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ensuite à Sa Sainteté un petit ouvrage qui vient de paraître et l'a priée d'indiquer un passage qu'un sourd«-muet allait dicter à un autre. Le Saint-Père a ouvert le livre au hasard : l'un des élèves a dicté, et la pantomime admirable avec laquelle il traduisait les paroles, les rendait réellement visibles. Un autre élève les a écrites très correctement sous sa dictée. Celte expérience a été suivie d'une autre, non moins curieuse. Un des administrateurs M. Desfaucherets a remis à M. Sicard une tabatière sur laquelle un jeune sourdmuet a peint en mosaïque les armoiries du Saint-Père. M. Sicard a paru considérer la boîte avec attention; il a appelé le jeune artiste dont elle est l'ouvrage; ce jeune homme est allé se prosterner aux pieds du Saint-Père, et lui a présenté cette boite, dont Sa Sainteté a daigné recevoir l'hommage. Cette scène, à l'instant oîi elle s'est passée, a été décrite à la fois par deux jeunes demoiselles et deux jeunes élèves, tous quatre sourds-muets; ils ont tous également bien exprimé le fait, quoique d'un style extrêmement différent. Mais ce qu'il y a de plus admirable, une jeune personne à qui la nature a prodigué tous ses dons, comme pour la dédommager de ne pas entendre, M"^ de Saint- Céran, née sourde-muette, a lu très distinctement ce que ses compagnes venaient d'écrire; elle a ensuite écrit elle-même, en langue italienne, un compliment adressé au Saint-Père. Une autre jeune personne, moins âgée encore et non moins intéressante, M"* Hobert, a écrit, de son côté, un autre compliment en italien ; l'une et l'autre ont ensuite figuré par des signes les mots qu'elles venaient d'écrire. Le compliment de M"^ de Saint-Céran oOrait cette pensée : « Jésus-Christ aimait les enfants. Votre Sainteté les aime comme a lui ; vous daignez de jeter des regards de bonté sur des sourds-muets. Je « me félicite d'avoir recouvert la parole, pour être l'interprète des sentiments « de ceux dont je partage l'infortune, et je vous exprime en leur nom leur « respect, leur admiration, leur amour et leurs vœux pour la conservation de « vos joiirs. Très Saint-Père, si voire vie était prolongée autant qu'elle est « nécessaire au monde. Votre Sainteté serait immortelle. » M. Sicard a présenté à Sa Sainteté M. l'abbé Salvan, second instituteur des sourds-muets. » — Gazette de France du 6 ventôse : « Paris, o ventôse. Dans le courant de la semaine sainte, les murs de Jéricho s'écrouleront à l'Opéra ; ce qui veut dire que le Théâtre des Arts nous prépare pour cette époque un nouvel Oratorio, intitulé les Murs de Jéricho... » — Courrier français du 6 ventôse: « Modes. On voit dans les bals beaucoup de robes rondes, et, sur ces robes force bouquets détachés ; quelquefois, pour rendre avec les costumes d'Opéra la ressemblance plus exacte, ce léger vêtement est fendu sur le côté. Les coiffures, pres(pie tout à fait en cheveux, ornées de perles ou de Heurs, sont depuis quelques jours plus nombreuses que les turbans. Sur beaucoup de parties de la toilette, l'intluence du printemps est sensible. Quohiues femmes, dont la tète n'a pour abri qu'une huppe sur le devant, sortent sans coiffure; quelques autres font poser sur un chapeau de Florence blanc ou jaune paie un très gros bouquet de violettes ; d'autres ont adopté des bandes de paille blanches pour former rayures sur des chapeaux de satin; d'autres enfin, et le nombre en est très grand, ont |Mmr courir [sic] une capote à fond de velours, dont la passe, très avancée, est de paille jaune. Kn guirlandes on voit des renoncules de toutes les couleurs. Les voiles se portent toujours abaissés devant la figure. Pour les collerettes, les festons à dents de harpie sont plus de mode que jamais. Quelques redingotes de drap, sans collet en rotonde, ont le dos froncé à
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l'enfant. Rien d'étrusque en broderie, rien qui apiiroche de l'arabesque ; le genre turc même, si chéri depuis l'automne, semble céder au genre français. On brode, en grandeur naturelle, des tleurs de nos climats. »
Rapport de la préfecture de police du 7 ventôse.
11 y a eu, hier, peu de mascarades dans les mes ; les bals ont été bien moins nombreux, à l'exception de celui de l'Académie impériale de Musique; la réunion était bien composée, et la recette s'est élevée à 13.824 livres. Le bal n'a fini qu'au jour. Cet après-midi, les rues et places publiques ont été couvertes de monde ; la quantité des masques a été considérable, et l'on a fait beaucoup d'apprêts pour les bals de la nuit prochaine. L'ordre, la tranquillité et la gaité régnent constamment partout.
Réunions. — On rapporte que des lettres arrivées de l'armée d'Italie, notamment du sieur Bocquena\', chirurgien-major, employé dans cette armée, annoncent que les mouvements des troupes font croire dans ce pays que la guerre est certaine; on ajoute que la maladie pestilentielle n'a point cessé entièrement ses ravages à Livourne.
Théâtres. — On a donné, hier, et avec un entier succès, au théâtre de l'Opéra-Comique, un opéra boufTon en un acte intitulé ; L'Intrigue aux Fenêtres. La gaîté règne dans cet ouvrage, d'autant plus neuf en son genre que, presque toutes les scènes, en efTet, se passent aux croisées. Les auteurs ont été demandés; on a nommé, pour les paroles, MM. Dupaty et Bouilly, et, pour la musique, M. Nicolo. Il n'y 3 eu aucune application, et le calme a été parfait.
Journaux. — Les nouvelles éparses dans les feuilles de ce jour sont en très petit nombre et peu importantes. Une annonce que la flotte anglaise, venant de la Jamaïque et composée de cinquante bâtiments, a été dispersée par un coup de venl, est commune à la Gazelle de France et au Moniteur d'aujourd'hui. Il en est de même d'un article sur l'île d'Elbe, annonçant que la salle des artifices à Porto-Ferrajo a sauté à la suite de l'explosion d'une bombe et de deux barils de poudre. Les nouvelles de Madrid annoncent la marche d'un corps nombreux de troupes vers le Portugal. Suivant la Gazette de France, on écrit de Hambourg que le sujet des dépêches du dernier courrier turc à Berlin, était d'inviter le roi de Prusse d'être médiateur entre la France
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et la Porte, et que le roi a accepté celte médiation. La même gazette rapporte qu'à Gênes on était dans les appréhensions d'une mésintelligence entre Naples et la France. 11 n'y a de l'intérieur aucune nouvelle remarquable...
Bourse. — La Bourse, beaucoup moins peuplée qu'à l'ordinaire, aurait été à peu près nulle pour les affaires, sauf les nombreux achats de rentes, qui ont multiplié les négociations au comptant; il en est résulté, pour le cours des marchés à terme, une différence dont il n'^ avait point d'exemple; l'on offrait à 61 fr. 23 c. pour la fin du mois, dans le moment où l'on demamlait à 62 francs au comptant. Les vendeurs à découvert ne sont [)as encore corrigés par les sacrifices que leur coûtent les escomptes qui se font d'un jour à l'autre. — 5 0/0,
jouissance de vendémiaire, 62 fr, 13 c, 62 francs.
Dubois.
(Arch. nat.,F' 3833.)
Journaux.
MunUeur de 7 ventôse : « Paris, le 6 ventôse. Hier dimanche, Sa Sainteté a célébré les saints mystères à l'église de Saint-Merri. La municipalité en corps a rendu le pain bénit; cinq cents fidèles ont reçu la communion, plus de deux mille personnes s'étaient présentées pour y participer ; le concourj. était immense, et, dans cette circonstance comme dans toutes celles de la même nature qui l'ont précédée. Sa Sainteté a reçu les plus éclatants témoignages de la vénération et de l'affection publiques. L'église était décorée avec beaucoup de magnificence et richement illuminée; elle était entièrement revêtue de tapisseries des Gobelins. Un corps de musique nombreux a exécuté Tu es Petrus et le Vivat in leternum, composition dont nous avons déjà eu l'occasion de faii-e remarquer la précision, la verve, l'originalité, la belle et vigoureuse expression, et dont il est juste de nommer l'auteur, M. l'abbé Rose, l'un des maîtres de chapelle les plus distingués par ses productions et par le talent des élèves qu'il a formés : M. Le Sueur est de ce nombre.» — Courrier Français du 7 ventôse : « Paris, 6 ventôse. .. .La promenade du bœuf gras a eu lieu hier et aujourd'hui, et continuera demain. Cet usage, qui remonte à des temps bien reculés, avait été interrompu pendant le cours de la Hévolutioii. »
CGLXXXII
7 VKNTOSK AN XIII (26 FËVIUEK 1803).
iMlNISÏKKE l)i: LA l'OLlCR GKNÉHALi:. — HuLLliTIN DU S VENTOSU;.
Paris, Temple. lUxe (jravc. — Le concierge du Temple reml compte d'une rixe survenue hier, entre Badouville et Guyot-Lagrange à
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neuf heures et demie du soir. Badouville avait dîné avec Desnoyers et avait une petite pointe de vin. Ayant rencontré Guyot au chauffoir, il l'a insulté, l'a traité de félon, faussaire. Guyot ayant répondu, Badouville l'a frappé. Le concierge est survenu et les a sépai'és. Mais Badouville a attaqué derechef. Nouvelles injures respectives, suivies d'un grand coup porté par Badouville à Guyot. Alors Guyot a tiré de sa poche un petit couteau, s'élant approché très près de Badouville; il lui en a donné un coup dans le ventre et s'est enfui. L'officier de santé appelé à l'instant, a fait à Badouville le traitement convenable. Il pense que la blessure n'est pas dangereuse. Guyot est au secret. Badouville a paru très calme, n'a pas fait un pas pour suivre Guyot, et a dit : « Si j'avais reçu un coup pour l'Empereur, que j'aime, ça me serait égal. »
(Arch. nat., AFiv, 1492.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
L'abbé Hinaux, vicaire de Saint-Nicolas-des-Champs, correspondant du curé Gravier *, a fini par avouer, dans un nouvel interrogatoire, qu'il partageait les opinions et les sentiments de Gravier contre le Gouvernement et le Concordat ; il a reconnu que les lettres infâmes écrites par Giavier, et trouvées dans ses papiers, étaient pour la plupart des réponses à celles qu'il avait écrites lui-même, et toujours dans le même sens.
Réunions. — Il est difficile d'exprimer avec quel abandon et quelle ivresse les citoyens de toutes les classes se sont livrés au plaisir, hier et toute la nuit suivante. Il y avait foule dans tous les lieu.x de réunions publiques ; elle a été telle au bal du théâtre de la Porte-Saint- Martin qu'il a fallu démonter une cloison pour rendre les communications plus faciles. Le bal de l'Académie impériale de musique a été moins nombreux que les autres ; la recette s'est élevée à 5.600 francs. L'ordre a été maintenu partout, et il n'est arrivé aucune espèce d'accident. — On dit dans le commerce et dans la banque que des lettres arrivées d'Espagne annoncent que la Hotte, sortie de Bochefort, avait été vue à la hauteur de la Corogne ; on en conclut qu'elle est destinée pour les Grandes Indes ; on dit encore qu'une flotte espagnole va prendre bientôt la même route.
Militaires. — Hier, un sergent du4^ régiment d'infanterie légère, de service au poste de la rue de Sèvres, a relaxé, sans ordre, un individu