‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 26 sur 221 · DU 21 MESSIDOR · texte numérisé non relu

DU 21 MESSIDOR

...Sénat. Lettres anouytnes. — Le président du Sénat a Iransniis au Grand-Juge, le 14 de ce mois, six lettres anonymes contre le sénaLusconsiille ; trois paraissent écrites par des anarchistes, et trois par les partisans des Bourbons. Toutes n'inspirent que le mépris.

Real.

(Arch. nat., AF iv, 1490.';

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Un M. Renaud, ancien major de place demeurant rue de Vendôme, au Marais, répand que l'empereur de Russie a accepté les subsides que le gouvernement anglais lui a offerts pour en obtenir des troupes ; qu'il en a fait liler en Italie, où la flotte russe a joint celle des Anglais et qu'enfin beaucoup de troupes russes doivent passer en Angleterre.

On ne s'est occupé, hier, dans nombre de réunions publiques et particulières, que du nouvel opéra que l'on doit donner aujourd'hui '. L'auteur de la musique parait avoir beaucoup d'ennemis, mais aussi un grand nombre de partisans. Hier, après la répétition de cet opéra, le chanteur Roland a annoncé qu'il ne jouerait point aujourd'hui, si l'on ne lui donnait deu.v billet? d'entrée; qu'il se ferait

1. Osniaii iiu les liariles, musique de l^esucur, paroles de Dairy.

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malade, et s'embarrasserait peu d'aller six mois à la Force; qu'il donnerait ensuite sa démission. C'est en vain qu'on lui représenta que ce n'était point l'usage à l'Académie de musique de donner des billets aux acteurs, lors des premières représentations ; il insista tellement que M. Lesueur, pour l'apaiser, lui promit de lui en donner deux des siens.

Spectacles. — Hier, on a donné le Tartufe au Théâtre -Français. Ou a applaudi avec enthousiasme les trois vers suivants :

Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude, Un prince dont les yeux se font jour dans les cœurs. Et que ne peut tromper tout l'art des imposteurs.

Expérience des scaphandres. — Cette expérience a eu lieu ce matin, à six heures et demie, en présence des ministres de la guerre et de la marine, vis-à-vis les Invalides. Il y avait un assez grand concours de monde sur les deux rives. On a applaudi de nouveau à cette expérience, et on a remarqué que tout ce qui tient aux moyens de la descente en Angleterre excite un vif intérêt dans le public.

Arrestation. — Le nommé Louis André, inscrit au sénatus-consulte, du 14 nivôse an IX, qui s'était dérobé à toutes les recherches, a été arrêté ce malin ' . . .

Bourse. — Les négociations de rentes se multiplient et la hausse continue; les mêmes agents, dont les demandes avaient eu de l'influence hier, ont été encore preneurs aujourd'hui. L'opinion générale des joueurs est que l'opération suivie par M. Martinet coïncide avec celles que peut faire la Caisse d'amortissement pour soutenir relTet, et que non seulement les clients de cet agent, qui font beaucoup d'affaires, mais de forts capitalistes, au nombre desquels on compte MM Perrin, agissent dans le même sens. — o O/'O, jouissance de germinal, 58 fr. 75, 85, 90; 59 francs ; idem, jouissance de vendémiaire, an XIII, 56 fr. 25, 30.

(Arch. nat., F' 3832.)

Journaux.

Moniteur du 21 messidor : u Paris, 21 rnessidor ...De tout temps la capitale a été le pays des on dit. Chaque jour fait naître une nouvelle que le lendemain voit démentir. Quoiqu'on ait remarqué récemment plus d'activité et une certaine direction dans les on dit dont s'amuse la crédulité des oisifs, on serait disposé à penser qu'il faut s'en remettre au temps à cet égard, et que

1. Il ét.iit uianhand de vin place Saint-Sulpice. Voir la notice que lui a consacrée M. Jean Destrem, Déporlulions du Cniisulal et de l'Empire, p. 30G à 301».

le silence esl, de toutes les réponses qu'on peut faire, la meilleuri' cl la plus sensée. Quel est d'ailleurs le Français, homme de sens, qui, mettant quelque intérêt k découvrir la vérité, ne parvienne hicnlol à reconnaître, dans les bruits qui se répandent, le résultat d'une malignité plus ou moins intéressée à les propager? Dans un pays où tant d'hommes savent ce qui esl et peuvent juger ce qui n'est pas, si quelqu'un croit trouver dans les on dit des sujets d'inquiétudes réelles, si sa crédule confiance trompe les spéculations de son commerce ou ses intérêts intérieurs, son erreur n'est pas durahle, ou bien il ne doit s'en prendre qu'à son défaut de rétlexion. Mais les étrangers, les personnes attachées aux missions diplomatiques, n'ayant ni les mêmes moyens d'arrêter leurs jugements, ni la même connaissance du pays, sont souvent abusés. Quoiqu'ils aient eu lieu d'observer depuis longtemps avec quelle constance les événements se jouent des bruits qui circulent, ils ne les pro- |)agcnt pas moins dans les pays étrangers, et leurs récits font naître sur la France les idées les plus fausses. Nous croyons en conséquence qu'il n'est pas hors de propos de dire dans ce journal quelques mots sur les on dit. On dit que l'Empereur va réunir, sous son gouvernement, la République italienne, la République ligurienne, la République de Lucques, le royaume d'Etrurie, les États du Saint-Père, et, par une suite nécessaire,. Naples et la Sicile. On dit que la Suisse et la Hollande auront le même sort. On dit que le pays d'Hanovre offrira à l'Empereur, par sa réunion, le moyen de devenir membre du Corps germanique. On tire plusieurs conséquences de ces suppositions, et la première qui se présente, c'est que le pape abdiquera, et que le cardinal Fesch ou le cardinal Ruffo occuperont le trône pontifical. Nous avons déjà dit et nous répétons que, si la France devait influer sur des changements relatifs au Souverain Pontife, ce serait plutôt pour influer d'autant sur le bonheur du Saint-Père, et pour accroître la considération du Saint-Siège et ses domaines au lieu de les diminuer. Quant au royaume de Naples, les agressions de M. Acton et son système constamment hostile auraient autrefois donné à la France assez de motifs légitimes pour faire la guerre, qu'elle n'eût jamais entreprise avec le projet de réunir les Deux-Siciles à l'Empire français. Les Républiques italienne et ligurienne et le royaume d'Etrurie ne cesseront point d'exister comme États indépendants, et il est assurément peu vraisemblable que rEm|)ereur méconnaisse en même temps les devoirs attachés au pouvoir qu'il tient des comices de Lyon et la gloire personnelle qu'il a acquise en rendant deux fois à l'indépendance des États qu'il avait deux fois conquis. On peut se demander, à l'égard de la Suisse : qui a empêché sa réunion à la France avant l'acte de médiation ? Cet acte, résultat immédiat des soins et des pensées de l'Empereur, a rendu la tranquillité à ces peuples et garantira leur indépendance et leur sûreté, tant qu'eux-mêmes ne briseront pas cette égide en substituant aux éléments dont elle est formée les volontés d'un des corps constitués ou d'un des partis. Si la France eût voulu réunir la Hollande, la Hollande serait française comme la Belgique. Si elle est puissance indépendante, c'est que la France a senti à l'égard de ce pays, ainsi que pour la Suisse, que les localités exigeaient une existence individuelle et une organisation particulière. Le Hanovre est l'objet d'une supposition qui a quelque chose de plus ridicule. La réunion de cette province serait le présentie plus funeste qu'on pût faire à la France, et il ne fallait pas de longues méditations pour s'en apercevoir. Le Hanovre deviendrait un sujet de rivalité entre

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le peuple français et ce prince qui s'est montré l'allié et l'ami de la France dans un temps où toute l'Europe était conjurée contre elle. Le Hanovre, pour être conservé, exigerait un état militaire dont les dépenses seraient hors de toute proportion avec quelques millions qui constituent tous les revenus de ce pays. Le gouvernement, qui a sacrifié au principe de la nécessité d'une ligne de frontières simple et contiguë jusqu'aux fortifications mêmes de Strasbourg et de Mayence sur la rive droite, serait-il assez peu éclairé pour vouloir l'incorporation du Hanovre ? Mais on dit qu'à cette possession est attaché l'avantage d'être membre du Corps germanique. Le titre seul d'Einpereur des Français répond à cette singulière idée. Le Corps germanique se compose de rois, d'électeurs, de princes, et n'admet relativement à lui qu'une seule dignité impériale. Ce serait d'ailleurs mal connaître la noble vanité de notre pays que de croire possible qu'il consentît à entrer comme élément dans un corps particulier. Si telle chose eût été compatible avec la dignité nationale, qui eût empêché la France de conserver ses droits ou ceux de Bourgogne et ceux que lui donnait la possession du Palalinat? Nous le disons même, avec le sentiment d'un juste orgueil que personne ne pourra blâmer qui a empêché la France de garder une partie des Etats de Bade et du territoire de la Souabe ? Non, la France ne passera jamais le Rhin et ses armées ne le franchiront plus, à moins qu'il ne faille garantir l'Empire germanique et ses princes qui lui inspirent tant d'intérêt par leur affection pour elle, et par leur utilité pour l'équilibre de l'Europe. Si ces on dit sont nés de l'oisiveté, nous y avons assez répondu. S'ils doivent leur origine à l'inquiète jalousie de quelques puissances habituées à crier sans cesse que la France est ambitieuse, pour masquer leur propre ambition, il est une autre réponse. Grâce aux deux coalitions successivement formées contre nous, et aux traités de Campo-Forniio et de Lunéville, la France n'a à la proximité de son territoire aucune province qu'elle doive désirer de garder ; et si, dans les événements passés, elle a fait preuve d'une modération sans exemple dans l'histoire moderne, il en résulte pour elle cet avantage qu'elle n'aura plus désormais besoin de prendre les armes. Sa capitale est située au centre de son empire, ses frontières sont environnées de petits Etats qui complètent son système politique ; elle n'a géographiquement rien à désirer de ce qui appartient à ses voisins : elle n'est donc en inimitié personnelle avec personne ; et comme il n'existe pour elle ni une autre Finlande ni d'autres ligues de l'Inn, elle se trouve dans une situation qui n'est celle d'aucune autre puissance. Parallèlement à ces on dit, ayant pour but de faire croire que la France a une ambition démesurée, on en fait circuler d'une autre espèce. Tantôt la révolte est dans nos camps ; avant-hier, trente mille Français ont refusé de s'embarquer à Boulogne ; hier, nos légions se battaient dix contre dix, trente contre trente, drapeaux contre drapeaux. On disait aux ([uatre départements du Rhin que nous allions les rendre à leur ancienne domination. Aujourd'hui on dit peut-être que le Trésor public est sans argent, que les travaux publics ont cessé, que la discorde est partout, et que les contributions ne se paient nulle part. Si l'Empereur part pour les camps, on dit qu'il court pour y apaiser des troubles. Enfin qu'il reste àSaint- Cloud, qu'il aille aux Tuileries, qu'il demeure à la Malmaison, ce sera autant de sujets de propos, tous plus ridicules les uns que les autres. El si ces bruits, imultanément colportés dans les pays étrangers, avaient à la fois pour but s'alarmer sur l'ambition de l'Emiiercur et d'enhardir en donnant quelque Tome l. ''

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espoir sur la l'aiblcsse de son adminislration, nous ne i)OuiTious (|ue répéter ce (|u"un ministre a été chargé de dire en quittant une cour. L'Empereur des Fran(;ais ne veut la guerre avec (jui que ce soit, il ne la redoute avec personne, il ne se mêle pas des alTaires de ses voisins, et il a droit à une conduite réciproque. Une longue pai.x est le désir qu'il a constamment manifesté; mais l'histoire de sa vie n'autorise pas à penser qu'il soit disposé à se laisser outrager ou maîtriser. » — « Arts industriels. Une nouvelle compagnie vient d'acquérir la manufacture de vernis sur métau.x, établie à Paris, rue Martel, n" 15. La beauté de ses vernis lui avait fait oittenir la médaille d'or à l'cxpositioii (lu Louvre. Pour arriver au point de pouvoir enlever cette branche utile de commerce à l'Angleterre, il fallait non seulement obtenir la préférence par la beauté et la qualité de ses vernis sur les ouvrages de manufacture anglaise; il fallait encore parvenir à pouvoir donner à meilleur marché, ou au moins à même prix que l'Angleterre, les marchandises de ce genre, devenues préférables aux leurs par la beauté et la qualité des vernis, et surtout par le goût des formes, des dessins et du mélange des couleurs. C'est ce que les propriétaires actuels peuvent annoncer au public et au commerce. A force de recherches, d'inventions et d'emplois de moyens accélérateurs, ils sont arrivés à donner à leurs vernis une qualité supérieure à ceux de l'Angleterre, et, malgré le renchérissement de toutes les matières premières et de la maind'œuvre, à diminuer de près d'un tiers le prix de tous les objets qui se fabriquaient dans l'ancienne manufacture ; il en est même plusieurs dont ils ont diminué les prix de près de moitié. Que de moyens cet établissement, vraiment national, n'offre-t-il pas pour orner les jardins, embellir, échauffer les appartements, remplacer les boiseries, quelquefois dangereuses, par des panneaux de la plus grande élégance ou de la plus grande richesse, imitant enfin tout ce que le génie des artistes les plus éclairés voudrait imaginer et inventer ? Les salles de bains, par exemple, dont l'antiquité offre de si beaux modèles, ne peuvent plus être construites et ornées sans des dépenses effrayantes. Si les artistes en faisaient exécuter à la manufacture, il serait possible de leur donner les formes qu'ils désireraient; ils pourraient les orner des plus beaux tableaux sans craindre l'effet de l'humidité, imiter les plus beaux marbres d'une manière si parfaite qu'elle produirait à l'œil la même illusion ; ils pourraient même se servir de ces panneaux pour former des bains de vapeur ; enfin il n'est rien que cette manufacture ne puisse entreprendre avec succès. Le ommerce apprendra avec i)laisir que les propriétaires de cet établissement viennent de perfectionner cette invention aussi ingénieuse qu'utile de secrétaires, caisses, coffres même les plus riches comme les plus simples, mettant les papiers qu'ils renferment à l'abri du feu le plus violent ; la vivacité de l'incendie pourrait en fondre les ornements extérieurs, soit en plomb, soit en bronze, sans que les papiers qui y seraient renfermés puissent être endommagés. Cette nouvelle compagnie s'engage à mettre la plus grande exactitude à livrer à lépofiue fixée les commandes (|ue le public et le commerce voudront bien leur faire. Ses magasins situés à Paris, rue Martel, n° i'à, viennent de s'ouvrir; le public y trouvera des objets dignes de sa curiosité ; les prix sont mis sur chaque article placé en magasin et sont invariables ; la Société est à présent à même de répondre à toutes les demandes du commerce. [Exlrail des Annales des Arts) ». — Journid des Déb(ds du 21 messidor: « Paris, 20 tnessidor. La grande parade d'hier est la première (|ui ait eu lieu à Paris

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en présence de l'Empereur depuis son élévation à la dignité impériale. Les cris de Vive L'Empereur! se sont fait entendre avec beaucoup de vivacité aussitôt que Sa Majesté a passé. La cavalerie sous les armes a en outre agité les sabres en signe de joie ; le reste des troupes et la foule du peuple se sont unis à ces témoignages et ont répété les mêmes acclamations. » — «Après l'audience des ambassadeurs, LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice sont retournés à la Malmaison. » — « Il paraît certain que la cérémonie du couronnement aura lieu le 18 brumaire prochain. On s'accorde à dire que le costume de l'Empereur au couronnement sera une tunique blanche et un manteau pourpre parsemé d'abeilles en or. Sa couronne d'or sera composée de feuillages de laurier, d'olivier et de chêne, emblèmes de la victoire, de la paix et des vertus civiles'. » — « M. Necker lègue, par son testament, ;^.000 francs aux Enfants- Trouvés de Paris. Cette somme vient d'être envoyée aux administrateurs de cet hospice par M^ue de Staël. M. Necker a laissé plusieurs autres legs à des établissements de charité. .. » — Journal de Paris 18 du messidor : « Nouvelles DE Paris. Dimanche dernier, après la grande parade qui avait eu lieu sur la place du Carrousel, et où Sa Majesté avait été accueillie par des cris mille fois répétés de Vive V Empereur ! les ambassadeurs et ministres étrangers ont été admis, non seulement à l'audience diplomatique, mais à celle de l'Impératrice, après quoi Leurs Majestés Impériales sont retournées à la Malmaison...)) — Publiciste du 21 messidor: & Paris, le 20 messidor. Nous avons connaissance que la plupart des nominations aux grandes charges de la maison de S. M. l'Empereur ont eu lieu, et nous pourrions en rapporter quelques-unes dont nous croyons être assurés. Un journal publie aujourd'hui ces nominations d'une manière très incomplète. Nous avons su que le Journal Officiel en donnerait l'état exact ;)mais on y a]différé cette communication, ainsi que les détails particuliers sur l'audience diplomatique qui a eu lieu au Palais des Tuileries. M. le conseiller d'État Ségur y a rempli les fonctions de la charge de grand-maitre des cérémonies, à laquelle il est nommé. Nous renverrons pour plus d'exactitude, et pour ne pas être obligé d'y revenir, l'état des nominations jusqu'à leur publication officielle, qui ne tardera pas sans doute à avoir lieu. Le bruit du départ très prochain de S. M. l'Empereur se soutient toujours... » — « Le conseiller d'État, préfet de police, vient de faire imprimer la liste des pharmaciens qui, conforménKmt à la loi du 21 germinal an XI, ont déposé copie de leurs diplômes et tiennent boutique ouverte dans le ressort de la préfecture. Cette liste est composée de cent trente et un pharmaciens et de six veuves. Elle sera affichée dans toute l'étendue de la préfecture »

1. Même nouvelle dans le Journal de Paris du Jl messidor an Xil.

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