‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 40 sur 221 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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projet de la faire présentera Sa Majesté Impérialepar une dépulation. Perrier, chargé de la rédaction, a dit ce matin à une personne qu'on lui a envoyée qu'aussitôt qu'elle serait faite, il l'adresserait à S. E. le Grand-Juge, avec invitation de la soumettre à Sa Majesté. Le bataillon des vainqueurs de la Bastille était de neuf centquatre-vingts hommes lorsqu'il fut organisé. Il n'en reste plus à Paris que soixante-trois. Depuis qu'il est question rie cette pétition, ils se sont aperçus que leurs démarches ét;iient observées, et on a remarqué qu'ils mettaient dans rexpressi(m de leur vœu beaucoup de prudence et de circonspeclion. Ils craignent même que les malveillants ne se glissent parmi eux, ce qui, disent-ils, pourrait provoquer quelques mesures de sévérité. Des hommes prudents qu'on a jetés parmi eux maintiennent celle impression, leur suggèrent qu'une pétition en nom collectif est contraire au bon ordre. Rien n'annonce que la malveillance ait cherché jusqu'à présent à proliter de celte légère fermentation. Les vainqueurs de la Bastille, qui se sont présentés le 5 à l'audience du grand chancelier de la Légion, se louent beaucoup de l'accueil qu'ils ont reçu. On remarque déjà quelque dissentiment dans leurs prétentions; car, tandis que les uns aspirent à l'honneur d'être admis dans la Légion, d'autres bornent leurs prétentions à porter la couronne murale qui leur a été décernée par l'Assemblée constituante et qu'ils avaient cessé de porter *, . .

Le Roy La Coudraye. — Emigré, rentré sans autorisation, sou[)çonné d'avoir été lié autrefois avec les agents du Prétendant, grand parleur, ne cessant de tiéclamer, à Hambourg et ailleurs, contre le gouvernement de France. Son caractère connu ne permet pas de croire que les agents du I^rélendant aient pu le juger capable de recevoir des confidences sur leurs projets. Mis en liberté et envoyé en surveillance à quarante lieues de Paris et des eûtes. Son frère, établi à Paris, oITre de pourvoir à ses besoins dans l'endroit où il se retirera.

Individus qui ont logé les conspirateurs . — Ils doivent être tous éloignés de suite à quarante lieues de Paris et des côtes. Le préfet de police est chargé de veiller à l'exécution de cette mesure. Tout indivitlu renvoyé de Paris sera arrêté, s'il y revient sans autorisation. On ne doit pas laisser rentrer dans Paris les hommes qui ont tenu aux partis, quand ils auront reçu ordre d'en sortir. Le préfet de police est chargé d'assurer l'exécution de ces dispositions. (Arch. nat., AF iv, 1490.)

1. C'est le décret <lu 19 juin 1790 qui leur accordait des honneurs auxquels les protestations de l'opinion les força de renoncer. Sur toute cette affaire, voir Sigisnaond Lacroix, Actes de la Commune de Paris, t. VI, p. 238 à 261.

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Rapport dk la préfecture de police uu même julr.

Réunions. — M. de Sandoz, ex.-ministre île Prusse, dil que la Russie ne menace de reprendre les armes que pour soutenir sim antique prétention de faire donner le pas à ses ambassadeurs sur ceux des autres puissances, à l'exception de celles de l'Autriche et de Sa Sainteté, prétention qui fut repoussée ouvertement à Lomlres par M. Duchâtelet, et à Vienne par M. de Noailles. M. de Sandoz ajoute qu'en 1757, la cour de Russie ne consentit au traité d'alliance avec la France et l'Autriche qu'à la condition que le titre d'empereur de toutes les Russies remplacerait celui de czar,' condition à laquelle le cabinet de Versailles ne consentit que sur la promesse certaine que ses ambassadeurs auraient toujours la préséance; qu'alors, pour éviter toute difficulté, la cour de Saint-Pétersbourg n'envoya que des ministres de second ordre, partout où la France avait des ambassaileurs. Enfin, dit encore M. de Sandoz, la Russie revient sur ses prétentions, sous le prétexte que, S. M. l'Empereur des Français étant le dernier empereur reconnu, elle croit qu'il doit céder le pas aux autres.

Les vainqueurs de la Bastille continuent leurs démarches pour entrer dans la Légion d'honneur ; ils mettent en avant un nommé Gonchon, demeurant près de Bonne-Nouvelle; on l'appelait, en 1793, l'orateur par excellence ; il a fait la police ensuite pour M. Barras, lorsqu'd était directeur.

La mode des œillets rouges à la boutonnière commence à se passer, et les jeunes <:;i-n^ n'y pensent plus. On dit que nombre [de membres] de la Légion d'honneur cachent leur décoration ou ne la portent pas.

Subsistances. — L'augmenlatiijn d'un sol par pain de 4 livres, ce qui le porte à 2 sols et demi la livre de |)remière qualité, n'a presque pas fait de sensation parmi le peuple, qui d'ailleurs peut s'approvisionner à 7 et 8 sols les 4 livres, tuais les meuniers et boulangers menacent d'augmentation [dus forte, attendu les pluies, qui ne nous laisseront, disent-ils, que des blés germes ou niellés, tandis que tous les vieux grains de la récolte de l'an XI seront exportés à l'étranger. Ces propos font beaucoup de sensation parmi le peu[)le, qui est toujours alarmé quand on lui parle d'exportation.

Spectacles. — On a donné, hier, au Théâtre Louvois, une nouvelle comédie en un acte et en prose sous le litre de: C'est la même. Celte pièce, très médiocre, n'est qu'un plagiat sur différentes scènes connues. On n'y a rien entendu qui eût trait à la politique ou qui

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donne lien à une ap|ili(;ation. L';iuleur a été nommé, c'est M. Justin. Le parterre t-t même l'orchestre étaient remplis de spectateurs, tous forts jeunes, proliablement amis de l'auteur, et qui s'obstinaient à le voir amener sur la scène; ils se sont comportés d'une manière assez tiu'bulente, et empêchèrent même, pemianl quelque temps, de commencer la dernière pièce, en faisant entendre des cris et des vociférations ridicules. Une voix se permit de faire entendre le cri : A la porte le moiichnrd / que cependant |)ersonne ne répéta, et qui ne donna lieu à aucun incident. Le calme se rétablit après qu'on eut annoncé que l'auteur avait été cherché inutilement. — Nota. On a observé à l'orchestre cinq ou six jeunes gens qui paraissaient échauffés par le vin et qui se tenaient quelquefois assis indécemment sur la séparation de Torchesire des musiciens; ils joignaient leurs cris à ceux du parterre ; ils ne cessèrent que lorsque deux personnes parurent leur imposer fortement silence...

Bourse. — Les 5 0/0 ont été constamment offerts et ont éprouvé une baisse considérable très sensible. Dans le nombre des agents dont les ventes multipliées ont occasionné ce changement défavorable, on a cité particulièrement MM. Manuel et Bresson. On a dit aussi que M. Portau avait beaucoup vendu. On se récrie fortement, dans l'intérieur de la Bourse, contre l'acharnement avec lequel la majorité du parquet combat l'opération de M. Martinet et les moyens que l'on emploie pour provoquer la ba'isse, tels que de donner à terme, au-dessous <\[.i cours du comptant, et de publier des nouvelles affligeantes. Aujourd'hui, on a exagéré le mal causé par le bombardement du Havre, et l'on a ilit que six mille hommes, au moins, avaient été noyés à Boulogne. Le tribunal correctionnel a condamné le sieur Seydour, courtier marron, à 1.000 francs d'amende, et aux frais, et a invité le commerce, pour sa propre sûreté, à n'employer que le ministère des agents nommés par le gouvernement. — 5 0/0, jouissance de germinal an XII 59 fr. 70, 55, 40, 50, 40, 35, 30 35, 30, 59, 25 c. Actions de la Banque de France, 1.H7 fr. 50.

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3832.)

Journaux.

Journal des Débats du 7 thermidor: « Politique. La nation appelée à voter sur l'hérédité du pouvoir suprême dans une famille particulière, exerce l'un des phis beaux droits qui puissent appartenir aux hommes réunis en société. C'est véritablement un acte de souveraineté nationale, qui ne peut avoir lieu que sous un gouvernement également éloigné du despotisme d'un seul et de

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l'anarchie de la multitude. Le vœu du peuple français ne pouvait être douteux, lorsqu'on lui présentait la l'amille du héros qui d'une main replaça la France au premier rang des nations, et de l'autre fit enfin succéder la marche régulière d'un gouvernement aux crises et aux réactions dont nous avons été tant d'années le jouet et la victime. Dans cette circonstance décisive, qui doit avoir une si grande influence sur notre destinée, sur celle de notre postérité, sur l'univers entier, il est bien doux de voir les partis les plus opposés jusqu'ici se réunir et concourir enfin de concert au rétablissement de l'ordre. Avec une population aussi immense que la nôtre, on ne peut espérer une identité numérique de suffrages ; mais en politique comme en morale il faut peser les opinions plus encore que les compler. Envisagés sous ce point de vue si juste, si philosophique, les votes émis en faveur de l'hérédité dans la famille impériale, sont au moins aussi respectables qu'ils le sont déjà parleur nombre prodigieux. Les véritables amis de la liberté se sont empressés de sanctionner de leurs suffrages un gouvernement qui leur accorde tous les droits qu'ils réclamaient dans les beaux jours de 1789, qui confirme à jamais la destruction de la féodalité, et qui offre la plus solide garantie aux acquéreurs des biens nationaux. Les partisans de la monarchie reconnaissaient depuis longtemps qu'une dynastie régénérée ne pouvait plus prétendre à recouvrer le sceptre dont elle s'était montrée si indigne; ils pensaient néanmoins toujours qu'un empire aussi vaste exigeait que le pouvoir fût concentré dans un seul individu. Attachés par principe, par reconnaissance ou par les impressions de l'enfance aux princes que la France a bannis sans retour, ils conservent encore pour eux la pitié qu'on doit au malheur; mais ils sentent que la plus impérieuse, la plus sacrée de toutes les lois, celle du salut public, exige que cette famille ne puisse plus remonter sur le trône. Ils ont donc également voté pour l'hérédité du pouvoir souverain dans la famille Bonaparte. Deux d'entre eux sont depuis longtemps jugés et appréciés par la France, et même par l'Europe : qui ne connaît M. de Cazalès et l'abbé de Pradf.' Sans doute, on n'a pas oublié que le premier, toujours fort de ses principes, fit, le 9 juillet 1790, l'appel suivant au peuple, à l'occasion du serment qu'on proposait pour la Fédération : Que les peuples, voyant les princes rangés autour du trône, apprennent que rien au monde ne peut déranger l'ordre successif établi pour le bonheur et pour l'éternelle paix de VEmpire. Il semble entendre cet homme célèbre répéter aujourd'hui ces paroles si remarquables, avec toute la franchise, toute la loyauté de son caractère. Le vote de l'abbé de Pradt, membre de l'Assemblée constituante comme M. de Cazalès, et comme lui émigré rentré, n'est pas moins important Ce publiciste éclairé, auteur d'ouvrages politiques lumineux et profonds, est un de ces hommes rares qui, doués par la nature de -talents supérieurs, ont encore mûri par l'étude et l'observation leur esprit et leur jugement. » — Gazette de France du 7 thermidor (même article dans le Publiciste dn 6 thermidor) : « Parmi les différents travaux d'utilité et d'embellissement qui s'exécutent dans diflérents quartiers de Paris, on remarque le nouveau portail de l'Hôtel-Dieu, composé de colonnes surmontées d'un fronton d'ordre dorique. Le bâtiment de la Morgue est près d'être achevé. Le travail se réduit maintenant à quelques objets dans l'intérieur; il ne tardera pas à remplir sa destination. Le pont du Jardin des Plantes en était resté aux culées et aux pilotis des piles. Depuis quelque temps on a achevé de planter les pilotis et on les a entourés de

planches. En outre, on s'occupe des plates-formes qui doivent former les fonds des caissons dont on fera usage |)Our la fondation des piles. Enfin, ces travaux donnent aujourd'liui des signes d'activité; et si cette année est favorable, on verra sans doute s élever quelques-unes des piles de ce pont qui occupe environ trois cents ouvriers >>... « Tout ce (jui louche au Virgile français est fait pour intéresser. M. Delille, invité par son ami, M. Bureau de la Malle, traducteur de Tacite, et membre du Tribunal, à venir t)asser la belle saison à son château de Landres, près Mortagne, s'y était rendu avec son é|)0use. Cette dame, peu après son arrivée, a eu le malheur de se casser la jambe. Nous avons la satisfaction d'annoncer qu'elle est presque guérie. M. Delille a été extrêmement sensible à cet accident. » - Journal de Paris du 7 thermidor : « Nouvelles de Paris. ...La parodie des Bardes, au Vaudeville, est intitulée : Arlequin l'alirat ou les Guimbardes, en trois petits actes bardés de couplets. Celle de Monlansier a pour litre : Oh! que c'est sciant ! et non pas : 0 que c'est friand! comme quelques publicisles l'avait imprudemment annoncé à l'Europe. .. . »

MliNlSTÈRE DE LA POLICE GÉNÉRALE. — BuLLETIN DU 8 THKRMIDOR.

Bourse. — Les faits qui s'y sont passés méritent île fixer l'allention (le Sa Majesté. On doit d'autant plus compter sur l'exactiliide des renseignements qu'ils sont puisés dans deux rapports faits par des observateurs absolument étrangers l'im à l'autre, et qui, néanmoins, se rencontrent avec une étonnante précision dans ce qu'ils disent sur les opérations qui ont eu lieu, sur les hommes qui les ont faites, ainsi que sur les résultats qui peuvent en être la suite. On s'attendait, pour la Bourse du 7, à une hausse un peu marquée, parce que ce jour était le jour de rigueur à lu livraison des rentes provenant de la liquiilation du mois précédent, et que, dès la veille, le Syndicat avait fait afficher de fortes pai-ties de rentes que des agents vendeurs étaient en relard de livrer. Le cours s'est ouvert à o9 fr. 70, et i] a baissé subitement à 59 fr. 15 ol, à minuit, il était tombé à 39 fr. l»o. Les deux observateurs se réunissent à annoncer que c'est moins encore celte baisse subite que la manière scandaleuse dont elle s'est opérée qui doit fixer l'attention. Depuis près d'un mois, une forte opération montée à la hausse attirait les regar Is des capitalistes, et la rente, partie de 37 fr. 50, était arrivée à 59 fr. 70, et la confiance dans l'effet se faisait remarquer surtout par beaucoup de petits placements de 200 francs et 400 francs. A la même époque, une espèce de coalition

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se montra contre la hausse. La presque Lolalilé des agents bien connus pour jouer pour leur propre compte se réunirent. Les agents Ferrand, Bresson, Lorraine, Petit jeune, Boisson, Manud, etc., et surtout l'agent de change Coindre, inondèrent la place de ventes à terme. Ce n'est pas sans quelque étonnement qu'on a vu Portau qui, comme agent de la caisse d'amortissement, jouit d'une très grande influence, se réunir à ceux qui viennent il'êlie nommés, et vendre 60 à 80.000 livres de rentes, au moment oi^i le cours s'élevait. Enfin les hommes qui voulaient la baisse avaient été obligés de céder à la confiance des acheteurs, et l'effet s'était maintenu contre toutes les intrigues. Le 7 était un jour décisif ; tous les moyens, toutes les intrigues ont été employés. Obligés de fournir les rentes qu'ils avaient vendues, les joueurs à la baisse avaient intérêt d'avoir à bon compte celles dont les noms étaient livrables de suite. Pour les obtenir à bon marché, il fallait éloigner les capitalistes de leur acquisition. Pour obtenir ce dernier résultat, ils ont offert la rente ô terme, non seulement au même pri.x, mais encore à un prix inférieur à celui de la rente vendue au comptant. Les capitalistes qui, dans cette opération, avaient la rente à meilleur prix, en gardant son (sic) argent, n'avaient aucun intérêt à approcher de la rente au comptant, qui lui aurait coûté plus cher et aurait exigé la livraison de ses fonds, et conséquemment peu d'acheteurs ont demandé la rente au complant. Par cette opération, outre ce résultat, les joueurs à la baisse en obtenaient un plus dangereux : ils jetaientrépoiivante parmi les propriétaires de rentes, forçaient les trembleurs à se défaire de leurs rentes, et se faisaient aider par eux dans les mouvements de baisse que les nouvelles ventes à terme, qu'ils venaient de faire, les mettaient dans la nécessité de provoquer et d'obtenir, à peine d'être ruinés.

Ces ventes à terme se sont toutes faites scandaleusement. Coindre ', qui vend depuis un mois, voyant que les yeux se fixaient trop sur lui, n'a point voulu paraître pendant qu'on frappait le grand coup, et, après avoir donné le signal, il est disparu. En même temps que, de tous côtés et à la fois, les coalisés offraient la rente, ils appelaient les vendeurs par des nouvelles qu'ils répandaient avec audace. On colportait une lettre de Martin Schwalz, du Havre, qui annonçait quatorze maisons détruites et plusieurs personnes tuées. On annonçait une grande perte devant Boulogne, et S. M. l'Empereur avait failli périr. On avait tiré un coup de pistolet à Sa Majesté, et la personne qui élait à côté de lui avait été tuée. L'agent de cliange Bresson

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