‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 18 sur 221 · XXI II · texte numérisé non relu

XXI II

Rapport dk l\ préfecture de police nu 21 prairial.

L'arrèl de justice criminelle ' a été connu dans tout Paris dès le matin et fait seul l'objet de toutes conversations publiques et particulières. Cet arrêt parait généralement satisfaire tous les esprits; et personne ne s'est encore permis aucune réflexion répréhensible à certégard. Il n'y a aucun groupe nulle paît, les colporteurs ne crient et ne vendent aujourd'hui que le décret impérial contenant des actes de bienfaisance et d'indulgence-; c'est à qui s'en procurera, et on le lit avec empressement dans tous les coins de la ville. Le calme le plus parfait règne dans Paris; la plus active surveillance est dirigée sur tous les points. . . .

Avch. nat., F^ 3832.)

JOIRNAUX.

Mémorial anti-britannique du 21 |)rairial : « On assure que presque tous les ambassadeurs étrangers ont déjà reçu de leurs souverains respectifs leurs nouvelles lettres de créance auprès de Sa Majesté Impériale, et il n'es pas douteux que les autres ne les reçoivent bientôt. C'est une formalité à laquelle nulle puissance ne peut se refuser, lors même que l'Europe ne se croirait pas vivement intéressée à la sanctionner par son consentement ».

-il PRAIRIAL AN \1I (10 JUIN 1804^.

Rapport de la préeecturë de police du -"2 prairial.

MdUaires. — On rapport' qu'il existe un germe de l'ermentiilion et surtout d'iu-nhordinatiiui parmi la troupe. Hier, dans les cabarets

1 . Par cette sentence, vingt accusés (dont Georges Cadoudal) étaient condamnés à mort ; cinq (dont Moreaul à deux ans de réclusion ; cinq étaient renvoyés devant la police correctionnelle, seize étaient acquittés.

2. Il sagit du décret du 13 prairial an XII, accordant la mise en liberté h certains prisonniers, lamnistie aux déserteurs, le paiement aux frais de la liste civile des mois de nourrice dus par les habitants de Paris pauvres, la dotation d'ime fille pauvre et honnête dans chaque arrondissement, etc.

10 jii.N 180V

|'.\!il> sol > I, I:MIMI{K 40

(Ifs f«Ml)oiirf:s. plusieurs miliLiin^s de différents corps, nolammenl de ceux casernes rue de la Pépinière, faubourg du Houle, se sont expliqués d'une manière peu décente et .lonnaient à entendre que l'arrél de la cour criminelle eût été tout autre, si l'on n'eût craint les solda l«. On répand le bruit que les généraux Masséna et Lecourbe sont exilés pour avoir parlé trop hautement en faveur de Moreau.

/initiions publiques. — Les réunions ont été hier peu nombreuses et Ir.mquilles, et les spectacles très peu fréquentés.

Pnut fin Jnrilin des Plantes. — Les travaux du pont du Jardin de-i Plantes sont en grande activité; cinq sonnettes sont employées à battre des pieux, et, hier, quoique dimanche, elles ont travaillé toule lajoiirnée.Unaamené les pierres pour les piles, et on les taille... Bourse. — Les négociations de rentes n'ont pas été très animées, et, néanmoins, le cours s'est amélioré sensiblement. On remarque que les demandes pour la fin du mois prochain sont très nombreuses. Les transactions commerciales sont encore très calmes; la baisse que les eaux-de-vie ont éprouvée, depuis peu, est évaluée à lOD 0/0. Les denrées coloniales soutiennent leurs prix, mais il ne se fait point d'affaires. On a répandu dans la Bourse, comme une nouvelle certaine, que l'Empereur avait accordé la grâce à plusieurs des condamnés; on a désigné particulièrement Polignac (Armand), dont plusieurs journaux ont déjcà parlé, dit-on, et Rivière. On a dit, en outre, que M""* Moreau avait obtenu, aujourd'hui, une audience de l'Empereur, et que Ton regardait comme assurée la mise en liberté de son mari. — 5 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 75 c., 70 c. ; idem, jouissance de vendémiaire an Xll, 55 francs. (Anh. naf.. F'. 38:V2.)

.loLHNAUX.

Jouriinl des Débats du 22 prairial: « Paris, 21 prairial Hier, à Saint- Clond. M™ do Polignac s'est jetée aux pieds de TEmpercur, lorsqu'il traversait le salon des ministres pour se rendre à l'apparloment do rimpératrice, et lui ■A denianilé la grâce de son mari. Elle était depuis six heures du matin chez rinipéralrii'i', dont la touchante honte l'avait soutenue, encouragée et s'était occupéo à préparer lo moment favorable, où cette femme malheureuse pourrait se trouver sur le passage de Sa Majesté Impériale. La présence d'une femme dans un lieu dû elles ne pénétrent pas a causé quelque surprise à l'Empereur. Elle lui a dit, en fondant en larmes, qu'elle était M'"" de Polignac . . lEmporeur s'est arrêté, l'a fixée avec atlenlion... el lui a dit qu'il avait été éioruié de trouver dans une aussi odieuse aiïaire .M. de Polignac, qu'il se souvenait d'axoir \ii compagnon lU^ son enfance à l'École militaire.. M'ne de Polignac, autant que les sanglots pouvaient le lui permettre, a cherché à

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éloigner de son mari toute idée de participation à des crimes que l'honneur réprouve encore plus hautement que les lois. . . L'accent de la douleur prêtait une grande force à tout ce qu'elle pouvait dire. . . Sa Majesté Impériale, sensiblement émue, lui a dit : « Je puis pardonner à votre mari, car c'était à ma vie a ((u'on voulait attenter; je vous accorde sa grâce... » Et après avoir écouté avec bonté les expressions de sa reconnaissance. .. « Ils sont bien coupables, <■ a-t-il dit, ceux qui engagent leurs fidèles serviteurs dans des entreprises X aussi criminelles et aussi fatalement conçues ; ils ne |)ouvaient être jusli- (< fiables d'exposer ces jeunes gens que dans le cas où ils auraient partagé « leurs périls. » — « La préfecture de police a fait afficher, ce matin, dans tous les quartiers de Paris, la lettre suivante. Le Conseiller iVÊtal, préfet de police, aux commissaires de police, aux officiers de paix et aux inspecteurs de police de Paris : << Aussi longtemps qu'a duré l'instruction publique « du procès des conjurés, je vous ai enjoint, messieurs, de laisser libres tous « les abords du Palais de Justice, et je vous ai recommandé que l'opinion de « tous les citoyens sur les débats pût se manifester librement et partout; mais, « aujourd'hui que la cour de justice a rendu son arrêt, tout doit rentrer dans « l'ordre ordinaire, et vous ne permettrez nulle part aucun rassemblement, « notamment au Palais de Justice, ni qu'il soit colporté, vendu ou distribué « aucun écrit ou pamphlet relatif aux condamnés; vous arrêterez tout contreve- '( nant au présent ordre. ... »

Ministère de la justici:. — Tableau de la situation de Paris DU 23 prairial.

Opinion. — Le résultat des opinions recueillies, tant dans les sociétés particulières que parmi les marchands, chez les restaurateurs et dans d'autres lieux publics, est que le général Moreau ne doit le jugement de faveur qu'il a obtenu qu'à ses services militaires; que, cependant, il était le plus coupable de tous les accusés, parce qu'il était entré en négociation avec les princes par Pichegru, et que tous sont venus avec l'intime conviction que ce général voulait rétablir le gouvernement monarchique et la dynastie des Bourbons ; qu'en conséquence, l'Empereur fera grâce à tous ceux qu'il croira avoir été victimes de cette illusion, leur grâce étant une conséquence naturelle de celle que la Cour a accordée au général Moreau; que tel a été l'unique motif de celle obtenue par M. de Polignac, et de plusieurs autres que le public annonce; qu'enfin, par le même motif, Sa Majesté Impériale ne permettra l'exécution du jugement à mort que contre

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ceux »iiii t'IaM'iil coiii.ahles tant «le l'ait. -niai <lu '^ nivAse (\uo daiilres crimes antorifiit^ . ..

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KArrOHT DK I.A l'HKKECTUHE OK POLICE DU MÏCME JOUU.

/tihtniotis. — l,a |»liis parfaite tranquillité règne dans toutes les rénniiins piiltlii|iies. Les observations les plus exactes n'ont abso- I liment rien oll'ert île remarquable. On recommence à s'occuper de la • lescenle; des personnes qui arrivent de Boulogne rapportent que l'on croit qu'elle aura lieu sous six semaines, qu'on attend dans ce port If.'s (loties de Brest et de Toulon et quatre vaisseaux hollandais qui élaienl au Texel.

Hier le eonsi-iller d'Étal, préfet de |)olice, en exécution de l'article \"^ du décret impérial du 13 fie ce mois', après avoir examiné les condamnés dans le cas de jouir des grâces de Sa Majesté, en a fait mettre quarante et un en liberté'-. Ces détenus ont manifesté leur joie et leur reconnaissance par des cris longtemps prolongés de : Vive Bonaparte ! \'ivfi l'Empereur ! On parle beaucoiq) dans le public de Caron et de Spin, qui avaient été transférés au Temple après l'arrêt de la cour de justice criminelle qui les a acquittés, qui ont été mis en liberté, et qui s(M)t rentrés chez eux. Le premier fait des visites à tous les habitants de son «|uarlier, et le second a fait imprimer des lettres d'invitation pour assister demain, à Saint-Laurent, à une messe solennelle en actions de grâce.

Spectacles. — Hier, au Théâtre-Français, après la représentation de la première pièce, le parterre a demandé vivement Cinna ou la rh'iiwncc dWuf/uste. Ces acclamations n'ont pas cessé, même lorsque l'acteur s'est présenté en scène pour commencer la petite pièce. Comme il ne pouvait distinguer ce qu'on demandait, il s'est approché du public et a reconnu qu'on désirait pour le lendemain une représentation lie C'nwn. Il répondit alors qu'il était impossible aux sociétaires (!(.• lépondre au vicu du public, attendu que M. Alonvel était encore malade, mais qu'aussitAt qu'il serait en état de paraître, on s'empresserait de remplir l'attente des spectateurs. La petite pièce a été aussitôt commencée et jouée sans aucun trouble. Le même jour, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, lorsque les acteurs se sont présentés en scène pour jouer les Intrigants, des sifflets et des vocil'éra-

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