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[6 AVRIL 180b] PARIS SOUS L'EMPIRE 706
présence de l'Empereur semblait naguère répandre la joie et le bonheur au milieu de sa résidence ; on le regardait comme l'àme de ce grand corps politique. Los ennemis de la France, loin d'y voir un motif de sécurité et d'orgueil pour la nation, en concluent que la France n'est rien sans le héros qui la gouverne, et que si sa main abandonnait un instant les rênes dii gouvernement, cet empire tomberait dans une dissolution sociale, plus fatale que celle où il s'est trouvé à son retour d'Egypte. De là vient sans doute qu'ils ont mis tant d'acrimonie dans celle guerre de libelles et d'injures ; de la vient qu'ils ont répandu tant d'argent pour gager des plumes vénales et ourdir tant d'intrigues atroces et inutiles. II y a pourtant une contradiction frappante entre leurs invectives et l'importance qu'ils attachent à la moindre démarche du gouvernement français. Les événements ont montré que son auguste chef n'est pas moins fort par l'attachement et la confiance qu'il inspire à son peuple, par le système qu'il a fondé sur une base inébranlable, que par ce génie personnel qui semble, même en son absence, présider aux délibérations de son conseil. Le même esprit le dirige, la même main semble encore tenir le gouvernail de l'État. Celte absence, indépendamment de son important objet, révèle à toute l'Europe la force intime de cet état politique et répond, mieux que les écrits ne pourraient le faire, aux calomnies que le ministère anglais s'est fait un système et qu'il prend tant de soin de répandre dans le public, pour distraire l'attenlion de la faiblesse de ses moyens et de la défiance générale qu'il inspire. C'a été également un spectacle touchant que de voir constamment, pendant le séjour de Sa Sainteté à Paris, l'empressenienl religieux du peuple à se porter dans tous les lieux qu'il devait honorer de sa présence, à se presser autour de lui avec ce sentiment d'amour et de respect qu'inspiraient ses vertus personnelles autant que l'éclat de sa dignité. Le même empressement s'est manifesté à son départ, pour recevoir sa bénédiction. Ce sentiment ne ressemblait en rien à la curiosité qu'inspirent toujours des personnages distingués. Le souverain pontife a visité la plujiarl des paroisses ; il s'était rendu partout aux vœux universels, son palais était, en quelque sorte, ouvert à toutes les classes. Ce n'était pas la pompe qui accompagne les souverains, qu'on allait admirer. Si les regrets et les témoignages que ce vertueux pontife emporte avec lui donnent une haute idée de son caractère, ils pourraient servir aussi à donner une idée plus juste et plus favorable de ce peuple dont la moralité et la religion ont été mises en doute par les écrivains anglais. » — Buiiclin de VEuiope du 17 germinal : « Paris, 16 r/enninal. Dans une séance du Conseil privé, Sa Majesté Impériale a accordé des lettres de grâce à Jean-Pierre Laurens, .lose|)h Hoyer et Henri-Bruno Peyre, natifs et habitants de Castres, condamnés le l»"" germinal an V, par jugement du tribunal de justice de la Haute- (iaroime, à la ])eine de la déijortation, comme complices d'une conspiration contre la sûreté intérieure de la Républiciue. Ces individus étaient détenus à l'Ile de Ré. »
707 PARIS SOUS L'EMPIRÉ [7 avril 1805]
GGCXXII
Ministère de la police générale. — Bulletin du 18 germinal.
.. .L" ex-directeur Barras. — M. Barras demande au ministre la permission de quitter le Midi, pour trois mois, afin d'aller terminer ses affaires à Bruxelles et à Paris ; il ne peut y avoir aucun inconvénient d'accorder celte permission
(Arch. nat., AFiv, 1493.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — L'article relatif au roi de Suède, inséré dans les journaux, a fixé l'attention d'une manière particulière et obtenu l'assentiment général. — On fait circuler le bruit que l'État éprouve un besoin pressant de cinquante millions, et que, pour y subvenir, on doit engager les duchés de Parme et de Plaisance ; enfin qu'une compagnie a déjà offert quarante-cinq millions. On assurait hier que la flotte de Boulogne avait appareillé, que les troupes avaient des armes de rechange; que, les provisions n'étant pas considérables, on présumait que l'expédition n'était pas lointaine.
Commerce. — Les graveurs, qui sont assez nombreux à Paris, se plaignent de ce que l'entreprise des cachets et des timbres soit confiée à quatre personnes seulement, pour tout l'Empire; beaucoup d'entre eux avaient déjà préparé les matières premières et prétendent qu'ils éprouvent bien de la perte. Les entrepreneurs de bâtiments et leurs ouvriers se plaignent que tous les travaux au compte de la ville de Paris sont suspendus et ajournés jusqu'rn l'an XIV. Ils en sont d'autant i)lus alarmés qu'ils disent que les particuliers ne font presque pas faire des travaux de ce genre.
Spectacles. — Hier, au théâtre Favart, après la toile baissée, les jeunes gens qui remplissaient le parterre, et parmi lesquels on a remarqué plusieurs élèves de l'École polytechnique, ont demandé, à grands cris, que le sieur Elleviou vînt danser l'allemande, ce qui n'a jamais été d'usage à ce théâtre. Ce n'est qu'avec peine qu'on est venu à bout de rétablir le calme et de les faire sortir.
Journaux. — Les journaux ne renferment rien qui n'ait été puisé
dans le Moniteur. Des articles assez indiiïérents on de lliéàlres, de lilléraliire remplissent leur vide.
Bourse. — Les 5 0/0 ont été constamment en baisse, et il s'est fait, dit-on, beaucoup d'affaires ; l'on assure que les ventes les plus considérables ont été faites par M. Trudelle et l'on cite .M. Coindrc comme un des plus forts preneurs. — 5 0/0, jouissance de germinal an XllI, 57 fr. 50, 40, 45, 40, 35, 30, 35. Ordonnances [)Our rescriptions de domaines, 01 francs. Actions de la Banque de France, 1.240 francs.
Journaux.
Moniteur du 18 germinal : « Paris, le 11 ijerniinaL. ...M. de Seine', statuaire, membre de l'ancienne Académie de peinture et sculpture de Paris, vient de terminer, d'après nature, son petit modèle du second buste du Saint-Père. Les personnes qui désireront le voir, ainsi que le premier déjà annoncé, pourront se transporter chez M. de Seine, rue de la Paix, enclos de l'ancienne abbaye Sainl-Germain-des-Prés. » — « Tous les élèves de l'Académie de léi^isialion ont accompagné le convoi de M. Salivet, l'un de leurs professeurs*, et ont ouvert, de leur propre mouvement, une souscription en faveur de sa veuve et de ses enfants, dont l'état est voisin de l'indigence.» — Journal des Débats du 18 germinal : « Paris, 17 germinal. L'Empereur quoique absent, veille toujours sur les opérations du gouvernement. Chaque semaine un auditeur doit porter à Sa Majesté le? délibérations du Conseil d'État pour être soumises à sa ratification. Le Conseil d'État est présidé par S. A. S. l'archichancelier ; il paraît que les ministres feront leur travail avec l'archichancelier, ainsi que cela a eu lieu l'année dernière pendant le voyage de Sa Majesté Impériale. »
CGCXXIII
MiNisrÈRt; UE la l'OLiCb; GKNÉKALt;. — Bulletin uu l'J gdrmlnal.
.. .Exécution. . . — Portalier. — Ex-religieu.x augustin, signalé comme exerçant le culte dans sa chambre, sans autorisation. Accusé de se livrer à la plus honteuse débauche ; chassé précédemment du
\. Ce aoni s'écrit d'ordinaire Deseine.