‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 67 sur 221 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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251 PARIS SOUS L'EMPIRE [11 septembre 1804]

première relative à l'affaire de Baden ; la deuxième a rapport au défaut d'exécution d'une condition du traité de paix qui garantissait au roi de Sardaigne une indemnité en Italie. Le manifeste contient d'ailleurs les distinctions d'usage entre le « gouvernement » français, et la « nation », envers laquelle l'empereur Alexandre se montre prodigue de ses éloges *. La déclaration de guerre, en forme, termine cette pièce.

Paris. Police correctionnelle . — Le tribunal correctionnel a prononcé hier sur l'accusation de viol portée à ce tribunal contre un particulier, qui n'était pas nommé, et six complices. Cinq des accusés ont été condamnés à un an rie prison, leur complicité étant constante. Le public a paru surpris que le principal coupable n'ait pas été désigné et mis en jugement. Les journaux, qui rendent compte de l'affaire, le disent inconnu. L'auditoire était extrêmement nombreux. On s'attendait à voir paraître le général Lecourbe, que la voix publique désignait comme l'auteur de ce viol. Son nom se prononçait hautement et circulait de bouche en bouche. On faisait des observations sur l'indulgence des juges, que l'on attribuait à sa qualité. Ily a eu effectivement une plainte portée à la police sur un événement, il y a quelques mois, et elle parut alors dirigée contre ce général

(Arch. nat., AF iv, 1490.)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Etrangers. — Hier, dans une réunion au Palais du Tribunat, on parlait de la guerre et plusieurs personnes assuraient qu'elle n'aurait pas lieu. Le prince Sapieha, qui était présent, offrit de parier 2.000 louis que la paix serait faite même avec l'Angleterre avant deux mois, qu'il avait, à cet égard, des renseignements certains ; qu'il savait beaucoup de choses qu'il ne pouvait pas dire ; que S. M. l'Empereur des Français était le premier politique de l'Univers.

Militaires. — On rapporte que les vétérans de la 10® demi-brigade murmurent beaucoup de ce qu'on leur a donné l'ordre, depuis quelques jours, de tenir leurs effets et leurs sacs en bon état ; ils croient qu'on veut les faire partir, et ils en montrent de l'humeur. M. Vignacourt, capitaine de vétérans, dit qu'en général il règne beaucoup de mécontentement dans tout le corps, et que les soldats se plaignent de ce que le service est trop rude.

1. En marge, de la main de Fouché : « L'empereur Alexandre donnera sûrement Tordre de ne point tuer les soldats frani;ais. »

[12 SEPTEMBRE 1804] PARIS sous L'EMPIRE 252

Réunions. — Les réunions n'oiïrent rien de remarquable depuis quelques jours. On répandait hier le hruil qu'il y avail beaucoup de désertions dans l'armée de Boulogne, et que le pain valait 6 sols la livre dans le pays et aux environs.

Journaux. — L'examen de journaux n'a donné lieu aujourd'hui à aucune remarque importante; les articles littéraires même ne méritent pas d'être notés.

Théâtres. — On a donné, hier, au théâtre Louvois, la première représentation d'une comédie en un acte et en vers, intitulée : La Prévention Maternelle . Cet ouvrage un peu sérieux, et du reste très moral, a obtenu un succès complet : l'auteur a été demandé. M. Delrieu a été nommé et amené sur le théâtre. Le calme a été parfait pendant tout le spectacle. . .

Bourse. — Les négociations de rentes ont été assez languissantes, et, néanmoins, le cours s'est parfaitement soutenu ; ce ralentissement n'a d'autre motif que le changement de la jouissance des arrérages, qui a commencé aujourd'hui, et qui a occupé la majorité des agents, plus à la Trésorerie qu'à laBourse,pour les signatures des transferts, qui ne pouvaient se remettre. — 5 0/0, jouissance de germinal, fermée; trfem, jouissance de vendémiaire an XIII, 54 fr. 50, 40, 50. Actions de la Banque de France, 4.130 francs.

Dubois.

(Arch. nat., F', 3832.)

25 FRUCTIDOR AN XII (12 SEPTEMBRE 1804). Rapport de la pkéfecture de police du 26 fructidor.

Réunions. — La présentation des ambassadeurs à l'audience de Sa Majesté à Aix-la-Chapelle a produit une forte sensation sur l'opinion publique ; elle a fait naître, chez les amis du gouvernement, l'espérance de la paix, et chez les Bourbonistes la crainte de ne point avoir la guerre ; les premiers ont vu dans cette démarche de deux cours puissantes un gage certain de la pacification du continent, tandis que les seconds l'ont regardée comme une preuve de pusillanimité, de faiblesse et de crainte. — On dit que le chargé d'affaires de Russie, parti il y a peu de jours de Paris, et actuellement à Mayence, voulait continuer sa route ; mais que, ses passeports ne le conduisant pas

233 PARIS SOUS L'EMPIRE [12 septembre 1804]

plus loin, il en sollicitait un autre pour repartir, et qu'il paraît qu'on le fait attendre. — On annonce comme une chose positive que la cour de Suède envoie un ambassadeur pour le couronnement de Sa Majesté. — L'adjudant général Saint-Charles dit qu'il est sur le point de partir pour Varsovie, par ordre d'un ministre ; qu'il est chargé d'aller observer le comte de Lille, et qu'on lui donne 2.000 louis pour cette mission. — On dit que Sa Majesté donne 5 millions au Pape pour son voyage à Paris. On assure que le cardinal Maury montre un vif désir de revenir en France, qu'il est très mal avec le Pape et avec tous les cardinaux, qui n'en voulaient pas pour collègue ; il est réduit à un très mince revenu et obligé de rester dans son diocèse ; enfin on ajoute que c'est la mort de l'archevêque de Tours qui a réveillé son attachement pour la France, et qu'il désire beaucoup obtenir ce siège.

Journaux. — Les journaux ne renferment de remarquable que des extraits assez nombreux de gazettes anglaises, mais qui se trouvent tous publiés dans le Moniteur de ce jour. Le Citoyen français entreprend la défense de l'ouvrage de M. de Villers : De l'influence de la réforme de Luther sur le progrès des lumières en Europe. C'est une sorte de réponse aux feuilletons du Journal des Débats. Mais l'article du Citoyen français consiste moins en observations qu'en citations historiques, dans lesquelles une suite de papes est présentée sous un jour assez défavorable. Ils sont peints en effet comme intolérants, ambitieux, cruels, ou persécuteurs. . .

Bourse. — Le mouvement des affaires n'a pas été plus animé qu'hier, et le cours des rentes a été constamment assez faible. Les spéculateurs n'attribuent ce résultat qu'à la grande rareté de l'argent, et c'est d'après le même motif que l'opinion parait fort chancelante sur la réaction que pourra produire la liquidation de la fin du mois. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 54 fr. 45, 50, 40. Actions de la Banque de France, 1.127 fr. 50.

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3832.)

Journaux.

Journal des Débais du 26 fructidor : « Paris, 2o fructidor. ... La plupart des acteurs tragiques de la Comédie-Française sont partis hier pour Mayencc. De ce nombre sont M""" Raucourl, Duchesnois, Dourgoin et Thénard ;

[13 sKi-TEMURE 1804] l'AHIS SOLS L K.MPUŒ 2^4

MM. Saint-Prix et Lafonl*... >- — Gazette de France du 26 fructidor : « Préfecture de i'olice, Paris, 25 fructidor an XII. Lo Publicisle a annoncé dimanche dernier que l'avant-veille, un troupeau de bœufs était entré dans la boutique d'un faïencier, Vieille rue du Temple, et y a causé un dommage considérable. C'est sur la foi d'une lettre signée L.M.R. (et par conséquent anonyme) que le rédacteur s'est permis de publier un fait absolument faux ; c'est une tactique bien connue de la police, employée déjà par des hommes qui voudraient avoir le privilège exclusif des tueries à Paris, et ce n'est pas la première fois que le même journaliste a publié de prétendus accidents de cette nature, que toutes les autres feuilles copient le lendemain. Ainsi des inquiétudes se répandent et se propagent dans le public par l'insertion indiscrète d'une nouvelle controuvée qui n'a pour garant qu'un anonyme. »

Ministère de la police générale. — Bulletin du 27 fructidor.

Paris. Bruits de paix. — Depuis quelques jours, on fait circuler dans Paris qu'il y aura à Mayence un congrès où la paix générale sera conclue. Les banquiers les plus accrédités paraissent adopter cette opinion. Pour la confirmer, on ajoute qu'il est certain que le ministre de la marine a fait suspendre tous les enrôlements qu'il avait commandés

(Arch. nat., AFiv, 1490.)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Culte. — Les partisans de la liberté des cultes et des consciences, les protestants et notamment ceux du faubourg Saint-Germain, parmi lesquels sont des hommes très éclairés, ne voient point avec plaisir l'arrivée du Saint-Père à Paris. Plusieurs de ces protestants ont dit que M. Marron, chef du Consistoire, craignait que le Pape ne piît assez d'influence auprès du gouvernement pour l'engager à catholiciser toute la France ; que, depuis longtemps, c'était le but de la cour de Rome, et qu'elle voulait soumettre toute l'Europe à son culte.

1. Cf. L. de Lanzac de Laboric, Paris sous Napoléon, 7* série, le Théâtre français, p. 2'M.

255 PARIS SOUS L'EMPIRE [13 septembre 1804]

On part de là pour craindre le rétablissement des couvents et des dîmes, et surtout le retour du despotisme théocratique. Le curé de Sainte-Marguerite, faubourg Saint-Antoine, insinue dans les sociétés, qu'il dépouillera bientôt les municipalités du droit d'inhumer les morts, parce qu'elles exigent des malheureux des sommes trop fortes, ce qui empêche le plus souvent les parents du défunt de le présenter à l'église ; qu'il doit adresser, à cet égard, au gouvernement un mémoire qui sera appuyé par M. l'archevêque et tout le clergé. Le peuple se plaint, de son côté, des sommes que les mairies et surtout le sieur Bobé, entrepreneur général des convois, exigent ; et plus encore des difficultés et démarches sans nombre, auxquelles sont exposés les parents de ceux qui meurent dans la misère, lorsqu'ils veulent les faire passer à l'église.

Étrangers. — M. de Cobenzl, qui avait annoncé son prochain retour, ne sera point à Paris avant quinze jours. On donne pour cause apparente ou réelle de ce retard un voyage qu'il fait dans l'intérieur et sur les côtes de la Hollande.

Exclusifs. — Les hommes de ce parti continuent de jaser beaucoup ; ils disent que l'époque du couronnement ne sera pas aussi tranquille qu'on le pense ; que les royalistes semblent méditer quelque coup qui retombera sur eux, et qui remettra la République sur pied ; que les troubles prendraient naissance dans le Sénat ; qu'on travaillera fortement les troupes qui se trouveront à Paris ; que le nombre des patriotes est encore immense, mais qu'ils ne se montreront que quand ils seront sûrs du succès. Plusieurs de ces hommes, notamment Perrotin, ancien employé de la guerre, Fayé, autrefois employé à la pohce, et Jacquemin, ancien membre du comité révolutionnaire de la section de Grenelle, et à présent employé à la guerre, s'exprimaient hier dans ce sens en petit comité.

Réunions. — M. Trinquesse, ancien négociant, dit que les banquiers portent à 60 millions les dépenses à faire pour le couronnement; qu'ils prétendent que, si la magnificence fait circuler l'argent, la trop grande dépense fait manquer ce but et resserre les bourses.

Depuis quelques jours, on voit exposée avec une espèce de profusion chez les marchands d'estampes une gravure représentant Alexandre I*", empereur de toutes les Russies. . .

Bourse. — La Bourse a été beaucoup moins peuplée t)u"à l'ordinaire, et il s'est fait si peu d'afTaires, qu'il n'a été publié qu'un seul cours des cinq pour cent ; la rareté extraordinaire de l'argent, dont on se plaint généralement, avait fait craindre un peu de baisse ; et

[14 SEPTEMBRE 1804] PARIS sous L'EMPIRE 256

Ton regartie comme un grand avantage la stagnation flans laquelle le cours est resté depuis hier. Les cafés sont maintenant le seul article du commerce qui soit demandé, et dont la hausse se soutienne. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 54 fr, 30. Actions de la Banque de France, 1.130 francs.

Dubois.

(.\rch. nat.,F', 3832.)

CXYII

MiNISTÈRi: DK LA POLICE GÉNÉRALE. — BULLETIN DU 28 FRUCTIDOR.

Italiens. — Un particulier rapporte qu'étant hier à l'Opéra, il a lié conversation avec des Italiens qui se trouvaient à côté de lui. Ils ont assuré que la cour de Pétersbourg avait fait remettre au Pape une note par laquelle on lui déclare implicitement que, s'il entreprend le voyage de France, il éprouvera des obstacles pour retourner dans ses États. Ils citaient à l'appui de ce récit des lettres très récentes,

d'après lesquelles le Pape n'était pas déterminé à partir

(Arch. nat., AFiv, 1490.^,

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Réunions. — On disait hier, chez M»» Fanny Beauharnais, que le Pape ne viendrait point à Paris, comme on l'avait annoncé, que l'on savait de chez le légat qu'on avait tenu à Rome un conseil secret, dont le résultat avait été de supplier Sa Sainteté de ne point entreprendre ce voyage, et qu'elle avait cédé au vœu du Saint-Collège. On dit dans les sociétés que le gouvernement éloigne le commencement des hostilités jusqu'après le couronnement, qu'on cherche à désunir le corps germanique, et que c'est là le but de la réunion d'Aix-la-Chapelle. On répand le bruit qu'on donnera Constantinople au roi de Sardaigne, en indemnité du Piémont et de la Savoie, et que le Grand-Turc sera rélégué en Asie. — Ou a reçu des nouvelles de Moreau, portant qu'il a différé son départ pour les États-Unis d'Amérique ; ses partisans disent qu'il ne reste en Espagne que pour être mieux informé des suites du couronnement de Sa Majesté.

2o7 Paris sous l'empire [14 septembre 1804]

Vainqueurs de la Bastille. — Plusieurs vainqueurs de la Bastille ont parcouru hier le faubourg Saint-Antoine et ont été fort mal accueillis dans les cabarets à cause de leur jactance et de leurs propos. L'un d'eux, nommé Bachelet, portant l'uniforme de sergent de vétérans, racontait avec emphase qu'il avait été chez M. de Lacépède, et qu'on lui avait répondu qu'il n'y avait encore rien de terminé à cause de l'absence de Sa Majesté : « Mais, a-t-il ajouté, on reconnaît la légitimité de notre demande ». 11 assaisonnait ses discours d'expressions insultantes pour les premières autorités, et répétait que, si ses camarades et lui n'étaient point admis dans la Légion d'honneur, ils sauraient bien se venger et faire voir qu'eux seuls avaient fait la Révolution, et qu'ils étaient toujours patriotes. Ces propos ont excité la colère des ouvriers, qui les ont traités de coquins, d'ivrognes, de pilleurs de boutique, etc. Bachelet et ses adhérents n'ont eu que le temps de prendre la fuite. Beaucoup d'ouvriers des faubourgs sont dans l'intention de les battre, s'ils viennent chercher à exciter du trouble dans leur quartier.

Académie de Législation. — Cette Académie a fait hier la distribution des prix. M. le conseiller d'État Fourcroy a présidé la séance, à laquelle ont assisté MM. les maréchaux Berthier et Murât. L'assemblée était brillante et nombreuse.

Journaux. — Les feuilles de ce jour ne renferment rien qui ait pu donner lieu à une remarque importante...

Bourse. — Les négociations de rentes ont été un peu moins languissantes qu'hier, mais elles ont eu le même résultat. Après d'assez fortes apparences de baisse, le cours s'est remis à peu près au taux où il était. Selon l'opinion générale, la rareté de l'argent et conséquemment l'accroissement de l'intérêt sont toujours les seuls motifs qui arrêtent la hausse. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an Xill, 54 fr. 30. Actions de la Banque de France, 1.130 francs.

Moniteur du 28 fructidor : « Paris, le 27 fructidor. Dimanche 29 et lundi 30, sera exposé dans la salle du l.aocoon, aux Kcoles de peinture et de sculpture, le concours pour le grand prix de peinture proposé par la classe des Beaux-Arts de l'Institut national. »

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