‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 186 sur 221 · francs. Idem, des ponts, 1.325 francs · texte numérisé non relu

francs. Idem, des ponts, 1.325 francs

Dubois.

(Arch. nat., F', 3833.1

JOUKNAUX.

Gazette de France du la germinal : « Paris, 4 avril. Le Pape est parti aujourd'hui à une heure. En sortant de son appartement, il a trouvé les salles qui le précèdent, remplies de personnes qui avaient sollicité, comme la plus grande faveur, celle d'y être admises. C'étaient principalement des mères de famille qui avaient obtenu cette préférence. Le Saint-Père a donné son anneau à baiser comme à l'ordinaire ; il a posé sa main sur la tête des enfants et a surtout béni une quantité immense d'objets pieux. L'attendrissement qui régnait sur le visage du pontife et sur celui des fidèles ne saurait s'exprimer ; on sentait que le principe de cet amour et de respect n'était point sur la terre, que c'était un lien qui partait du ciel et pénétrait dans le plus profond des âmes. Une multitude vingt fois plus nombreuse que celle qui était dans l'intérieur du château avait attendu une partie de la matinée, malgré la pluie, dans la cour des Tuileries, pour recevoir la dernière bénédiction du souverain pontife; le Saint-Père l'a donnée d'une des fenêtres du château : le peuple, après l'avoir reçue avec toutes les marques de la foi et d'une profonde vénération, a fait éclater son attachement pour Sa Sainteté par les cris répétés : Vive le Saint-Père ! Ces acclamations se sont renouvelées, lorsque la voiture de Sa Sainteté a traversé la cour. Le Pape était dans une voiture à huit chevaux; les prélats de sa maison et ses grands officiers dans cinq voitures à six chevaux. M. de Brigode, chambellan de Sa Majesté Impériale, qui a rempli, avec M. le sénateur de Viry, les mêmes fonctions auprès de Sa Sainteté,

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pondant son séjour à Paris, et M. du Rosnel, écuyer-cavalcadour de Sa Majesté Impériale, qui a rempli aussi les mômes fonctions auprès de Sa Sainteté, l'accompagnent dans son voyage. Les cardinaux sont partis hier et ce matin.» — Journal des Débats du 15 germinal : « Paris, 1i f/crminal. Le Saint- Père a quitté Paris aujourd'hui pour retourner en Italie. Sa Sainteté est montée en voiture à une heure et demie, au milieu d'un grand concours du peuple, ([ui s'était rassemblé dans la cour des Tuileries depuis le matin et malgré le mauvais temps, pour recevoir les dernières bénédictions du père commun des fidèles. Les équipages de Sa Sainteté sont composés de six voitures et quatre fourgons. Elle suivra la même route que l'Empereur. » — Journal des Dames et des Modes du 15 germinal : « Paris, ce 1-i germinal. On suit, pour décorer les boutiques, le même système de prétendue simplicité que pour les appartements. Los couleurs de bois sont moins apparentes ; on peint les pilastres du même ton que les panneaux; les palmettcsen or sont devenues rares ; les moulures en cuivre ont été supprimées ; s'il règne un filet le long des comptoirs, il est à fleur ; mais les glaces sont de très grand volume ; pour former le châssis dos vitres, qui sont elles-mêmes de grandes glaces, auxquelles il ne manque que le tain, on fait fondre des pièces de cuivre, qui se polissent sur tout sens, et dont chaque pied coûte autant que la toise d'un châssis en bois. Ajoutez que ce qu'il y a de plus riche en dorure au mat, et de plus long à exécuter en sculpture, est prodigué pour pilastres extérieurs, les cintres en ogives, l'entablement, l'enseigne et ses attributs. »

GGCXX

15 (iKKMlNAL AN XIII (0 AVRIL I8O0).

Rapport de la préfecture de police du 16 germinal.

Réunions. — On dit que M. Laforest, ministre plénipotentiaire de France près du roi de Prusse, écrivant à un de ses amis, termine sa lettre par ces mots : Ma position devient ici de plus en plus pénible et embarrassante c'est vous en dire assez. Les bruits publics sont à la guerre. On assure que des lettres arrivées des côtes portent qu'il est certain que le projet de descente en Angleterre est sur le point de recevoir son exécution. — La plus parfaite tranquillité continue de régner partout.

Jouimaux. — Rien dans les feuilles de ce jour ne porte le caractère de la nouveauté. Aucun article ne provoque particulièrement l'intérêt, et elles ne donnent lieu, en général, à aucune observation essentielle.

Bourse. — Il ne s'est pas fait autant d'aiïaires qu'hier, et, à l'égard des rentes, les variations du cours ont eu le même résultat. Les joueurs paraissent fort inquiets et curieux de connaître le plan d'opé-

703 PARIS SOUS L'EMPIRE [S avril 1805J

ration d'après lequel M. Martinet fait journellement des ventes très considérables. Selon le bruit généralement répandu dans la Bourse, la Compagnie des agents a arrêté, dans son assemblée d'hier, à la majorité de 41 voix contre 35, la suppression des commis principaux. Cette décision, qui a été l'objet de presque toutes les conversations, a donné lieu à diverses réflexions, motivées, d'une part, sur le tort qu'elle peut faire à un certain nombre de membres de la Compagnie, mais principalement sur ce qu'elle tend à suspendre l'exécution des mesures arrêtées par le gouvernement. — 5 0/0, jouissance de gerrriinal an XIII, 57 fr. 75, 70, 75, 80, 70. Actions de la Banque de France, l.!240 francs.

Dubois.

(Arch. nat., F' 3833.)

Journaux.

Moniteur du 16 germ'inaX : « Paris, le io germinal. ...M. Salivet, docteur en droit, ancien avocat au parlement de Paris, et professeur de droit romain à l'Académie de législation, est mort hier matin à l'âge de soixantesept ans. C'est une perte pour la science et pour l'humanité. M. Salivet était aussi distingué par l'étendue de ses connaissances que par sa probité. Ainsi que beaucoup de savants, plus occupés de leurs livres que de leurs affaires, il ne laisse d'autre héritage à sa veuve et à ses deux enfants que des regrets amers et l'exemple de ses vertus. » — « Il vient de se former en cette ville, sous la dénomination de Curatelle officieuse, spécialement vouée aux militaires français de toute arme, un établissement qui peut offrir de grands avantages aux militaires de tout genre qui sont dans l'impossibilité de traiter par eux-mêmes dans la capitale, leurs affaires, celles de leur famille ou de leurs amis. Cette Curatelle se chargera de rédactions, abonnements, commissions, recouvrements, liquidations, recettes de rentes, de pensions, enfin de tout ce dont on lui donnera pouvoir. L'idée de cet établissement a été conçue par une personne digne de toute confiance par ses lumières et son activité, qui, en se chargeant de la direction, s'est adjont pour conseils MM. Champion de Villeneuve, avocat à la Cour de cassation et membre du conseil de préfecture du département de la Seine ; Lambert de Langres, avocat ; de La Haye, jurisconsulte ; Cournet, ancien administrateur et membre de l'Académie de législation. Le programme que publie cette société ne laisse rien à désirer quant aux objets dont elle s'occupera, ni à la garantie qu'elle offre de sa conduite et de ses principes. La direction est établie rue du Faubourg-Montmartre, n° 25. » — Gazette de France du 16 germinal : « Paris, 3 avril. On parle aujourd'hui de la poussière des Athénées, comme on parlait jadis de la poussière des classes ; mais celte expression ne convient certainement pas aux uns comme aux autres. En effet, tout est propre à ravir dans les Athénées. Les femmes, les hommes, les banquettes, le parquet, le ])lafond, les lambris tout est de la plus belle tenue. Point de poussière nulle |)art ; il n'y a pas jusiju'aux vers qui n'y soient tirés, comme on dit, à quatre épingles,

entre les mains des auteurs. Pas un grain de poussière ne les dépare, et on pourrait répondre d'eux, tant qu'ils ne sortent pas de l'Athénée. » — Courrier français du 16 germinal : « Paris, 16 germinal. L'archichancelier d'Empire paraît être chargé du gouvernement en l'absence de S. M. l'Empereur*; c'est lui qui préside le Conseil d'Etal. » — « l.ongchamp, et I^ongchamp seul, occupe les principaux magasins de modes; on y reçoit des commandes, on vend, mais aucun des articles n'est livré ; l'acheteur ne sait pas même trop ce qu'il s'engage à payer. La première demoiselle du magasin et ses compagnes les plus exercées à chiffonner travaillent en comité secret; rien de ce qu'elles exécutent ne peut être vu avant l'époque de l'émission pénérale. Que de chapeaux de paille payés quinze francs en fabrique seront, avec le ruban et les accessoires, portés à soixante francs sur les mémoires! »

Rapport de la préfecture de police du 17 germinal.

Réunions. — On dit dans le commerce que des lettres arrivées de Hollande portent que la fermentation des esprits prend un caractère inquiétant ; que les mesures de rigueur que l'on a prises d'abord n'ont point produit l'effet que l'on en attendait ; que les personnes paisibles ne sont point sans inquiétude, et qu'enfin l'on est convaincu que l'Angleterre seule suscite tous ces troubles. — Les ci-devant nobles disent que les habitants des campagnes ont à présent pour eux beaucoup plus d'égards que pour les nouveaux riches et les parvenus, et que, petit à petit, les choses deviendront ce qu'elles étaient. Un M. de Cléry, qui a une terre auprès de Magny, s'explique dans ce sens. — On dit, dans les réunions, que l'itnpératrice d'Allemagne a pris en aversion l'archiduc Charles, et qu'elle est la seule cause de sa défaveur. — On s'occupe beaucoup du voyage de S. M. l'Empereur et Roi, et on lit avec avidité et le plus grand intérêt les détails que les journaux en donnent. On se plaint beaucoup, dans le commerce, de la rareté du numéraire et l'on paraît craindre plusieurs banqueroutes pour la fin du mois.

Théâtres. — On a donné hier, au Théâtre de Louvois, une pièce nouvelle en cinq actes et en prose, intitulée : V Espoir de la faveur . On attribuait généralement le fond du sujet à Fabre d'Eglantine, qui l'avait, disait-on, destiné à la scène sous le titre de l'Orange de Malte-

1. Voir dans la Correspondance de Napoléon, t. X, n° 8'JOO, 1' << ordre de service pendant l'absence de l'Empereur », daté de Saint-Cloud, le 9 germinal an XIII.

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La pièce du théâtre Loiivois, au surplus, n"a eu qu'un médiocre succès; les auteurs ont cependant été demandés; ou a nommé MM. Etienne et Nanteuil. Rien dans cet ouvraye n'a donné lieu à la moindre application. — Le même sujet était également produit, hier, pour la première fois au théâtre du Vaudeville, sous le titre de Thomas Muller, ou VEffet de la faveur. Le succès en a été très balancé ; celte pièce, qui ne donne lieu à aucune observation importante, est de MM. Dieulafoy, Chazet et Gersin. — Enfin, un mélodrame nouveau, en trois actes, a été représenté au théâtre de la Porte-Saint- Marlin, sous le titre de Storb et Verner*. Cette pièce, qui a été avec peine jusqu'à la fin, n'a fait aucune sensation. — Le calme a été parfait dans ces différents théâtres.

Journaux. — Les feuilles de ce jour, qui ne renferment de remarquable que plusieurs articles extraits des derniers Moniteurs, n'ont donné lieu à aucune observation essentielle.

Evénement. — Hier, Louis Andrieux, ouvrier gazier, rue des

Fossés-Saint-Marlin, n° 111, a été trouvé pendu à l'un de ses métiers.

Il était père de six enfants en bas âge, sa femme avait accouché la

veille, il avait sollicité une légère avance du fabricant pour lequel il

travaillait, et celui-ci la lui avait refusée.

Dubois.

Moniteur du 17 germinal : « Paris, le 16 (jerminai. ...Dans la séance d'hier, la classe de lilléralure et d'histoire ancienne de l'Institut national a nommé M. Degérando à la place vacante dans son sein par la mort de .M. Antiuetil. » — Journal des Débals du 17 germinal : « Paris, le 16 germinal. Parmi les personnes que le Pa|)c a reçues dans les dernières audiences qu'il a données, on a remarqué M. de Lally-Tolendal, qui arrive, dit on, d'une terre de M. de La Tour du Pin, près de Bordeaux, où il s'était retiré depuis deux ans, pour venir présenter ses respects au Saint-Père. A la manière alTectueuse dont il a été accueilli par Sa Sainteté, on a jugé qu'il en était connu particulièrement. M. de Lally-Tolendal a eu une seconde audience particulière du Saint-Père; et, en sortant du cabinet du Saint-Père, il a eu l'honneur de lui présenter sa fille, jeune personne de seize à dix-huit ans, dont l'air et le maintien pleins de grâce cl de modestie ont fixé l'attention de toutes les personnes qui étaient présentes.» — Courrier français du 17 germinal : a Paris, 16 (jerminai. Politkjue. La situation actuelle de cette grande capitale offrirait des observations importantes sur l'esprit public et la situation générale de l'Empire français. La

1. Slorb et Verner ou les Suites d'un duel, mélodrame. Le Courrier des Spectacles n indique pas le nom de l'auteur.

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