Cet ouvrage parut chez Buisson, an XIII, 2 vol. in-S
Leur but était de demander une augmentation de salaire. Il n'y a point eu de suite. Les instigateurs ont été arrêtés.
Théâtres. — Un nouvel opéra-comique, en un acte, a été donné hier et avec succès au théâtre Favart, sous le titre de : Le Vaisseau Amiral ou Forbin et Delville. Le sujet est d'imagination et purement romanesque. Ce qu'il y a de remarquable dans cet ouvrage, c'est la singularité du choix que l'auteur a fait du lieu où s'établit la scène ; tout se passe sur le premier pont d'un vaisseau de haut bord, et le mouvement (nouveau pour le spectateur) des manœuvres qui s'ordonnent sur le navire a vivement excité la curiosité. Mais le sujet en lui-même n'a rien de saillant ; il ne donne lieu au surplus à aucune application, et, à cet égard, quelques spectateurs paraissaient observer que l'auteur n'avait pas su faire naître de la circonstance quelque occasion de rendre adroitement hommage au zèle et aux dispositions courageuses de la marine française. Le calme a été parfait pendant toute la représentation. L'auteur de la musique, M. Berton *, a seul été nommé 2.
Journaux. — Les nouvelles que les journaux donnent de l'étranger consistent en simples conjectures sur des objets qui ne paraissent pas être d'une importance majeure. — On discerne à peine l'opinion d'un journal anglais, le Sun, sur le but de l'expédition préparée par l'Angleterre ; il la croit destinée à la conquête de l'Egypte. Les nouvelles d'Italie se bornent à l'annonce de la révocation des ordres qui avaient été donnés pour l'approvisionnement des forteresses de Manloue et de Pizzichettone. On distingue cependant deux articles qui paraissent dignes d'une attention particulière. L'un, publié par la Gazette de France, fait partie des nouvelles datées de New-York, le 4 février ; il en résulterait qu'en deux circonstances différentes, des navires espagnols auraient refusé de sauver et recueillir à bord les naufragés de deux bâtiments américains, qui avaient été brisés en mer, et que la détresse de ceux qui n'ont pas succombé était telle qu'ils se virent réduits à manger l'un d'entre eux. L'autre article, faisant partie des nouvelles de Londres, données par le Bulletin de l'Europe^ est un rapport fait officiellement au gouverneur de Madras sur un engagement qui a eu lieu en septembre dernier, dans les mers des Indes, entre trois vaisseaux français, dont l'un de 80 canons était supposé être le Marengo, et des vaisseaux anglais, notamment le Centurion ;
1. Dans l'orif.'inal, au lieu de lierlon, on lit Le lireion. C'est un lapsus. 11 s'agit de Ilcnii-Montan Berton. Voir sa notice dans la Hiorjraphie universelle des musicien)/, par Fétis, t. 1, p. .388.
2. « L'auteur des paroles, vivenaent demandé, a voulu garder l'anonyme. » (Courrier des Spectacles du 13 germinal au XIII.)
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de ces détails, dans lesquels le colonel Campbell, qui commandait le Centurion^ se donne les honneurs de l'avantage, il résulte uniquement que le vaisseau de la Compagnie des Indes-Orientales, la Princesse Charlotte, que défendait le Centurion, a été pris et emmené par les vaisseaux français, malgré une défense opiniâtre. . .
Bourse. — Les négociations n'ont pas été plus animées qu'hier et les variations du cours des rentes ont eu le même résultat; l'on persiste à dire que la rareté de l'argent est, dans ce moment-ci, un des principaux obstacles à la hausse. — 3 0/0, jouissance de germinal an XIII, o8 francs, 38 fr. 90, 58 francs, 57 fr. 95, 58 francs, 37 fr. 95, 58 francs. Actions de la Banque de France, i .240 francs,
Dubois.
(Arch. nat., F^ 3833.)
CCGXVIII
Ministère de la police générale. — Bulletin du 14 germinal.
Paris. Temple. — Extrait d'un rapport de ce jour du concierge du Temple: « Hier, entre huit et neuf heures du soir, on a entendu, dans la rue de la Corderie, contiguë au Temple, deux coups qui paraissaient d'armes à feu. On a fait une visite autour des murs. On a trouvé au bas de la tourelle, rue de la Corderie, deu.x marrons éclatés et un gros morceau d'amarlou, encore allumé. Point d'autre indice sur la cause de cet événement. Dans l'intérieur du Temple, on n'a rien reconnu qui y eût rapport. »...
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — On dit que des nouvelles arrivées récemment d'Angleterre annoncent que l'upinion y est flottante et incertaine ; que l'on a été consterné à Londres, en apprenant que la flutte de Rochefort avait échappé aux croisières anglaises ; que les armateurs ne savent que faire de leurs denrées coloniales ; qu'ils n'osent faire de nouveaux armements, et qu'enfin ils désirent sincèrementla paix avec la France. On ajoute que le gouvernement britannique ne Jouit plus d'aucune confiance et qu'il s'use en vains efforts pour chercher à la rétablir. —
M. Delandoos, ex-noble, demeurant rue du Mont-Blanc, dit qu'il a de fortes raisons de croire que l'Angleterre a organisé des mouvements en Italie. Ce M. Delandoos est un bourboniste très exalté et grand partisan des Anglais.
Le haut clergé a été, hier, présenter ses hommages à Sa Sainteté. Le nombre des personnes qui se sont présentées pour obtenir la môme faveur était immense. Parmi celles qui ont été admises, on a remarqué plusieurs Juifs. Sa Sainteté s'est mise en route aujourd'hui à...* heure après-midi.
Jonrnmix. — D'après les gazettes allemandes, le Bulletin de V Europe, la Gazette de Finance et le Courrier français annoncent, l'un que « l'établissement de la bonne harmonie entre la Russie et la France paraît être le résultat de l'intervention du cabinet prussien, qu'il est faux, au surplus, qu'aucun traité lie la Russie avec l'Angleterre, comme certains agents cherchaient à le faire croire ; qu'il paraît qu'on avait fait au cabinet de Vienne des propositions très flatteuses pour l'entraîner dans des mesures qui sont en opposition avec son esprit, mais qu'il avait répondu qu'il était dans la ferme résolution d'observer lapins stricte neutralité n ; l'autre que, « suivant des lettres de Berlin, S. M. l'Empereur Napoléon avait écrit une lettre très touchante au roi de Prusse, pour lui faire son compliment de condoléance sur la mort de la reine sa mère, qu'on augure la plus heureuse issue des négociations entamées par l'entremise de la cour de Prusse pour rétablir la bonne intelligence qui paraissait altérée entre les cours de Paris et de Pétersbourg » ; le dernier, enfin, à l'article de Hambourg, que« la Porte ottomane a fait solliciter Sa Majesté Prussienne de déclarer en son nom à l'Empereur des Français qu'elle était prête à le reconnaître et à rétablir avec la France ses anciennes liaisons ». Le reste des feuilles ne contient rien qui ait paru d'un intérêt majeur.
Bourse. — La Bourse a été moins peuplée qu'à l'ordinaire, et les affaires ont été assez languissantes. Le résultat des variations peu nombreuses des cours n'a pas été satisfaisant ; mais, néanmoins, l'on s'attend à une stagnation plutôt qu'à une réaction défavorable. Quelques personnes ont répandu le bruit de la rentrée de la flotte de Brest, d'autres ont dit qu'elle était dans une rade peu éloignée de ce port. — 5 0/0, jouissance de germinal an XIII, 57 fr. 80, 90, 80, 90 c. Actions de la Banque de France, 1.237 fr. 50, 1.235 francs. (Arch. nat, F» 3833.) DUBOIS.
1. Lacune d'un mot dans l'original. On verra plus loin, p. 701, dans la Gazette (le l'rance, que c'est à une heure que le Pape partit.
699 PARIS SOUS L'EMPIRE [4 avril 1805j
Journaux.
Moniteur du 14 germinal : « Paris, le 13 germinal. ...Depuis dix jours, la température, subitement resserrée, a ajouté à l'appareil nosologiquc un caractère aigu. On a remarqué beaucoup d'apoplexies, disent les auteurs de la Gazelle de Santé. Les affections goutteuses ont reçu de l'atmosphère cette intensité douloureuse qui caractérise les accès atroces. On a distingué quelques fièvres de printemps. La rigidité de la fibre, causée par le froid, en a fait disparaître quelques-unes, et a offert une contre-indication à l'usage du quinquina, dont, malgré l'usage introduit nouvellement, on ne conseille l'administration qu'après celle des purgatifs. » — « Gazelle de France du 14 germinal : « Paris, 3 avril. La famille de M. Artaud, premier secrétaire de la légation française auprès du Saint-Siège, composée de M""^ veuve Artaud, sa mère, et de mademoiselle sa sœur ; de M. Artaud, avocat à Paris, ancien secrétaire en la chancellerie de France, de son épouse et de ses enfants ; de M. Artaud, étudiant en rhétorique, fils de M. Artaud, avocat à Lille, ancien président de l'administration de cette ville ; de M. Verrier, banquier, de M'"^ et M'*e des Bréaux, a eu l'honneur d'être admise, hier, à l'audience de Sa Sainteté, et de lui présenter ses respectueux hommages. » — Journal des Débats du 14 germinal : a Paris, 13 germinal. Les administrateurs des manufactures impériales de Sèvres, des Gobelins et de la Savonnerie ont reçu ordre de faire transporter à la galerie du Muséum les divers objets d'art destinés en présent au Saint-Père, afin que Sa Sainteté puisse les voir exposés avant qu'on les emballe. On assure que les tentures des Gobelins, représentant divers traits de l'histoire sainte, sont de la plus grande beauté; et parmi les magnifiques assortiments de porcelaines de Sèvres, on a remarqué principalement un buste en grand de S. M. l'Empereur et Roi. » — Journal de Paris du 14 germinal : « Nouvelles de Paris. Lundi dernier, une députation du Tribunal, ayant M. Fabre à la tète, se rendit auprès de Madame, mère de l'Empereur, pour offrir le tribut de la reconnaissance publique à l'auguste protectrice des sœurs de la charité et des sœurs hospitalières. Son Altesse Impériale répondit qu'elle était extrêmement touchée des sentiments que la députation avait si bien exprimés par l'organe de son président, elle ajouta : « Le ministère de bienfaisance auquel je suis appelée « fera le charme de ma vie. Le bonheur public étant l'unique objet des pensées « et des affections de l'Empereur, le soin de lui exposer sans cesse les besoins « et les vœux des infortunés sera la mission la plus agréable à son cœur et ne a m'en deviendra que plus chère. »
Ministère de la police générale. — Bulletin du 15 germinal.
...Chapelles particulières. — Son Excellence est informée que, dans difTérentes maisons de Paris, il existe des chapelles particulières
[4 Avnii. 1805] PARIS SOUS L'EMPIRE 700
où, sous prétexte de religion, il se fait des réunions dans lesquelles
on se permet des propos injurieux contre le gouvernement. Les
maisons principalement désignées, sont celles de Grimaldi, rue de la
Planche ; de M, Hocquart, rue Payenne, et de M""» d'Albert, samr de
l'ex-duc de Luynes. — Vérifier.
FoucnÉ.
(Arch. nat., AF iv, 1493.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Le départ du Pape a fait hier l'objet des conversations. On ne parle de Sa Sainteté qu'avec beaucoup d'intérêt, et les personnes qui ont eu l'honneur de l'approcher en font le plus grand éloge. Une affluence considérable s'est portée vers la voiture au moment du départ, et l'on a remarqué que Sa Sainteté avait l'air touché de cet empressement. — On a exécuté hier, dans l'église de l'Abbaye-aux-Bois, rue de Sèvres, le Stabat Mater à grand orchestre. On n'entrait que par billets, et ils se vendaient 30 sols, ce qui a fait beaucoup murmurer le peuple, qui n'avait pas le moyen de payer, et qui enfin, las de rester à la porte, a forcé la consigne et est entré dans l'église, mais sans bruit et sans scandale.
Spectacles. — Hier, au Théâtre-Français, on a donné la première représentation d'une comédie en cinq actes et en vers, intitulée : V Homme à sentiment^ ou le Tartuffe de mœurs ^. Cet ouvrage qui, sous d'autres titres, avait été joué déjà sur d'autres théâtres, a été très applaudi à celui-ci. La pièce, en elle-même, n'a rien offert de particulier. On a vivement applaudi quelques vers mis dans la bouche d'un ancien Juif, s'offrant de faire des généalogies moyennant de forts intérêts. Le calme a été parfait pendant toute la durée du spectacle.
Journaux. — Les feuilles de ce jour ajoutent quelques nouvelles à celles que contenaient celles d'hier, sur le Nord. Elles confirment ce qu'elles ont publié de la médiation de la Prusse pour faire disparaître tout refroidissement entre les cours de France et de Constantinople. Klles annoncent que le Grand-Seigneur a résolu de changer son ministère et d'en éloigner les partisans de la cour de Londres. Elles portent encore que, d'après les déclarations énergiques de la cour de Berlin, le roi de Suède fait retirer de la Poméranie suédoise toutes les troupes qu'il avait successivement détachées pour cette province, et qu'on s'occupe de leur réembarquement. Elles portent, en outre, des défenses
1. C'est une adaptation de l'Ecole du scandale de Shéridan, parChéron. Voir la notice de Chéron dans la France littéraire de Quérard.
701 PARIS SOUS L'EMPIRE [4 avril 1805]
rigoureuses faites par le gouvernement danois de se prêter, dans ses États, à aucun recrutement pour les puissances étrangères. Enfin elles annoncent, d'après des nouvelles de La Haye, la sortie des ports d'Angleterre de la flotte expéditionnaire, ayant à bord un grand nombre de troupes de débarquement. — Si l'on en croit une nouvelle de Vienne, rapportée par le Bulletin de l'Europe, il se trouve, sur les frontières de la Russie, du côté de la Turquie, cent cinquante mille hommes de troupes russes, prêtes à se rendre dans l'Albanie.
Evénement. — Le lieutenant-colonel Dufay, arrêté hier, par jugement du Tribunal de commerce, pour payement d'une somme de 1.500 livres, s'est donné, dans l'étude de l'huissier, un coup de ciseau dans la poitrine et s'est blessé à mort,
Bourse. — Les négociations de rentes ont été beaucoup plus nombreuses que les jours précédents, mais la baisse ne s'est point arrêtée. Les actions de la Banque se sont un peu améliorées; le passage subit du cours.de celles des ponts de 1.250 fr. à 1.325, suffît pour donner une idée juste de la recherche de ces effets. — o 0/0 jouissance de germinal an XIII, 57 fr.7o, 80, 75 c. Actions de la Banque de France,