‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 160 sur 221 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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391 PARIS SOUS L'EMPIRE (7 février 1805]

faite, qu'elle fait tomber tous les faux bruits répandus dans le Nord par les émissaires de l'Angleterre. Les feuilles ne publient rien de remarquable sur l'intérieur de la France.

Bourse. — Le cours des .t 0/0 a été porté, dans les derniers moments de la Bourse, à 59 fr. 35. pour la fin ihi courant, et à 59 fr. 50, pour la fin du prochain. La hausse des actions de la Banque est en proportion plus rapide, et on ne l'attribue, comme celle des rentes, qu'à l'extrême rareté des effets. L'agitation à laquelle les escomptes «ionnaient lieu commence à se calmer ; il n'a été affiché aujourd'hui que ^0.000 francs de rentes et 50 actions de la Banque. Plusieurs articles de marchandises éprouvent une hausse sensible, d'après laquelle les courtiers ont besoin de se concerter pour arrêter la cote du jour. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 59 fr. 13; 59 francs, 59 fr. 15, 10. Actions de la Banque de France I.IGO francs, 1.165 francs.

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3833.)

Journaux.

Moniteur, du 19 pluviôse : « Paris, le 1<S pluviôse. Le coche d'Auxerro s'est échoué ce matin à dix heures, sur une des piles [du pont] du Jardin des Plantes, que les eaux surpassaient d'environ un mètre. Toutes les précautions avaient été prises pour prévenir cet accident. Des pieux de. balise avaient été placés en amont du pont, et s'élevaient de plus de deux mètres au-dessus du niveau des eaux. Le marinier de garde sur la rive avait crié au pilote de ranger davantage la terre ; mais la force du vent et du courant réunis ont entraîné le bâtiment. Heureusement personne n'a péri, et, quelques heures après le bâtiment a été conduit échoué au port Saint-lîernard. où il devait arriver. On doit les plus grands éloges à la conduite qu'ont tenue dans cette occasion M. Magin, commissaire général de la navigation, el M Becquey, ingénieur en chef du département de la Seine ; ils n'ont rien négligé pour sauver les voyageurs, maintenir le bon ordre, et faire les dispositions que la sûreté de la navigation réclamait. » — Journal des Débats du 19 pluviôse : « Paris, 18 pluviôse. ...M. Crussaire, artiste très distingué dans l'art de tracer avec la plume seule des tableaux qu'on croirait achevés avec le pinceau le plus délicat, a eu l'honneur de })résenter au Saint-Père une pale représentant les attributs de lÉglisc et du Saint-Siège et divers sujets de l'histoire sainte. Sa Sainteté a accueilli avec bonté M. Crussaire, comme un homme dont les vertus el les talents lui paraissaient dignes d'estime, et lui a fait remettre par Monseigneur son majordome des témoignages de satisfaction. »

[8 FKVRiER 180b] PARIS sous L'EMPIRE ^92

RaPI'OKT de la préfecture de police du 20 PLUVIOSE.

L'abbé Alary. dont il a été question au rapport d'hier, a pour conlideiil un nommé Poupart, tailleur, demeurant à Paris depuis deux ans, rue des Prêlres-Saint-Germain-l'Auxerrois. Ce Poupart a émigré lors de l'arrivée des troupes prussiennes dans les plaines de la Champagne, et n'a quitté l'armée de Condé qu'en 1802. C'est là, dit-il, qu'il a connu l'abbé Alary, aumônier de celte armée, qui lui a rendu maint service et l'aide encore aujourd'hui de sa bourse, chaque fois qu'il en a besoin. Poupard a été très réservé sur le compte de l'abbé ; il a déclaré cependant lui avoir fait depuis peu un habit et un pantalon de drap bleu, qui devait lui servir pour un voyage sur la nature duquel il a refusé de s'expliquer, et qu'il paraît cependant bien connaître. Poupart a avoué encore avoir fait des commissions de livres pour l'abbé Alary, et a prétendu ne pas se souvenir quels étaient ces imprimés. On a trouvé dans les papiers de Poupart des pièces qui indiquent qu'il a rendu divers services aux prisonniers du Temple, lorsqu'il y allait voir son cousin, nommé Jacques, attaché à l'ex-duc d'Enghien, qui y était détenu encore cet été. Une dame Charlotte de Rolian lui écrit, le 20 novembre, pour l'en remercier de la manière la plus affectueuse. Poupart, en rentrant en France à la fin de l'an X, s'est présenté à la préfecture de la Haute-Saône, et, d'après sa déclaration, il a obtenu son acte d'amnistie, en date du 20 frimaire an XI. Jj'abbé Alary, comme presque tous ceux impliqués dans l'affaire, n'a point de foilune et paraît néanmoins avoir à sa disposition des fonds considérables. A toutes les questions qu'on lui a faites à cet égard, il a répondu qu'il avait rapporté de l'étranger trois cent cinquante louis, avec lesquels il avait vécu et aidé ses amis.

Le sieur Sci|)ion Chapelain, indiqué dans la grande lettre adressée d'Avignon au nommé Sanchon de Jeimetières comme un homme qui pense bien, a été entendu. Ce particulier est maire de (Jénolhac, département du Gard, il est dans ce moment à Paris pour affaires de famille. Il résulte des éclaircissements et des renseignements qu'il a d(»nnés que l'auteur de la lettre en (piestion est un Bournissac, frère de celui qui est détenu ici; que le maire de Cavaillon, que l'on a cherché à

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détourner de prendre cette place, à laquelle il vient d'être nommé, est encore un Bournissac, oncle des deux autres, et que c'est lui que l'on a désigné par le nomsupposéde Mandar. Le sieur Chapelain a déclaré n'avoir vu les fi-ères Bournissac qu'une fois, il y a deux ans, à Cavaillon, chez M. Bournissac, l'oncle ; ils passaient alors pour avoir des principes religieux tout particuliers. Le même Chapelain a épousé une nièce de la dame Bournissac.

Réunions. — Un sieur de Lornière, émigré rentré, demeurant rue du Battoir, et qui reçoit quelques anciens nobles chez lui, les engage tous à reprendre leurs anciennes qualités ; il se plaît à répéter que les choses ne peuvent durer longtemps dans l'état où elles sont.

Journaux. — Les feuilles de ce jour sont toutes et uniquement une répétition du journal oHiciel d'hier, l'article d'Angleterre et les notes qui l'accompagnent constituent toute leur partie des nouvelles étrangères. — D'après des lettres de Kiel, le Journal de Paris raconte qu'à l'air de satisfaction peint sur la tiguie du roi de Suède, lors de son départ de Stralsund, on jugeait combien il se sentait heureux d'être enfin délivré des vives inquiétudes qu'il lui avait plu d'avoir tout le temps qu'il avait voyagé sur les frontières du pays occupé par l'armée française, — Le même journal annonce que certain Baron, officier palatin, qui se permettait les plus étranges propos, a été arrêté sur la rive gauche du Rhin et conduit de Mayence à Paris.

Bourses. — Le mouvement des négociations n'a pas été moins

animé que les jours précédents, et les cours des rentes et des actions

de la Banque, après avoir éprouvé une nouvelle progression de

hausse, ont paru un peu faibles au moment de la clôture. — o 0/0,

jouissance de vendémiaire 59 fr. 50, 45, 50, 40, 20. Idem, de germinal

an XIII, 56 fr. 80, 90, 80. Actions de la Banque de France, 1.267 fr.,

50 ; 1.242 fr. 50.

Dubois.

(Ai'ch. nat., F', 3833.)

Journaux.

Moniteur (In 20 pluviôse : « Paris, le 19 pluviôse. Le Saint-Père a visité, le 15 pluviôse, la manufacture des glaces du faubourg Saint-Antoine. Sa Sainteté a été reçue par les administrateurs et le directeur, M. de Naurois, membre du Corps législatif, qui l'ont accompagné dans les divers ateliers de ce superbe établissement, qu'elle a parcouru avec un vif intérêt. Toutes les pré-

1. Dans ï Ahaunach du 'Commerce pour l'an Xlll, la liste des négociants, \u llï, sii,^nale : « Naurois, directeur de la manufacture des glaces, rue de lieuilly, "6. » Mais nous ne trouvons pas de membre du Corps législatif qui portât ce nom. Tome l. 38

[9 PKviHKR 1805] PAIUS SOCS L'EMPIRE B94

caillions |)riscs pour maintenir le hon ordre nont pu empêcher la muUilude de se ])récipiter en foule sur les pas du Saitil-Père, en sollicitant, k genoux, sa bénédiction aposiolique. » — Jonninldes Dames da 20 pluviôse -.«Paris, ce 49 pluviôse . . . .Quand on ne va pas aux grands spectacles, et qu'on ne sait pas où passer la soirée, on choisit entre le théâtre Pittoresque, le manège de Franconi, ou le cabinet de physique de M. Bienvenu. Ce dernier amusement a la |)référence, et jamais une petite maîtresse ne s'est jamais si bien divertie qu'après avoir conversé une iieure avec des esprits aériens, des fantômes ou mille monstres divers; elle n'en peut plus surtout de joie, quand la nonne sanglante s'approche de l'assemblée, et fait des contorsions elîroyables ; enfin, si l'apparition est terrible à ce point, que la petite maîtresse ne puisse plus y résister, et en perde les scn$, elle est au comble de ses voeux, et raconte le lendemain son aventure de la veille avec un plaisir inexprimable. Le joli spectacle (pie celui de la rue des Petits-Champs! dit-elle; la charmante soirée ! je me suis trouvée mal trois fois. »

Rapport de la préfecture de police du 21 pluviôse.

Réunions. — Un dit chez un sieur Tirlet, demeurant rue de Grenelle-Saint-Honoré, chez lequel se réunissent plusieurs Bourbunisles, qu'il règne beaucoup de mécontentement parmi les troupes, et que les soldats se plaignent vivement de l'état d'inactivité où on les relient depuis longtemps. — On dit dans le commerce que des lettres arrivées des diverses villes maritimes annoncent que la guerre avec l'Angleterre et l'Fspagne a produit une grande sensation et fait resserrer tellement les capitaux qu'il est impossible de s'occuper d'affaires et de rien entreprendre.

Académie impériale de musique. — Le bal masqué, qui a eu lieu cette nuit à l'Académie impériale de musique, a été plus nombreux que le dernier et n'a fini qu'à la pointe du jour. La recette s'est élevée à 3.036 francs. L'ordre a été maintenu au dedans et au dehors.

Journaux. — Les feuilles de (;e jour ne contiennent rien qui présente lu) caractère de nouveauté; elles sont particulièrement remplies du détail des dernières séances du Corps législatif et du Tribunal

Dubois.

(Arcli. nat., I'', 3833.)

595 PARIS SOUS L'EMPIRE [10 février 1805]

Journaux.

Gazette de France du "ii pluviôse: « Paris, 20 pluviôse. .. .Avant i?oéniont, tragédie nouvelle déjà annoncée, les comédiens français se proposent de remettre celle de Henry VIII, qui, sans être un chef-d'œuvre, est le chefd'œuvre de M. Chénier. Une comédie nouvelle, intitulée les Riches, reçue au même théâtre ayant subi quelques coupures au bureau d'examen, l'auteur en a suspendu la représentation. Ce sera le l'yrati de famille qui passera d'abord ; on donnera ensuite Madame de Sévigné, comédie qui fera briller la plupart des jolies actrices du Théâtre-Français. On annonce comme devant jiaraitre prochainement au théâtre de l'Impératrice trois comédies nouvelles savoir : une grande, une moyenne et une petite. Il faut convenir que, vu l'abohdance extraordinaire des pièces de théâtre, c'est presque un bonheur qu'il en tombe tant. Sans cela tous les répertoires se trouveraient dans l'espace d'un mois approvisionnés pour deux ans, et on ne verrait plus nos auteurs se coaliser pour augmenter le prix de leurs pièces. Mais ils ont soin d'y mettre bon ordre, et la plupart des nouveautés qu'ils donnent n'empêchent i)as qu'on n'ait, dès le lendemain, besoin de leurs services, o — « On a beaucoup vanté le foyer de l'Opéra, le foyer des Italiens, le foyer de LouYois. Cependant nos amateurs préfèrent le foyer de la Montansier. Quand les auteurs de ce théâtre ont voulu retirer leurs pièces, les administrateurs leur ont répondu tlcgmatiqucment : Allez, messieurs les auteurs, retirez-les, portez-les ailleurs, vos pièces sans génie, sans feu : elles jetteront un beau coton, vous verrez qu'elles paraîtront de glace : partout on ne trouve pas notre foyer. » — « Les bals de LiVry sont toujours très suivis et très brillatits ; et le ftioyen de fte pas s'amuset" dans un lieu où l'on trouve tour à tour des salons d'harmonie, des salons de danse, des salons de jeu, et surtout des salons à manger : aussi attirent-ils une grande afHuence d'amateurs, dans tous ces genres ; et le vendredi il n'est pas bien d'aller faire des visites de matin à urie élégante ; elle dort jusqu'à trois heures de l'après-midi dans son lit d'acajou, pour avoir passé toute la nuit au bal. »

CGLXVI

Rapport de la préfecture de police du 22 pluviôse.

Réunions. — Les réunions ont été, hier, aussi nombreuses que tranquilles. Les bals, les spectacles sont tt'ès ft-éqtifentés ; on lie s'ësl point occupé de politique, mais on s'est livré aux plaisirs, qui se sont piolongés jusqnes à la pointe du jour. L'ordre a été maintenu partout.

Culte. — Sa Sainteté s'est rendue hier matin à l'église Sainte-Marguerite. Sa présence a attiré un concours immense de monde, et la

[Il FF.vRiER 1805] PARIS SOL'S I/EMPIRE 596

foiili,' a élé exlrèine dans une partie du l'auhourg Saint-Antoine. H n'y a eu aucun accident, et la tranquillité a été parfaite.

Journaux. — Les feuilles de ce jour sont remplies des nouvelles de Londres et des noies auxquelles elles ont donné lieu; les unes et les autres sont extraites du journal officiel d'hier, 21 pluviôse.

Bourse. — L'escompte affiché de 23.000 francs de rentes, des rachats assez- nombreux à faire à défaut de livraison et quelques demandes de M. Portau, agent, ont coopéré à une nouvelle amélioration du cours. La hausse parait d'autant plus assurée que sa progression n'éprouve point de ces élans trop rapides, qui font toujours présager une chute prochaine. Les dispositions des actions de banque ne diffèrent point de celles des rentes. Le mouvement occasionné par la hausse de quelques marchandises a été de courte durée ; selon les courtiers, les transactions se sont calmées tout à coup. — o 0/0, jouissance de vendémiaire, 59 fr. 80, 75, 30, 90, 60, 70, 80. Idem, de germinal an XIII, 37 francs. Actions de la Banque de France,

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