Voir plus li.iut, p. îj8'J, et plus loin, p
613 PARIS SOUS L'EMPIRE [18 février 1805]
de Soissons, l'un des plus fanatiques de toute celte association. Celui qui vient d'être arrêté se nomme Jacques Hinaux, et il est prêtre habitué de Saint-NicoIas-des-Champs ; on a trouvé chez lui un exemplaire original, manuscrit, de la prétendue réclamation des évêques et nombre de pièces ; on s'occupe de leur dépouillement et de l'interrogatoire du prévenu.
Réunions. — Les Bourbonistes font courir le bruit que S. M. l'Empereur a fait offrir à l'ex -maréchal de Broglie de rentrer en France, et que ceux de ses biens qui n'étaient point encore vendus lui seraient restitués, mais que M. de Broglie avait refusé la proposition avec fierté. — On dit dans le public que des lettres arrivées de Boulogne annoncent que les travaux et les préparatifs ont pris dans ce port une activité nouvelle, que les troupes sont dans les meilleures dispositions, et que l'on regarde à présent la grande expédition comme très prochaine.
Ecole polytechnique. — Les élèves de cette école se plaignent beaucoup de la sévérité de la discipline qui vient d'être établie chez eux ; ils redoutent surtout d'être bientôt casernes.
Journaux. — On ne remarque de nouveau dans les feuilles de ce jour qu'une annonce, faite d'après des papiers anglais, que la Cour de Londres a nommé M. Monroe,son ministre plénipotentiaire et extraordinaire à la Cour de Madrid . . .
Bourse. — Les escomptes de rentes annoncés hier, au moment de la clôture, avaientproduit un instante peu près 30 centimes de hausse, et le soir le cours était un peu plus faible. Aujourd'hui, ces escomptes portés à prés de 40J.0U0 francs, ont donné lieu à de nombreuses variations, mais elles n'ont point eu un résultat aussi avantageux qu'on l'avait présumé. L'embarras de ces revirements continuels d'opérations paraît fatiguer non seulement les agents, mais un grand nombre de leurs clients. Les actions de la Banque n'ont éprouvé aucun mouvement, mais elles ont été plus demandées qu'offertes. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 61 fr. 25, 35, 40 ; 61 fr. 10, 40, 20, 35. Actions de la Banque de France, 1.280 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3833.]
(19 FKVRiER 1805] l'AlîIS SdlS I.'EMIMUE 614
CCLXXY 30 PLCVOSE AN. XIII (19 FÉVRIER ISOo).
RaPPOHT de la PItÉFECTClîK DK POLICE DU 1*^ VENTOSE.
Le nommé Ilinaiix, prèlre habitué de Saint-Nicolas-des-Cliamps, a déclaré, dans son interrogatoire, que le manuscrit de la réclamation des évêques, saisi chez lui, lui avait été donné par l'abbé Gravier, curé près de Soissons, ami et correspondant particulier de l'abbé Delaneuville^ La correspondance du prêtre Ilinaux a fourni la preuve compltHe de ses liaisons coupables avec Gravier. On a trouvé également dans ses papiers diverses pièces en vers et en prose, qui attestent son attachement aux Bourbons.
Réunions. — Les Bourboiiistes, qui se réunissent clie/ lex princesse Yaudemont, disent qu'il serait è désirer que nombre d'entre eux fussent appelés dans la maison de S. M. l'Empereur, ou trouvassent à se placer dans diverses administrations publiques. Ils se félicitaient de ce que l'abbé de Broglie était nommé aumônier de Sa Majesté. . ,
Journaux. — Le Jourtial des Débats rapporte, d'après une gazette italienne, que, vers le 20 janvier, on paraissait craindre à Naples que la paix ne fût troublée avant peu ; qu'on en jugeait ain>;i par l'approvisionnement et l'armement des forts, tant de Naples même que des autres villes du royaume, par le départ pour Rome de la famille du commissaire des relations commerciales français, et par le départ p'jur Palerme du frère de l'ex-ministre Âcton ; enfin, par l'arrivée fréquente de courriers français. — Une autre nouvelle, également donnée par le Journal des Débats, fait mention de l'extrême incognito dans lequel le roi de Suède est parti de Stralsund, ayant eu la précaution de faire quitter aux douze sous-lieutenants qui l'accompagnaient leur habit d'uniforme. On ajoute qu'à Stralsund les préparatifs de défense se continuent toujours, et qu'autant que les glaces peuvent le permettre, on fait placer en avant du port des bâtiments armés de canons et des chaloupes. — A l'exception de ces articles, les feuilles ne renferment rien de l'étranger ni de l'intérieur qui ne fiU déjà connu. . .
1. Dans l'original, ce nom est écrit de lu Seufville. Précédemment il était écrit, tantôt de In Seuville, tantôt Delunenville. Cette dernière forme s'étant présentée la première dans le*; rapports, et étant peut-être la plus fréipiemment employée, nous l'avons adoptée.
615 PARIS SOUS L'EMPIRE [20 février 180S]
Bourse. — Les liquidations journalières nécessitées par de nombreux escomptes de rentes, qui se sont faits depuis quelque temps, n'ont pas simplifié celle de la fin du mois autant qu'on l'avait espéré ; on s'en est beaucoup occupé ; néanmoins il s'y est fait passablement d'affaires. Le cours, qui s'était ouvert en hausse très prononcée, a été ensuite constamment faible, mais le bruit s'est répandu que les noms seraient très abondants, et l'opinion a paru se diriger vers un nouvel élan favorable. Les actions de la Banque n'ont point baissé. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 61 fr. 40, 50 ; 61 fr. 35, 20, 15.
Actions de la Banque de France, 1.280 francs.
Dubois,
(Arch. nat., F^ 3833.)
Journaux.
Journal des Débats du l^r ventôse : « Paris, 30 pluviôse. ...M"8Bénézoch, fille de l'ancien ministre de ce nom, mort à Saint-Domingue, dans un état voisin de rindigence, étant sur le point d'épouser le colonel du 7<^ régiment de hussards, a reçu pour dot, de Sa Majesté Impériale, une belle maison située à Aix-la Chapelle. »
MlNISTKRK DE LA POLICb: GKNHK ALi:. — BULLETIN DU 2 VENTOSE.
. . .Deville. — Homme de lettres, président de l'un des cantons du département de la Somme, demeurant actuellement à Paris, est désigné comme ayant eu occasion d'entendre et de suivre la conversation de trois individus qui se trouvaient réunis pendant la nuit, dans la petite rue du Rempart, et s'expliquaient entre eux, avec l'abandon des conjurés fanatiques capables des plus grands crimes. M. Deville doit avoir reconnu très distinctement l'un de ces individus : — Inviter M. Deville, avec les ménagements convenables, à venir communiquer les renseignements qu'il paraît avoir
(Arch. nat., AF iv, 1492.)
Rapport de la préfecture de police du MibiE jour.
Depuis plusieurs jours, les réunions n'offrent rien d'intéressant et de remarquable ; chacun est entièrement livré à ses plaisirs, et l'on ne s'occupe guère d'autre chose. Le bruit circule, parmi ceux qui s'oc-
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cupenl plus particulièrement des cultes, que S. M. l'Empereur a refusé à Sa Sainteté le rétablissement de certaines corporations religieuses que l'on sollicitait vivement. Le Pape s'est rendu, ce matin, à dix heures, dans l'église de Saint-Nicolas-des-Champs. Sa présence, comme de coutume, a attiré beaucoup de foule. L'ordre et la décence ont été observés.
Journaux. — On lit dans le Bulletin politique que l'Angleterre a accepté la médiation de la Prusse pour traiter de la paix avec la France. — Les nouvelles d'Italie, rapportées dans la même feuille, portent que, du consentement de S. M. l'Empereur, le roi de Naples maintiendra, dans toute son étendue, le système de neutralité qu'il a suivi jusqu'à présent. — Quelques personnes, au dire du Courrier des Spectacles, croient qu'il y aura un vice-roi de Lombardie à Milan, et désignent pour cette dignité S. A. S. le maréchal Murât. — Ces articles sont les seuls, dans les feuilles de ce jour, qui présentent quelque caractère de nouveauté.
Bourse. — Il a été escompté aujourd'hui 150.000 francs de rente par M.Coindre, et 15.000 francs par un de ses collègues. Ce moyen de maintenir le cours n'éprouve aucune contradiction, mais on s'aperçoit qu'il ralentit beaucoup les négociations : 1° par l'embarras extraordinaire qu'il donne aux agents ; 2? par l'inaction à laquelle il condamne un grand nombre de joueurs, qui n'osent vendre dans la crainte d'être escomptés dé suite, comme cela se pratique journellement. Les actions de la Banque ont été un peu plus faibles qu'hier. L'on ne parle d'aucun mouvement dans les transactions commerciales. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 61 fr. 50, 40, 25, 50, 40, 50, 35, 15 c. Actions de la Banque de France, 1.275 francs, 1.277 fr. 50 c, 1.275.
Dubois.
(Ai'ch. nat., F', 3833.)
Journaux.
Journal de Paris du 2 ventôse : « Nouvelles des sciences, des lettres et DES ARTS. ...Los dôbuts do M"- Amalric Contât, conliniieiil d'alliror la foule au Théâtre-Français. Avant-liier, dans la comédie du Dissipateur, où cette jeune actrice remplissait le rôle de Finette, elle lut l'objet d'une application très honorable pour clic et pour M""» Contât, sa mère. Au moment où elle achevait ces deux vers :
Et VOUS voyez aussi qu'avec assez d'adresse
Je sais, quand il le faut, seconder ma maîtresse,
tout le public confirma cet éloge par une triple bordée d'applaudissements. »
617 PARIS SOUS L'EMPIRE [21 février 1805]
CGLXXVII
Rapport de la préfecture de police du 3 ventôse.
Etrangers. — L'ambassadeur de Prusse a ici, au nombre de ses espions, un sieur de ALjntberl, ci-devant au service de Prusse, el à Paris depuis sept ou huit mois. Il demeure rue de Cléry, n» 59, et fréquente les principales maisons où Ton s'occupe de politique, notamment M^i^ Montmorin, M. «le Beaurepaire, M«e de Chazot. On rapporte que le prince Pignalelli a dit que S. M. l'Empereur lui avait fait offrir l'étoile de la Légion d'honneur, mais que, n'ayant rien fait pour le service de l'Empire français, il avait cru devoir refuser cette dignité.
Réunions. — On répand que nous avons essuyé un échec dans la Méditerranée, et les bruits de guerre commencent à reprendre avec plus de force. On dit que tout ce qui reste de troupes à Paris est sur le point de partir, que la garde impériale a l'ordre de se trouver prête au premier moment, et qu'à cet effet elle est assujettie à plusieurs appels par jour.
Journaux. — Les articles que les journaux rapportent de l'étranger ne présentent aucun intérêt sensible ; ils n'ont trait qu'à quelques particularités du pays, indillerentes en elles-mêmes, sous le rapport de la politique ; le reste de l'espace, dans les journaux, est rempli par des extraits du Moniteur de la veille.
Théâtres. — On a donné, au théâtre Louvois, une petite comédie en un acte et en prose, intitulée : Un tour d'une soubrette ' . Celte pièce a fait beaucoup de plaisir et a obtenu un succès flatteur. Tout y a paru ingénieux, décent et très enjoué. L'auteur a été unanimement demandé, et on a nommé M. Gersin. Rien dans l'ouvrage n'a donné lieu à la moindre application. Le calme a été parfait. . .
Bourse. — Il n'a été escompté aujourd'hui que 17.500 francs de rentes; la marche des variations du cours a été absolument conforme à celle d'hier ; il s'est ouvert en hausse et fermé en baisse. Les observateurs prétendent que cette stagnation peut durer encore quelques jours, parce que, sur les derniers escomptes qui s'élèvent à
1. C'est un lapsus. Le vrai titre est : Un tout' de soubrette, comédie en un acte et en prose. Paris, M™" Masson, an XIII, in-8. (En collaboration avec Année.)
(2J KKVKiER I80:i] FAIUS SOL'S L'EMPIIIE 618
plus de 500.000 francs de rentes, il n'en a encore été transféré que tîOO ; et qu'on conséquence, une réaction dépendra des rachats plus ou moins nombreux, qui se feront dans les premiers jours de la semaine prochaine. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire, 61 fr. 50, 50, 30, 25, 15, 25, 40, 15 c. Idem, jouissance de germinal, 58 fr. 50. Actions de la Banque de France, 1.272 fr. 50 c, 1 .275 francs.
(Arch. nat., F' 3833.)
Dubois.