‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 199 sur 221 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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749 PARIS SOUS L'EMPIRE [20 avril 1805]

et offre de très bonnes explications pour être dispensé, quant à présent, de reconnaître le roi d'Italie. — On disserte aussi sur le congé qu'a reçu M. de Cobenzl pour se rendre de La Haye à Vienne, sans revenir à Paris. — Dans la circonstance présente, en observant bien attentivement les sociétés de ce qu'on appelle la noblesse, on y trouve une certaine tenue qui surprend ; il semble, à leur comluite, à leurs discours, qu'ils aient un mot d'ordre. Jamais dans l'émigration il n'y a eu autant d'union et d'accord parmi eux

(Arch. nat., AFiv, 1493.)

Rapport de la préfecture de police du même jouh.

On rapporte que le sieur Rolland, employé au ministère de la marine, bureau des fonds, après avoir fait faire beaucoup de courses inutiles aux officiers réformés ou autres dont le traitement est arriéré, s'est transporté chez eux pour leur témoigner le regret de ne pouvoir les expédier promptemenl. Après leur avoir parlé de son désintéressement personnel, il leur a donné à comprendre que le secrétaire particulier du ministre, avec lequel il se dit très bien, mais qu'il n'a p(jint nommé, poiuTait les faire payer de suite, s'ils faisaient le sacrifice de six pour cent. On ajoute qu'un oflicier, qui a accepté la proposition et qui, depuis quinze jours, s'épuisait en démarches inutiles, a été payé dès le lendemain ; l'entremetteur a accepté deux pour cent, ce qui élève la retenue à huit.

Réunions. — M. Dalberg, neveu de l'archichancelier d'Allemagne, et qui est revenu hier de Boulogne, dit que la flotte batave, qui devait venir renforcer le cami) de Boulogne, a été attaquée, le 3 de ce mois, par les Anglais ; qu'elle a éprouvé un écliec et a été forcée de se réfugier à Calais ; qu'une frégate anglaise, néanmoins, avait été mise hors d'état de servir. — On assure que le général Lecourbe continue de correspondre secrètement avec Moreau ; qu'il a aidé à la circulation du mémoire de celui-ci, tant à Paris qu'à sa campagne de Soisy et dans les environs. Le général Lecourbe ne dissimule point le vif attachement qu'il [)orte à Moreau. Il reçoit souvent chez lui un officier supérieur polonais, qui partage à cet égard son opinion. — On dit que l'ambassadeur d'Iispagne a reçu un courrier extraordinaire hier; qu'il a eu de suite une conférence de trois heures avec le minisire de la marine. — On débite som'dcment que l'escadre de Toulon, réunie à celle de Cadix, a été attaquée par les Anglais à la hauteur du cap Saint-Vincent, et que nous n'avons pas eu l'avantage.

f20.\vKiL 1805] PAUIS SOIS l/i:.MI'lliK 7S0

Joununix. — Dans les feuilles de ce jour, les nniivellos se hument à ce qui suit. On apprend de Lfjndres, par La Haye, lil-on dans la Gazette ffe France, que le gouvernement britannique cherche à renouer de nouvelles négociations avec la France. On lit dans ce inènic joiirjiai, qui cite à cet égard des lettres de Cadix, que M. Jérôme Bonaparte est arrivé à Lisbonne, le 3 avril, et doit incessamment se mettre en route pour Paris. Le Bulletin de l'Europe cite, d'après des journaux anglais, une lettre d'Altona, annonçant que le général Masséna commandera l'armée destinée contre l'Angleterre ; le général Augereau, celle destinée contre l'Irlande, et le général Marmont, celle destinée contre l'Ecosse. On ajoute que toutes ces expéditions sont prêtes. Les autres nouvelles sont celles qui ont élé publiées hier dans le Moniteur.

Bourse. — Les 5 0/0 avaient éprouvé, après la clôture de la ilcriiière Bourse, une baisse très sensible, dont on s'était empressé de rechercher la cause, et l'on avait appris que quelques individus répandaient le bruit de la rentrée de l'escailre française à Cadix, où elle était bloquée par une division ennemie. La malveillance n'a pas joui longtemps de son succès, et le cours des rentes est, à très peu de chose près, au taux d'hier matin. — 5 0/0 consolidés, jouissance de germinal an XllI, 58 fr. 15, 20 c. ; 58 fr. ; 58 fr. 15, 10, 45; 58fr.lO. Actions de la Banque de France, 1.24:2 IV. 50.

Dubois.

(Arch. nat., V 3833.)

Journaux.

Gazette de France au 10 tloréal : « Paris, 9 floréal. On profile de la longue absence de Leurs Majestés Impériales pour faire, dans l'intérieur du Palais des Tuileries, des rcparalions considérables et en changer quebiues distributions. Il parait qu'on se propose, entri; autres choses, d"y former une chapelle. Les travaux sont en pleine activité dans trois parties (liiïérentes du palais. On sait dans quel état la Convention nationale avait mis et laissé le local oîi elle avait établi ses bureaux et ses séances. On eût dit que des barbares y avaient passé, ou qu'une année de vandales en avait fait des casernes. Celle partie du château, surtout, avait grand besoin des réparations qu'on y va faire. » — « Journal des Débats du 10 lloréal : « Paris, 9 /loréat. Un profite (le l'absence de S. M. l'Emporeur poui- réparor la salle des (iardes, située dans le pavillon du milieu du palais des Tuileries. On travaille aussi à l'aile où sont les salles et les !)ureanx du Conseil d'Elat La rue de llivoli scia bienlot achevée cl pavée à neuf jus(pr;ï la place du Carrousel. -> — Journal des Dames et des Modi's du 10 lloréal : n J*aris, ce 9 /loréal. L'n jeune hunune en hottes do cuir de (•hcvai, en culotte de peau de renne, en f^ilet d'écfU'ce des Indes el en habit peau de lapin, porte un chapeau qui n'est pas

Toi PARIS SOUS L'EMPIRE [30 avril 180&]

aussi |joinlu, mais qui est aussi ([in' celui des anciens docteurs, une petite baguette comme celle des magiciens, longue et pliante, et a à sa montre un cachet à tire-bouchon ; c'est le cachet du dernier genre ou le dernier genre des cachets. »

GGCXLV

10 FLORÉAL AN Xlll (30 AVRIL 1805).

Ministère de la police génékale. — Bulletin du 11 floréal.

...Paris. Hommes de letlres. Voyarje en Allemagne. — MM. Donnant, Charles Devillers et le sénateur Grégoire vont partir pour l'Allemagne et doivent se réunir à Gœttingue. Les deux premiers ont déjà leurs passeports visés aux relations extérieures, et M. le sénateur Grégoire a obtenu un congé de trois mois. On présume qu'il ira jusqu'à Berlin. MM. Donnant et Devillers doivent faire un plus long séjour en Allemagne, et M. Donnant a quelque idée d'aller à Saint-Pétersbuurg.

Crussol. — L'émigré Grussol (le bailli) est parti de Lyon quelques jours avant l'arrivée de Leurs Majestés dans cette ville et s'est rendu à Paris. La police l'observe, d'a[)rcs ses anciens rapports avec les Bourbons. 11 avait toute leur confiance, et particulièrement celle du comte d'Artois. C'est lui qui leur a indiqué, à la fin de 1792, pour successeur de M. de Galonné, le secrétaire de xM. Berlhier (Dutlieil), en leur disant que c'était l'homme le plus capable de gérer toutes leurs affaires. . .

Jguard. — Arrêté au moment où il venait de retirer de l'imprimerie les exemplaires d'une adresse séditieuse aux Français, dont il s'avoue l'auteur. Détenu à Bicélre depuis cette époque. Il résulte des informations prises sur son com|)te, nolauiment dans le département de la Sarthe où il a résidé, qu'il a cotistauiment ligure parmi les anarchistes les plus violents; qu'en l'au VIII, étant receveur du canton de Tresson (Sarthe), il laissa dans sa caisse un déficit de 40.000 francs, que sa mère n'arrêta les poursuites qu'en payant ce délicil, et qu'elle fut obligée, pour se procurer les fonds nécessaires, de vendre alors la majeure partie de ses propriétés; (|u'cn l'an IX, il l'ut traduit au tribunal de Saint-Calais, comme préveiui de fabrication de fausse monnaie, et qu'il ne dut son im|)Uiiité (pi'aux intrigues et aux moyens de corruption (|iii paraissent avoir été employés auprès du jin-y (l"ac(;usalion, qu'eidin il n'a cessé <le se montrer l'ennemi du gouvernement, et qu'il couserve encore aujourd'hui ses opinions exagérées de 17'J3.

::iO AVHiL 1805] PAItlS sous L'EMPIIŒ 752

Le gaidiT en flctonlion jusqu'à ce qu'il puisse être déporlc hors du leii-iluiic ein-opéen de l'Empire

(Airli. ii.il., AI-' IV, 141)3.)

H.M'PoIlT IJi; LA l'HI-:i"fc;CTUIiIi BE l'cLlCli DU MÉMIi JOUR.

Réunions. — L'on fait souidemenl courir le bruit que le projet du gouvernemeiil français est de s'emparer de toute l'Italie et qu'on attendra la vacance du Saint-Siège pour y joindre les États du Pape. La nouvelle qui se répand du blocus du port de Brest par vingt- cinq vaisseaux anglais, dont douze à trois ponts, donne quelques inquiétudes. On n'en croit pas moins à une descente prochaine en Angleterre ou en Irlande. La confiance dans le gouvernement s'accroît tous les jours d'une manière bien sensible.

Journaux. — Les journaux de ce jour n'offrent d'intéressant que l'annonce de Farrivée de la corvette la Diligente, apportant des dépêches de l'Inde, envoyées par le capitaine général Decaen. Ils ne donnent à cet égard aucun détail. Le journal ofliciel est le seul qui fasse connaître le contenu de ces dépêches.

Bourse. — Il s'est fait passablement d'affaires, et le cours des rentes, qui s'était maintenu constamment très ferme, s'est amélioré dans les derniers moments. Il ne s'est répandu de nouvelles d'aucun genre. La hausse du prix des savons n'a eu lieu que parce qu'ils avaient tro|> baissé précédemment ; cet article ne varie plus, et les transactions, en général, sont |)lus calmes que jamais. — o 0/0, jouissance de germinal an XIII, 58 fr. 25, 35, 25, 20, 25, 20. M. de vendémiaire an XIV, 55 francs. Bons de remboursement, 4 francs. Actions de la Banque de France, 1.242 fr. 50.

Dubois.

(Arch. nal., F', 3S:j3.)

Gdzelle de France dii il tlorèal : « Paris, 10 /lorcal. i/llolcl de .Marigny, qui avait élé ouvert an pnlilic |tondant quelques années, cl ([ui servait de passage pour aller de la rue Sainl-Tlioinas-dn-Louvre ii celle de Froid-Manteau, est fermé depuis environ quinze jours. (Mi dit (|n'il va être agencé à neuf et que les pages de S. M. l'Empereur y seront logi-s avec leur gouverneur. » — Journal des Débals du 11 tloréal : « Paris, 10 /loréal, M. le eon.seiller d'Elat Eourcroy, directeur général de l'inslruclion publique, est parti avanthier matin, pour l'aire une tournée dans les départements, à l'effet de visiter les lycées, écoles secondaires et autres établissements d'instruction |»ublique. »

753 PARIS SOUS L'EMPIRE [!«'• mai 1805]

CGGXLA^I

11 FLORÉAL AN XIll (!•' MAI 1803).

MlNISTÈRh: DE LA POLICE GÉNÉRALE. — BuLLETLV DU 42 FLORÉAL.

Paris. Nouvelles de Vltide. — Les nouvelles de l'Inde ont produit une sensation avantageuse dans tous les esprits. Plusieurs des officiers qui ont fait la guerre de l'Ouest ont témoigné le désir d'être envoyés dans ce pays et d'y servir S. M. l'Empereur en y contribuant à l'abaissement de la puissance anglaise. Il en est certainement parmi eux auxquels on pourrait prendre confiance pour des opérations de ce genre.

Flotte de Toulon. — Aujourd'hui des négociants s'inquiétaient sur ce que le courrier d'Espagne manque. Ce courrier arrive régulièrement les mardis, et cependant il paraît constant qu'il n'a encore été délivré, dans le commerce, aucune lettre d'Espagne. La maison même de M. Hervas ^ où quelques négociants sont allés aux informations, n'en a point reçu. Comme les chemins sont bons et le temps favorable, on tirait de celle circonstance beaucoup de conjectures

(Arch. nat., AFiv, 14'J3.}

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Plusieurs olficiers de marine, nouvellement arrivés des différents ports de l'Empire, à Paris, assurent que la plus grande partie des bâtiments de guerre n'ont pas leur complet en équipages, malgré les représentations des capitaines qui les commandent; que plusieurs des bâtiments composant les expéditions parties des différents porls sont dans ce cas, tandis que les commissaires des classes, chargés de l'inscription maritime dans les ports, écrivent à Paris que les Cayennes ou dépôts regorgent de matelots, et invitent à ne plus faire de levée. Les commissaires de marine sont, dans quehpies ports, accusés de recevoii- de l'argent pour laisser dans leurs foyers des marins expérimentés et leur substituer des novices. On a fait à Nantes, sur M. Toutfait, Commissaire de la marine dans celle ville, le calembour suivant : « On a tout fait à Nantes pour perdre la marine. »

1. C'était un banquier : Jos. Martinez Hervas, conseiller des linunces de Sa Majesté Catholique, rue Saint-Florentin, hôtel de l'fnfantado.

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