‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 132 sur 221 · CCXXXVII · texte numérisé non relu

CCXXXVII

Rapport de la préfecture de police du 23 nivôse.

liéunions. — Les réunions d'ouvriers, toujours nombreuses, sont toujours très tranquilles, lis se félicitent de ce que la saison, jusqu'à présent, n'a point été assez rigoureuse pour interrompre les travaux. — Les ouvriers occupés aux objets de luxe, gagnent beaucoup d'argent et travaillent nuit et jour. — On dit que M . de Cobenzl attend sous peu un courrier de sa cour, qui doit déterminer ou non son départ. Les bruits de guerre continuent de se soutenir.

Culte. — Sa Sainteté a été visiter aujourd'hui l'église Sainl-Louis, Chaussée-d'Antin. Quoique cette église soit bien petite, il n'y a point eu de foule. Madame Regnaud de Saint-Jean d'Angely, conduite par M. de Caulaincourl père, a présenté le pain bénit.

Deux cavaliers de la garde municipale, de service à l'extérieur de celte église, étaient ivres et ont maltraité le public ; le brigadier les a l'ait descendre de cheval et les a renvoyés sous escorte à la caserne... (Arch. nat.,.FT^ 383n.)

Journaux.

Moiiileur du 23 nivôse : « Paris, le 22 nivôse. Samedi l'j courant, le souverain pontife alla visiter la fnanufaclure impériale des porcelaines de Sèvres. Il parcourut cegrand établissement dans toutes ses parties, et vit avec intérêt les diflérents travaux qui ont été exécutés devant lui. Sa Sainteté trouva, à son

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arrivée, les femmes des arUsles el des ouvriers de la manufacture, les dames de charité, etc., rangées avec ordre dans les salles du magasin, demandant pour elles et pour leurs enfants sa bénédiction. L'ordre était tellement établi que Sa Sainteté a pu parcourir, ainsi que sa suite, toute la série des travaux, et on a remarqué sa satisfaction sur la pureté des formes et l'élégance des dessins et surtout des moyens employés pour la réussite des grandes pièces qui s'exécutent dans ce bel établissement. » — « Jeudi 20, après avoir visité l'église Saint-Elienne-du-Mont, le Saint-Père se rendit à la manufacture des Gobelins, où il a été reçu et conduit dans divers ateliers par MM. Fleurieu, intendant des bâtiments, et Guillaumot, administrateur de la manufacture. Sa Sainteté a vu travailler tous les ouvriers, depuis ceux qui teignent la laine jusqu'à ceux qui mettent la dernière main aux tapisseries. Elle a considéré ensuite avec attention quelques-uns de ces beaux ouvrages qui offrent des sujets religieux, ou qui rappellent des traits mémorables de notre histoire. Mais, quelque intérêt que mît le Saint-Père a observer ces belles productions des arts, le cœur du Pontife était sans cesse attiré par les fidèles qui lui demandaient sa bénédiction. La grande galerie surtout a offert un tableau auprès duquel pâlissait tout le génie des peintres: le côté opposé aux tapisseries était occupé par trois rangs de dames ayant presque toutes leurs enfants sur leurs bras ou à genoux devant elles. Sa Sainteté n'a vu, dans cette galerie, que les enfants qu'on lui présentait. Rien n'est plus difficile à exprimer que la bonté, la satisfaction, la tendre charité du Saint-Père dans ces circonstances. »

GCXXXVIIl 23 NIVOSE AN Xlll (13 JANVIER 1805).

MlNlSTÈKE DE L.\ POLICE GÉ.NÉR.VLE. — BULLETIN DU 24 NIVOSE.

Paris. Esprit public. — Les faiseurs d'affaires sont à la guerre. Ils mettent le quartier général des Autrichiens à Padoue. Ils placent quarante mille Russes à Gorfoii, font armer les Monténégrins. Ce n'est plus -M. le maréchal de Bernadotte qui doit accompagner S. A. I. Monseigneur le prince Joseph en Italie. C'est M. le maréchal Murai. M. le général de Beaidiarnais serait chargé de Paris. Quutcjue les compliments à Monseigneur le prince Joseph aient été suspendus, on n'en assure pas moins comme certain, et très prochain, son départ pour l'Italie. On parle de la levée du camp sur les côtes de Boulogne. — Malgré le ton affirmalif des nouvellistes, on ne voit de positif, dans toutes ces données, que l'envoi en Italie de cinq cents hommes de la garde impériale, dont deux compagnies d'artillerie légère. Les hauts politiques disent que l'empereur d'Autriche n'agit qu'en tant qu'il est sûr du concours de quelques autres puissances. Au surplus, tous ces bruits ne produisent aucun effet sur les esprits. A peine si la

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Bourse s'en ressent. Quoique beaucoup d'opérations aient été faites en conséquence ces jours derniers, pour la fin du mois prochain, la rente n'a pas éprouvé de secousse remarquable.

Militaires. — Les militaires qui, dans ces derniers temps, ont été postés à divers endroits, où la curiosité attirait la foule, se sont permis, très ouvertement, de recevoir des rétributions et de laisser pénétrer le?- personnes qui leur donnaient quelque argent. En général, cela n'a pas excité des murmures, parce que l'intérêt que l'on porte naturellement aux soldats n'est mêlé d'aucun sentiment d'envie. Cependant, on l'a remarqué, et surtout parce que ce trait n'est point dans le caractère du soldat français. Celte tache légère a commencé par la garde municipale, lorsque elle gardait les travaux de Notre- Dame, avant le couronnement. Elle s'est étendue ensuite aux petits chasseurs, et hier on a remarqué très distinctement, à la parade, que les cavaliers chargés de la police des voilures, aux entrées de la place, [se] tournaient vers les portières pour y donner quelques indications dont ils recevaient le prix.....

(Arch. nat., AF iv, 1492.)

Kai'I'ort de la préfecture de police du même jour.

Réunions. — On annonce de prochains et grands changements dans les ministères et la suppression de celui de l'intérieur. — On parle d'un traité offensif et défensif, conclu entre l'Autriche et la Prusse, par l'archiduc Charles et le prince Henri de Prusse. — On dit que tout est en mouvement dans les arsenaux ; que le camp de Saint-Omer est levé ; que quantité de troupes filent sur l'Italie, On s'attend, enfin, à voir, d'un moment à l'autre, partir les grands-officiers de l'Empire, pour aller commander les armées et commencer la guerre.

Les théâtres, les cafés, les bals, les guinguettes ont été très fréquentés hier ; il n'y a eu ni désordre, ni accident.

Journaux. — Une seule nouvelle se remarque, aiijoiu'd hui, dans les journaux, qui cependant ne la donnent encore que comme un bruit répandu; elle porte que Dessalines, a été tué par les mulâtres de Saint-Domingue, et que les nègres ont été se soumettre au général Ferrand, qui se soutient toujours à Sanlo-Domingo avec une poignée de braves...

Bourse. — Les négociations de rentes au comptant ont été peu nombreuses ; et il s'est fait, dit-on, beaucoup d'affaires à terme ; le cours se tient parfaitement, et les approches de la lin du mois parais-

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sent contribuer à son affermissement. Les actions de la Banque n'ont point varié, mais elles sont toujours demandées. — o 0/0, jouissance de vendémiaire, o7 fr. 80, 85, 95, 90, 95. Bons de remboursement, 2 fr. 80. Actions de la Banque de France, i.200 francs, 1.197 fr. 50.

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3833.)

Journaux.

Moniteur dn 2i nivôse: « Paris, le 23 nivôse. Hier samedi 22 nivôse, Sa Sainteté a visité l'Hôtel-Dieu. A l'instant de son arrivée au-devant du nouveau portail de cet hôpital, le Conseil général d'administration et hospices civils de Paris, la Conimission administrative de ces mêmes établissements, l'Agence du secours à domicile, les agents et économes, les médecins et chirurgiens de l'Hôtel-Dieu, sont descendus pour recevoir Sa Sainteté à la sortie de voiture, et, dès ce moment, ont composé son cortège. A l'entrée de Sa Sainteté sous le premier péristyle, le préfet de la Seine, président du Conseil général d'administration, lui a adressé la parole en ces termes : « Très Saint- « Père, comme pontife suprême de la religion chrétienne, vous venez visiter « ceux que le fondateur de cette religion nommait ses frères ; vous venez leur « dire qu'ils sont aussi les vôtres, vous venez les consoler par votre présence. M Comme souverain législateur et providence visible des États que vous gouver- « nez, et où Votre Sainteté entretient de si nombreux et de si beaux modèles de a toutes les institutions charitables, un pieux intérêt vous portera sans doute « aussi à désirer de connaître de quelle manière s'exerce, dans cette autre « contrée de l'Europe le ministère de la bienfaisance publique, et, portant alors « sur nous des regards de bienveillance. Votre Sainteté ne refusera pas de nous « donner pour récompense de nos soins des encouragements ou des leçons. » Le Saint-Père a témoigné, dans sa réponse, qu'il voyait avec un égal intérêt les pauvres et ceux qui se consacrent à leur service. Sa Sainteté a été conduite dans la chapelle qui avait été préparée dans le bâtiment neuf. Elle y a été reçue par S. E. le cardinal archevêque de Paris, son clergé et les chapelains de l'Hôtel-Dieu. Après la prière, Sa Sainteté s'est placée sur un trône, et a reçu les présentations qui lui ont été faites de tous les membres et agents de l'administration des hôpitaux. Sa Sainteté a particulièrement accueilli avec beaucoup de bonté les sœurs hospitalières, tant de l'Hôtel-Dieu que celles des autres maisons qui s'y étaient réunies pour jouir du bonheur de voirie souverain pontife. Pendant ces présentations, plusieurs demandes ou adresses ont été remises àSa Sainteté. Le Saint Père a ensuite commencé sa visite dans l'intérieur de l'hôpital. Les grandes salles Saint-Charles, du Rosaire, Saint-Cômc, Sainte-Marthe, Sainte-Jeanne sont les seules que Sa Sainteté ait eu le temps de visiter. Elle était attendue dans un autre établissement de la Capitale. Sa Sainteté a été vue par tous les malades qui habitaient ces salles; tous ont reçu ses bénédictions. Sa Sainteté a paru satisfaite de la bonne tenue des salles et de la propreté et du bon ordre ([ui y régnent. Après la visite. Sa Sainteté est venue se reposer un instant dans la salle d'administration, d'où elle a été reconduite jusqu'à sa voiluro, de la même manière qu'elle avait été reçue Tome l. 34

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à son arrivée... » — Gazelle de Francit du 24 nivôse : « Paris, 23 nivôse. Une caserne considérable s'élève sur le quai Bonaparte, prenant toute la rue de Potier ', et une partie de la rue de Lille... » — Couvrifr français du 24 nivôse : « Paris, 23 nicose. ...M. Dinnéril a terminé vendredi dernier son cours de céphalologie à l'Ecole de médecine par des considérations générales extrêmement intéressantes. Il a prouvé par la situation de la tête, qui se trouve presque en équilibre sur l'extrémité céphalique du rachis, par la position des yeux, celle de la direction hoiizontale de la bouche, la largeur du pied, que l'homme était destiné à la station bipède. Il a fait remar(|uer ([ue, dans presque tous les animaux qui marchent à quatre pattes, la longueur du col est égale à celle des membres antérieurs, et que cela était nécessaire pour que l'animal pût porter sa bouche jusqu'au sol et y chercher ses aliments, ha girafe, qui a plus de six pieds et demi de hauteur, a aussi un col prodigieusement allongé, quoiqu'elle n'ait que sept vertèbres cervicales. L'éléphant, il est vrai, a le col très court, mais la nature y a suppléé par l'allongement de son nez ou de sa trompe, avec laquelle il prend aisément tous les aliments et les porte à sa bouche. M. Duméril a fait voir aussi que l'on peut, à l'inspection de la dernière phalange des doigts, connaître les mœurs, les habitudes des animaux, le genre de nourriture dont ils font usage. » — Bulletin politique du 24 nivôse : « Paris, le 23 nivôse. ...Malgré la rigueur de la saison, les travaux |)ubli("s sont encore dans une activité remarquable. A la place du guichet qui conduisait de la place des Quatre-Nations à la Monnaie, se trouve «maintenant une petite foire sous des portiques riches et élégants, décorés de voûtes et percés de cinq arcades extérieures et de diverses communications à l'intérieur. D'autres ouvertures ont été pratiquées dans l'angle du quai Malaquais et de la rue de Seine, et offrent, de ce côté, des dégagements d'un autre genre. On s'occupe aux autres parties extérieures du palais des Beaux- Arts de restaurations bien combinées : de grandes croisées en arcades remplacent des trous de remise surmontés d'œils de bœuf, et rendent à l'extérieur de ce monument le caractère qui lui est propre, sans en dénaturer l'architecture. »

CGXXXIX

:24 NIVOSE AN XllI (14 JANVIER 1805).

Ministère di-: la l'OLinE générale. — Bulletin du 23 nivôse.

Paris. Van (1er Duijn. — Le préfet de police expose, dans un rapport du 22, qu'il a fait continuer la surveillance du sieur Van der Duyn, dont il a été chargé par le ministre, et sur laquelle il a fait un premier rapport satisfaisant. (Bulletin du IS'-*.) Les résultats sont également à l'avantage du sieur Van der Duyn. Cet étranger s'occupe de négociations sur les fonds publics. Sa Conduite est très régulière. Il est entièrement

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