Voir plus haut, p
229 PARIS SOUS L'EMPIRE [31 août 1804]
on aperçoit que les différents collaborateurs de ce journal ont pour système commun de tomber surtout ce qui a pu en accélérer l'époque. Dans le sens familier à la Gazette de France^ philosophie n'est autre chose que le mépris de tout ce qu'il y a de sacré sur la terre ; elle n'est qu'une métaphysique dangereuse pour la morale publique et pour la tranquillité des Étals. Tel est le sens d'un article d'imagination publié aujourd'hui dans cette gazette, où le président d'un Musée philosophique est supposé faire l'examen d'un canrlidat. — Un esprit d'un autre genre caractérise \q Citoyen fi'ançai s. Sous prétexte de prêcher la tolérance religieuse, il devient quelquefois intolérant. L'annonce faite, par les feuilles étrangères, du rétablissement de l'ordre des Jésuites dans quelques États de l'Europe a été pour les rédacteurs de cette feuille l'occasion de publier, en plusieurs articles, un Précis historique de la fondation, des progrès, et de la suppression de Tordre des Jésuites en France, et ce précis n'est qu'un tableau chronologique, très serré, de tous les crimes que tous les écrits du temps ont imputés à cette congrégation. Le plan constamment suivi par les rédacteurs de cette feuille, toujours ombrageux sur le chapitre de la religion, est d'attribuer à l'influence des prêtres la majeure partie des maux qui ont désolé la société. On remarque à cet égard une petite guerre continuelle entre le Journal des Débats et la Gazette de France, d'une part, et le Citoyen français, à.Q l'autre ; cependant ils ont observé, jusqu'à ce moment de certaines mesures. — h^Courrier des Spectacles ne laisse presque jamais entrevoir une opinion politique qui lui soit particulière. Cependant on apercevra, dans un article qu'il publie aujourd'hui contre M. Mercier (de l'Institut national), comme un léger regret en faveur des Bourbons. Comment en effet interpréter différemment le reproche fait à Mercier d'avoir dit : « Tous les rois de la terre ont senti sur leur nuque le coup de guillotine qui a séparé la tète de Louis XVI de son corps. Il n'est plus, et, s'il faut, je danserai politiquement sur sa cendre. » — Le Journal de Paris suppose un marchand de Francfort proposant à un sous-préfet la note des brochures imprimées en Allemagne contre la France et l'Empereur. Dans cet article, qui prouve la meilleure intention, se trouvent indiqués les titres de plusieurs de ces brochures, et on a pensé que cette indication pouvait être impolitique, en ce qu'elle piquerait la curiosité de quelques malveillants...
Bourse. — Les négociations de rente au comptant ont été à pou près nulles, et celles à ternie ont été beaucoup moins nombreuses qu'à rordinaire. Celle stagnation, que l'on attribue à la grande rareté de l'argent, n'a produit aucun changement sur le cours. — 5 0/0, jouis-
[!«' SEPTEMBRE 1804] PARIS SOLS l/EMPIRE 230
sance de j^erminal, 56 fr. oO, 60, 30 c. ; iffem, jouissance de vendémiaire ail Xin, a-4 francs
Dlbois.
(Arch. nat., 1" ;iS32.)
Journaux.
Journal des Débats du 14 fructidor : « Pai^is, 13 fructidor. ...La légation russe a quitté Paris aujourd'hui. » — « D'après une lettre du ministre de la guerre, les gardes nationaux qui seront désignés pour assister au couronnoment de l'Empereur recevront l'étape et une indemnité de route qui ne^ pourra s'élever au-dessus de 5 francs par jour. Ils devront être rendus à Paris le 10 brumaire. » — « Le ministre de la marine est de retour à Paris. » — « Le célèbre voyageur Humboldt, dont on annonce l'arrivée à Bordeaux, est à Paris depuis deux jours. » — « Le conseiller d'État, préfet du département de la Seine, vient de publier un avis relatif à la conscription de l'an XIIL Tous les jeunes gens nés depuis le 24 septembre 1783 inclusivement jusqu'au 22 septeml)re 1784, aussi inclusivement, doivent, quelles que soient leur taille, 'eur constitution physique, ou même leurs infirmités, être inscrits sur les tableaux de la conscription de l'an XIII. Ils sont requis de se présenter, depuis le I'd fructidor an XII jusqu'au 15 vendémiaire an XIII, devant le maire de leur commune ou de leur arrondissement. En cas d'absence ou de maladie, les frères, mères, tuteurs ou plus proches parents sont tenus de se présenter pour déclarer l'âge de leur fils, pupille ou parent, et pour le faire inscrire »
14 FRUCTIDOR AN XII (l»^ SEPTEMBRE 1804).
Rapport de la préfecture de police du 15 fructidor.
Ètranrjers. — On répand que la cour de Russie a donné l'ordre à son chargé d'affaires départir lui-même et de faire partir de Paris tous les Russes, vingt-quatre heures après l'arrivée du dernier courrier qu'elle a envoyé. Le prince Dolgoroukj^ est en conséquence parti hier à dix heures du soir. On a ajouté que le chargé d'affaires de Russie a reçu de vifs reproches de M. de Talleyrand, lorsqu'il a été lui demander ses passeports pour retourner en Russie; on donne pour certain qu'il y a des ordres de ne point le laisser passer les frontières que M. Gérard de Reyneval n'y soit arrivé. iM. de Cobenzl, au lieu de se faire suivre par une simple malle de voyage, comme les autres ministres plénipotentiaires, emmène tout son train à .\ix avec lui. On parait toujours croire dans le public que les cours de Vienne et de Berlin cherchent à tromper notre gouvernement et qu'elles
•2;H paris sous r/EMPIRE [2 SEPTEMBRE 1804]
attendent ce que deviendront les affaires de Russie pour se décider affirmativement. M. de Gravina a dit à im de ses amis que M. Markow avait reçu de la cour de Londres un million pour brouiller les affaires entre la France et la Russie.
Réunions. — Les réunions d'ouvriers, toujours assez nombreuses le samedi, sont très tranquilles, et on n'y entend ni murmures ni plaintes. On dit que les anciens ministres tels que MM. Paré, Gohier, Pache, sollicitent et s'attendent à recevoir une pension annuelle de 5.000 francs, et il n'est sorte de bien qu'ils ne disent à présent du gouvernement.
Journaux. — Les feuilles de ce jour n'ont donné lieu à aucune espèce d'observation
Dubois.
(Arch. nat., F' 3832.)
Journaux.
Journal di's Débats du 15 fructidor: « Paris, 14 fructidor. . . .La voiture du sacre, dont nous avons déjà donné une courte description, sera revêtue en dedans de velours blanc. Au milieu de l'impériale intérieure sera un foudre ailé, formant le centre d'une couronne de laurier, qu'elle-même sera entourée à une distance de six pouces d'une guirlande d'olivier. Dans le fond et sur le devant de la voiture, deux branches de palmier entoureront la lettre N, en caractère romain. Les portières seront ornées d'une guirlande de chêne qui renfermera une couronne formée de seize étoiles, au milieu desquelles s'en trouvera une plus grande, ayant la forme de la croix d'honneur et renfermant la lettre N. Toutes les parties intérieures de la voiture seront entourées d'une riche guirlande de laurier, et le champ sera parsemé d'abeilles. L'impériale extérieure sera couverte d'un velours vert, autour duquel régneront deux branches, l'une d'olivier et l'autre de laurier, formant par leur enlacement un ovale régulier, dont le milieu sera rempli par une étoile. Toutes ces broderies seront en or ; les dessins des broderies, tant extérieures qu'intérieures, sont de la composition de M. Lagrange, dessinateur, rue Saint-Denis, passage du Grand-Cerf. La voiture se travaille, comme nous l'avons dit, dans l'atelier de M. Getting, rue de Provence .... »
Rapport de la préfecture de police du 10 KRUCTinoM.
Réunions. — On remarque, depuis plusieurs jours, que les esprits sont plus calmes et qu'il y a moins de divergences dans l'opinion. Le»
[2 SEPTEMBRE 1804] PARIS sous L'EMPIHE 232
réunions, qui ont élé hier très nombreuses, ont été aussi 1res tranquilles et les observations faites n'ont rien présenté de remarquable.
Des personnes qui arrivent de Boulogne rapportent que le pain et la viande y sont abondants, mais qu'il l'aut aller au loin chercher les autres comestibles, que l'on paie très chèrement ; que des spéculateurs ont profité de la circonstance et fait des fortunes considérables.
On répand le bruit que S. M. l'Empereur, le roi de Danemark et l'Empereur d'Allemagne vont former une triple alliance contre la Russie, et qu'il y a eu, ces jours derniers, beaucoup de mouvement dans le corps diplomatique.
Jownaux. — Le peu de nouvelles, soit de l'intérieur, soit de l'étranger, publiées dans les feuilles de ce jour, ne présentent qu'un faible intérêt. On ne remarque, en matière politique, qu'un article, Variétés, inséré au feuilleton du Journal des Défenseurs. On fait ressortir, dans cet article, les améliorations qui se sont rapidement succédé dans toutes les parties de l'administration publique depuis le 18 brumaire...
Bourse. — Il s'est lait peu d'afîaires pendant la vacance de la Bourse ; elles n'ont pas élé très nombreuses aujourd'hui, et le cours des rentes n'a éprouvé aucune réaction, mais il s'est tenu ferme. On a vu avec satisfaction que les obligations se négociaient un peu plus favorablement que les jours précédents. Les observateurs sont très étonnés que le cours des rentes se maintienne, parce qu'ils remarquent les efforts que l'on fait chaque jour pour provoquer la baisse ; ils citent particulièrement M. Martinet, agent, et disent hautement qu'il fait tout ce qu'il peut pour tuer l'effet, surtout en oft'rant sans cesse au comptant, parce qu'il sait que le resserrement des capitaux éloigne les acquéreurs de ce genre. — 5 0/0, jouissance de germinal.
56 fr. 40, 45, 40, 43, 50
Dubois.
(Arch. nat., F' 3832.)
Journaux.
Gazelle de France du i6 fructidor : « Paris, 1o fructidor. . . . Lo théâtre Montansier est mis en vente par expropriation. Les administrateurs actuels ont encore près de trois ans à l'exploiter. On dit que, pendant cet espace de temps, ils doivent fairo jouer au moins quatre pièces nouvelles par mois, ce qui fait cent quaranle-qiialrc; de bon compte. Ce qui prouve la prévoyance de l'administration, c'est qu'elle a déjà commandé, pour le jour do Toxpiralion de son bail, trois pièces ayant pour titres : Le Décès de Hicco, le Trépas de Cadet Roussel et la. Mort de Jocrisse. Il restera, comme on voit, bien des morts sur le champ de bataille. En attendant, on continuera d'aller rire à ce théâtre, et
233 PARIS SOUS L'EMPIRE [3 septembre 1804]
on fera bien ; car on connaît déjà une personne qui se propose de l'acheter pour y faire jouer des drames exclusivement. » — « Il y avait à Paris, au moment de la Révolution, trente-huit vielles organisées qui couraient les rues comme à présent. Elles rapportaient alors, à chacun des musiciens ambulants qui en possédait une, de 5 à 600 livres. Aujourd'hui le nombre de ces instruments est de soixante-sept, et ils rapportent par an de 1.000 à 1.100 francs chacun. C'est aux économistes ou à la Société des Observateurs de Thonirne à faire leur profit, s'il y a lieu, de cette petite remarque »
GVI
Ministère de la police générale. — Bulletin du 11 fructidor.
Journaux. — On a encore occasion de remarquer une gaucherie dans un de nos journaux *. Le même numéro des Défenseurs de la Patrie, d'hier lundi, contient deux articles, l'un sur l'amiral Duneau, l'autre sur l'amiral Latouche-Tréville '. Tous les titres, grades, croisières, victoires, etc., etc., avec les dates, sont décrits en détail et au long dans l'article de l'amiral anglais. Quant à l'amiral français, le journal, qui s'intitule pourtant des Défenseurs de la Patrie, se borne à dire, après avoir rapporté la date de sa mort : « L'amiral Latouche- Tréville emporte les regrets de toute la marine. Sa vie rappellera longtemps de longs et d'honorables services », sans dire d'ailleurs un mot de ces services, sans donner aucune particularité sur son honorable carrière ! Cette omission est d'autant plus bizarre que le journaliste, qui a si bien copié les journaux anglais sur Duneau, pouvait prendre dans le Moniteur des détails intéressants et étendus sur le
brave Latouche-Tréville
(Arch. nat., AF iv, 1490.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — On paraît généralement persuadé que les hostilités vont reprendre, et qu'elles seront de longue durée; que décidément la Russie frappera les premiers coups dans l'Italie, et que la Prusse
\. En marge, de la main de Fouché : «Les journaux prennent sensiblement une meilleure couleur. Il y a un bon article dans le feuilleton du Journal des Débats, fait par Geoffroy. ■>
2. En marge, de la main de Fouclié : « Ce journal a de bonnes intentions; il a besoin d'un meilleur rédacteur. »
[3 SEPTEMBRE 1804] PARIS sous L'EMPIRE 234
suivra son impulsion, dès que la lutte sera engagée ; qu'il est à craindre que les flottes combinées de la Russie et de l'Angleterre n'efTectuent des ilébarquements sur plusieurs points de nos côtes, et que les divers [)artis ne profilent de cette circonstance pour exciter des troubles dans rinlérieur.
On répand dans le public qu'un décret impérial va paraître, portant que tous les jeunes gens non mariés et au-dessous de trente ans, seront obligés de prendre les armes et qu'il n'j' aura aucune espèce d'exception.
L'ex-chevalier de Langle, ancien capitaine de dragons, Breton, dit que tous ses compatriotes sont persuadés que le gouvernement est fortement prévenu contre eux, ce qui leur donne beaucoup de mécontentement.
On rapporte que dans un repas, donné, ces jours derniers par M. labbé de Pradt, M. de Montlosier, qui s'y trouvait, s'est vanté d'être employé aux relations extérieures et d'être, par ce moyen, mieux instruit que personne, de ce qui se passait en Europe; que tout projet de descente était abandonné, que la guerre serait générale, et que le gouvernement se trouvait dans le plus grand embarras sous les rapports politiques ; que Tex-prince Condé et son fils allaient commander chacim une légion franco-russe et qu'enfin les Anglais avaient reçu des deux Indes, en moins de deux mois, de quoi nous faire la guerre pentlant trois ans.
On dit dans le public, et surtout [)armi ceux qui se mêlent d'affaires d'Église, que Sa Majesté a promis au Pape de lui rendre le comtat d'Avignon, de réintégrer le clergé dans la possession de ceux de ses biens qui pourraient n'être pas vendus et de permettre enfin l'établissement de quelques corps religieux utiles aux sciences et à l'enseignement.
Militaires. — 11 existe, dit-on, beaucoup de mésintelligence entre les militaires de la garde impériale et ceux du4« régiment d'infanterie légère ; ils se battent fréquemment, surtout à la guinguette de Vaugirard. Plusieurs d'entre eux se déguisent souvent en bourgeois pour surprendre ou tromper ceux qui les surveillent. Un inspecteur de police a failli être victime de ces déguisements ; il a reçu plusieurs coups de bâton, et il eût été assommé, si ceux qui l'attaquaient n'avaient pas reconnu leur erreur et pris la fuite.
Vainqueurs de la Bastille. — Plusieurs vainqueurs de la Bastille se sont réunis diverses fois, ces jours derniers, dans le faubourg Saint- Anloine, et, à la fin de leur orgie, ils chantaient la Marseillaise à haute voix.
23o PARIS SOUS L'EMPIRE [4 septembre 1804]
Poni du Jardin-des- Plantes , — Les travaux de ce pont se continuent avec la même activité. On croit que l'un des caissons pourra être lancé vers la fin de cette semaine.
Bourse. — Les négociations de toutes espèces sont dans une stagnation dont les courtiers de commerce et les agents de change se plaignent également. Le résultat de la Bourse n*a pas offert une variation de 5 centimes sur les cours. On n'a recueilli ni nouvelles ni conjectures relatives à cet état de choses. — 5 0/0, jouissance de germinal, 56 fr. 40, 35,40; idem, jouissance de vendémiaire an XIII, 34, 33 fr. 90. Actions de la Banque de France, 1.130 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F' 3832.)
Journaux.
Moniteur du 17 rructidor : « Beaux-Arts. L'exposilion publique des statues destinées à décorer la nouvelle salle des séances du Sénat conservateur et les autres parties de son palais aura lieu à compter du 20 fructidor, dans les galeries du rez-de-chaussée, en face de la rue de Tournon.On y trouvera une notice contenant fe-xplication des sujets. » — Journal des Débats du 17 fructidor : « Paris, 16 fructidor. ...On vient d'exposer dans une des salles du Musée Napoléon une belle tête antique en bronze trouvée depuis peu dans les fouilles d'Ostie et qui représente l'empereur Vespasien. Ce beau portrait, que M. Denou, directeur général du Musée, a acquis récemment pour ce magnifique établissement, peut être considéré comme un des plus précieux de la collection, tant par son exacte imitation do la nature que par sa parfaite conservation »
GVII
Rapport de la préfecture de police du 18 fructidor.
Réunions. — Jamaislacuriosité et l'intérêt n'untétéplus vifsque dans lescirconstances actuelles. Chacun chercheà deviner les mesures prises par le gouvernement et se plaint de la stérilité des nouvelles et des papiers publics. A défaut de pouvoir pénétrer la vérité, on se jette dans des conjectures à perte de vue. Au milieu de cette fluctuation, il est possible de démêler les sensations qu'éprouvent à ce sujet tels ou tels individus, le genre et la nature de l'intérêt que chacun attache à la chose publique, et il résulte des observations que la soci-Hé se compose de trois partis bien distincts, qui tous se tiennent sur la plus
grande réserve. Le premier, allaché au frouvernement, se repose sur sa sagesse, sur le génie et la fortune du chef de l'Étal ; mais il n'ose laisser exhaler ses sentiments et n'aide pas assez à former une honne opinion publique. Cette pusillanimité parait prendre sa source dans l'état d'incertitude où il se trouve sur les événements futurs qu'il redoute. Les incorrigibles, liés par intérêt ou par entêtement aux Bourbons, affectent de rejeter en doute les nouvelles avantageuses qui nous arrivent. Tout en ayant l'air de faire des vœux pour le succès de nos armes, ils s'efforcent d'inspirer dos craintes, de semer l'inquiétude en grossissant de plus de moitié les forces ennemies, en évaluant celles de la Russie destinées contre la France à plus de cinq cent mille hommes, en faisant envisager la possibilité d une rupture prochaine avec toutes les puissances du continent, ou du moins une neutralité plus dangereuse peut-être que la guerre, et surtout en faisant entendre que ces mêmes puissances, en attendant qu'elles osent se montrer, fourniront secrètement aux autres des munitions, de l'argent et des hommes, et que tous ces maux n'ont d'autre cause que la grande énergie du chef de I État, dont toute l'Europe est effrayée. Le troisième parti enfin est celui des enragés, qui, rêvant sans cesse liberté, ne la trouvent que dans l'anarchie; qui répètent sans cesse qu'il n'existe pas deux hommes purs dans les autorités publiques ; qui ne voient partout que des émigrés rentrés, que des ennemis du gouvernement, que des C(mspirateurs qui, de toutes parts Tenvironnent de pièges. Ces hommes ne désinmt pas moins que les autres le renversement de l'ordre actuel des choses. Ils fondent aussi leurs espérances sur la guerre continentale, l'épuisement des finances et les moyens révolutionnaires qu'ils prétendent que l'on sera forcé d'employer pour s'en procurer, sur un appel aux patriotes, et enfin sur les mauvaises dispositions qu'ils supposent aux armées, ce qui leur amènera, disent-ils, la République, qui n'est qu'assoupie pour se relever plus brillante que jamais.
On croit dans le public que la descente est retardée ; on dit que la marine hollandaise, qui était sur le point de se rendre à Dunkerque, a reçu contre-ordre et que les troupes sont débarquées; que le voyage du général Lauriston à Con.stantino[)le a pour motif de demander à la Porte que le passage des Dardanelles soit fermé aux Russes.
On dit que Sa Majesté vient de donner l'ordre au ministre de la guerre de diriger tous les officiers réformés sur Bordeaux, où ils doivent recevoir une nouvelle destination. On répand aussi que le pays d'Hanovre avec toutes ses dépendances, est cédé à perpétuité
237 PARIS SOUS L'EMPIRE [4 septembre 1804]
sous la garantie de la France et de rein|)ereur d'Allemagne, au roi de Prusse, qui va en prendre possession, s'il ne l'a déjà fait. On dit que le Pape est en route pour Paris.
Le sieur Gleizal, i un de? secrétaires-rédacteurs du Corps législatif, témoignait hier ses craintes sur la perte de son emploi; il dit qu'il y a lieu rie croire que cette autorité et le Tribunal ne tarderont point à être supprimés ; que, si cela arrive, il ne compte point sur une autre place ; car, a-t-il ajouté, ce sont à présent les ennemis de la liberté qui obtiennent tout; mais, au surplus, nous verrons les résultats du couronnement, et comment tout cela se passera.
Journaux. — Dans le Journal du Commerce, on trouve une nouvelle datée de Ratisbonne, le 27 août (9 fructidor), suivant laquelle M. d*e Kleipffel, chargé d'affaires de Russie, continue à insister sur une prompte délibération relativement à l'objet connu de la note de sa cour: a Mais, est-il dit, tous les membres de la Diète àrexceijtion de la Poméranie antérieure, de Suède et de Brunswick-Lunebourg) étant d'accord de laisser tomber entièrement cette affaire, suivant le vœu manifesté par les grandes puissances, il a été arrêté qu'on entrerait en fériés, et il a été pris un conclusum formel à cet égard. » La même nouvelle porte que le ministre suédois s'est avisé de publier une espèce de protestation contre le décret pragmatique publié [tar la cour de Vienne, relativement au titre d'Empereur de la monarchie autrichienne. Le Publkiste donne le texte de cette sorte de protestation : « On croit, ajoute-t-il, que cette nouvelle note de Suède aura le sort des précédentes, d'après l'information que l'on reçoit que les autres États de l'Empire ont accueilli avec d'autant plus de plaisir la notification de titre d'empereur d'Autriche, qu'ils ont appris en même temps que l'empereur romain s'est joint à eux pour reconnaître l'empereur Napoléon. » Les autres feuilles n'ont donné lieu à aucune remarque importante.
Bourse. — Le mouvement des négociations de rentes a été infiniment plus animé que les jours précédents, et, malgré les efforts de ceux que l'on a signalés comme provocateurs de la baisse, le cours a été constamment en hausse, jusqu'au moment de la clôture, où l'on a fait à 57 fr. 15 pour la fin du courant. — 5 0/0, jouissance de germinal, 56 fr. 40, 50, 55, 50, 55, 50; idem, jouissance de vendémiaire an XIII, 54 francs. Actions de la Banque de France, 1 .130 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F'. 3832.)
[5 sEi'TEMiiRE 1804) PARIS SOUS L'EMPUŒ 2;}8
18 FRUCTIDOR AN XII (o SEPTKMBIIH 1804).
KaPI'OUT de la l'HÉFECTURE DE POLICE DU lit KKUCTIDOH.
Réunions. — On rapporte que M. Lucchesini a dit tn-s positivement à l'envoyé du prince île Linange que les affaires pr-enaient une tournure à ne finir que par une guerre qui serait longue. On assurait hier matin, au palais de justice, que l'envoyé de Wurtemberg et plusieurs autres agents diplomatiques de divers princes allemands étaient sur le point (le partir. M. Faujas, dont le fils est aide de camp du général Ernouf, dit que l'on doit surveiller de très près le gouvernement hollandais, parce que le^ Anglais ont beaucoup de partisans dans ce pays. Les officiers réformés et les exclusifs continuent d'annoncer de grands changements pour l'époque du couronnement de Sa Majesté, et qu'il faut attendre jusque-là avec patience.
Travaux. — Les travaux publics, qui sont en activité, et le grand nombre d'ouvriers employés à l'embellissement de Paris, produisent le meilleur effet. On en parle et l'on y applaudit vivement parJ,out.
Journaux. — Les feuilles de ce jour n'ont donné lieu à aucune observation importante. , .
Bourse. — 11 s'est fart passablement d'affaires, mais le résultat, à l'égard des rentes, n'a pas été aussi satisfaisant que la clôture de la Bourse précédente l'avait fait présager; le cours, après avoir éprouvé des variations assez nombreuses, est resté un peu faible. Les spéculateurs paraissent fort incertains sur le dénouement que pourront amener, d'une part, les acquisitions de M. Bresson, agent, et de l'autre, les ventes de son confrère, M. Martinet. — 5 0/0, jouissance de germinal ; 56 fr. 60, 50, 40, 50, 60. Actions de la Banque de France, 2.127 fr. 50.
(Arch. nal., F', 3832.)
Journaux.
Puhliristf du 19 fructidor : " Paris, le IS fructidor. On assure que le Pape partira de Kome le 26 septembre pour se rendre à Paris, et que le cérémonial des honneurs qui lui seront rendus, tant à son entrée sur le territoire de lEuipire que dans sa route et à ion arrivée dans la capitale, est déjà réglé
239 PARIS SOUS L'EMPIRE [6 septembre 1804J
avec toute la solennité et tout l'éclat dû à la dignité de son rang et à la grandeur de l'acte auquel il vient de donner son auguste consécration. On dit qu'il occupera, pendant son séjour à Paris, une partie du Palais des Tuileries »
GIX
MiNISTÈHE DE LA POLICE GÉNÉRALE. — BULLETIN DU 20 FRUCTIDOK.
Paris. Bruits. — Il circule depuis deux jours que Dieppe est bombardé. Quelques-uns disent que toute la ville est brûlée. On remarque que ces nouvelles s'accréditent avec plus de difficulté que celles répandues à diverses époques antérieures. On répand aussi que l'Empereur a cassé le Corps législatif batave, ainsi que les membres du gouvernement qui ont cuo|)éré au refus de l'indemnilé fixée au Stathouder, par la médiation de Sa .Majesté. On ajoute que M. Schimmelpenninck est chargé de l'exécution de se> ordres pour la réorganisation du gouvernement
(Arclj. nat., \? iv, 1490.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — On rapporte que le prince Sapieha' a dit hier en société qu'il était un des derniers Russes qui ri.'stassent encore en France, mais qu'il fallait qu'il s'en allât, et qu'il comptait partir mardi prochain. Il a ajouté que, dans le courant du mois de février dernier, il avait eu connaissance, par son ambassadeur, d'un traité d'alliance entre l'Angleterre et la Russie, et par lequel cette dernière puissance s'était engagée à fournir chaque année soixante mille hommes aux Anglais, moyennant un fort subside, et que, d'après cela, l'Angleterre pourrait soutenir la guerre longtemps. Le sieur Laboissière, qui a été professeur d'armes de presque tous les Russes qui sont venus à Paris, dit que c'est avec bien du regret qu'ils sont partis ; que beaucoup d'entre eux ont souvent répété (}u'ils voyaient avec peine que leur souverain était trompé sur les intentions du gouvernement français, et que l'on croyait dans leur pays que tout était en pleine désorganisation en France.
1. Voir plus haut, p. 218, le rapport de la préfecture de police du 11 Irurlidor an XIII.