Tome I
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que contre les Russes. Différentes personnes, qui arrivent de Vienne, entr'autres M. Dhauteroche, qui a séjourné longtemps dans cette capitale, rapporte que, malgré les diatribes, les pamphlets et mille écrits incendiaires qui circulent en Allemagne contre la France, S. M. l'Empereur des Français y jouit du respect et de l'admiration de la majorité. Ils ajoutent que, quoique l'Allemagne s'occupe depuis trois ans du rétablissement de ses troupes, elle est encore dans l'impossibilité de nous faire la guerre. Les Russes, avant de partir, ont engagé une infinité de personnes à talents à les suivre dans leur patrie en leur promettant protection et sûreté. Le secrétaire de la légation a fait des propositions à divers artistes de tout genre, il n'est rien qu'on n'ait offert à M. Roussel, maître de langues, rue du Petit-Lion- Saint-Sauveur. Le chargé d'affaires lui a dit qu'on ne ferait à ceux qui passeraient en Russie aucune question sur leurs opinions politiques, que le fléau de la guerre ne tomberait jamais sur les individus, et qu'enfin l'intention de l'Empereur, son maître, était d'attirer à quelque prix que ce fût, dans ses États, le plus de Français instruits qu'il pourrait.
On dit que M'"^ Bonaparte revient à Paris, et qu'elle est attendue très incessamment avec son fils, M. Lucien Bonaparte ; que le Sénat s'occupe d'un sénatus-consulte qui rétablit M. Lucien et M. Jérôme Bonaparte dans la ligne de succession et leur confère le titre de princes.
Le docteur Romainouse, demeurant à Saint- Thomas -d'Enfer , répand que le voyage du Pape en France a un autre but politique que le couronnement de Sa Majesté, que Sa Sainteté tient beaucoup au rétablissement des Jésuites en France, et que le gouvernement n'en est pas très éloigné.
Exclusifs. — Les hommes de ce parti font circuler le bruit qu'il y a des insurrections dans les camps, et que les vieux soldats qui ont aidé au renversement de la monarchie désertent leurs drapeaux. Ils disent qu'il se prépare une lutte dont ils espèrent tirer leur avantage.
Culte. — On a inhumé, avant-hier, l'épouse du sieur Jallot, marchand de vins, rue de Gléry. Ce convoi a attiré d'autant plus de curieux que toute cette famille professe la religion réformée. Il y a eu, à ce sujet, beaucoup de propos dans les groupes, et quelques têtes exalt(''es ont insulté aux restes de cette dame, en disant tout haut qu'on devrait porter cette protestante à la rivière. On est à la recherche des auteurs de ce scandale.
Journaux. — Les journaux n'ont donné lieu à aucune remarque imiiortante. Les brochures périodiques, telles que le Mercure de
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France, n" 167, les Annales des Sciences, l""' livraison, la Semaine et le Journal des Arts, ne renferment que des articles purement littéraires. , .
Bourse. — Les négociations de rentes ont été très nombreuses, et le cours s'est parfaitement soutenu ; les marchés à termes se multiplient en raison de l'affermissement que l'opinion paraît prendre pour la hausse. — 3 0/0, jouissance de germinal, 56 fr. 73, 57 fr. 36, 90, 83 ; ideyn, jouissance de vendémiaire an XIII, 34 fr. 20, 30, 50,40.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3832.)
Gazette de France du 21 fructidor : « Paris. 20 fructidor. ...Tous les marchands d'estampes placent en pendant les gravures deVOssian, de Gérard et de Marcus Sextus, de Guérin. Ces belles productions de deux de nos plus jeunes artistes forment bien contraste : l'une a l'effet toujours croissant d'une pensée profonde, d'une scène dramatique et touchante, rendue avec une expression sublime ; l'autre est due à une conception vive et forte, à une imagination bien pénétrée de la mythologie qu'elle avait à peindre. Toute l'horreur des proscriptions est dans la première. Ossian est tout entier dans la seconde. Placez au milieu la Psyché de Gérard, et ne cherchez pas de décoration... » — « Bruits de coulisses. Le Théâtre-Français, de plus en plus jaloux de varier son répertoire et d'obtenir les suffrages du public, se propose, dit-on, de jouer Phèdre tous les lundis et mercredis, Andromaque les mardis et vendredis, et Iphigénie en Aulide les jeudis et samedis. Toute première représentation est infiniment ajournée, pour cause d'indisposition ou d'absence. Les dimanches on donnera les Deux Figaro, ou relâche. » — « On doit donner bientôt à l'Opéra-Comique un nouvel ouvrage intitulé : le Quatuor. MM. Martin et Elleviou, M"" Bollandeau et Cécile Saint-Aubin, voilà le quatuor promis. La pièce n'a point de paroles, les chanteurs vocaliseront ; l'auteur de la musique est le célèbre Charivari, récemment arrivé de Naples. Cette innovation dramatique peut avoir les plus heureux effets et déterminer à supprimer incessamment les paroles d'un assez grand nombre d'opéras. Voilà un moyen conciliatoire assuré entre M. Morel et la famille Parfait, qui, dans ce moment, no craignent pas de se disputer, en public, la propriété du verger de Panurgc. » — « La compagnie d'élite du théâtre de rinipératrice va reprendre incessamment son poste ; mais les départements du moins auront fait sentir l'inconvénient qu'il y aurait à laisser sans modèles et sans guides les troupes françaises qui courent le pays. Les basses compagnies de Louvois vont donc remplacer leurs camarades : MM. Couvin, Thénard, Edouard, Fluet, Roussel, Armand, Mervillc; M""' Suzanne, Clément, Pcrrin, Fleury, etc., font leur ])réparatifs de départ. On n'a pas oublié toutefois de leur donner l'ordre d'être de retour pour l'époque des fêtes du couronnement. » — « Le thermomètre de l'Opéra-Buffa est au très sec. Mme Staina est toujours un peu enrhumée, M"» Fedi, toujours jolie ; laGrizelda esl toujours un des beaux opéra que l'on puisse entendre. VAnlre de l'ru-
phomius est fermé. La Cosa rnra n"excite que faibleinont la curiosité. On attend une nouvelle cantatrice : il est inutile de dire que c'est una prima donna. » — « La parodie des Bardes obtient au théâtre Montansier un succès fou ; cela peut-il être autrement? Il y a un calembour dans le titre : Oxessian ! Naguère, on ne se servait de calembours que dans le cours delà pièce ; on s'est perfectionné. Oh ! influence de l'affiche, a dit Beaumarchais. Si quelque lecteur de province ne trouvait pas de calembour, dans Oxessian, nous le prions de nous écrire un mot; nous nous ferons un vrai plaisir de lui envoyer le Uictionnaire du Palais-Royal, où ce mot se trouve décomposé »
Rapport de la préfecture de police du 22 fructidor.
Réunions. — M. Faujas, professeur au Musée d'histoire naturelle, a dit qu'il avait vu, ces jours derniers, l'ex-directeur La Révellière- Lépeaux, que celui-ci se plaignait amèrement d'être mal à l'aise, et réduit à se retirer dans une petite terre en Sologne ; qu'il approuvait fortement la conduite du tribun Carnot ; qu'il ne cro3'ait pas la Révolution encore terminée, et que le mécontentement qui existe ne pouvait manquer d'amener des changements; qu'il a ajouté que, si Carnet faisait bien, il quitterait sa place, parce qu'à coup sûr on cherchera à le compromettre. M. Faujas a dit encore que Ton n'était point parfaitement tranquille dans le ci-devant Dauphiné, que l'on criait beaucoup contre les contributions, et qu'on se plaignait surtout de la rigidité avec laquelle on en poursuivait la perception ; il a ajouté qu'il avait reçu des nouvelles de son fils, aide de camp du général Ernouf, et maintenant à Paimbœuf; qu'il lui mandait que les Anglais bloquaient ce port ; qu'il craignait d'être fait prisonnier dans la traversée en allant de la Guadeloupe ; que les marins et les soldats étaient mécontents de ce qu'il n'y avait plus de commissaires français en Angleterre pour donner des secours aux prisonniers, qui y sont on ne peut pas plus maltraités.
Vainqueurs de la Bastille. — Les vainqueurs de la Bastille doivent envoyer celte semaine une nouvelle députation dans les bureaux delà Légion d'honneur, et se proposent de faire aussi des démarches auprès de S. A. S. l'Archi-Chancelier ; ils espèrent obtenir enfin la faveur qu'ils sollicitent, et qu'on les craint assez pour ne pas la leur refuser.
Dubois.
(Arch. nat., F' 3832.)
245 PARIS SOUS L'EMPIRE [9 septembre 1804]
Moniteur du 23 fructidor : « Paris, le 22 fructidor. Le concours pour le grand prix de gravure, proposé i)ar la classe des Beaux-Arts de l'Institut national, a été exposé aujourd'hui dimanche, et le sera demain lundi dans la salle de Laocoon des écoles de peinture et de sculpture. . . » — Gazette de France du 23 fructidor : « Paris, 22 fructidor. ...On a des nouvelles récentes du quartier du Marais, dont on n'avait pas entendu parler depuis huit ou dix mois. Voici à quelle occasion les communications se sont momentanément rétablies entre lui et les autres parties de la capitale. Un troupeau de bœufs, qui passait avant-hier à l'entrée de la nuit, parla Vieille rue du Temple, fut alléché par l'odeur d'un tas de foin qui se trouvait devant un magasin de faïence et se mit en devoir de s'en régaler. Les coups de bâton qu'on aura probablement distribués à ces innocents voleurs, les cris qu'on aura poussés autour d'eux pour les éconduire, les auront sans doute effarouchés ; toujours est-il que, ne sachant de quel côté donner de la tète, ils se précipitèrent en masse dans le magasin, où ils bouleversèrent une pyramide de faïence et de porcelaine, renversèrent plusieurs rayons également chargés, et causèrent un dégât évalué à 12 ou 15.000 livres. »
22 FRUCTIDOR AN XII (9 SEPTEMBRE 4804). Ministère de la police générale. — Bulletin du 23 fructidor.
Paris. — La fête de Saint-Cloud a attiré hier, dans cette dernière commune, une affluence extraordinaire, tant de Paris que des communes, à plusieurs lieues à la ronde. On peut affirmer que jamais, dans les années précédentes, cette fête n'a été aussi gaie, aussi nombreuse. Il semblait, pendant toute la journée, que Paris tout entier se portât à Saint-Cloud, tant la route était couverte de voitures, de charrettes, de piétons, et la rivière de batelets. Des tables étaient dressées tout le long de Boulogne et à la porte de toutes les auberges de Saint-Cloud et Sèvres. Beaucoup de familles, qui avaient apporté leurs provisions, étaient répandues sur le gazon et dînaient à l'ombre des grands arbres du parc. Sur le soir, des danses très nombreuses animaient une partie du parc. La grande allée surtout offrait l'image d'un vaste carnaval, qui a duré une partie de la nuit. La gaieté y était bruyante, excessivement animée, mais rien ne s'y est passé contre le bon ordre. Les appartements n'eussent pu être ouverts sans quelque inconvénient, eu égard à l'immensité de cette foule. Cette fête a pu donner aux étrangers et aux observateurs éclairés l'idée du carac-
t.'re français, et ils ont pu apprécier, par ce grand trait, beaucoup mieux que par des quolibets et des jeux de mots des oisifs, la situation présente des esprits '.
Journaux. — On lit dans le Journal des Débats d'aujourd'hui qu'un édit royal a été publié à Naples, portant l'établissement d'un impôt extraordinaire d'un million de ducats, et que cette mesure, estil dit dans l'édit, est devenue indispensable pour suppléer aux frais de l'entretien de l'armée française, amie, stationnée dans le royaume. Si le roi de Naples a motivé ainsi son édit, il a pu avoir ses raisons pour dépopiilariser le nom français dans ses États, mais le journaliste français devait se dispenser d'en faire mention.
Institut. — On a dit à l'Institut que le sénateur Garât n'a suivi l'Empereur que pour animer son génie par la vue de tout ce qui peut fournir des sujets à l'éloquence et à l'histoire. On ajoute qu'à son retour il prononcera le panégyrique de Napoléon, au nom du peuple et du Sénat, comme Pline fît celui de Trajan. — On s'agite à l'Institut pour l'élection d'un successeur de M. de Boisgelin.Un parti faible, à la tête duquel sont MM. Ducis, Parny, Bernardin de Saint-Pierre, etc., etc., milite pour que le nouveau membre soit purement un homme de lettres. Mais ils disent, parmi les candidats hommes de lettres, que le vent est tourné au cardinalat. En effet, on désigne S. Em. M. le cardinal Cambacérès '.
Barras. — M. Barras est parti pour Montpellier le 19 ; il a vendu ses équipages et a pris quelques arrangements pour ses bois ^. lia dû congédier plus de la moitié de ses gens. Mais ceux-ci disent l'avoir quitté, parce qu'ayant sa fortune en argent comptant, ils présument qu'il pourra être bientôt ruiné. Tel est le motif qu'ils allèguent pour leur retraite, qui, au fond, n'est qu'un congé •*.
(Arch. nat., AF iv, 1490.)
1. En marge, de la main de Fouché : « Il y avait à cette f("te beaucoup de personnes attachées à la police. Je n'ai pas appris qu'il soit sorti de la foule, qui était immense, un seul propos contre le gouvernement. — Ce résultat est la meilleure réponse qu'on doive faire aux détracteurs imbéciles ou à f/aç/e de la ville de Paris. »
2. En marge, de la main de Fouché : <i Jusqu'à présent, je ne lui connais qu'une seule voix. »
3.JEn marge, de la main de Fouché : " Barras a encore sept cents arpents de bois, en face de Gros-Bois, qu'on a voulu lui acheter pendant son séjour à Paris. II ne veut pas les vendre à d'autres qu'à moi, parce qu'ils sont à la convenance de l'acquéreur de Gros-Bois, et qu'ils sont la remise naturelle du gibier du parc, quand on y chasse. »
4. Le même jour, 22 fructidor an XII, Napoléon écrivit à Fouché, d'Aix-la- Chapelle ; « Je vois une Lettre à l'armée \ elle est de Barère. Je ne l'ai pas lue,
PARIS SOUS L'EMPIRE [0 septembre 1804]
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — On s'est beaucoup occupé hier, dans divers endroits publics, des témoignages de respect et d'attachement que Sa Majesté reçoit dans les différentes villes qu'elle parcourt, et l'on montrait la plus vive satisfaction. Les bruits se soutiennent et prennent chaque jour, à présent, plus de consistance. La prochaine arrivée de Sa Sainteté fait aussi l'objet des conversations. On dit que le cardinal Maury doit l'accompagner. La plus parfaite tranquillité a régné partout.
Fête de Saint-Cloud . — L'affluence a été considérable hier àSaint- Cloud; l'ordre a été maintenu, et il n'est arrivé aucune espèce d'accident.
Travaux. — Les habitants du faubourg Saint-Honoré murmurent contre les dépenses que l'on fait pour des embellissements, tandis qu'on néglige, disent-ils, d'autres projets d'utilité générale, tels que l'établissement d'un marché dans le terrain des ci-devant Jacobins, ce qui débarrasserait enfin la rue Traversière ; ils attribuent l'inexécution de l'arrêté du gouvernement à cet égard à quelques sacrifices faits adroitement par le propriétaire d'une maison qui reste à démolir sur ce terrain.
Journaux. — Les feuilles ne donnent lieu aujourd'hui à aucune observation essentielle. On aperçoit toujours, dans les feuilletons du Journal des Débats sur les théâtres, quelques légères sorties contre la philosophie, mais elles ont paru très peu saillantes. On ne trouve non plus aucunes nouvelles étrangères dignes d'être notées. . .
Bourse. — Le cours des rentes a éprouvé des variations assez nommais je crois qu'il n'y a pas besoin de parler à l'armée ; elle ne lit pas le vain bavardage des pamphlets, et un mot à l'ordre du jour ferait plus que cent volumes de Cicéron et de Démosthène. On peut animer les soldats contre l'Angleterre sans leur parler : leur adresser une brochure est le comble de l'absurdité : cela sent l'intrigue et la méfiance : l'armée n'en a pas besoin. Dites à Barére, dont les déclamations et les sophismes ne sont pas en harmonie avec sa colossale réputation, qu'il ne se mêle plus d'écrire dans ce genre. Il croit toujours qu'il faut animer les masses ; il faut, au contraire, les diriger sans qu'elles s'en aperçoivent. Au total, c'est un homme de peu de talent. S'il en est temps, ne laissez pas circuler sa brochure, et n'en laissez pas faire d'envoi à l'armée. Elle n'est pas une autorité. Il n'y a pas de moyen légal de lui parler autre que l'ordre du jour. Tout le reste est intrigue et faction. Je n'ai point lu la brochure. Si elle est bien faite, la même chose dite, sans s'adresser à personne, pourrait être d'un bon elTet et n'aurait aucun danger. » Je n'ai pas retrouvé cette brochure de Barère ; elle n'est pas mentionnée dans le Calalofjue de l'histoire de France à la Bibliothèque nationale.
breuses, et, après avoir été très faible, il s'est rétabli de manière à calmer la crainte que l'on avait d'une baisse nouvelle. Le bruit s'est répandu que les comédiens ordinaires de l'Empereur avaient ordre de partir aujourd'hui pour Mayence, où Sa Majesté doit séjourner pendant quelque temps ; les faiseurs de conjectures paraissent satisfaits de cette prolongation, parce qu'ils pensent qu'elle a pour objet des conférences de la plus haute importance. — 5 0/0, jouissance de germinal, 56 fr. 75, 80, 85, 80, 75 ; idem, jouissance de vendémiaire an XIII, 54 fr. 30. Actions de la Banque de France, 1 .130 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3832.)
Journaux.
Journal des Défenseurs du 23 fructidor : « Paris, le 22 fructidor. . . .La nouvelle communication que l'on établit entre le Palais du Sénat conservateur et l'Observatoire, à travers le jardin des Chartreux, va former un point de décoration pour ce quartier de Paris. La correspondance de ces deux monuments appellera l'attention du voyageur, et le conduira de l'un à l'autre par des rues larges et de vastes promenades, où l'œil enchanté se reportera tour à tour sur les formes du paysage, sur la magnificence de ces deux édifices, et sur le dôme du Panthéon, dont l'architecture surmonte et domine toute cette partie de la ville »
23 FRUCTIDOR AN XII (iO SEPTEMBRE 1804).
Ministère de la police générale. — Bulletin du 24 fructidor.
Paris. Bruits. Départ des acteurs. — Il circule que les acteurs du Théâtre-Français sont partis pour Mayence, et qu'ils doivent y jouer pendant vingt jours. On ajoute qu'on a expédié, dimanche, un courrier à M"" Raucourt, à Orléans, pour qu'elle se rendit sur-le-champ à Paris et partît avec les autres acteurs. On en conclut que le retour de Leurs Majestés est encore éloigné
(Arch. nat., AFiv, 1490.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — On rapporte que M. de Cobenzl a écrit hier à quelqu'un de sa connaissance que tout allait bien, et l'on est parti de là pour
249 PARIS SOUS L'EMPIRE [10 septembre 1804]
parler de la paix. On a répandu hier le bruit, dans différents endroits publics du Palais du Tribunal, que le Grand-Seigneùr avait notifié au général Brune qu'il ne pouvait point reconnaître S. M. l'Empereur, qu'il avait conclu un traité secret avec la Russie, par lequel il s'engageait à fournir à cette puissance quarante à cinquante mille hommes. On recommence à s'occuper beaucoup de la descente en Angleterre, et l'on dit qu'elle doit avoir lieu bientôt et au moment où l'on s'y attendra le moins. Du reste, les réunions publiques n'ont rien offert de remarquable aux observateurs. . .
Journaux. — Plusieurs journaux, d'après une gazette de Francfort, parlent, comme de bruits assez accrédités, de l'intention où serait le roi de Prusse de se conférer le titre d'empereur et la dignité impériale. Ils ajoutent que cet événement paraît assez prochain. Suivant les mêmes papiers allemands, on parle de l'occupation de toutes les côtes de la mer du Nord, au cas que les Russes commençassent les hostilités contre la France. On dit même que, si cet événement avait lieu, les villes hanséatiques recevraient momentanément garnison française. On lit également dans le Publiciste un article daté de Francfort, le 5 septembre (18 fructidor), et ainsi conçu : « Les communications amicales qui ont eu lieu si longtemps entre le cabinet de Pétersbourg et plusieurs princes de l'Empire ont cessé tout à fait ; on attribue cette circonstance aux refus qu'ils ont faits de suivre à la Diète les instructions que les ministres russes ont voulu leur donner à l'égard de l'événement d'Offembourg et d'Ettenheim. » Les autres nouvelles de l'étranger n'ont pas paru de nature à mériter une attention particulière. . .
Bourse. — A l'ouverture du parquet, les 5 0/0 ont été très offerts au comptant, et sans autre cause, a-t-on dit, que le besoin de faire des fonds pour la fin du mois. Cet empressement de vendre a établi, momentanément, une différence de 40 centimes entre les marchés au comptant et ceux de la fin du courant ; mais, vers la fin de la Bourse, les cours se sont rapprochés et améliorés au point qu'il n'y avait plus que des demandes, et point d'offres. Les transactions commerciales sont un peu moins animées que les jours précédents; les cafés et les cotons pour fabriques sont les articles les plus demandés ; les autres ne vont que pour la consommation. — 5 0/0, jouissance de germinal ; 56 fr. 75, 60, 50, 60, 70, 80 ; idem, jouissance de vendémiaire an XIII,
54 fr. 10 c
Dubois.
(Arch. nat., F', 3832.)
[11 sEi'TEMBRE 1804] PARIS SOUS L'EMPIRE 250
Journaux,
Publiciste du 25 fructidor : « Paris, le 2i fructidor. .. .Le Journal de Paris, en rapportant aujourd'hui, d'après le Publiciste du 22, révénement des bœufs dans une boutique de faïence ', ne voulant pas laisser échapper l'occasion de faire montre de sagacité, frappe de critique notre réflexion que c'est là un avis aux faïenciers ([ui se trouvent sur la route des bœufs. Il est facile, dit ce journal de comprendre la peur que cet avis donnera ; mais non pas au profit que les faïenciers en pourront tirer. Quant à nous ce que nous comprenons le moins, c'est que notre avis puisse faire plus de peur qu'un troupeau de bœufs dans les rues ; et quant au profit, quoique nous n'ayons pas prétendu, en énonçant notre réflexion aux honneurs d'une grande utilité publique, il nous semble ({u'on en peut tirer du moins la leçon qu'on ne doit pas mettre indiscrètement l'appât du foin à portée des botes qui en mangent, et qu'on doit, quand des troupeaux de bœufs en liberté défdent dans les rues, redoubler de soins et de vigilance. Nous pourrions peut-être ajouter que notre avis peut servir aussi à rappeler qu'on ne devrait veiller qu'à ce qui se passe chez soi, quand on n'a qu'une maison de verre et des meubles fragiles ; mais ce serait de la surabondance. Peut-être même aurions nous dû bornera nous prévaloir en preuve de l'utilité, ou du profit de notre avis, précisément de la grande peur qu'on dit qu'il doit faire, conformément à cet adage bien connu : initium sapientiae timur. — Post-scriptwn. Nous rétablissons toutes choses en leur état dans la boutique du faïencier de la Vieille-Rue du Temple ; point de bœufs, point d'accident, rien de cassé. Tout est d'invention, mais non pas de la nôtre assurément. C'est l'ingénieux amusement d'un oisif, rapportant un événement qui, s'il était aussi vrai qu'il pouvait facilement l'être, n'était pas au-dessous d'une mention, mais si simple en même temps que son invention est une platitude. Du reste on n'a rien omis de ce qui pouvait donner confiance à la lettre où on nous en avait fait part. Tout est exact, au fait près : boutique, qualité de marchandises, etc. Le marchand nous a écrit pour nous détromper; et, cette fois, pour nous assurer que ce n'était pas un faux marchand, comme il y avait eu un faux nouvelliste, nous avons fait vérifier. C'est grande pitié qu'il faille se mettre en défiance pour si peu de chose et pour un mensonge sans motif et sans intérêt. Quant au Journal de Paris, nous ne devons pas moins réponse à la marque d'attention qu'il nous a donnée, et notre remarque subsiste. »
Ml.MSTKHE^PE LA POLICE GÉNÉRALE. — BULLKTIN DU 25 FRUCTIDOR.
Manifeste de la Russie. — Le manifeste de la Russie est connu et a été lu à Paris. Il est basé particulièrement sur deux allégations : la