient duré plus de (jiialre mois, sans qu'il en fiU résulté rien de satisfaisant ; qu'en outre on voyait avec peine que la Porte ait préféré d'accepter des conditions humiliantes d'une certaine cour plutôt que d'adhérer aux propositions de la France, son ancienne et fidèle alliée. Cette noie, est-il ilil. a fait une grande sensation sur le ministère turc, et paraissait avoir pour premier eiïet l'éloignement de Réis-Efîendi et la fin des irrésolutions de la Porte. — Les autres nouvelles ne sont pas de nature à fixer particulièrement l'attention. — Dans une analyse de la tragédie de Nicowède, par le Courrier des Spectacles^ on lit la phrase suivante : « Toute la scène entre Prusias et Araspe est d'une beauté et d'une profondeur admirables. Que de leçons pour ceux qui se fient sur la grandeur et l'influence de leur nom, et qui seraient tentés de se croire puissants, parce qu'ils ont de la gloire ! »

Bourse. — Les négociations de rentes ont été n(^mbreuses, et l'espérance que l'on avait conçue, d'après les dernières opérations de la Bourse précédente, a été réalisée par une hausse très sensible du cours. Les actions de la Banque sont toujoiu-s demandées. — 5 Q/Q, jouissance de vendémiaire, 57 fr. 75, 85, 80 fr. 75, 80, 90. Bons de remboursement, 2 fr. 60. Actions de la Banque, 1.162 fr. 50.

Dubois.

(Arch. n.it., F', 3^33.)

GCXXIX

14 NIVOSE AN XIII (4 JANVllîlR 1803).

MiNISÏÈRIi DK LA POLICE CK.NÉKALE. — BULLETIN DU \o NIVOSE.

Paris. — Vehi, Denau, Gnbet. — Ces trois particuliers ont été signalés au ministre, le 18 brumaire, par l'état-major du gouvernement de Paris. Velu, suivant le rapport, cherchait à indisposer les ouvriers contre l'Empereur ; Denau disait la chute de l'Empereur assurée ; Gabet, r(»yaliste, se plaignait de la léthargie de son parti. Le préfet de police transmet au ministre le résultat des renseignements qu'il l'a chargé de prendre sur ces trois individus. Velu fut révolutionnaire exagéré, marquant dans son parti. Il tient actuelle-

su PARIS sous L'EMPIRE [4 janvier 1805J

meut une maison de prêt, rue des Canettes, n° 478. La surveillance établie sur lui n'a fait connaître jusqu'à présent aucune action répréhensible. Elle se continue avec soin. Denau est inconnu. On n'a pu se procurer aucun indice sur lui, même à l'êlat-major, d'où la dénonciation est parvenue. Gabet, de Saint-Claude (Jura), est capitaine au 101*^ d'infanterie, en garnison à Vérone ; il est venu au couronnement et a logé rue de Belloy, n*^ 12. 11 n'a fréquenté que les officiers de son corps, députés avec lui. Sa conduite a paru très régulière.

Kolzehue. — Quelques journaux ont annoncé que M. Kotzebue avait été arrêté à Rouen, à la réquisition d'un gouvernement puissant On en a induit que c'était le gouvernement français qui avait provoqué cette mesure, à raison de quelques écritures que M. de Kotzebue, qui écrit sur tout, s'était permises envers S. M. l'Empereur et son gouvernement. Depuis deux jours, l'on assure dans les sociétés de Paris que M. de Kotzebue est au Temple.

Politique. Bruits publics. — Le ro,yaume de Lombardie, M. de Cobenzl, l'Autriche, le mariage de M. de Beauharnais avec la fille de l'Électeur de Bavière, l'échange de l'Aigle noir avec le cordon de Saint-Napoléon, l'expression de très fidèles sujets, sont le grand objet des conversations. Des tribuns et des législateurs donnent sur ce dernier article des explications et des commentaires assez déplacés. Quelques oisifs, qui se croient plus profonds, s'occupent déjà de révolutionner l'Espagne et le Portugal, et règlent le sort ultérieur de la Hollande. En général, on peut juger qu'il y a trop de personnes à l'affût de toutes les opérations secrètes du gouvernement, et que plusieurs de ceux qui en pénètrent quelque chose ou ne sont pas assez discrets, ou n'en sentent pas l'importance, ou attachent une misérable gloriole à paraître des premiers instruits de certaines choses et à les apprendre aux autres. Tant de faiseurs d'afTaires, tant d'étrangers sont à la recherche de ces particularités ! Des hommes honnêtes et circonspects sont parfois effrayés de la facilité avec laquelle tel secret du gouvernement est parvenu jusqu'à eux.

Denis Denis. — Se disant homme de loi, partisan fanatique des Bourbons, ennemi du gouvernement actuel, prévenu de tenir les propos les plus indécents contre S. M. l'Empereur, et d'avoir poussé la fureur jusqu'à conseiller à une femme d'attenter à ses jours. A Sainte-Pélagie jusqu'à nouvel ordre.

FOUCHÉ

(Arch. nat., AF iv, 1492.)

[4 JANVIER 18051 PAHIS SOIS LEMIMKIÎ 51«>

IIaPI'oHT DK la rKÉFKCTURI-: DK l'OLlCK DL' MÉMt; JOUR.

lîénnions. — Le bruit s'esL répandu, hier, que la Ihjlle de Bimloj^ne avait l'Ci'U ordre d'appareiller, au premier leuips favorable, et que les troupes, cantonnées dans la ci-devant l'icfinlie, avaient (ail un mouvement pour s'avancer sur les lignes. On continue de croire à la guerre continentale. Du reste, les réunions publiques et particulières n'ont rien offert de remarquable.

Commerce. — Les fabriques d'étoffes légères de soie brochées d'or et d'argent, situées dans les faubourgs Saint-Marceau et Saint-Jacques, n'ont jamais été dans une si grande activité que dans ce moment, et l'on ne peut satisfaire à toutes les demandes.

Journaux. — Une seule nouvelle, rapportée par le Journal du Commerce et celui de Paris, a paru frapper particulièrement l'attention ; elle porte que M. Jérôme Bonaparte est parti des États-Unis, sur la frégate l'i Dldon, pour revenir en France, et que, huit jours avant son départ, on avait pris toutes les précautions pour interdire à tous étrangers l'entrée de ce bâtiment. . .

Bourse. — Il s'est fait beaucoup d'affaires, et les variations du cours des rentes ont été très nombreuses; mais elles ont eu un résultat peu satisfaisant : des offres continuelles ont donné lieu à une baisse assez sensible, que l'on ne peut allribuer qu'au jeu. Les transactions commerciales ne s'animent point, les cotons sont le seul article qui aille un peu, et néanmoins tous les prix se tiennent ferme. — o 0/0 consolidés, jouissance de vendémiaire, 57 fr. 90, 95, 85, 75, 85.

Dubois.

(Arch. nat., V, 3833.)

Gazelle lie France du 15 nivôse : « Paris, ii nivôse. ...M. Laludc, célèbre par un ompriso inement de trente-cinq aanées dans les châteaux de Vinconnes, de la Bastille et de Bicètrc, est mort mardi dernier à l'âge de (|ualre-vingts ans. Les héritiers de Mt>^ l*ompadour avaient réparé envers lui les eiïols dune von^oance trop prolongée, et peu proportionnée à l'olfense, en le gralifianl de doux ou trois m'-lairies, qui le mettaient dans le cas de vivre d'une manière honorable »

513 PARIS SOUS L'EMPIRE [5 janvier 1805]

CGXXX

15 NIVOSE AN XIII (o JANVIER 1805).

Rapport dk la préfectuke de police du 16 nivôse.

liéunlons. — Un M. Meslet, lieutenant-colonel au service de la République italienne, demeurant rue Neuve-du-Luxembourg, n° 155, se permet beaucoup de propos, plus qu'inconsidérés, sur les changements que l'on assure que le gouvernement de cette République va éprouver. M. Meslet est signalé comme un patriote très exalté, et l'on ajoute qu'il a dit à quelques personnes que, si ces changements s'opéraient réellement, il s'empresserait de quitter le service.

On répandait, hier, qu'il y avait du mouvement parmi les troupes des Côtes-du-Nord, et qu'elles manifestent beaucoup de mécontentement.

On a célébré, hier, les Rois dans presque toutes les familles ; le peuple et les ouvriers se sont répandus dans les cabarets, et ont passé une partie de la nuit à s'amuser.

Culte. — Sa Sainteté s'est rendue ce matin, à dix heures, dans l'église de l'Assomption. Il y avait peu de monde, parce que l'on n'entrait que par billet. Le pain bénit a été offert par l'épouse de S. E. le Grand- Juge. Le plus grand ordre a été observé.

Dubois.

(Arch. nat.,F', 3833.)

Journaux.

Journal des Débats du 16 nivôse : « Au rédacteur. ...Plusieurs personnes m'ont écrit des départements pour me demander si j'avais quelque part à un journal qu'on annonce être rédigé par les auteurs de la Q)iotidienne. Sans porter aucun jugement sur le journal qui est annoncé, je me crois obligé de déclarer que je n'y ai aucune part, et que je ne le connais point. Michaud. » — Gazette de France du 16 nivôse : « Paris, 13 nivôse. ...M. l'abbé de Boulogne a eu l'honneur d'être présenté, avant-hier, au Pape, par M. de Clermont-Tonnerre, ancien évéque de Chàlons-sur-Marne. Sa Sainteté a daigné accueillir avec une bienveillance particulière cet orateur distingué par des succès constants dans la chaire évangélique. » — Bulletin politique du 16 nivôse : « Paris, le 15 nivôse. ...I.e libraire Moutardier s'est pourvu en cassation contre le jugement de la cour de justice criminelle de Rouen, rendu en faveur de Bossango et C''=, dans le procès sur le Dictionnaire de l'Académie. » — « Notre célèbre acteur Larivc, qui a fait, l'année dernière, un To.>iE 1. 33

[6 JANv iFR 1803] PARIS SOUS L'EMPIllE 5J4

cours de déclamation assez brillant, vient d'ouvrir une école du niènic genre tous les mardis et jeudis, depuis une heure jusqu'à trois. Les jeunes dames seront admises les mercredis à la même heure. I.e lieu des séances est à la Chaussée-d'Antin, rue Saint-Nicolas, n° 935. »

CGXXXI

Iti NlYOSE AN XUI (G JANVIER 1805).

Ministère du; la i'ulick générale. — Bulletin du 17 nivôse.

Pa7'is. Fête de MM. les maréchaux de l'Empire. — L'ordre, la dignité, la gaieté, ont régné à la fête donnée par MM. les maréchaux de TEmpire, la plus brillante qu'on ait vue depuis longtemps dans cette capitale, suivant tous les rapports qui sont parvenus à la police. La satisfaction personnelle que l'Empereur a manifestée a augmenté sensiblement celle de toute l'assemblée. La présence de S. M. Tlmpératrice a dissipé les inquiétudes causées par les bruits de son indisposition '.

Athénée. — Un rapport du 16, remis par un habitué de TAthénée, renferme les détails suivants : « Hier, après la séance, pendant que nous discourions sur la littérature, quelqu'un a annoncé que l'Empereur allait épurer le Sénat. Un moment après, l'abbé de Bignon s'est approché de M. Boidoni , l'un des professeurs, et lui a dit à voix basse : « Vous savez une grande nouvelle, et vous ne m'en dites rien ? » — « Quoi donc? » — « Oui, vous venez de dire que l'Empereur épurait le Sénat. » — « Qui vous l'a dit? » — « Monsieur » (en montrant M. Lemaître, ancien agent des relations extérieures). M. Boidoni, indigné, a donné à M. Lemaître le démenti le plus formel. Il est certain que la nouvelle a été donnée, ou par M. Lemaître, ou par M. de la Feuillade (parent du chambellan). Elle a produit une vive sensation. M. de la Feuillade a continué de bavarder. H a parlé avec mépris et outrage du sénateur Cabanis. Il a aussi fort maltraité M. le maréchal Jourdan : Il portait la hotte, dit M. de la Feuillade, dans la ville où je suis né. »

(Aich. nat., W iv, 1492.) 1. Voir plus loin, p. 517, le compte rendu de celle iète d'après le Monileur.

515 PARIS SOUS L'EMPIRE [6 janvier 1805]

RArPORT DE LA PHÉFECTURE DE POLICE DU MÊME JOUR.

Etrangers. — On rapporte qu'un des secrétaires de M. de Cobenzl a dit à quelqu'un que, si son maître s'était empressé de reconnaître l'empereur des Français, c'est qu'il avait été menacé, dans le cas où il s'y refuserait, de voir arriver deux cent mille hommes jusqu'au sein de rAliemagne ; que, n'étant point en mesure, il fallut bien céder ; mais que l'empereur d'Allemagne profiterait de la leçon et qu'il prendrait des précautions telles que désormais on ne lui dicterait plus des lois impunément.

Réunions. — On dit qu'il n'y a plus de doute sur les liaisons de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie ; que l'Angleterre verse des sommes considérables en Allemagne, et qu'il est convenu que cette dernière puissance partagera avec la Russie les dépouilles du Grand- Seigneur.

On (lit cliex M. Robert, banquier, rue de la Loi \ que, malgré toutes les précautions prises pour empêcher l'importation en France des marchandises anglaises, les négociants hollandais, qui s'en procurent facilement de fortes cargaisons, parviennent à les faire pénétrer chez nous, et qu'enfin ces mêmes négociants préfèrent leurs liaisons commerciales avec l'Angleterre à leur alliance avec la France.

CuUe. — Le Te Deum a été chanté, hier, dans toutes les églises de Paris, en actions de grâces du sacre et couronnement de Leurs Majestés Impériales. La dem&iselle Duchesnois a rendu le pain bénit et fait la quête à Saint-Ambroise, division de Popincourt.

Journaux. — Les feuilles de ce jour, dénuées de nouvelles importantes, n'ont donné lieu à aucune observation essentielle. . .

Bourse. — L'on a remarqué, aujourd'hui, dans les variations du cours des rentes, dont les négociations n'ont pas été très nombreuses, une lutte Cdustante, mais qui n'a produit aucune réaction : les s|)éculatcurs regardent le maintien du taux actuel comme un avantage. — o 0/0, jouissance de vendémiaire, 57 fr. 75, 70, 75, 80, 85, 80 ; 57 fr. 75. A^em, jouissance de germinal, an XIII, 55 fr. 10. Actions de la Banque de France, i.l62 fr, 50^, 1.165.

Dubois.

(Arch. naf., AI-'iv, 1492.)

1. Il n'y a aucun banciuier de ce nom dans la liste des banquiers que donnent VAlmanach du Commerce pour l'an XIII et VAtmanach impérial foxir la même année.

[7 JANVIER 1805] PARIS SOLS L'EMPIRE bl6

JOL'RNAUX.

Gnzetle df Fnincr du 17 nivôse : « Paris, 16 Jiivôse. ...L'Empereur est 80rli hier, à midi, du |)alais des Tuileries pour aller à la chasse ; S'a Majesté était dans une voiture altelée de huit chevaux. Une demie-heure après, S. M. l'Impératrice est sortie en voiture, pour aller se promener. » — « Presque tous les anciens sujets de la Comédie-Française prennent bravement le parti de la retraite, et l'on annonce trois représentations de suite à leur bénéfice : l'une au profit de M""*" Suin, l'autre pour M""" Lachassaigne, et la troisième au bénéfice de Florence. » — Bulletin politique du t7 nivôse : « Paris, le 16 nivôse. ...On va donner trois représentations de suite au bénéfice d'acteurs retirés du Théâtre-Français. M'"" Suin et Lachassaigne passeront avant Florence, par droit d'ancienneté. Florence, actuellement professeur de déclamation et qui va-t-cn-ville, attend avec impatience la représentation à son bénéfice pour se reposer enfin sous ses lauriers tragi-comiques. Quant à Monvel, sa mémoire l'abandonne de plus en plus, et même ses facultés physiques sont dans un état de déjjérissement qui fait craindre pour sa santé. Voilà une perte difficile à réparer. Monvel sera longtemps cité pour la profondeur du jeu et la pureté de la diction. C'est lui qui ferme la carrière des grands tragédiens du xviiie siècle. Le Théâtre-Français n'a jamais senti plus vivement le besoin d'un acteur qui pût remplacer Saint-Prix dans certains rôles. Larivc est là, mais il ne veut pas remonter sur la scène. Au théâtre comme aux enfers, le rameau d'or ne suffit pas, il faut encore les gâteaux de miel pour endormir le Cerbère de la comédie. »

GCXXXII

Rapport de la phéfkcture de police du 18 nivosi:.

Le sieur Pérounard, demeurant rue du Faubourg-Saint-Martin, et dont le fils estélaldi à Saint-Pétersbourg, dit qu'il a reçu lie? nouvelles par lesquelles on lui mande qu'on regarde, dans ce pays, la guerre avec la France comme inévitable ; que les Français qui babilent la Russie croient fermement qu'il s'y élèvera des troubles ; que l'ambassadeur anglais jouit d'un très grand crédit à la cour, mais qu'il est détesté de toutes les classes du peuple. Il ajoute, enfin, que les Russes en général regardent l'empereur des Français comme le plus grand homme du siècle. — On rapporte que l'ambassadeur d'Espagne dit que c'est avec la plus grande peine qu'il quitte des fonctions qu'il n'avait acceptées que pour résider auprès du souverain qu'il admire le plus.

rrû

517 PARIS SOUS L'EMPIRE [7 janvier 1805]

Journaux. — Les feuilles de ce jour sont dénuées de nouvelles intéressantes ; elles n'en présentent même aucunes qui ne soient déjà connues. . .

Bourse. — Les atîaires ont été languissantes, et le cours des cinq pour cent a paru incliner vers la baisse; il ne se présente point de preneurs, et les partisans de la baisse renouvellent les manœuvres usitées en pareille occurrence; ils donnent pour la fin du courant, même au-dessous du comptant, et à très peu de différence pour la fin du mois prochain. Les courtiers de commerce paraissent un peu plus satisfaits du mouvement des transactions; ils ne citent d'autre augmentation sur les prix que celle des cotons, qui est assez sensible. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 57 fr. 75, 65, 70, 75.

(Ai-ch. nat., F' 3833.)

Journaux.

Moniteur du 18 nivôso : a Paris, te 11 nivôse. ...MM. les maréchaux de l'Empire ont donné hier à S. M. l'Impératrice une fête dont elle avait bien voulu agréer l'hommage. Ils avaient choisi la salle de l'Opéra. Les réunions les plus brillantes s'y succèdent, les plus pompeux spectacles y sont établis, c'est le théâtre des enchantements, le temple des prestiges ; l'œil s'y est accoutumé à tout ce que l'art du décorateur peut enfanter de magique ; mais il était réservé à la fête ordonnée par MM. les maréchaux de produire dans ce lieu de merveilles une nouvelle surprisé, d'y ménager des eifets qui y étaient inconnus, dV répandre un charme qu'on n'avait pas encore éprouvé, et enfin de placer la réalité au-dessus même des illusions de la scène. La salle était disposée comme pour les jours de bal, mais elle était d'ailleurs peu reconnaissable. Toutes les loges étaient magnifiquement drapées, et à chaque rang d'une manière différente. D'élégantes colonnades, de riches candélabres formaient leur séparation. A chacune d'elles une couronne de fleurs descendait sur la tète des femmes qui devaient y paraître ; des guirlandes et des festons unissaient les couronnes entre elles ; ici, la draperie était semée d'étoiles; là, l'aigle impérial déployait ses ailes sur un vaste cordon; sur un autre rang des casques, des boucliers, des drapeaux décoraient le devant des loges ; partout les chiffres de Napoléon et de Joséphine s'offraient aux regards. Un ciel étoile remplaçait le plafond. L'éclat éblouissant des lustres et des diamants des femmes se rélléchissait dans des glaces disposées avec art dans la plupart des loges. Au bas de l'orchestre régnaient des glaces de plain-pied, qui prolongeaient à perte de vue la ligne des femmes assises. Toutes les loges étaient occupées par les personnes étrangères ou françaises, nominativement appelées à s'y placer. Deux fauteuils étaient préparés pour Leurs Majestés à l'extrémité supérieure de la salle. Près et derrière Elles, étaient réservées des places pour les princes et princesses, les grands officiers et les dames de leur cour. Sur deux lignes parallèles et dans toute la longueur de la salle étaient placées une partie des dames invitées ; les hommes circulaient derrière

[7 JANviF.R 180S1 PARIS SOLS L'EMPIRE 518

leurs sii'gos ; un vaste carré long, réservé aux quadrilles, restait libre, A neuf heures, on a annoncé Leurs Altesses Impériales, les jjrincesses Louis et Caroline; elles sont entrées par une porte latérale, suivies de leurs dames. L'Assemblée s'est levée. Un moment après, a été annoncée l'Impératrice. Accueillie |)ar les plus vifs applaudissements, suivie de ses dames, de ses ciiambellans et de plusieurs jiages, accompagnée de deux maréchaux de l'Empire, elle a été se placer sur un des fauteuils qui lui étaient préparés. Au nom de l'Empereur, on a battu aux champs ; l'orchestre a fait entendre une fanfare, et les acclamations les plus vives ont éclaté de toutes parts. L'Empereur, suivi des princes, ses frères, de l'archi-chancelier et de rarchi-trésorier, de l'un des colonels-généraux de sa garde, et de l'aide de camp de service, a été conduit à sa place par MM. les maréchaux de l'Empire. Le concert a commencé par un beau chant de guerre, imité par M. Etienne, son auteur, de celui des Preux de Charlemagne. Plusieurs morceaux des Bardes ont été ensuite exécutés. Ils n'étaient nouveaux pour personne, et cependant nout jamais pu être mieux appréciés que dans cette circonstance ; ils étaient en cflet chantés, non par les artistes de l'Opéra qui réussissent le mieux comme acteurs, mais par ceux dont la belle voix et rexcellentc méthode sont constamment admirées : MM. La'is, Chéron et Roland. Ces morceaux ont fait une vive sensation, quoique personne n'ait cru convenable d'applaudir ; mais une émotion profonde a été générale, lorsque Laïs, Chéron et Roland ont chanté, sans accompagnement, l'air à jamais célèbre : Charmante Gabrielle. Le Vivat, vivat, exécuté le jour du couronnement, et déjà devenu célèbre, a terminé le concert. L'Empereur a témoigné alors à MM. les maréchaux combien l'ordonnance de la fête donnée à l'Impératrice lui paraissait parfaite en tous points, et de suite deux quadrilles ont été formés. Après une seconde contre-danse, formée d'un plus grand nombre de quadrilles, les valses ont commencé. Pendant ce lem|)s, l'Empereur était descendu dans l'enceinte du bal, et adressait successivement la |iarole à toutes les femmes qu'il trouvait sur son passage. C'est en conversant ainsi avec chacune d'elles qu'il a fait deux fois le tour de la salle. Le bal s'est alors extrêmement animé. Il est peu de femmes qui n'y aient pris part : toutes, à la richesse de leur parure, avaient su réunir l'élégance et la légèreté du costume de bal. L'éclat de leurs attraits, leur grâce en dansant, la richesse des uniformes français, la variété qui naissait des uniformes étrangers et des costumes parés, l'empressement des danseurs, les mouvements tumultueux des valses formaient un ensemble difficile à décrire. La circulation était libre partout; la plupart des personnes placées dans les loges étaient descendues et répandues dans la salle. Le nombre des personnes invitées avait été calculé assez habilement pour qu'il y eût de l'aftluence partout, et de la foule nulle part. Vers minuit. Leurs Majestés se sont retirées. Le bal s'est prolongé jusqu'à six heures du matin. Cette imparfaite notice ne peut être terminée sans rappeler que MM. les aides de camp des maréchaux de l'Empire en ont fait les honneurs et surveillé tous les détails avec cette exquise politesse, celte urbanité et cette galanterie qui est partout le propre des militaires distingués par leurs services, cl l'apanage incontesté des militaires français. » — « Sa Sainteté a visité hier l'église de l'Assomption. Le pain bénit a été rendu par .M""" Régnier, épouse de S. E. le grand juge. Après la messe de Sa Saintelé et celle qui a été célébrée pendant son action do grâces, le Saint-Père a admis à lui baiser les pieds le clergé et les fidèles.

519 PARIS SOUS L'EMPIRE [8 janvier 180b]

L'ordre et le recueillement le plus religieux ont régné dans cette église et dans la chapelle oîi l'on avait placé le trône de Sa Sainteté, malgré une grande aftluence dans un local très restreint. Le corps municipal de l'arrondissement et les administrateurs de la paroisse ont été présentés au Saint- Père . »

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