Voir plus haut, p
131 PARIS SOUS LEMPIKE [24 juillet 1804]
Le préfet de police a fait arrêter la femme Boniface pour distribution de couplets séditieux (la co|)ie de ces couplets est jointe au rapport). Il est probable que c'est la femme de l'ancien concierge du Temple, déporté par le sénatus-consulte de nivôse an IX ^ La police générale a, depuis longtemps, des notes sur cette femme. Anarchiste exaltée, dévouée à Robespierre, Marat et autres chefs de ce parti, elle est ennemie irréconciliable de tout gouvernement autre que celui de 1793. On tint pour constant, à l'évasion de Sidney Smith et Wright, qu'elle l'avait secondée de tous ses moyens. A cette époque, elle n'habitait plus le Temple, s'étant pourvue en divorce; cependant ce fut elle qui y introduisit les deux officiers déguisés porteurs du faux ordre du ministre. On la vit même, en sortant de la chambre des deux Anglais, déposer sur une table un mouch(jir qui était rempli d'argent ou d'argenterie, qu'elle déclara avoir reçu d'eux. . .
Bourse. — Deux partis de spéculateurs s'entre-choquent. L'agent de change Martinet travaille pour les joueurs à la hausse. Ses commettants ont, dit-on, pris des engagements avec des maisons d'Amsterdam qui reçoivent les rentes à raison de 60 0/0, et il a retenu des sommes considérables. Il a en outre emprunté 8 millions sur la place de Paris; on assure que la caisse d'amortissement a un intérêt dans cette opération. Le plus fort opposant est l'agent de change Nicolas Coindre. On assure qu'il travaille pour Saint-Didier, capitaliste qui a gagné une fortune considérable dans la chute des mandats. L'esprit de la place est incertain, mais incliné un peu à la baisse.
(Arch. nat., AF iv, 1490.)
Rapport de la préfecturk de i'olice du même jour.
Réunions. — On s'est beaucoup occupé ces jours derniers des différents messages et échanges qui ont eu lieu entre S. Exe. le ministre des relations extérieures et l'ambassadeur de Vienne. L'opinion des salons a varié selon les chances que l'on a cru remarquer pour la paix ou la guerre, dans les négociations suivies de ces deux ministres. Pour serrer de plus près le courrier attendu de Vienne, M. le ministre des relations extérieures a, dit on, invité M. de Cobenzl à venir à sa campagne. Ce courrier est arrivé, ajoute-t-on, avec un refus sur lequel M. de Talleyrand a prié M. de Cobenzl de garder le secret. Ces nouvelles se disent à l'oreille parmi les gens qui se croient initiés dans les mystères des cabinets. Des négociants, qui se disent
1. Voir Jean Destrem, Les déportations du Concordai et de l'Empire, p. Til.
[24 jt-iLLET 1804] PAHIS sors LEMPIIŒ 132
bien informés, assurent qne la cour rie Saint-Pétersbourg a fait tiemander à celle de Prusse le passage pour vingt mille Russes, par petits détachements, et que le roi n'a pas cru pouvoir se refuser à celle demande. On parait croire que cette puissance attendra les circonstances pour prendre un parti décisif. Hier, on parlait beaucoup, chez M^o Fanny Beauharnais, de la descente en Angleterre ; on y disait que toutes les troupes nécessaires pour cette expédition étaient embarquées, et que les communications entre elles et celles restées à terre étaient totalement interrompues On dit que les généraux renvoient leurs chevaux de Boulogne à Paris, et qu'ils disent qu'ils sauront i)ien en trouver d'autres en Angleterre. On dit, dans les petits bureaux littéraires de la grande salle du Palais de Justice, que l'article de Londres, inséré dans la Gazette de Fi'ance\ a été rédigé par la police de Paris et iuiprimé par ordre pour démentir les bruits de guerre avec la Russie et l'Allemagne, tandis qu'on sait que quatre-vingt mille Russes sont déjà réunis aux forces anglaises, que l'empereur d'Allemagne vient de se rendre à Bade ; que les souverains du Nord doivent s'y réunir avant le 15 août pour régler un plan d'attaque contre la France. On ajoute que le couronnement de S. M. rEm[>ereur n'aura pas lieu.
M Daval, ancien échevin de Paris, électeur de 89^, dit que M. le chancelier de la Légion d'honneur a fait espérer aux cent cinquante
1. Voici cet article, qui parut dans la Gazelle de France du o theiiuidor an XII : >< Londres, 12 juillel (23 messidor an XH). — On déraisonne, depuis quelque temps, sur les alfaires politiques, et les conjectures que l'on forme, surtout à l'égard de la Russie, sont tellement dénuées de toute vraisemblance, qu'on a peine à imaginer comment elles ont pu faire quelque fortune. Supposer à la Russie l'intention d'envoyer en Italie une armée de chevaliers errants chercher les aventures dans une guerre contre la France, c'est hasarder une assertion absurde et contraire à toutes les idées qu'on a de l'attitude formidable de la France dans cette partie de l'Europe. Ce qu'on dit de l'arrivée prochaine d'un corps de troupes russes (qu'on porte à quarante mille hommes) destiné à venir se joindre, comme auxiliaire, aux forces de l'Irlande, ne paraît pas moins hasardé; car, indépendamment de ce que rien n'indique que l'Irlande ail besoin de secours étrangers pour se défendre, on sait que les ministres ne sont pas autorisés, par la constitution du royaume, à introduire des troupes étrangères sur le territoire britannique, et que, par conséquent, une pareille mesure ne pourrait avoir lieu sans ime autorisation formelle du Parlement. Or, il ne lui a été fait aucune communication à ce sujet, et cette seule observation a plus de poids que tous les bruits contraires qui peuvent circuler. A l'appui de notre opinion sur les points ci-dessus mentionnés, nous ajouterons que diverses familles russes, qui se trouvent, dans ce moment, en Hollande et sur les bords du Rhin, se proposent de se rendre à Paris, pour y assister aux fêtes du couronnement de l'Empereur des Français (Extrait du journal ministériel le Times). »
2. Sur Daval, voir Gh.-L. Chassin, Les élections el les cu/iiers de Paris en 1789 t. I, p. 4ii, et t. Il, p. 295 et 32G.
133 PARIS SOUS L'EMPIRE [25 juillet 1804]
vainqueurs de la Bastille, emore exislaiiis, (jnii [Tésenterait leurs réclamations à S. M. l'Empereur et qu'ils seraient admis dans celle Légion.
Pont du Jardin des Plantes. — Les travaux du pont du Jardin des Plantes sont presque entièrement suspendus à raison de la crue de la rivière. Il ne reste que le nombre d'ouvriers nécessaires pour veiller à la conservation des équipages...
Bourse. — 11 s'est fait beaucoup d'affaires, et les renies, qui avaient été d'abord très demandées, ont été ensuite offertes avec assez d'empressement pour Caire fléchir le cours; cette défaveur, qui ne sera probablement que momentanée, a paru d'autant plus étonnante qu'il a été affiché environ 130.000 francs de rentes à racheter demain, à défaut de livraison, et l'on assure qu'il en manque beaucoup plus à M. Martinet. — o 0/0, jouissance de germinal, 59 fr. 75, 60, 70, 60, 50, 55; idem, jouissance de vendémiaire an Xlll, 57 francs; ordonnances pour- rescriptions de domaines, 91 francs. Actions de la Banque de France, 1.120 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F' 3832.)
JOURNALX.
Citoyen français du 6 tliermidor : « Paris, o thermidor. ...Les acteurs de rOpéra-Comique ont quitté dimanche la salle Foydeau, et jouent aujourd'iiui à leur ancienne salle, dite Favart ou des Italiens. La salle qu'ils abandonnent était grande et bien coupée ; celle qu'ils reprennent, moins vaste, d'un genre moins sévère et ornée de peintures plus fraîcties, paraît convenir davantage à leur genre. La première pièce de (îrétry qui doit être reprise sera l'Ami de la maison. Elleviou, Martin et M™^ Saint-Aubin joueront dans cet ouvrage. La première pièce que nous donnera Picard est intitulée C'est le même ou la Prévention vaincue : l'auteur est encore anonvme »
MlMSTÈHE de la POLICE GÉ.NÉR.\LE — BuLLETlN DU 7 TUKHMIDOH.
Vainqueurs de la Bastille. — Un rapport indiquait positivement que la réunion des vainqueurs de la Bastille devait se faire aujourd'hui pour la signature de leur pétition'. Us paraissent avoir renoncé au