CCLXXVIII
Ministère dk la police générale. — Bulletin du 4 ventôse.
Paris. Rapport du préfet de police. — On a donné le 2, au théâtre de rimpératiice, Un tour de soubrette, nouvelle comédie en un acte et en prose. Elle a été unanimement applaudie. L'auteur, demandé, est M. Gersin. — H y a eu peu de négociations de renies, à la Bourse d'hier. On pense que celte stagnation peut durer encore quelques jours, parce que, sur les derniers escomptes, qui s'élèvent à plus de 500.000 francs de rente, il n'en a été transféré que 200.
Esprit public. Bruits. — L'affiche sur les murs de Paris du jugement d'un soldat fusillé à Boulogne, pour des propos séditieux ', a été remarquée. On dit : «Pourquoi couvrir les murs de la capitale d'un jugement rendu à Boulogne !' C'est un avis secret aux mécontents et aux fanatiques. » — On répand que les Français se sont emparés, à Naples, de la personnes du Roi et de toute la famille royale. Des Milanais et des Napolitains paraissent persuadés que l'escadre, partie de Rochefort, était destinée contre Naples. Un compositeur italien, qui a soupe le 2 chez M. de Gallo, assure que cet ambassadeur et son épouse paraissent tn>3 inquiets. Ils gar laient le silence... Tout ce qui les entourait annonçait que de grands événements venaient de se passer à Naples.
Mascarades. — Le ministre a ordonné à M. le conseiller d'État, préfet de police, de surveiller les mascarades et d'empêcher qu'on puisse courir les rues en habits ecclésiastiques. Arch. n,it.. AF iv, 1492.)
1. Kn marge, rie la main de Fouché : » Ce n'est pas seulement pour des propos séditieux. Ce soldat avait jeté dans le oamp des libelles et des chansons séditieuses. "
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Rapport de la préfecturi-: de police du même jour.
Les pièces trouvées chez le sieur Hinaux, vicaire de Sainl-Nicolasdes-Champs prouvent au delà de l'évidence ses liaisons coupables avec Gravier, curé de Jaiilzy ', près Soissons, auteur de la prétendue réclamation des évéques, complice de Tabbé Delaneuville, de Bournissac et autres. Les lettres de Gravier à Hinaux sont un tissu d'horreurs contre S. M. l'Empereur, contre le Pape et le Concordat.
Elles respirent d'un bout à l'autre le désir de voir renaître l'ancien régime, et la haine la plus prononcée contre l'ordre actuel de choses. Le Saint-Père y est également traité avec le plus profond mépris. Gravier l'appelle Aquila rapax, et donne à son prédécesseur. Pie VI, les plus grands éloges pour avoir refusé toute espèce de propositions de la part de la France. On remarque dans ces mêmes lettres que Gravier se flatte d'avoir la confiance entière de l'évêque de Soissons, et que ce prélat ne fait rien sans le consulter. On a encore trouvé dans les papiers d'Hinaux, indépendamment des vers, des couplets contre le gouvernement, qui ont couru sourdement les sociétés depuis quelque temps, une fable allégorique ayant pour litre : Les Cochons, diatribe horrible contre tout ce qui s'est passé depuis deux ans. Ce libelle manuscrit est de l'abbé Houllier, chanoine actuel de Soissons, correspondant des Laneuville, des Bournissac, des Gravier et de toute la bande.
Journaux. — La Gazette de France et le Journal des Débats donnent quelques nouvelles d'Angleterre, qui portent en substance ce qui suit : Lord Mulgrave a prononcé, le 11 février, dans la Chambre des' Pairs, un discours très étendu, dont l'objet était de justifier la rupture et la guerre avec l'Espagne. Il a été vivement appuyé par MM. Addington et Pitt, et combattu par MM. Spencer et Grey ; le discours de ce dernier a fait une grande impression sur les esprits. Un riche vaisseau de la Compagnie des Indes a péri corps et biens ; la perte se monte en valeur à 4.4(30.000 livres et en hommes à trois cents personnes environ. On est toujours incertain et inquiet à Londres, sur la destination de l'escadre sortie de Rochefort, et au 11 février, l'Amirauté n'en avait encore reçu aucune nouvelle. La guerre se continue toujours avec le Holkar, et il serait à craindre que la France, dans une pareille conjoncture, ne dirigeât son escadre vers l'Inde. On a récemment appris par des lettres venues de Tranquebar, que
1. C'est kl une erreur: J.iulzy se trouve dans l'Oise, arrondissement de Compiégne.
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l'amiral hollatidais Harlsinck, à la lêle de qualre ou cinq vaisseaux (le ligne et de plusieurs frégates, s'était emparé de la place de Puulo- Pinang, et d'un certain nombre de vaisseaux de la Compagnie des Indes richement chargés. A Londres, on dit (|ue les préparatifs de guerre ont doublé d'activité en Angleterre depuis quelque temps. — Les autres nouvelles de l'étranger portent qu'il est faux qu'une escadre russe ait mouillé à Naples. Elles annoncent encore que, dans une conférence qui a eu lieu entre le prince napolitain Cardilo et le général Saint-Cyr, ce dernier a déclaré qu'il ne dépasserait point la ligne de démarcation aussi longtemps que les troupes étrangères ne feraient aucun mouvement hostile dans les environs. Des lettres d'Allemagne confirment l'activité des négociations de la Prusse pour rapprocher la Russie et la France. Elles annoncent en outre la neutralité décidée de la Poméranie suédoise. . .
Bourse. — Il a été escompté aujourd'hui 77.500 francs de rentes; la rareté extraordinaire de l'effet muinlient le cours du comptant à 10 centimes à peu près au-dessus de celui à terme, dont les marchés sont beaucoup moins nombreux que par le passé. Les variations avaient été insignifiantes au parquet; mais, à la clôture, un petit mouvement de hausse a porté le cours à 61 fr. 75 c. Les actions de la Banque se tiennent constamment au même taux. Les négociants et courtiers assurent que dans aucune circonstance ils n'ont vu le commerce dans une stagnation semblable à celle qu'il éprouve maintenant. — 5 0/0, jouissance de vendémaire, 61 fr. 50, 40, 50, 45, 00, 40. Idem, jouissance de vendémiaire an XIII, 58 fr. 50. Actions
.de la Banque de France, 1.275 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F' 3833.)
Gazelle ib: France du 4 venlôse : « Paris, 3 vcntô.se. .. .Tout le monde sailqueM.de Lalande mange des araignées par esprit de singularité. Un voyageur vient de lui jouer un très mauvais tour, en dérouvranl un peuple entier qui en fait autant que lui. .M. de Lalande va donc être obligé, ou de songer à quelque genre de singularité moins commun, ou, s'il persiste dans celui-ci, d'avoir recours aux serpents à sonnettes et autres reptiles semblables, ou tout au moins à des insectes de distinction. » — « Bals masqués de VOpéra. Si le bal de Livry n'avait pas servi, la nuit dernière de succursale au bal masqué de l'Opéra, celui-ci n'aurait certainement pu suffire à l'aftluence du public, et plusieurs centaines d'amateurs s'y seraient étoulTés. Les personnes qui ne connaissent que de nom les bals masqués de l'Opéra supposent sans doute qu'une récréation à laquelle trois ou quatre milliers d'honnêtes gens, d'ailleurs fins gourmets en fait de jouissances, consentent à sacrifier une
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nuit de repos, un peu d'argent et de santé, doit être une partie de plaisir délicieuse. C'est cependant une grande erreur. Ceux qui ne s'y rendent pas uniquement pour voir ce que c'est ne s'y rendent que pour paraître y avoir des intrigues à suivre et de grandes affaires à régler ; mais dans le fond ils n'y ont rien à faire ; et pour peu qu'on se donne la peine de remarquer ce qui s'y passe, il est aisé de voir que personne ne sait ce qu'il cherche. Dans le temps où beaucoup de femmes avaient encore la bonté de cacher leurs allures, et de faire de leurs galanteries un commerce interlope, les bais masqués de l'Opéra pouvaient avoir un certain degré d'intérêt. Ils étaient pour un bon nombre d'entre elles ce que l'enclos du Temple était autrefois pour les banqueroutiers. Là elles se ménageaient des entretiens, des tète-à-tète, qu'elles n'osaient risquer ailleurs. Là, elles formaient de petites conspirations que le masque rendait difficile à découvrii-. D'un autre côté, cet essaim de jeunes gens qui venaient bourdonner à leurs oreilles n'avaient quelquefois que cette occasion d'y bourdonner sans obstacle et sans inquiétude. Le moins qui pût leur en arriver était de se donner, à peu de frais, de ces airs de bonne fortune que l'amo.ur-propre d'un grand nombre préfère souvent à la réalité. Mais, comme les femmes de nos jours ne sont guère plus timides sans masque, que les femmes d'autrefois sQus le masque, à présent que les salons et les loges de spectacles ont usurpé le privilège des anciens bals masqués de l'Opéra, ceux-ci sont la chose du monde la plus insignifiante, la plus insipide et la plus inutile qui puisse exister. Aussi y règne-t-il une monotonie, un ennui à faire bailler jusqu'aux oreilles; aussi n'offrent-ils plus que le spectacle d'une promenade où l'on s'étouffe sans savoir pourquoi, et d'où l'on se retire tout étonné d'avoir pu y tenir trois ou quatre heures. » — « L'usage de promener le bœuf (jras est rétabli. Voici l'ordre de la marche, qui aura lieu à cette occasion, dimanche, lundi et mardi. Le costume que porteront les marchands bouchers de première classe, et choisis par les syndics, adjoints et doyen d'âge de la boucherie de la commune de Paris, est réglé ainsi qu'il suit : lo Ils seront coiffés et poudrés en tresses, couverts d'un chapeau à la Henri IV, fond violet, panache blanc ; quant à la forme, la marchande de modes arrangera cela; 2» cravates blanches, mises également, et très larges, collet de chemise débordant; 3" gilet, pantalon et veste en bazin rayé, le tout fait à la hussarde, les passe- poils et bordures seront de couleur semblable au fond du bonnet, seule couleur qui convient au costume ; 4" bottes également à la hussarde, c'est-à-dire en demi-bottes brodées et glands en or, éperons vissés ; 5" ils auront chacun une ceinture semblable, qui ne doit, sous aucun prétexte, différer de la couleur du passe-poil (dite uniforme), le gland de la ceinture doit être en blanc; 6" le manteau écarlate brodé en or; 1° gants à la Crispin, noirs et piqués de blanc, et une cravache uniforme, cordons et glands en or. Six chevaux nattés, panachés, le tout à la hussarde, chabraque traînante comme officier. Quatre mamelucks en velours, brodés en pierres. Six autres mamelucks ordinaires ; six sauvages, six Romains, quatre Grecs cuirassés; six chevaliers français, six costumes polonais; deux costumes espagnols ; deux coureurs ; un tambour-major ; deux fifres ; dix-huit musiciens ; un enfant magnifiquement mis en amour, et soutenu par deux mamelucks; un petit bœuf d'environ treize à quatorze cents pesant, richement panaché et décoré; douze garçons bouchers, porteurs de tous les attributs de la boucherie, précédés d'un piquet de cavalerie ou de chasseurs à cheval, d'un
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peloton d'iiilanlerie pour fermer la marche. » — Courrier fratiçai^ du 4 ventôse :« Paris, 3 ventôse. . . .Molière est mis aujourd'hui à contribution. Nous sommes heureux de l'avoir pour ajoutera notre gaîté dans ces jours de carnaval. Le Théâtre-Français joue le Bourgeois gentilhomme, plusieurs tlioàtres en sous-ordre domiL'nl Pou rccaugnac, et cette dernière pièce attire une foule de curieux au théâtre Montansier, où Hrunet laisse à peine aux rieurs le temps de reprendre haleine. »
CGLXXIX 4 YENTOSE AN XIII (23 FÉVRIER 1805).
RaPPÛHT D1£ la l'JlÉFECTUHE DU l'OLlCU) DL; 5 VliNTOSt).
On a vu avec le plus grand plaisir le renouvellement de la fêle du Bœuf gras. On se portait en foule sur son passage et les couplets que les bouchers distribuaient pour témoigner leur joie à l'occasion du règne de S. M. l'Empereur ont été applaudis partout : cela aura encore lieu demain et après-demain.
Réunions. — Il y avait, hier, chez M. de Narbonne, une grande assemblée composée de ci-devant nobles bourbonistes. On s'y est beaucoup occupé de politique ; on s'est plu à exagérer la misère et à annoncer qu'elle deviendrait bientôt telle qu'elle amènerait de grands événements. On y a fait enfin la censure la plus amère du budget et de la plupart des actes du gouvernement.
Sa Sainteté s'est rendue, hier, à l'Institut des Sourds et Muets ; elle y a été reçue par M. l'archevêque de Paris. Les élèves ont soutenu un exercice, auquel le Saint-Père a paru prendre le plus vif intérêt. Ce matin. Sa Sainteté a été dire la messe à Saint-Merri. L'affluonce a été très grande dans les deux endroits ; l'ordre a été maintenu partout.
Théâtres. — On a donné, hier, au théâtre du Vaudeville, une pièce en deux actes, intitulée : La Laitière de Bercy ^. Celte comédie, qui renferme des couplets tournés avec esprit, a obtenu du succès. On a nommé pour auteurs MM. Chazet et Sewrin. L'ouvrage ne contient rien qui donne lieu à la moindre allusion.
Journaux. — Les journaux ne se composent presque entièrement que d'articles qui ont été pidjliés, hier, par le jouinal officiel. Ils ne donnent sur l'intérieur rien que paraisse mériter une attention parli-
1. Coniédie anecdntiiiue en deux act«s el en prose, niC-lée de vaudeville. Paris, liarba, 180!J, in-8.
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culière. On trouve seulement dans la Gazette de France une nouvelle ainsi conçue : « On prétend savoir que l'Empereur partira du lo au :20 de ce mois pour se rendre en Italie. Sa Majesté prendra, dit-on, la route de la Bourgogne et du Jura, et visitera, à son retour, les départements du Midi. »
Dubois.
(Arch. nat., F', 3833.)
Journaux.
Courrier français du 3 venlôse -.((Paris, i venlôse. ...Le Bourtjeois gentilhomme offrait avant-hier aux curieux qui se sont rassemblés en foule au Théâtre-Français la réunion de tous les talents de ce théâtre. Tous les acteurs, toutes les actrices ont reçu dans la cérémonie de nombreux applau-, dissements. Dugazon a joué avec le plus grand talent le rôle de M. .Jourdain. Les divertissements composés par>I. Marchand, ont été exécutés par plusieurs danseurs de l'Académie impériale de musique, parmi lesquels on a distingué M. Léon et M' " Jenny-Petit et Fanny. Ces trois artistes ont, dans un pas de trois, déployé vigueur, légèreté et aplomb, et le public leur a témoigné sa satisfaction par de vifs applaudissements, »
0 VENTOSE AN XllI (24 FÉVRIER 1805).
Ministère de la police générale. — Bulletln du 6 ventôse.
Paris. Abbé de Saint-Hon. — On a rapporté, dans le mois dernier, que l'abbé de Suint-lIon, qui a été prédicateur de Louis XVI, ruiné par le jeu, fréquentait encore la maison de Descarrières, et y tenait des propos véhéments contre le gouvernement. Le préfet de police, chargé de le rechercher [Bulletin du 10 pluviôse'), rapporte que cet ecclésiastique, connu de toutes les maisons de jeu, a été chassé de celle de Descarrières pour propos contre le gouvernement et escroqueries; qu'il a suivi la maison Livry et les Arcades, y a emprunté de l'argent des garçons de salle et a disparu; qu'on l'a dit arrêté, il y a environ quinze jours, mais qu'il ne se trouve dans aucune des maisons de détention de Paris. Les recherches continuent.
Librairie. Guerre de la Vendée. — On a annoncé l'édition prochaine d'un ouvrage impartial intitulé : Histoire impartiale de la guerre de la Vendée, par M. Beauchamp. Cet ouvrage doit, dit-on, renfermer des
1 Vfiir jilus haut, p. "iefi.
[24 FKVRiER 1805] PARIS SOUS L'EMPIRE 624
personnalités graves contre Tévêque d'Orléans. Le préfet de police a été chargé de vérifier [Bulletin du 10 pluviôse^), il rapporte que cet ouvrage est annoncé dans la librairie, que M. Beauchamp assure qu'il paraîtra très incessamment, que jusqu'à présent il ne l'a confié à aucun imprimeur. , .
. . .Dldelot-Dancow\ ancien rédacteur du Faret'^^ annonçant dans le public qu'il allait reprendre la plume pour composer des libelles, comme il avait fait avant lo 18 fructi'ior an V. Reconnu pour avoir été, à cette époque, condamné à cinq ans de fers, comme prévenu d'avoir favorisé la désertion et l'émigration. Libéré depuis l'an XI, sans moyen d'existence et sans passeport, — A 40 lieues de Paris et des côtes.
...Surveillance de la liOrairie. — Un ouvrage intitulé : Histoire des guerres des Gaulois et des Français en Italie, par Joseph Servan, général de division, soumis à l'examen de M. le préfet de police, paraît écrit avec intérêt et dans le meilleur esprit. — Autoriser la publication.
(Arch. nat., A F iv, 1492.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Le nommé Morlet, conducteur des diligences à Strasbourg, signalé par le nommé Poupart comme l'homme de confiance qui lui avait été indiqué par le nommé Jacques pour le transport des paquets audelà du Rhin-*, a été arrêté. Il s'est renfermé d'abord dans les dénégations les plus absolues, mais, confronté avec Poupart, il est convenu qu'il s'était chargé de trois paquets ; mais il a l'efusé de nommer la personne à laquelle ils étaient adressés. Il n'y a pas de doute qu'ils étaient pour le sieur Rachs, notaire et président du canton d'Hochfelden. Poupart a déclaré avoir envoyé de l'autre côté du Rhin des paquets qui lui avaient été remis par les prisonniers du Temple, lorsqu'il allait voir Jacques dans cette prison. On a encore arrêté un nommé Picard, cocher de l'ex-duc d'Enghien, ami de Poupart et lié avec plusieurs individus du parti ''.