‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 56 sur 221 · R.\PPORT DE LA PRÉFECTURE DE POLICE DU 8 FRUCTIDOR · texte numérisé non relu

R.\PPORT DE LA PRÉFECTURE DE POLICE DU 8 FRUCTIDOR

Réunions. — Quoique M. de Gobenzl ait reçu ses nouvelles lettres de créance, on n'en croit pas moins à la guerre ; on est généralement persuadé que celle que nous fait l'Angleterre sera de longue durée et que les efforts de la Russie, combinés avec les moyens de cette puissance, achèveront de nous épuiser. Les ci-devant nobles s'attendent à être inquiétés, si la guerre continentale a lieu ; ils débitent à présent dans les sociétés qu'il est faux que le Prétendant ait fait un appel à tous les émigrés et amnistiés rentrés en France ; ils ajoutent que c'est un coup monté par les révolutionnaires pour détourner l'attention du Gouvernement de leurs manœuvres. On continue de publier que l'on va faire un emprunt forcé et que, s'il ne réussit pas, on aura recours à la création d'un papier-monnaie. On s'est beaucoup occupé, hier, de la mort de M. Latouche-Tréville ', et il est généralement regretté.

Journaux. — L'article de Vienne, dans la Gazette de France, est remarquable en ce qu'il contient le texte même de la patente par laquelle François II déclare prendre à l'avenir, indépendamment de ses autres titres, celui d'Empereur héréditaire. d'Autriche. — «Suivant les nouvelles d'Angleterre données par le Journal des Débals et le Publiciste, il paraît que les bâtiments statiounaires anglais comptent les vaisseaux qu'ils peuvent apercevoir dans les rades et i)orts de France; on trouve ainsi comptés dans la rade extérieure de Brest vingt et un vaisseaux de ligne, six frégates, el un nombre de petits bâtiments proportionnés à cet armement, et dans le port de Ruchefort cinq

1. Le vice-amiral Latouche-Tréville, qui commandait l'escadre de la Méditerranée, était mort, le 2 fructidor an XII, à bord du Bucenlaure.

211 PARIS SOUS LEMPIHE [2o août 1804]

vaisseaux de ligne, deux frégates prèles à mettre à la voile ; de plus

deux vaisseaux de 74, nouvellement lancés, et en construction un

vaisseau de cent canons. Les autres nouvelles ont paru d'un moindre

intérêt.

Dubois.

(Arch. nat., F", 3832.)

Journaux.

Mon'Ueur du 16 tïuclidor : « Académie de législation '. L'Acadéuiio a tenu sa séance générale, sous la présidence de M. Grenier, membre du Tribunal, en l'absence de M. le conseiller d'État Fourcroy, président de TAcadémie, Après la lecture du procès-verbal de la précédente séance, elle a admis au nombre de ses membres plusieurs candidats, parmi lesquels on a remarqué M. Labretenière, ancien président à mortier au parlement de Besançon. M. Bruguière, du Gard, administrateur de l'Académie, a présenté la correspondance de thermidor, qui a démontré de plus en plus les progrès que fait l'institution dans la confiance publique. Parmi les hommages faits à l'Académie on a remarqué celui du buste de S. A. S. Tarchichancelier de l'Empire. Cet hommage a fourni l'occasion à M. l'administrateur de rappeler les services nombreux rendus à la Patrie par ce grand dignitaire. M. Agier, candidat (sic) de l'Académie, a prononcé l'éloge funèbre de M. Lempereur, son condisciple: il a fait partager vivement les regrets de la perte de cet élève qui donnait les plus hautes espérances. On a entendu ensuite un discours latin sur les tutelles, par l'élève Clerget, d'après le droit romain, et une thèse dans la même langue sur les testaments, par l'élève W'ilraain, qui l'a soutenue avec succès conlr l'argumentation de son condisciple Dumont. La séance a été terminée par un exercice sur le notariat, sur ses antiquités et son histoire jusqu'à nos jours, par rélève Segaud. Après cet exercice on a entendu un discours sur les vertus qui doivent distinguer les notaires, par l'élève Maillerez, suivant les cours de M. Massé, notaire à Paris. » — Journal des Débats du 8 fructidor : « Paris, 7 fructidor. ...Le préfet du département de la Seine a pris un arrêté par lequel il est ordonné que tous les travaux de constructions ou de réparations à faire dans les églises sur les fonds du département, en ce qui concerne l'église métropolitaine, ou sur les fonds communaux, en ce qui concerne les paroisses, seront ordonnés parle préfet, soit sur la demande des marguilliers communiquée à l'architecte de la ville ; soit sur la proposition de cet architecte communiquée à MM. les marguilliers. Ce sont les travaux de mauvais goût, inconvenants et dispendieux entrepris dans les églises de Saint-Merry, de Saint-Gervais, de Saint-Eustache et de Saint-Germain-des-Prés qui ont provoqué cet arrêté. » — « Les assemblées primaires du commerce ouvriront lundi 9 fructidor dans les (|uarante-huit divisions de Paris, à l'elTet de nommer les électeurs qui doivent procéder au renouvellement du président du Tribunal de commerce, de deux juges et de deux juges suppléants. L'assemblée électorale s'ouvrira le 10 suivant. » — « Le ballon de l'Observatoire

1. Sur cette Académie, établie quai Voltaire, n" 2. voir lAlinanach du Commerce de Paris pour l'an XIII, p. 333 à 337.

s'est élevé hier à dix heures et demie, a plané quelque temps sur la ville et s'est perdu dans les nuages vers onze heures. » - « M. Desprès, organiste de Notre-Dame, touchera l'orgue de Saint-Merry, demain jour de la fêle patronale de Sainl-Merrv à tous les offices »

XGVIII

MlNlSïliKE DK LA POLICE GÉNÉRALh;. — BuLLETLN DU 9 FRUCTIDOR.

Amnistiés résidant à Paris. — Le conseiller d'Élat, préfet de police, a pris, en vertu d'un ancien ordre du Grand-Juge, un arrêté qui astreint tous les individus rayés de la liste des émigrés, demeurant à Paris, à se présenter toutes les semaines, à jour fixe, dans un de ses bureaux, pour y signer sur un registre ouvert à cet effet. Le ministre de la police générale, instruit de cette disposition par les effets qu'elle produisait, tant |)armi les amnistiés que dans le public, a demandé au préfet, le 3 fructidor, communication de l'arrêté, qui est du 12 thermidor dernier. Son Excellence a jugé que cet arrêté était impolilique et sans utilité réelle : impolitique parce qu'une semblable mesure n'ayant pas été jugée nécessaire, même dans la circonstance où une conjuration était ourdie contre l'Etat, on serait porté à penser qu'elle est aujourd'hui le résultat et le signe de quelques graves inquiétudes; cette même mesure est encore sans but, car toute surveillance dont on est averti est presque inutile^; il n'y a de moyens efficaces que ceux qui sont invisibles; les autres blessent tout le monde, et ne réussissent envers personne. Ces considérations ont déterminé le ministre à inviter le préfet de police à modifier l'exécution de son arrêté et à mettre en usage les moyens qui lui sont indiqués.

Surveillance particulière. Barras. — M. Barras s'occupe de suivre quelques affaires litigieuses. Jeudi dernier, une cause qui le concerne fut appelée, en son nom, au tribunal de paix, séant aux Petits-Pères. Pierrude, son fondé de pouvoirs, a paru pour lui. Il a passé les journées de vendredi et samedi dans sa maison, rue des Francs-

1. A ce propos, Napoléon écrivit à Fouché, d'Arras, le 13 fructidor an XIII: (1 Cette surveill.'mco inaperçue est un mot dont je n'ai jamais vu les ell'ets. Je désire conn.iître la liste de tous les individus amnistiés qui ont signé chez le préfet de police, et (|u'on éloigne de Paris les plus dangereux. Mon intention est qu'aui'un amnistié de la guerre de Vendée n'ait la permission de rester à Paris, et qu'ils en soient éloignés de plus de quarante lieues, ainsi que du théâtre de la chouannerie... » {Correspondance, t. IX, n» 1974.)

213 PAKIS SOUS L'EMPIRE [26 août 1804]

Bourgeois, avec ce même M. Pierrude. Dimanche ils sont allés visiter ensemble les bois que Barras possède aux environs de Grosbois, et ils ne sont revenus qu'à la nuit. Ils se réunissent encore aujourd'hui et iront dîner chez Beauvilliers '. M. Barras garde l'incognito, veut laisser ignorer à ses connaissances qu'il soit à Paris, et dispose son départ.

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Réunions. — L'arrivée des lettres de créance de M. de Cobenzl a produit une vive sensation et ranimé les espérances des amis de la paix. Les partisans des Bourbons en sont désolés et ne dissimulent pas leur mécontentement. On persiste à dire qu'un sénatus-consulte va annoncer un emprunt considérable, sans lequel, ajoute-t-on, il sera impossible de faire face aux dépenses de l'année qui va commencer. M. Tuiau, lieutenant au lo« régiment de cavalerie, en garnison à Lodi, rapporte que l'on désire la guerre en Italie pour se débarrasser des Français, qui n'y sont point aimés. Il ajoute qu'il vient de prendre sa retraite ; que beaucoup d'officiers de son corps vont imiter son exemple, parce qu'ils n'espèrent plus d'avancement, les jeunes gens obtenant la préférence sur les anciens officiers.

On dit dans les salons que Sa Majesté ne fera plus que de très courts séjours à Paris, et qu'elle va fixer sa résidence habituelle à Fontainebleau. Les réunions ont été, hier, très nombreuses, dans les jardins publics, les spectacles, et surtout dans les guinguettes des faubourgs et des environs de Paris.

C'était hier la fête à Choisy-sur-Seine, et il y a eu un gVand concours de monde. Partout l'ordre et la tranquillité ont régné constamment. On a remarqué partout beaucoup de gaîté.

Journaux. — Les journaux ne contiennent, aujourd'hui, rien qui ne soit déjà officiellement connu ; ils paraissent avoir puisé dans le Moniteur même les nouvelles de l'étranger. On ne trouve également dans les feuilles rien qui touche essentiellement à la morale ou à la philosophie.

Bourse. — Le cours des rentes, qui avait baissé samedi soir, jusqu'à 57 fr. 10 pour la fin du courant, s'était rétabli hier, et avait été porté à 57 fr. 70; il était encore de même ce matin ; mais au Parquet il a été constamment faible, malgré de nouveaux achats de M. Bresson,

1. Le restaurant Beauvilliers se trouvait rue de la Loi, n» 1243.

agent que l'on dit être chargé d'une opération de hausse. Les spéculateurs et les faiseurs de conjectures prétendent que l'on ne doit pas s'étonner de la faiblesse du cours, malgré la confirmation officielle, relative aux lettres de créance, parce que, disent-ils, l'effet avait précédé la cause, comme cela arrive toujours; ils ajoutent que l'on doit remarquer la conduite évidente de beaucoup de joueurs, qui, après avoir suivi pendant le mois dernier, avec un grand désavantage, l'opération de hausse rie M. Martinet, se sont mis à la baisse et luttent maintenant contre M. Bresson, qui était précédemment un de leurs adversaires. — o 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 30, 23,20, 10, 13; bons an VIII, 30 francs; «V/em, jouissance de vendémiaire an XIII, 34 fr. 63. Actions de la Banque de France, 1.H7 fr. 30, 1.120 fr.

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3832.)

Journaux.

Moniteur du 13 fructidor. — Athknée des Arts. L'Athénée des Arts a tenu une séance publique le dimanche 8 do ce mois. M. Ferdinand Bavard a présenté le tableau des travaux de rAthénée depuis la dernière séance publique. On a distribué trois médailles, l'une à M. Rousseau, la seconde à M. Honoré, fondeurs de la statue de Jeanne d'Arc, de M. Gois fds, et la troisième à M. Retout, inventeur d'une nouvelle jauge, M. Ferdinand Bayard et M. Clavareau, second secrétaire, ont fait connaître le nom des personnes qui avaient obtenu des mentions honorables, en observant que celles qui sont membres de l'Athénée auraient obtenu, sans cette qualité, des distinctions d'un degré supérieur ; tels sont MM. Lemaire, Quondelet, Wranken, Houel et Bazaine, le premier pour son Cours théorique et pratique de langue latine; le second pour son mémoire sur la construction de la coupole de la Halle au blé de Paris ; le troisième pour sa traduction de la Toxicologie du docteur Franck, enrichie de notes du traducteur ; le quatrième pour son Histoire naturelle (tes deux éléphants mâle et femelle du Muséum de Paris, et le dernier pour sa nouvelle jauge. Les lectures ont succédé. MM. Duchesne, Pomier et Leblond ont lu trois rapports : le premier sur la fonte en bronze de la statue de Jeanne d'Arc, le second sur lajauge de M. Retout et le troisième sur celle de M, Bazaine. Des poésies légères de MM. Raboteau et Constant Dubos ont été entendues avec plaisir. M. Fayolie a lu une notice intéressante sur Saint- Lambert. M.Taillasson a présenté des observations qui contiennent d'excellents préceptes sur l'art de la peinture. M. Luce de Lancival a récité le troisième chant de son poème d'Achille à Scyros. Un concert a terminé la séance. — Mémorial antibritannique du 8 fructidor. « Parw. ...On assure que les membres de la Cour de cassation ont, à l'instar de ceux du Sénat, pris la résolution de n'apostiller aucun mémoire et de ne recommander aucune affaire »

215 PARIS SOUS LEMPIRE [27 août 1804]

Ministère de la police générale. — Bulletin du 40 fructidor.

Paris. — Les généraux Oudinot et Mathieu Dumas sont à Paris. Si le congé qui leur a été accordé a pour motif de donner le change en faisant croire que l'expédition ne doit pas avoir lieu immédiatement, l'expédient aurait réussi. En effet, leur présence ici, dans la circonstance actuelle, a été interprétée ainsi.

(Arch. nat., AF iv, 1490.)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Monnaies. — Des difficultés très vives, des querelles, et beaucoup de propos ont eu lieu aujourd'hui dans presque tous les quartiers, chez tous les marchands, et notamment dans les halles et marchés, relativement à la monnaie d'argent à l'ancien type. Le décret impérial du 25 thermidor dernier, qui proscrit les pièces de 3 livres, 24 sols, 12 sols et 6 deniers frappées antérieurement à l'année 1726, a été mal entendu, surtout par le peuple, qui s'est imaginé que toute monnaie ancienne était supprimée. Il a été confirmé dans cette erreur par les forains qui approvisionnent les halles et qui ont rapporté ce matin que les percepteurs des campagnes refusaient toute ancienne monnaie, et ne recevaient plus que les pièces de 5 francs et leurs subdivisions décimales. Il en est résulté que de nombreux et semblables refus ont eu lieu dans les marchés, et que la vente d'objets de nécessité a éprouvé un relard considérable.

Réunions. — Le tribun Sahuc dit que nombre de ses collègues ont les plus vives inquiétudes sur les suites que peut avoir la conduite des puissances du Nord à l'égard de la France ; qu'il est difficile que l'état actuel des choses dure longtemps, parce que les révolutionnaires ont encore trop d'influence. L'évasion de Bourmont et de quelques autres détenus du château de Besançon fait craindre qu'il ne se forme un nouveau noyau d'insurrection; les uns disent que ce sera dans la Suisse; les autres dans le Midi, que les mouvements éclateront. M»"' de Villerant, dont le mari a été officier dans les gardes du corps, demeurant à l'Abbaye-au-Bois, dit que ;tous les ci-devant nobles qu'elle fréquente et tous ceux qui ont été attachés au ci-devant

roi n'ont pas encore perdu toute espérance, que les puissances étrangères n'abandonneront jamais la cause des Bourbons, que, si elles agissent ainsi qu'elles font avec le gouvertiement français, ce n'est que pour gagner du temps, et qu'elles n'attendent, pour se montrer ouvertement, que le premier mouvement des armées russes.

On publiait hier que les armées d'Hanovre et de Hollande étaient en marche pour se rendre sur les bords de la mer du Nord età l'embouchure de l'Elbe, à l'effet de s'opposer à la descente des Russes et des Anglais qui voulaient pénétrer en Allemagne par cette voie. On continue de parler de la prochaine création d'un papier-monnaie. A l'appui de ce bruit, on ajoute qu'il n'y a que quinze millions au Trésor public, et que l'on en a disposé, ce qui rend indispensable l'établissement de ce papier.

On assure que Sa Majesté va parcourir les quatre départements réunis et n'arrivera point à Paris avant un mois.

Journaux. — On ne trouve de remarquable dans les journaux qu'un article de New-York, publié par la Gazette de France, annonçant que M. Jérôme Bonaparte paraît avoir renoncé, pour le moment, au projet de retourner en Europe, qu'il est sur le point d'entreprendre un voyage de longue haleine, qu'après avoir parcouru les États de l'Est, il ira visiter les sources de Lébanon, et ensuite jouir du magnifique spectacle de la chute du Niagara, et que son épouse doit l'accompagner dans cette longue tournée.

Bourse. — il s'est fait beaucoup d'affaires en rentes, et la hausse sensible que le cours a éprouvée a fait d'autant plus de sensation qu'elle est fondée sur les nouvelles les plus satisfaisantes ; on assure que MM. Talleyrand de Périgord et Cobenzl partiront aujourd'hui ou demain au plus tard pour Aix-la-Chapelle, où doivent se rendre également plusieurs autres ambassadeurs étrangers : toutes les conjectures auxquelles cette nouvelle a donné lieu font succéder la joie à la consternation, parce qu'elles sont autant à la paix, que le vent soufflait à la guerre depuis quelque temps. — 5 0/0, jouissance de germinal, 57 fr. 25, 15, 10, 15, 25, 30, 40 c; idem, jouissance de vendémiaire an XIII, 54 fr. 60, 65, 60. Actions de la Banque de France, 54 fr. 60, 65, 60.

Dubois.

(Arch. nat., F' 3832.)

217 PARIS SOUS L'EMPIRE [28 août 1804]

Journaux.

Journal de Paris du 10 fructidor: <i Nouvelles de Paris. ...M. Milly', avocat, ancien administrateur du Bureau central, est mort le 6 de ce mois, universellement regretté, et ne laissant d'autre héritage à ses enfants que l'exemple de ses vertus et la bonne odeur de sa réputation. Il unissait aux talents de l'administrateur un véritable amour de ses devoirs et loute l'obligeance d'un bon cœur. C'est un témoignage que se plaisent à lui rendre tous ceux qui ont eu recours à ses bons offices; témoignage tlatteur dans tous les temps, mais bien rare dans les temps difficiles qui viennent de s'écouler, et qui ne reviendront plus. »

Ministère de la police générale. — Bulletlv nu II fructidor.

Paris. — Journalistes. — Tous les journaux répètent à l'envi le trait de M. Elliot à Naples-. C'est comme un concert d'acclamations. Certes les journaux anglais ne se plaisaient pas ainsi à exalter les actions honorables de nos ambassadeurs.

Le Publiciste du 9 annonce que S. A. I. le prince Louis a affecté 500 livres de revenus pour l'hospice de Plombières, et, dans le même numéro, à la page suivante, il annonce que M. Crawford, simple particulier anglais, a augmenté de 1.000 livres le revenu annuel de Barèges.

Bourmont. — Le maréchal Moncey a adressé hier au Ministre le résultat des recherches faites dans l'Ouest pour découvrir la retraite de Bourmont. Sun ancien chef de légion, Châtelain, dit 7'ranquille^, a paru du 15 au 20 thermidor, à Mézeray et Courcelles, arrondissement de la Flèche, où Bourmont a commandé dans la dernière guerre. Il a cherché à s'introduire dans le château de Courcelles, où il y a des caches qu'il connaît. M. de la Suze, qui en est propriétaire, a refusé de le recevoir. On a présumé qu'il voulait procurer cet asile à

1. Sur Milly, voir Paris pendant la réaction lliermidorienne et sous le Directoire, t. IV, p. o9.i.

2. Il s'était jeté à leau pour .sauver un prêtre qui allait se noyer. Voir le Journal des Débats, du 11 fructidor an XII.

3. Sur Jean Châtelain, mounier (\e Cholet, dit te général Tranquille, voir Ch.-L. Chassin, La préparation de In guerre de Vendée, t. III. pp. 383, 381, 5j>, 466, 157, 7ti3.

[28 AOUT 1804] PARIS SOUS l/EMPIRE 218

Bouniiont. On observe toutes les démarches de Châtelain, pour savoir s'il ;i quelques communications avec lui. Le directeur de la poste aux lettres de Suet, prt's Angers, assure que Bourmont a passé dans cette commune en voiture, le 23 thermidor, avec sa femme et ses enfants, qu'il l'a parfaitement reconnu, qu'il ne se cachait pas, qu'il avait même cru qu'il avait obtenu sa liberté. La brigade de celte résidence a déclaré qu'elle était absente, pour divers services, le jour désigné. On observe que, le même jour, 23 thermidor, >!•"« de Bourmont a passé en voiture à Angers, non avec son mai'i, mais avec M. Bec-de-Lièvre, son frère, trois enfants et deux femmes de chambre et ont continué leur route pour Sellerais, terre de M. de Bourmont, arrondissement de Nantes {Bulletin du 3 fructidor). On y a établi une surveillance active. Il est probable que le directeur de Suet a pris

M. Bec-de-Lièvre pour M . de Bourmont

(Arch. nat., AF iv. 1490.)

Rapport de la préfecture de police du même .jour.

Réunions. — Les apparences de paix qui, depuis quelques jours, avaient succérié aux bruits de guerre se sont évanouies. Les malveillants cherchent à faire croire que ni les nouvelles lettres de créance de la cour de Vienne, ni ce que les papiers publics ont dit de la destination de la flotte russe ne peuvent empêcher la guerre. A l'appui de cette assertion, on citait, ce matin, dans divers endroits publics, qui, disait-on, donnent comme positive la descente des Russes et des Anglais à Livourne, et qu'ils bloquent tous les autres ports d'Italie^, On prétend que le chargé d'affaires de Russie a demandé une audience à M. Talleyrand et qu'elle lui a été refusée. Cependant, on assure d'autre part que le prince Sapieha a dit à quelqu'un que les affaires avec la Russie prenaient une meilleure tournure, et que M. de Markow était exilé dans ses terres par ordre de sa cour. On dit qu'un congrès est décidément convoqué à Aix-la-Chapelle, et que tous les ministres résidant à Paris ont reçu ordre de leurs cours de s'y rendre; que M. de Gravina^ est le seul qui n'ira point, et qu'enfin tous les Cercles de l'Empire germanique doivent avoir des envoyés.

Le sieur Babrac ^, huissier au Corps législatif, lequel fréquente beaucoup d'exclusifs, dit que les membres du Corps législatif sont

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