‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 2 sur 221 · INTRODUCTION VU · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VU

les lacunes et nos découvertes, quand nous en serons à l'année 1806.

11 y a aux Aichives nationales deux autres séries de rapports de la Préfecture de police, sous les cotes AFiv, 1535 à 1563, et F', 3845 à 3851. Il y est question de maisons garnies, de passeports, de divers objets de police municipale. Nous n'y avons pas trouvé de documents sur l'esprit public.

Quant aux journaux, comme dans les recueils précédents, nous en extrayons les renseignements de toute nature, articles ou nouvelles, qui nous paraissent les plus propres à faire connaître au lecteur, directement ou indirectement, l'état de l'esprit public.

La presse périodique n'ayant presque plus aucune liberté, il n'y a dans ces journaux que peu de renseignements directs sur les opinions politiques des Parisiens dans cette première année du règne de Napoléon (et, par la suite, les journaux deviendront, à ce point de vue, plus pauvres encore et même entièrement nuls).

Même les opinions des auteurs de ces journaux ne s'expriment pas directement. Nul d'entre eux, à l'époque où nous sommes arrivés, n'ose faire une opposition quelconque au gouvernement. C'est seulement par le choix des diverses nouvelles politiques, soit de l'étranger, soit de l'intérieur, qu'on peut voir, ou plutôt entrevoir, leur degré de bienveillance ou de malveillance pour le régime impérial.

Ces nouvelles politiques, ils les empruntent presque toutes au Moniteur, journal officiel.

C'est parleurs nouvelles littéraires, artistiques, mondaines, c'est par leurs « faits divers », que les journaux sont, à cette époque, intéressants et instructifs pour l'histoire de l'esprit public à Paris. Il y a là une véritable richesse d'informations, oii nous avons beaucoup puisé, et qui sera utile aux historiens des idées et des mœurs.

Il ne faudrait pou riant pas croire ((ue, même en ces

VIII I.NTUdDUCTlON

miitièrcsnon politiques, toute liberté lût laissée aux journaux. Ainsi, le "23 frimaire an XI, le Grand-Juge, par une lettre au préfet de police, leur avait fait défendre de parler des suicides (et d'ailleurs celle prescription ne fut pas strictement observée). Le 6 vendémiaire an XIII, le Ministre de la police générale fit savoir aux journaux, par une circulaire, qu'ils ne devaient insérer aucun article relatif à la police sans une autorisation formelle. On ne voulait pas non plus qu'ils parlassent de ce qui touchait aux subsistances '.

D'autre part, un certain nombre de faits divers se trouvent, dans la même forme, le même jour, en plusieurs journaux. Ils proviennent donc d'une source unique ; cette source ne peut être autre, nous semble-t-il, que la Préfecture de police ou le Ministère de la police générale, qui fournissent donc ou imposent à la presse des nouvelles toutes rédigées.

Légalement, les journaux politiques étaient toujours sous le régime de Tarrêté consulaire du 27 nivôse an VIII, que nous avons reproduit dans l'Introduction à Paris sous le Cunsiilal, c'est-à-dire réduits au nombre de treize et menacés de suppression immédiate, s'ils inséraient « des articles contraires au respect dû au pacte social, à la souveraineté du peuple et à la gloire des armées-».

Dans la liste de ces treize journaux, on avait placé une revue qui ne paraissait pas tous les jours, la Décade philosophifjue (Bibl. nat., Inventaire, Z 25188-25241), où d'ailleurs nous n'avons presque rien trouvé pour l'histoire de l'esprit public. Il ne subsistait donc, en réalité, que douze journaux politiques.

Parmi ces douze journaux, il en est un, d'opinion républicaine, i Ami des Lois (Bibl. nat.. Le 2/876, in-4''), qui fut supprimé par arrêté du 9 prairial an VIII ; deux autres disparurent, soit par ordre, soit par impossibilité de vivre, à savoir le Bien- Informé (Bibl. nat., Le 2/968, in-4°), sans couleur politique, dont le dernier numéro est daté du 15 germinal

1. Areh. nat., F', 3453, 8330 et 3t.')4. Ces documents ont été pour la piemicre fois signalés et produits par M. Le Poittevin dans son intéressant ouvrage : La liberté de la Presse depuis la [ie'vululion, Paris, 1901, inl6, p. 146-li7,

2. Un des moyens de tenir les journaux en bride, c'était, pour le moindre grief, de défendre à la poste d'en transporter les numéros.

Page 1