‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 58 sur 221 · Voici cette note · texte numérisé non relu

Voici cette note

« Les ministres des finances et du trésor public sont de retour de Boulogne, où Sa Majesté a travaillé avec eux plusieurs jours de suite. Ils lui ont présenté le budget de l'an XIII et la situation des recettes et des services de l'an XII.

« Il on résulte que notre position est satisfaisante ; que, quelque grandes que soient nos dépenses, nos ressources le sont encore davantage ; enfin que l'État n'aura besoin d'aucun secours extraordinaire, d'aucune imposition nouvelle. Le travail a été fait dans l'hypothèse de la paix comme dans celle de la guerre.

« Chacune des deux années qui viennent de s'écouler a vu notre armée s'augmenter par les ronlingents ordinaires de la conscription; elle se trouve aujourd'hui plus forte ([u'elle ne l'était en nivôse an VU, époque où nos armées inondaient l'Allemagne et l'Italie.

<■ Il est vrai que nos dépenses, à raison de l'état dans lequel notre armée de

221 PARIS SOUS L'EMPIRE [29 août 1804]

sensible sur l'esprit public. Elle a calmé les in.|iiiéludes qui résultaient des bruits répandus depuis quelques jours par les malveillants, tant sur la situation des finances et de l'armée, que sur les relations politiques avec toutes les puissances continentales.

terre a été maintenue et des efforts qui ont été faits pour notre marine, s'élèvent à plus de sept cents millions : mais notre recette de l'an XII a excédé de sept cent cinquante millions, et celle de l'an XIII est assurée pour plus de sept cents millions.

« On reconnaît ici la sagesse et la prévoyance de l'administration. Quand même nous aurions à supporter une guerre continentale comme celle de la coalition de l'an VII, aucune mesure extraordinaire pour les finances, aucune levée extraordinaire pour l'armée ne seraient nécessaires : il suOirait du contingent ordinaire de la conscription déjà décrétée.

« Lorsqu'on voyait l'Angleterre chercher à répandre son or corrupteur dans les cabinets de l'Europe, afin de tâcher d'échapper à l'horrible crise à laquelle la folie de ses ministres Ta exposée, il était naturel de prévoir, comme une chance du moins possible, si elle n'était probable, que quelque puissance se laisserait entraîner, et que des passions haineuses décideraient des dispositions de quelques parties du continent. II était donc du devoir d'un gouvernement éclairé d'augmenter ses ressources financières, et de porter progressivement l'armée au pied de guerre, afin que, le cas arrivant, il n'eût pas besoin de recourir à des mesures extraordinaires, soit de finances, soit de levées de troupes, qui occasionnent toujours des secousses dans un État et dont les avantages ne sont jamais en proportion avec les inconvénients qu'elles produisent. Ceux qui supposent que, si la guerre continentale avait lieu, on ordonnerait des impositions extraordinaires, ou des levées en masse, raisonnent d'après le souvenir qu'ils ont conservé d'une époque où la France était sans direction, où le gouvernement, toujours 'pressé par les besoins du moment, ne pouvait ni calculer ni prévoir, dans un temps où parce, qu'on avait la guerre, on laissait tout en suspens dans l'intérieur, où, quand c'était une guerre de terre, on négligeait la marine ; où, quand c'était une guerre maritime, on négligeait l'armée de terre. Aujourd'hui, les choses ne se passent point ainsi : l'armée de terre est traitée comme si nous n'avions pas de guerre maritime ; la marine est traitée comme si l'armée de terre n'était pas aussi l'objet de notre sollicitude : et en même temps le gouvernement s'occupe de l'intérieur, comme s'il n'avait ni à former une marine, ni à maintenir une grande armée. Dans aucune époque de l'histoire de France, on n'a jamais dépensé autant d'argent en constructions de ports, de canaux, de ponts, de routes: et cependant, pour compléter ce tableau, les impositions ont été diminuées, et sont moins fortes qu'elles ne le furent jamais. Cette dernière circonstance n'échappera point aux regards de l'historien.

« Mais, nous devons le dire, la sagesse des puissances du continent, le besoin du repos qui se fait sentir dans toute l'Europe, l'incorruptibilité des ministres des puissances limitrophes de la France qui, seules, pourraient nous engager dans une guerre vraiment sérieuse, ont rendu superflues une partie des précautions que nous avions prises. En efl'et, nos relations avec la Prusse et avec tous les électeurs de r.\llemagne sont de plus en plus amicales ; nos relations avec r.Vutriche sont satisfaisantes; nous sommes bien avec le Danemark; et nous avons pour système de ne faire aucune attention aux démarches du roi de Suède. Nous sommes dans la meilleure intelligence avec la Porte, l'Espagne, le Portugal et les États-Unis d'Amérique.

« Voilà ce qu'il y a de réel dans la situation présente des choses, et ce qu'on doit opposer aux bruits divers répandus par quelques hommes intéressés à alarmer plusieurs classes de citoyens. »

[2'J AOUT 18041 PAlllS SOUS I/EMPIHE 222

Monnaies. ~ li reste quelque agitation sur le décret du 25 thermidor, relatif aux pièces de monnaies antérieures à 1720*. Des disputes se sont élevées au marché et dans les boutiques. Ceux qui ont à recevoir ces pièces exigent que le millésime soit marqué distinctement, quels que soient les autres signes de reconnaissance. Ceux qui les présentent emploient tous les indices que les pièces peuvent offrir, pour prouver qu'elles ont été émises depuis 1726. L'obstination réciproque est le sujet de beaucoup de rixes et de voies de fait, où les commères mêlent même quelques propos d'aigreur contre les mesures du gouvernement. Le préfet de police a donné, dans une affiche, quelques explications. Il indique des signes, autres que le millésime, auxquels on doit recoimaitre quelles sont les pièces qu'on doit recevoir, quoique le millésime n'y soit plus visible. Cette explication, quoique fondée sur l'esprit du décret impérial, ne termine point les difficultés à l'égard de ceux qui voudront s'en tenir à la lettre de ce même décret, et qui exigent conséipiemment que le millésime soit visible. C'est surtout dans les marchés que ces querelles sont le plus fréquentes, parce que les approvisionneurs forains disent que, dans les campagnes, toutes les recettes pui)li(pies ne reçoivent que les pièces où l'année est marquée.

Illumination de Paris. — Par traité du 1*^ germinal an X, M. Vincent, sous le cautionnement de M.Huvé, s'est chargé de l'illumination de Paris, pour neuf années, aux prix et conditions réglés par l'acte. Depuis cette époque, la valeur des huiles a plus que doublé, et cette augmentation est attribuée à la guerre avec l'Angleterre, déclarée depuis le traité. Sur la réclamation de l'entrepreneur, le préfet de police lui a accordé une indemnité de 10 sols par livre d'huile, le dernier complémentaire an XI. Le ministre de l'intérieur n'a pas cru devoir sanctionner cet arrêté. Le Conseil d'Etat approuve ce refus. MM. Vincent et Huvé renouvellent leur réclamation et se disent dans l'impuissance absolue de remplir leur engagement, si le gouvernement ne leur accorde une indemnité. Le préfet de police appuie celte nouvelle réclamation. Il pense que le refus de l'indemnité nécessiterait un nouveau traité, qui ne pourrait se faire avec un autre entrepreneur qu'à des conditions plus désavantageuses. Comme cet objet tient à la sûreté de Paris, le préfet croit devoir en référer au ministre fie la police pour qu'il mette colle affaire sous les yeux de S. M. l'Empereur.

(Arch. nat., AF iv, 1490.)

3. Voir plus haut, p. 21.5, le rapport de la préfecture de police du 9 fructidor an XII.

223 PARIS SOUS L'EMPIRE [29 août 1804]

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Réunions. — Malgré les efforts des malveillants pour faire croire à la guerre, on paraît aujourd'hui généralement persuadé que le congrès, que Ton dit fixé à Aix-la-Chapelle, a pour principal objet la pacification de l'Europe, que S. M. l'Empereur est parvenue à convaincre les cours de Vienne et de Berlin de la nécessité de se réunir pour opposer une digue à l'ambition de la Russie ; que le but du général Duroc à Saint-Pétersbourg est de connaître définitivement les dispositions de cette cour et de demander une explication décisive, sur l'ultimatum remis par le chargé d'affaires de Russie. Le prince Palinski disait hier que les affaires s'arrangeraient avec la Russie. M. de Lima^ assure qu'il va partir pour le congrès. On le croit fortement attaché au parti de l'Angleterre ; il était ambassadeur de Portugal à Londres au moment de la dernière conspiration.

On fait circuler le bruit que le roi de Prusse a offert au comte de Lille et au nom de S. M. l'Empereur deux millions de pension pour lui et sa famille, que la Russie s'est opposée à l'acceptation de cette offre, et a déclaré qu'elle voulait seule pourvoir au sort des Bourbons.

Le tribun Carnot dit que, malgré l'intérêt personnel qui doit tenir unis les membres des premières autorités, il n'en existe pas moins entre eux beaucoup de désunion, surtout parmi les sénateurs; que plusieurs de ceux-ci ont vu avec déplaisir le séjour de Sa Majesté au milieu de l'armée, quils ont craint un coup d'éclat, et que l'on ne concentrât dans les mains de quelques personnes dévouées le pouvoir dont le Sénat est revêtu ; il continue d'assurer que la guerre lui parait certaine; que, pour l'éviter, il aurait fallu s'assurer à l'avance que les puissances étrangères voudraient reconnaître l'Empereur.

Monnaies. — 11 y a eu encore hier un peu de rumeur dans les halles et marchés à cause de la monnaie blanche antérieure à 1726*, et nombre de personnes refusaient toute espèce de pièces d'argent antérieures ou postérieures à cette année ; la promulgation du décret impérial et l'avis indicatif des signes certains auxquels on peut reconnaître la monnaie non proliihée ont ramené l'ordre, fait cesser toutes les discussions, et il n'y a plus à présent la moindre difficulté.

Journaux. — Tous les journaux ont copié le dernier article officiel sur la situation intérieure de l'Empire français^ ; ils ne pressentent

Page 1