Tome I
[1" MAI 1805] PARIS SOUS L'EMPIRE 7b4
Cour d'appel. — La Cour d'appel, dans son audience d'iiier, a repris l'affaire de la Banque territoriale. La fin de non-recevoir principale a été abordée pour la première fois. Après un long plaidoyer, la cour a remis la cause à huitaine pour entendre les avocats, qui n'ont point encore parlé, et à quinzaine pour le prononcé de l'arrêt.
Journaux. — Les feuilles de ce jour se composent uniquement d'une partie des dépêches du général Decaen, qui étaient publiées hier par le Moniteur.
Bourse. — Les négociations de renies ont eu le même résultat qu'hier ; le cours a toujours été ferme, et l'on a attribué particulièrement à des achats considérables faits par M. Ferrand, agent, l'amélioration qu'il a éprouvée au moment de la clôture. Les actions de la Banque ont paru un peu offertes. — 5 0/0, jouissance de germinal an Xlll, 58 fr. 30, 35, 40, 30. Actions de la Banque de France, 1 ,242 fr. 50, 1 .240 francs. Id. des ponts, 1 .350 francs ' .
(Arch. nat., F^ 3833.)
Dubois.
Mo//i/eu/' du 12 tloréal : «i Paris, le 11 floréal. ...L'Athénée des Ai-ls tiendra, sous la présidence de M. François de Neufcliàtcau, sa 74' séance publique, dimanche prochain 15, à midi, dans la salie des concerts, rue de (Jrenelle Sainl-IIouoré. » — « Les Reaux-Arts ont à regretter la perle d'un de nos plus célèbres statuaires, M. Rridan, j)rofesseur de l'ancienne Académie royale de peinture et de sculpture et ensuite des écoles spéciales des mêmes arts à Paris. Il a succombé, le 8 de ce mois, à de longues infirmités causées par un travail trop assidu. Les ouvrages de cet artiste sont apprécies de tous les connaisseurs ; il suCfit de les indiquer pour en rappeler le mérite. Nous citerons entre autres un groupe de FAssomplion, en marbre, que l'on voit dans la cathédrale de Charlres, composition aussi heureuse qu'elle est d'une exécution savante, ainsi que les bas-reliefs, également en marbre, (jui décorent le chœur de cette église, trois statues de six pieds de proportion, dont deux (le maréchal Vauban et le chevalier Rayard) ornent la galerie impériale des
1. A cette date du 12 tlorc;il an Xlll, N.ipoléon écrivit ù I^'unché, d'Alexandrie [Correspondance, t. X, n« 8(j(i()) : « Le Journal des Débals ne dit plus que des Itêlises. A i)résenl il envoie le prince Charles à Milan, pour avoir le plaisir de déclarer, d'i(;i h quinze jours, qu'il n'a pas voulu y venir. Il envoie Merveldt à .Sainl-Pétersl)ourg. Qu'est-ce que cela me fait ? Quelle espèce d'intérêt y prend le public ? (Comment un misérable bulletin de Francfort peut-il savoir, en avril, ce que fera le prince Charles, et comment Merveldl, qui n'est point parti, jtartira ? Mais ce sont des moyens dalarmcr. Il doit voir, dans le bulletin, qu'on lui cnv(jic ce (|ui est de fait et non. Ce qui est de fait, on peut lui pardonner; mais ce (jui ne l'est pas, ce n'est que de la malveillance ou de l'extrême bùtisc... »
755 PARIS SOUS L'EMPIRE [2 mai 1805]
Tuileries ; et la troisième, celle de Vulcain, est placée dans le jardin du Luxembourg. Cette dernière figure est, de l'aveu des artistes, un morceau de sculpture digne d'être placé au prem.ier rang. Quiconque a connu M. Bridan sait avec quelle passion il cultivait son art; sa société était sa famille, qui le chérissait, et quelques amis que la bonté de son caractère lui attacha pour toujours. Son dernier ouvrage en marbre est le buste du respectable M, Cochin, fondateur de l'hospice de ce nom, qu'il exécuta par ordre du gouvernement, peu de temps avant sa mort.» — Journal de Paris du 12 floréal: «Nouvelles des sciences, DES LETTRES ET DES ARTS. Ordre et salubrité, tel dut être dans tous les temps l'objet et l'intention de ceux qui furent chargés d'en inventer, réparer ou régénérer les constructions. Le magistrat, l'artiste, l'ouvrier, chaque citoyen doivent surveiller le maintien de ce principe sacré de la société civile, parce qu'il intéresse sa santé, le repos et la sûreté de chacun. Et Paris jouit-il pleinement de ce double avantage ? L'ordre et la salubrité n'y laissent-ils rien à désirer ? Nous Enoncions qu'il y a vingt ans, on n'eût pu faire à cette question qu'une réponse affligeante ; mais, depuis cet intervalle, et surtout depuis six ans, Paris a beaucoup gagné par les embellissements, les nouvelles constructions et les démolitions innombrables qui ont été faites dans divers quartiers de sa vaste enceinte. Il reste pourtant à faire encore quelques réparations essentielles, depuis si longtemps projetées et généralement désirées, entre autres la démolition des hideuses masures qui chargent le pont Saint- Michel et le côté de la rivière de la rue Saint-Louis, qu'il faudrait métamorphoser en un beau quai, mettant à découvert la préfecture de police et les issues du Palais de justice. En effet est-il possible de passer devant ces habitations dégradées, informes, obscures et malsaines, élevées sur l'encorbellement en saillie sur la rivière, sans éprouver un sentiment mêlé de pitié, de dégoût et d'elïroi. Outre qu'elles obstruent un pont qui serait beau mis à nu, elles gênent la vue, nuisent à la navigation, et couvrent un réceptacle infect d'immondices, entassées principalement dans les arcades qui soutiennent les maisons de la rue Saint-Louis. La même opération serait indispensablement nécessaire sur un autre point de la Seine. Qu'on jette les yeux sur cet étroit passage qui conduit de la rue Bucherie à Tarchevêché, on verra qu'il ne faudrait que le débarrasser des constructions qui le coupent dans sa longueur, et le bornent à ses deux extrémités, pour faire jouir Paris d'un pont nouveau central, ouvrant une issue à la circulation générale, un débouché fort utile à l'un des quartiers les plus populeux et le plus encombré de mauvais édifices, et cela presque sans frais. »
GGCXLYII
iMl.NlSTÈRE DK LA POLICE GÉNÉRALE. — liULLETIN DU 13 FLOHÉAL.
...Duhuc et Rossolin, espions de C Angleterre. — M. le conseiller d'Élul, préfet de police, a fait arrêter à Paris deux espions de l'Angle-
[2 MAI I80îi] PAIUS surs I.EMIMIŒ 756
terre nommés Diibuc el Rossolin, le premier ayant un traitement de \{)0 livres slerlini; |>ar nKtis. (C'est sans doute par erreur que le rapport du préfet porte ce traitement à 500 livres sterling par mois, payé par M. Perregaux, puisque M. Perregaux déclare ne lui avoir compté que 100 livres sterling par mois.) Rossolin avait un traitement de 50 livres sterling par mois. Plusieurs papiers trouvés chez eux ne laissent point de doute sur leur mission, et leurs aveux en ont confirmé l'objet, <|ui est de « donner des renseignements sur nos forces et nos projets, de se procurer des intelligences à Boulogne dans les bureaux et à l'armée, faire connaître les amis restés fidèles à la cause des Rourbons, pratiquer les généraux et officiers civils et leur faire des pi'oposilions ». C'est le baron d'Imbert, chef de la marine a Toulon, et depuis la reprise de cette ville resté à la solde de l'Angleterre à Londres, qui leur a donné celte mission ; c'est à lui que tous les renseignements el résultats devaient être adressés, el il est constant que Bertrand de Moleville ^ (sous le nom de M""" Cholel) était encore immiscé dans ce tripot comme dans celui de Mehée pour la partie des encres sympathiques. La correspondance passait par la maison Thornton et Power de Hambourg, et lorsque M. Dubuc aurait mérité la confiance par des résultats qui auraient prouvé sa fidélité, on lui aurait ouvert la voie de la correspondance secrète de la Normandie par les îles Jersey. Dubuc et Rossolin sont débarqués à Morlaix, le 27 brumaire dernier, sur le parlementaire le Nil, avec seize autres personnes prises à Pondichéry, et qui, tenant à la marine militaire ou administrative, sont restées à la disposition du sous-commissaire de marine. Rossolin, ayant pris la qualité de négociant, fut interrogé par le délégué de police de Morlaix. Tout son interrogatoire est un roman, mais les faits étant certifiés par le général et M. Lasauvagère, gardemagasin à Pondichéry, il reçut un passeport pour Marseille, qu'il avait indiqué comme sa destination, et oîi la police (ordre du 23 frimaire) prescrivit de le surveiller, mais il est probable qu'il se rendit directement à Paris. Que M. Dubuc ait certifié les fables de Rossolin, son complice, on ne doit pas en être surpris; mais il sera essentiel de connaître pourquoi, et jusqu'à quel point M, Lasauvagère s'est permis d'allirmer les mêmes faussetés. (Juels ont été les effets de cette mission de|)uis l'arrivée des deux espions à Paris? Il paraît conslanl, par les avoux uniformes des deux prévenus et surtout par les lettres de
1. Kn in.u-jU'e : « On saura de Dubuc : 1° s'il a vu lui-même Bertrand de Muieville :"i Londres ; 2° s'il la chargé de (luehjue chose pour son neveu, M. Rozières, secrétaire général de notre ministère de la marine; -> s'il a vu M. Ito/iéres à. Paris, d
jl
757 PARIS SOUS L'EMPIRE [2 ma M 805]
M. d'Imbert, que la mispion n'avait encore rien produit; il n'avait encore été écrit que trois lettres, que M. Dubue dit être vagues et insignifiantes ; et M. d'Imbert, en effet, dans un billet mystérieux et dans deux lettres des 31 mars et 2 avril, se plaint et s'étonne de ce qu'on n'a rempli aucun des objets de la mission ; il reproche à Dubuc de n'avoir parlé ni de généraux ni de la sortie de la flotte dellochefort, ni des intelligences à Boulogne, etc. Il suppose que plusieurs lettres ont dû s'égarer. Uossolin avoue avoir su par Toulon la sortie de la flotte et l'avoir dit à Dubuc. C'est le seul renseignement qu'il prétend lui avoir donné, ce qui annonce qu'il a un correspondant à Toulon. Il a refusé de le nommer. Du reste les deux prévenus ont reçu régulif'Tement leur traitenienl.
FOUCHÉ
(Arch. nat., AF iv, 1493.)
Rapport de la préfecturk de police du même jour.
Réunions. — On rapporte que l'ex-duc de Brancas, qui demeure à Paris, rue de la Planche, tient des propos les plus insolents contre le gouvernement et contre ceux des anciens nobles qui ont obtenu du service dans la maison de Leurs Majestés ; il ne ménage pas même iM. de Turenne, neveu de son épouse. — Les Bourbonistes disent que l'envoi de l'Aigle noir par le roi de Prusse a coûté des sacrifices considérables en argent.
Cutfe. — Hier soir, le prêtre de la paroisse de Saint-Nicolas du Chardonnet chargé de préparer les enfants pour la première communion leur a fait un discours sur les peines de l'enfer, qui les a tellement épouvantés, que plusieurs d'entre eux se sont trouvés mal, et qu'on a été obligé de les transporter hors l'église. L'affluence était considérable, et il n'est sorte de propos que l'on n'ait tenus contre le prédicateur.
Journaux. — Une seide nouvelle se remarque aujourd'hui dans les feuilles ; elle annonce le prochain départ de M. le chambellan Nowosiitzow pour la France. — Les journaux continuent aujourd'hui la copie des dépèches du capitaine-général Decaen, qui remplissaient le Moniteur avant-hier.
Bourse. — D'après le petit nombre de cours portés sur la cote, on pourrait croire que la Bourse a été à peu près nulle ; néanmoins, il s'est fait beaucoup d'affaires en rentes, et le cours a encore éprouvé un mouvement de hausse très-rapide et très-prononcé. L'on avait remarqué que c'était au moment du départ de Sa Majesté que les
[3 MA. 1805] PARIS sors I/KMPIHE 758
grands meneurs avaient fait des renies et des livraisons considérables de n-nlcs ayant évidemment le dessein de surcharger la place pour occasionner une forte baisse et reprendre avec un bénéfice consitlérable tout ce qu'ils avaient ven.iu ; mais les événements qui sont survenus ont fait échouer complètement ce beau projet : les porteurs dos rentes ont gardé leurs effets, et ont acheté le double ; et maintenant la réaction favorable se consolide chaque jour par les bruits de paix qui se propagent et par des nouvelles satisfaisantes. Aujour.ihui l'on a parlé d'une expédition de l'escadre française à Lisbonne et la prise de trois frégates anglaises. — o 0/0, jouissance de germinal an Mil, rj8 fr. f)0, 00. Id., de vendémiaire an XIV,
ns Ir. :iO.
Dubois.
(Arch. naf., F', 3833.)
Journaux.
J mir uni lies Débats dn ^2 lloréal : a Paris, 12 floréal. Le calvaire du .Mont-Valérion, lieu consacré à la religion pendant près de deux cents ans, vient d'être racheté par le zèle de M. Iloudouart, ancien supérieur des frères herniiles. La croix y a été replantée par le pieux concours des ouvriers et propriélaiics dos villages voisins, qui pendant quinze jours sont venus en très grand nomlire sur la montagne pour aplanir gratuitement le terrain destiné à replacer la croix et les anciennes chapelles de station. On y célébrera, demain :j mai, la fêle solennelle de l'invention de la Sainte-Croix, avec octave. M. révé(|ue de Mende fera la bénédiction de la grande croix plantée sur la place de la nouvelle église provisoire. Ce prélat officiera pontificalement à tous les offices du jour; les jours suivants, le clergé et les jjaroisses de Paris y feront successivement l'office, ainsi que cela avait lieu autrefois. Tous ceux qui voudraient contribuer au rétablissement des neuf chapelles de station sont priés (l'adresser leurs offrandes à MM. les curés de Bonne-Nouvelle, Saint-tiermaindes-l'rés, des Filles Saint-Thomas, Saint-Paul et Saint-Louis, ou à M. Iloudouart, dit frère Hyacinthe, au Monl-Valérien. »
CCCXLVIII
i:{ FLOItKAL AN XIII (3 MAI 1803).
.MiNisTi!:i«K nK la police générale. — Bulletin nu i\ floréal.
('/lapelles clandestines . — De nouveaux renseignements donnent lieu lie croire que M'"" llocquart a réellement chez elle une de ces chapelles qui a échappé aux lucmières recherches de M. le préfet de
759 PARIS SOUS L'EMPIRE [3 mai 180H]
police. [Bulletin des 15 germinal et o floréal'). — Vérifier de nouveau. On transmet ces renseignements -
(Arch. nat., AF iv, 1493.)