En n
683 PARIS SOUS LEMPIRE [27 mars 1805]
la galerie du château a été disposée en chapelle. Un lit sous colonne et surmonté d'un dais s'élevait dans un des salons de l'Impératrice; auprès du lit était un grand manteau d'étotîe riche, doublé d'hermine, dans lequel on a porté l'enfant au baptême. Deux tables richement couvertes étaient destinées à recevoir, l'une les honneurs de l'enfant, l'autre ceux des parrain et marraine. Les honneurs des parrain et marraine ont été le bassin, l'aiguière et la serviette ; ceux de l'enfant, le cierge, le crémeau et la salière. La serviette a été placée sur un carreau d'étoffe d'or ; tous les autres honneurs, hors le cierge, sur des plats d'or. Les honneurs étaient portés ainsi qu'il suit : la salière, par M'"« de Bouille, le crémeau par M""^ de Montalivet, le cierge par M"i^ la Maréchale Lannes, la serviette par M'"^ de Sérent; l'aiguière par Mme Savary, et le bassin par M™^ Talhouët ; les coins du manteau, par M™«s les maréchales Bernadotte, Bessières, Davout et Mortier. Madame, mère de S. M. l'Empereur, était à la gauche. Sa Sainteté a baptisé l'enfant avec les formules ordinaires, et le cortège est retourné dans le même ordre qui avait été observé pour se rendre à la chapelle. Sa Sainteté est revenue à Paris immédiatement après le baptême. » — « L'Empereur a paru avant-hier à la parade, en grand costume, manteau bleu, chapeau à la Henri IV, etc. La revue a eu lieu dans la cour des Tuileries seulement. »
Ministère de la police générale. — Bulletin du 7 germinal.
Paris. — Prince Masserano. — Le prince de Masserano, nouvel ambasssadeur d'Espagne, paraît ne se lier, à Paris, qu'avec des personnes connues par leur opposition au gouvernement. Il s'exprime quelquefois à ce sujet plus en ennemi qu'en allié. Cet ambassadeur doit sa nomination à Charles IV lui-même. Le prince de la Paix ne l'a vue qu'avec peine. L'agent secret de ce ministre à Paris a témoigné qu'il n'était pas sans inquiétude sur la comiuite de M. l'ambassadeur, qui pourrait, dit-il, finir par compromettre son gouvernement. Sa maison pourrait devenir le rendez-vous de tous les mécontents. L'aînée de ses filles, Min^ de Saint-Sauveur, annonce l'esprit le plus opposé aux vues de Sa Majesté Im[)ériale. Elle dit hautement qu'on ne peut décemment loger que dans le faubourg Saint-Germain, que partout ailleurs on est encanaillé
(Arch. nat., AF iv, 1493.^
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — Les anciens nobles, qui ont obtenu des places à la cour, (lisent que les autres ne les admettent plus chez eux; que c'est particulièrement chez l'ex-prince de Poix que cette distinction a lieu; qu'il ne reçoit même habituellement que des ci-devant ducs et duchesses. On dit dans ces sociétés que M™® Broglie ayant ajouté le de à son nom, sur des pièces à produire au Trésor public, on le lui avait fait retrancher, et l'on en montre beaucoup d'humeur et de mécontentement. L'ex-duc de Mortemart, demeurant rue de Varenne, réunit aussi très souvent chez lui l'ancienne noblesse ; sa société est dans le même genre que celle de l'ex-prince de Poix. — On disait hier que la flotte de Brest était sortie, et qu'en quatre jours elle pouvait débarquer en Irlande. On la dit composée de dix-sept vaisseaux de ligne et de quinze frégates, sans les bâtiments de transport. — Le bruit s'est répandu, hier, chez divers receveurs des contributions, que les impôts allaient éprouver une augmentation, pour subvenir aux réparations à faire aux palais de Versailles et du Louvre.
Journaux. — Les articles qui pourraient apprendre quelques nouveautés de l'étranger, soit en politique, soit en littérature, sont encore extrêmement rares dans les feuilles de ce jour. On se borne à y rappeler la continuité des préparatifs de l'Espagne pour la guerre, à énumérer le grand nombre de chaloupes canonnières qui s'équipent à Cadix, et à parler de lettres de marque délivrées dans tous les ports contre les Anglais. On a remarqué, dans le Journal du Soir, l'annonce faite que ces derniers continuent leurs vexations contre les neutres, et qu'entre autres bâtiments qu'ils ont soumis à leur arbitraire, se trouve un navire danois, dont ils ont pillé inhumainement l'équipage. — Les nouvelles de l'intérieur sont également peu importantes : elles se réduisent en quelque sorte au bruit répandu qu'à Rome tous les prédicateurs avaient été invités à tonner principalement contre l'usure, la [)assion du jeu et l'immodestie de la mise des femmes. — Presque tous les journaux annoncent que le bâtiment de la nouvelle basilique de Sainte-Geneviève va être rendu au culte catholi(]ue.
Bourse. — Il s'est fait si peu d'affaires qu'il n'a été publié que deux cours ; (juelques personnes alliihuent la baisse des rentes à des ventes considérables, laites depuis deux jours, par MM. Lenoir, Petit et Lagrénée, ageuts, d'autres disent que les fonds se raréfient beaucoup, et que la Banque prend très peu à l'escompte. — o 0, 0, jouis-
685 PARIS SOUS L'EMPIRE [28 mars 1805]
sance de germinal an XIII, 58 fr. 50. Actions de la Banque de France, 1.230 francs '.
Dubois.
(Arch. nat., F^ 3833.)
Journaux.
Journal des Débats du 7 germinal : « Paris, 6 germinal. On dit que l'ancienne église Sainte-Geneviève, patronne de Paris, sera rendue au culte catholique. » — « M. et M™« Gardel, Vestris et M"^ Bigottini sont les quatre danseurs de l'Opéra désignés pour aller en Italie. On ne connaît pas encore le nom des acteurs tragiques que l'on dit avoir la même destination. » — Journal de Paris du 7 germinal : « Nouvelles de Paris. A l'audience du dimanche 12 ventôse, à l'issue delà messe, M. Desaintange * a eu l'honneur de présenter à l'Empereur la traduction en vers des Fastes d'Ovide, dédiée à Sa Majesté et agréée par elle. Lorsque cette dédicace fut offerte, le ministre Chaptal, chargé d'annoncer à M. Desaintange qu'elle était acceptée, lui écrivit: «Auguste exila Ovide ; Bonaparte se plaît à assurer de toute sa bienveillance, le traducteur en vers d'Ovide. »
GCGXII
Rapport de la préfecture de police du 8 germinal.
On rapporte qu'il y a à Milan, dans le couvent de Saint-Alexandre, un club anti-français, sous le titre de Reparatori. On assure qu'il ne faut pas se fier à l'homme que M. de Meizi a envoyé à Milan pour les observer; car il est maladroit, ou, ce qui est plus vraisemblable, il est de la même faction.
Réunions. — M. Faujas, professeur au Muséum d'histoire naturelle, dit qu'un envoyé extraordinaire de l'empereur d'Allemagne est venu, ces jours derniers, à Paris, et en est reparti de suite ; qu'il était chargé de demander à Sa Majesté une extension de territoire, en raison delà ncjuvelle organisation du royaume d'Italie ; que cet envoyé a fait part à Sa Majesté des dispositions de la Russie, qui ne veut entendre à
1. A celte date du 6 germinal an XIH, on lit dans la Correspondance de Napoléon cette décision sur une requête des habitants du quartier des Petits-Pères, qui demandaient que l'église de ce nom fut rendue au culte : <« Renvoyé au Ministre des Finances. Je désire que cette église soit rendue au culte et que la Bourse soit placée dans une salle de spectacle. Il y en a plusieurs vacantes; tout le monde y gagnera. Napoléon. »
2. Sic. il s'agit du littérateur Ange-Fran<;ois Faiiau de Saint-Ange.
aucun rapprochement qu'au préalable le roi de Sardaigne ne soit indemnisé. — Toutes les personnes, attachées à la légation de Prusse font dans ce moment leurs préparatifs de départ ; on ajoute que M, le chevalier de Hervas fait partie de ceux qui retournent en Prusse. — On dit, dans plusieurs sociétés, que des négociations de la plus haute importance vont s'ouvrir entre S. M. l'Empereur des Français, ceux d'Allemagne, de Russie et le roi de Prusse ; qu'un congrès se tiendra à Vérone, et que l'Angleterre doit y envoyer un ambassadeur. On recherche beaucoup dans ce moment les pièces d'or de 24 livres. — On les vend 3 francs. — On dit, parmi le peuple, que le départ de S. M. l'Empereur ne laissera guère d'argent à Paris, et les propos se bornent là. — On s'occupe beaucoup de M"" Tallien dans les sociétés. On raconte que M. l'archevêque de Paris a déclaré nul son mariage avec M. de Fonlenay, son premier mari, et que celui-ci doit se pourvoir auprès de S. Em. le cardinal Caprara pour faire infirmer la décision.
Conscription. — Les conscrits du département de la Seine doivent se rendre à Strasbourg; ils font avec beaucoup de gaieté les préparatifs de leur départ, qui doit avoir lieu le 12 de ce mois.
Journaux. — Les feuilles du jour n'apprennent rien de nouveau sur l'étranger. On a seulement remarqué, dans la Gazette de France, un article de Gênes, où il est question d'un envoi de troupes russes aux Sept-lles ; au lieu d'être transportées par la Mer Noire, elles doivent se rendre à leur destination par les possessions du Grand-Seigneur, qui leur a accordé le passage. — Au dire An Journal de Commerce, ow aurait reçu avis de Stockholm d'une proclamation du général Ferrand à Santo-Domingo, promettant sûreté et protection à tous les vaisseaux neutres, même en cas de rupture éventuelle entre leurs puissances et le gouvernement français.
Événement. — Une jeune personne, qui vient de mourir dans le quartier Saint-Roch, avait écrit surlesein gauche : J'aimerai toujours Dupont. Celui-ci est un jeime vicaire de Saint-Roch.
Bourse. — Les négociations de rentes et les variations de leurs
cours ont été un peu plus nombreuses qu'hier, mais elles ont eu le
même résultat ; la baisse ne s'arrête point, et l'on assure que la rareté
de l'argent y contribue beaucoup. Les actions de la Banque paraissent
incliner fortement à la baisse ; celles des ponts sont très demandées,
et s'améliorent sensiblement. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII,
58 fr. 50, 40,45, 55, 30, 25. /(^. , jouissance de vendémiaire an XIV,
55 fr. 40- Actions de la Banque de France, 1.230 francs, 1.225 francs.
Actions des ponts, 1.250 francs.
Dubois.
(Arch. nal., F^ 3833.)
687 PARIS SOUS L'EMPIRE [29 mars 180b]
Journaux.
Journal des Débats du 8 germinal : « Paris, 7 germinal. On a donné hier au théâtre de la cour, à Saint-Gloud, une représentation de Nicomède, à laquelle ont assisté tous les ambassadeurs qui se trouvaient à Paris. Après le spectacle, il y a eu cercle à la cour. » — Courrier français du 8 germinal: « Pains, 7 germinal. Le célèbre Greuze, dont nous avons annoncé dernièrement la mort, avait mérité le titre de peintre des mœurs. On a remarqué que l'intérêt dont il était si digne n'a attiré autour de son cercueil qu'un très petit nombre d'artistes et d'amis, dont les regrets et les larmes ont accompagné la dépouille mortelle de cet artiste recommandable jusqu'au lieu où elle a été déposée. Cependant la simplicité de ses obsèques a été animée par une scène aussi touchante qu'inattendue. Au moment où le corps allait être enlevé de l'église pour être placé sur un char funèbre, une jeune femme bien vêtue dont on pouvait remarquer l'émotion et les larmes à travers le voile dont son visage était couvert, s'approchantdu cercueil, y a placé un bouquet d'immortelles et s'est retirée. Les tiges de ses fleurs étaient réunies par un papier ployé, sur lequel étaient écrits ces mots : Ces fleurs, offertes par la plus reconnaissante de ses élèves, sont l'emblème de sa gloire. Cet hommage d'un cœur pur, pénétré de regrets et de reconnaissance, honore plus, selon nous, la mémoire de celui qui en fut l'objet, que toute la pompe dont on environne le Crésus dont la fastueuse existence ne fut le plus souvent qu'un inutile fardeau sur la terre. Cependant, pour celui qui se livre aux arts et voudrait marcher sur les traces de ces hommes illustres dont la nature semble avare, ne pourrait-on pas regretter que leur char funèbre fût presque toujours entouré de très peu d'éclat? Ne serait-ce pas un moyen puissant d'honorer le génie, d'exciter une noble émulation, d'encourager les talents, que de voir la foule des personnages les plus distingués de l'État, s'empresser d'accompagner au tombeau les restes de ces êtres privilégiés dont la vie fut un bienfait de la Providence, un titre de gloire de plus pour l'espèce humaine ? François P'' près du lit de mort de Léonard de Vinci n'est-il pas plus grand que sur le trône, en honorant ainsi le plus beau talent? Beaucoup de seigneurs de Londres, assistant aux obsèques du célèbre Reynolds, dont on cite la profonde estime pour ce même Greuze dont nous parlons, n'en recueillirent-ils pas, s'il est possible de s'exprimer ainsi, un degré d'illustration de plus, en rendant un témoignage public de respect à la cendre d'un mortel qui sut tant en acquérir lui-même? »
CGCXIII
Rapport dk la préfecture de police du 9 germinal.
Réunions. — Le bruit circule sourdement, parmi les Bourbonisles, que le comte de Lille est réduit à l'abandon, que ceux qui passaient pour ses plus fidèles serviteurs désertent sa cour, et qu'enfin tout le
monde le quitte. Ils ajoutent qu'ils espèrent qu'ils n'en conserveront pas moins en France leurs opinions et leurs principes. Les Bourbonistes prétendent qu'il existe en Hollande une masse considérable d'habitants qui protestent contre la nouvelle organisation du gouvernement ; ils vont jusqu'à dire que la Hollande et le pays d'Hanovre sont totalement soulevés. — Le bruit circule qu'une flotte russe très considérable a paru dans la Méditerranée, en face de l'armée française, commandée par le général Saint-Cyr ; que l'opération des Russes est combinée avec la grande expédition d'Angleterre, que l'on dit être prête à sortir des ports.
Journaux. — Le Journal de Paris rapporte, à l'article de Berlin, que le ci-devant duc de Fleury, autrefois premier gentilhomme de la chambre de Louis XVI, et depuis attaché au comte de Lille, a sollicité son retour en France, et a fait, pour l'obtenir, les soumissions nécessaires. — Le même journal, à l'article de Livourne, rapporte que les îles de la Martinique et de la Guadeloupe ont reçu un renfort de plus de quatre mille hommes. — Il est dit encore au même article que plus de cent corsaires armés en course, et sortis de Cuba, ont fait disparaître de ces mers tous les pirates d'Haïti. — D'après ce que la Gazette de France publie sur l'Angleterre, tout Londres est en rumeur à la nouvelle qui s'est répandue que la flotte hollandaise avait mis à la voile.
Bourse. — H ne s'est rien passé d'extraordinaire. Les 5 0/0 ont été encore plus offerts que les jours précédents, et la continuation de la baisse paraît décourager un grand nombre de spéculateurs. Les actions de la Banque n'ont point varié. Les transactions commerciales sont toujours dans la stagnation la plus complète. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII, 58 fr. 50, 58 francs, /rf., jouissance de vendémiaire an XIV, 55 francs. Actions de la Banque de France, 1.258 fr.
Dubois.
(Arch. nat., V\ 3833.)
Journaux.
Moniteur du 9 germinal : « Paris, le 8 germinal. On se porte en foule à la galerie du Sénat pour y voir le portrait do Sa Sainteté par M. David, membre de l'Institut et premier peintre de l'Empereur. Ce portrait est, sous tous les rapports, digne de la réputation de ce maître, et non moins digne de faire partie de la collection à laquelle il doit appartenir, et à laquelle tant de grands peintres ont attaché leur célébrité. Si le premier mérite d'un portrait est une ressemblance parfaite, celui-ci le possède au plus haut degré : cette tête, admirablement peinte, offre bien ce caractère d'indulgence et de sagesse, de douceur cl de raison qui respire dans le modèle. Ces yeux sont fins, mais
689 PARIS SOUS L'EMPIRE [30 mars 1805]
affectueux et paternels; cette bouche surtout est d'une expression frappante: on voit qu'il ne peut en sortir que des paroles de paix, de consolation et de vérité. Tous les grands peintres ont fait le portrait posé simplement, sans attitude recherchée, sans expression spéciale. M.David ne s'est pas plus écarté des beaux modèles sous ce rapport que sous les autres ; la pose qu'il a choisie est extrêmement simple, la tète calme, les mains sans action, la figure dit bien : Me voilà, et cet éloge, qu'on a appliqué avec tant de raison aux portraits peints par Raphaël et par VanDyck, est ici acquis à juste titre. Il est inutile de parler de l'exécution et de ce que les artistes appellent le faire ; les mains sont des chefs-d'œuvre, les draperies et les ornements d'une étonnante perfection. M. David, enfin, prouve de nouveau ce que l'expérience avait bien fait connaître, c'est-à-dire, qu'un grand peintre d'histoire, lorsqu'il se borne à faire un portrait, y attache toujours un cachet que l'œil le moins exercé sait reconnaître, et qui n'appartient qu'à lui. » — Gazette de France du 9 germinal : « Paris, 29 mars. LeTribunat a tenu, avant-hier, une séance dans laquelle il a arrêté, sur la proposition de son président, que ce corps se rendrait auprès de l'Empereur, pour féliciter Sa Majesté sur son avènement au trône d'Italie. MM. Tarrible et Duvidal ont été nommés dans la même séance, secrétaires du Tribunat. » — Journal des Débats du 9 germinal : « Paris, 8 germinal. M. de Ségur, grand-maître de cérémonies, et M. Rémusat, premier chambellan de l'Empereur, sont partis hier pour Milan. Ce dernier est chargé de porter les ornements qui doivent servir au couronnement du roi d'Italie. » — « S. M. l'Empereur a nommé secrétaire des commandements de son beau-fils, le prince Eugène, M. Méjan, secrétaire-général de la préfecture de la Seine. On assure qu'il cumule les deux places. Tous ceux qui connaissent les talents distingués de M. Méjan, son bon esprit et son désir ardent de faire le bien, ont applaudi au choix de Sa Majesté. M. Méjan part aujourd'hui pour l'Italie; il accompagne Mme Maret, épouse de S. E. le secrétaire d'Etat. » — « Hier a été célébré le mariage de M. le général de brigade Rapp, aide-de-cam}» de l'Empereur, avec M"' Vanterberg : les époux ont reçu la bénédiction nuptiale de M. de Pradt, évéque de Poitiers, et premier aumônier de Sa Majesté. Plusieurs grandsofficiers, et officiers civils et militaires de la maison impériale ont assisté à la cérémonie. » — « Leurs Majestés Impériales ont signé le contrat de mariage de M. le colonel Meunier, commandant le 9* régiment d infanterie, avec M "^ David, fille du premier peintre de l'Empereur. » — « Dans les premiers jours de printemps, la température a été tantôt douce et tantôt froide. Le maximum du thermomètre au-dessus de 0 a été de 9" 1/10, et le miyximum 1» 6/10. Depuis deux jours avant le lever du soleil, le thermomètre est descendu, dans le maximum de sa condensation, à 2*' au-dessous de 0 glace. »
CGGXIV
Rapport de la préfecture de police du 10 germinal.
Réunions. — M. ChefTonlaine, demeurant rue Neuve-des-Mathurins, répand flans les sociétés que des lettres arrivées d'Hanovre annoncent TuME I. 44
que la désertion est consiilérable dans l'armée française. — L'ex-comte d'Andlaii, parent de M™« Pulignac, ilemeurant rue du Faubourg- Saint-Honoré, dit qu^on désire avec impatience savoir quelle conduite la cour de Prusse va tenir dans les circonstances présentes, qu'on la croit disposée en faveur de la Russie, et que ce n'est qu'à force de sacrifices pécuniaires que le gouvernement français pourra conserver celte alliance.
Jouî'naux. — Quelques nouvelles de la Prusse se font remarquer aujourd'hui dans les journaux ; elles portent que la cour de Berlin paraît navoir jamais entretenu avec le gouvernement français des liaisons aussi amicales que dans ce moment; que, suivant des avis reçus de Berlin, M. le comte Metternich a remis au ministère prussien une note dans laquelle on remontrait la nécessité d'un concert entier entre l'Autriche et la Prusse pour empêcher l'influence de toutes les puissances étrangères dans les affaires germaniques ; qu'à la suite de cette note, il a été question des affaires d'Italie et qu'on insinuait que, si la Prusse voulait s'y intéresser, on serait très porté à appuyer ailleurs ses vues et ses projets; que la réponse de Sa Majesté Prussienne à celte note portait en substance qu'on attendait, relativement aux aflaires d'Allemagne, une ouverture plus claire, et que, quant aux affaires d'Itahe, on ne s'en mêlerait aucunement. Ces nouvelles portent encore que M. le comte de Relier, ambassadeur prussien, est chargé auprès de la cour de Vienne d'une mission qu'on dit très importante. Enfin, suivant des lettres de Vienne, il y aura, en Italie, une entrevue entre les empereurs de France et d'Autriche.
Dubois.
Journal des Débals du 10 germinal : « Paris, le 9 germinal. On assure que l'Empereur part lundi, le Saint-Père mardi, et le ministre des relations extérieures mercredi prochain. » — « Les comédiens français voulant donner à M'"' Amalric Contai une marque de délérence pour le nom quelle porte, viennent de sollicilcr et d'obtenir son admission au Théâtre-Français pour l'emploi des soubrettes. » — Courrier français du 10 germinal: « Paris, Le 9 germinal : o M. Michelol, qui a débuté hier au Théâtre-Français dans la tragédie de Brilannicus et dans la comédie des Fausses in/idëlités, a eu du succès dans l'un et l'autre genre. Il a de l'âme et de l'intelligence ; son débit est juste ; sa voix, un peu faible dans la tragédie, est d'un elfet suffisant dans la comédie. Il a été redemandé et a paru après la petite pièce. » — Journal (les Dames et des Modes du 10 germinal : >< Paris, ce 9 germinal. Quand une petite maîtresse vous a fait voir son salon, sa chambre à coucher, son boudoir
691 PARIS SOUS L'EMPIRE [31 mars 1805]
et sa chambre des bains, vous croyez avoir tout vu; pardonnez-moi : non loin de son appartement est une pièce qu'elle habite de préférence la moitié du jour, oîi sont renfermés toutes ses fleurs naturelles, tous ses vases de fleurs étrangères : c'est sa serre chaude. Là seulement sont conduits les favoris, les gens qu'elle distingue: c'est là qu'en prenant le géranium pour Vhortensia, V hortensia pour le dalura, les pistils pour les étamines, les étamines pour le calice, etc., c'est là, dis-je, que la belle fait un cours de botanique, et, mettant cette science au-dessus de tout, vous dit d'un air pénétré : « J'ai jadis aimé la « littérature, la musique, la danse, mon mari ; maintenant je n'ai plus qu'une (f passion, qu'une passion au monde, celle des fleurs! Ah! les fleurs, les « fleurs font le charme de mon existence, et je ne respire que dans ma serre « chaude ! »
GCGXV
iO GERMINAL AN XIII (31 MARS 1805).
Ministère de la police générale. — Bulletin du 11 germinal.
. . . Renseignements demandés par S. M. C Empereur et Roi sur le sieur Thomas '. — Le sieur Thomas est connu à la police comme un homme violent et tapageur, dont la conduite a toujours été peu régulière ; il était regardé parmi les ouvriers chapeliers, dont il faisait partie, comme un homme remuant et qui était presque toujours le moteur des troubles qui pouvaient avoir lieu parmi eux. La part qu'il a eue à l'arrestation de Georges lui avait encore exalté la tête et l'avait rendu plus impérieux. Il parlait hautement des droits qu'il avait et du crédit dont il jouissait. Dans les relations qu'on a eues au ministère avec lui, il a été facile déjuger que son caractère et ses prétentions s'accommoderaient difficilement avec la subordination qu'exigerait la place qu'il obtiendrait
FOUCHÉ
(Arch. nat., AFiv, 1493.)
Rapport dr la préfecture de police du même jour.
Réunions. — La foule a été considérable, hier, dans les promenades et jardins publics, notamment aux Champs-Elysées. Le soir, les spectacles, les cafés ont été passablement remplis, et la tranquillité la plus parfaite a régné partout. On dit qu'au plus léger échec que les
1. Correspondance de Napoléon, t. X, n" S4'.)Û : « J'ai vu avec peine que le sieur Thomas, qui a arrêté Georges, fût déplacé. Je désire qu'on le place de nouveau, s'il n'y a rien à lui reprocher. Napoléon. »
Anglais pourraient éprouver, il y aurait une insurrection à Londres; que le gouvernement a de telles craintes à cet égard, qu'il est défendu à tous les officiers supérieurs d'attaquer aucune flotte française, sans la certitude physique des succès, sous peine d'éprouver le sort de l'amiral Bing.
Journaux. — Les feuilles de ce jour sont presque absolument dénuées de nouvelles. On ne trouve de remarquable qu'un article très succinct de la Gazelle de France, portant qu'il existe à la Guadeloupe un grand nombre de prisonniers anglais, et que le même nombre des nôtres n'a pu suffire aux échanges qui ont été proposés par les commandants anglais. — Cet article porte encore qu'on attend à Yarmouth uue flotte russe, qui doit se joindre à une des flottes anglaises. Ce peu de nouvelles est extrait d'un article de Londres.
Bourse. — Les 5 0/0, après avoir éprouvé successivement plusieurs
réactions favorables et désavantageuses, se sont fermés en hausse
assez prononcée. Les actions n'ont point varié. — 5 0/0, jouissance de
germinal an XllI, 57 fr. 50, 60, 70, 75, 70, 75 ; 57 fr. 90. Actions de
la Banque de France, 1.225 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F^ 3833.)
Journaux.
Journal des Débals du 11 germinal : « Paris, 10 f/erminal. Sa Sainteté a été hier à Saint-Cloud, faire une visite k Sa Majesté Impériale. Lorsque le Saint-Père est sorti de son appartement, il a trouvé, comme à l'ordinaire, les salles qu'il devait traverser et l'escalier jusqu'à la porte extérieure du château des Tuileries remplis de personnes ((ui se prosternaient pour recevoir sa bénédiction. Il a mis plus d'une demi-heure, donnant son anneau à baiser et bénissant les enfants (ju'on lui i)résentait, pour arriver jusqu'à sa voiture. On assure que le départ de Sa Sainteté est fixé à jeudi prochain; qu'elle va coucher ce jour-là à Fontainebleau, et le lendemain à Troyes. On ajoute qu elle célébrera les derniers jours de la semaine sainte et la fête de Pâques à Chalon-sur-Saône. » — « La Chambre de Commerce de Pari's vient de publier un rapport sur les jurandes et maîtrises. Il est divisé en c^nq parties. La première est purement hisloi'ique ; elle a rapport à l'origine des jurandes cl aux changements (pj'elles ont subis. On discute dans la seconde les avantages et les inconvénients des jurandes; on les examine, dans la troisième, sous le rapport de leur utilité comme moyen d'emprunt et d'impôts ; on les envisage comme moyen de police dans la quatrième; la cinquième a pour objet les statuts des marchands de vin. ' »
1. Voir E. -Marlin-Sainl-Léon, Histoire des corporalions de métiers, 2* éd., p. 628.
693 PARIS SOUS L'EMPIRE (1" avril 1805]
Ministère de la police générale. — Bulletin du 12 germinal.
Placard incendiaire. — Le ministre des relations extérieures a adressé, le 9 de ce mois, au sénateur ministre, un placard qu'il a trouvé à sa porte quelques jours auparavant. (C'est un reproche à Sa Sainteté d'avoir mis la couronne des Bourbons sur la léte de Sa Majesté l'Empereur et Roi.) Cet écrit, conçu dans les termes les plus grossiers et ne pouvant exciter que le mépris, a paru depuis longtemps. La police a fait d'inutiles recherches pour en découvrir l'auteur. Elles se continuent, . .
(Arch. nat., AF iv, 1493.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Militaires. — II a été constaté, ce matin, que les militaires du 2» régiment, l«f bataillon de la garde de Paris, de service cette nuit sur le port aux vins, en ont volé et bu ; on évalue à 15 1. 4 s. ce qui avait été pris, et la garde en a payé le montant. Nombre de tonneaux ont été trouvés débondonnés sur le port de la Tournelle, mais on n'a pu découvrir les auteurs de ce délit.
M. Lanjuinais écrivait, ces jours derniers, à un ecclésiastique, de ses amis, nommé Guillemain, demeurant rue Saint-Jacques, no 32, et qui l'appelait Monseigneur, que cette qualification n'appartenait aujourd'hui qu'à des hommes auxquels il ne voudrait pas ressembler.
La plus parfaite tranquillité continue de régner dans toutes les classes. Les travaux en général, et surtout ceux des bâtiments, vont très bien.
Journaux. — Les feuilles de ce jour ne renferment aucun article qui paraisse présenter un intérêt majeur, ou même avoir un caractère de nouveauté.
Bourse. — Le cours des rentes s'était élevé hier jusqu'à 58 fr. 25, pour la fin du courant; il a été un peu plus faible aujourd'hui; mais il s'est fait si peu d'affaires que l'on ne regarde pas ce changement comme des dispositions de baisse. Les actions de la Banque se sont améliorées sensiblement, et paraissent avoir beaucoup de tendance à
[2 Avnii. 1805] PARIS SOUS L'EMPIRE 694
la hausse. L'on remarque dan? le commerce une stagnation assez générale sur les prix, mais on s'attend à un changement prochain sur celui des cotons, parce qu'il est plus haut à Rouen qu'ici. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII, 38 francs, 58 fr. 10. Actions de la Banque de France, 1.240 francs.
(Arch. nal., F', :m^.)
Journaux.
Moniteur du 12 germinal : « Paris, le 1 1 germinal. ...M. Augeard, ancien fermier général, est mort vendredi à Paris, à l'âge de soixante-quatorze ans. Il était resté seul des anciens fermiers généraux. On assure qu'il laisse plusieurs manuscrits précieux sur V Histoire de la Finance. » — « M. Griffet de la Baume, traducteur de Perégrinus Protée, des Afnléritex ', etc., etc., vient de mourir à Paris, à l'âge de quarante-neuf ans. » — « Un soldat vétéran, nommé Jean Payan, étant ces jours derniers en sentinelle à la porte de ladministration de la loterie, a trouvé et rendu sur-le-champ, de son propre mouvement, à l'un des domestiques du ministre des finances, un billet de 500 francs, que celui-ci avait perdu en sortant de la caisse de la loterie. Ce n'est qu'un trait de probité, mais qui n'en est pas moins honorable, et qu'il est bon de publier dans un temps où l'on an'cctc qu'ils sont peu communs. » — « Gazette de France du 12 germinal : « Pam, le i" avril. La famille d'Aubigné vient de s'éteindre par la mort de M™* de Toulongeon, décédée à Fontainebleau, le 4 germinal. Deux personnes principalement ont illustré cette famille : Agrippa d'Aubigné, fameux par son courage, par son attachement au calvinisme et surtout par l'amitié d'Henri I\', et M"'e de Maintenon. n — « M. l'évêque de Quimper a eu, ce matin, une audience particulière du Saint- Père. Il a eu l'honneur de présenter à Sa Sainteté, M. Miollis, préfet du Finistère, et M. Huon, député de ce département au Corps législatif. Ils ont demandé au Souverain Pontife de leur donner sa bénédiction apostolique. Sa Sainteté a daigné la leur accorder et y a joint des témoignages particuliers de sa bienveillance. »
12 r.ERMINAL AN XIII (2 AVRIL 1805).
Ministère de la police générale. — Bulletin du 13 germinal.
Forcade. — Emigré non rayé, natif de Marmande, lieutenant au service du roi de Prusse, venu en France sans autorisation, annonçant le projet de se pourvoir auprès du gouvernement pour rentrer dans ses