Voir plus liant, p
281 PARIS SOUS L'EMPIRE [27 sf.ptem^be 1804]
dans la salle du Théàlre Olympique, rue de la Victoire. » — Journal des Dames et des Modes du 5 vendémiaire: « Paris, le 4 vendémiaire. ...Un jeune homme de bon ton ne pouvait aller à la promenade, depuis quelques jours, sans avoir une canne ; et cette canne doit être absolument de ces joncs de mer appelés rotins. La racine la plus dure et la plus grosse tient lieu de pomme on y fait seulement incruster un écusson en argent ou en or. Telle est la mode des cannes; car il y a une mode, même pour cela... » — « De grands préparatifs se font pour cet hiver ; il parait que le plus grand luxe et la plus sévère étiquette présideront aux réunions du soir. Les élégants et les petites maîtresses de Paris tiennent en activité tous les ateliers de Lyon. La broderie pour habits d'homme et de femme reprend faveur d'une manière inattendue ; non seulement on porte des habits comme les amoureux de théâtre, mais la broderie en est même plus large; l'or, la soie et les paillettes y sont employés, et tout annonce que la parure de cet hiver conservera son élégance, en y ajoutant plus de richesse que jamais '. . . . »
Ministère de la police générale. — Bulletin du 6 vendémiaire.
Puivert, détenu au Temple. — Le sieur de Puis'ert, arrêté à Belleville en venlùse an XII, sous le nom de Bonafé, convenait bien des mouvements qu'il avait cherché à lier dans le Midi, en l'an VII et VIII. Il avait même reçu à Hambourg et apporté en France une somme de iiO.OOO francs que lui avait donnée le comte de La Chapelle. Mais il soutenait : 1° n'avoir jamais reçu d'autres fonds des princes que ces 30.000 francs; 2° avoir cessé tonte espèce de correspondance relative aux opérations politiques dont il avait été chargé précédemment. Ces deux assertions ont été détruites entièrement. D'abord il est prouvé que c'est lui qui, de concertavec la dame de Montpezat. a cherché, à la fin de l'an XI, à concilier, au profit des Bourbons, les jacobins avec les royalistes. Le général Desnoyers déclare avoir été envoyé pour cet objet à Varsovie, et il a soutenu, dans sa confrontation avec Puivert, que c'est ce dernier qui lui a donné 3.000 francs pour cette mission, et qu'il l'a chargé de trois lettres pour le comte de Lille, pour M. d'Avaray et pourxM. Tauvenay. M de Puivert a nié tout cela à la confrontation, quoique d'ailleurs il ne cesse pas de voir amicalement Desnoyers
1. Le même article se trouve dans la GaseUe de France du 6 vendémiaire.
[27 ?Ki>TKMimF. 1S041 IVMHS SOI S l/KMPIRE 2K2
ail Ti'iTiple. Il esl •■ncore prouvé, par les comptes du Puivert et j»ar rin>pecti(in de* livres de son i)aiuniier M. Teyssère), (|u'il a tiré directement, en nivù?c an XII, une somme de ^9 716 francs sur Midler, lianrpiier de d'André, à Vienno, sous le nom de Rouer, qui est lancien nom de convention <!e Pniverl. Il i)araîl même que la totalité des fonds reçus à Vienne, par l'intervention de M. Toyssère, serait de 70.000 francs environ. Puivert, contraint par la déclaration positive de M. Teyssère, esl convenu av(dr tiré ces 29.716 francs sur Muller. II avoue que cette somme était pour donner des gratifications à ceux qui avaient travaillé dans le Midi et qui pouvaient être dans le besoin. Et, en effet, il déclare avoir donné à M. Caire (mis en liberté) 14.000 francs, 10.000 francs à Lacoclie (détenu cà Lourdes). Ce Lacoche a toujours nié avoir été dans cette agence, et, interrogé récemment sur ces fonds, il a nié les avoir reçus, malgré la déclaration conforme de Puivert. Comme il est douteux qu'au bout de trois ou quatre ans on fasse passer de l'étranger des secours aussi considérables à ceux qui ont travaillé dans les affaires et qui en sont retirés tout à fait, on a lieu de croire que ces fonds sont pour la suite active et présente de ces mêmes opérations.
Enfin, il est encore connu que M, de Puivert a continué d'entretenir, depuis l'an VIII, des correspondances avec Willot, tant à Mahonqu'à Londres. Puivert est un liomme très fin et serré, qui compte obtenir sa liberté par la lassitude ou l'indulgence du gouvernement, ou par l'intervention de quelques amis puissants et sans que son afiaire soit autrement éclairée. Quant au général Desnoyers, c'est un homme borné. On pourrait même penser qu'il n'a été mêlé dans cette affaire que par occasion et transitoiremenl, si on ne savait que déjà, il y a cinq ou six ans, lorsqu'il commandait en Brisgau, il faisait passer à d'André des bulletins et en recevait de l'argent. On doit néanmoins rendre justice à la bonne foi qu'il a mise dans ses déclarations dans cette dernière afiaire...
Fontaine liiré. — Arrêté en Tau X comme prévenu de liaison avec les conspirateurs de Bayreulh. Des créanciers ont profité de cette circonstance pour le faire écrouer à La Force. Sous le rapport politique, il ne paraît pas qu'il y a lieu de prolonger sa détention. Le préfet de police est chargé de le mettre en liberté, s'il lui est justifié de la levée de l'écrou
Afi-U. ii;il., .M-'iv, r.'.il.i
283 PARIS SOUS L'EMPIRE [27 septembre 1804]
Rapport Dii: la préfecture de police du même jour.
Commerce. — DifTérentes raliriques de bijouterie ont porté ces jours derniers à la marque, pour y êlre poinçonnée, une immense quantité de bijoux destinés pour la foire de Leipsig. Ces objets, en raison de la richesse des ornements et de la main-d'œuvre, doivent, dit-on, rapporter en retour une masse plus que double de la matière. On dit, dans le haut commerce, que jamais la rareté du numéraire ne s'est fait plus vivement sentir que dans ce moment, et que les capitalistes resserrent tous leurs fonds. Les ouvriers paraissent craindre que cet hiver le prix des denrées de première nécessité n'augmente encore.
Réunions. — On dit que les soldats de l'armée de Boulogne envoient beaucoup d'argent à leurs parents, et qu'ils ne manquent de rien. On parle beaucoup des préparatifs du sacre de Sa Majesté ; on s'attend que cette circonstance, attirant ici un grand nombre de curieux et d'étrangers, répandra beaucoup d'argent dans la circulation.
Octroi. — L'impôt perçu sur les raisins aujourd'hui a excité beaucoup de murmures. Des gens de campagne, n'ayant point d'argent sur eux, ont été obligés délaisser des effets en gage.
Evénements. — Hier, aux Champs-Elysées, les nommés Collet, grenadier à cheval de la garde impériale, et Coffreur, dragon de la garde de Paris, se sont portés à des actes de fureur et de violence, en frappant de la monture de leurs sabres plusieurs personnes qui se promenaient tranquillement. Ces deux militaires ont été arrêtés et conduits à l'Etat-Major. Un troisième, qui s'était porté aux mêmes excès, est parvenu à s'évader...
Bourse. — La Bourse de ce jour a présenté le contraste parfait de celle d'hier. Les négociations ont été nombreuses, les rentes constamment demandées, et leur cours, après une amélioration sensible, s'est fermé dans les meilleures dispositions. Les actions de la Banque se soutiennent l(jujours parfaitement, — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, o5 fr. 20, 30, 3o, 55, 50, 55, 43, 40. Actions de la Banque de France, 1,110 francs.
Dubois.
(Aixh. nat., F', 3833.)
JOUP.NAUX.
Gazette de France du 6 vendémiaire : « Paris, 5 vendémiaire. ...Pendant lout lété les femmes étaient couvertes jusqu'au menton, et presque
[28 sni'TKMiiRK 1804] l'AlUS SOIS l.KMPIiiP: 284
étouffées par d'riiorines i)i'lciines qui, on embrassant le col, descendaient jusqu'aux épaulos. Depuis (|uc ratmosplièro est un peu vive, elles portent •les robes fpii laissent voir leur col et leur poitrine, et toutes les pèlerines sont tombées au inonicnl peut-être où elles auraient dû avoii' pins de vogue que jamais. »
MlNlSTÈRK DE LA POLICK GKNRRALR. — RlLT-ETIN DU 7 VKNDKMIAIRE.
Paris. Esprit public. — On sent plus vivement, de jour en Jour, l'absence de l'Empereur. On entend des vœux pour son retour. Ils échappent môme à des hommes qu'on a vus quelquefois fronder le gouvernement. On est calme sur toute espèce de nouvelles, on parait rassuré sur les dispositions des puissances étrangères. On se porte en foule au Salon pour voir V Hôpital de Jaffa ', et ce tableau n'a que des admirateurs. Des personnes de toutes les classes, ai)rès l'avoir examiné longtemps, paraissent attendries... Plusieurs ont dit avec émotion : « C'est la plus belle action de l'Empereur. »
Déloyauté et Brunel. — Le premier avait été dénoncé par le second, comme le principal agent d'un vaste complot contre l'Empereur et contre la sûreté de l'État. Rrunel, connaissant la haine de Déloyauté contre l'ordre actuel des choses, provoqua celui-ci, par quelques propos contre le gouvernement, à en tenir d'autres, pour ensuite le dénoncer. Déloyauté, qui avait besoin d'argent pour une entreprise de roulage qu'il voulait l'aire, et à qui Rrunel avait promis d'en procurer, parla dans son sens et renchérit môme sur lui. Il en résulte qu'ils ont cherché à s'attraper mutuellement, et que la préten lue conspiration dénoncée par Rrunel se réduit à rien. Cependant Déloyauté est reconnu pour émigré, et avoir été en relation avec le prince de Condé en 1792. Il passa depuis en Angleterre, où il s'est marié, et n'en est revenu qu'il y a deux ans. Rrunel, ancien gendarme, a quitté le service il y a quatre ans; depuis il a tenu un cale au Palais du Tribunat, y a fait faillite. Il est actuellement aux expédients pour vivre. L'uîi et l'autre très dangereux. Ordre de déposer Déloyauté au Temple et Rrunel à Bicêlre
(Arch. n,it.. AI-' iv, 1491.) 1. Voir plus liaut, p. 280.
285 PARIS SOUS LEMPIHE [28 septembre 1804]
HaPFORT DK la préfecture Dli POLICK DU MÉMK JtJUH.
liéunions. — Lapins parfaite Iranquillilé continue de régner dans Paris. On ne parle que de ce qui va se passer à Mayence, et l'on en attend avec impatience les résultats. Il est toujours question dans le public du prochain embarquement de toutes les troupes destinées à la descente. Les travaux pour les préparatifs du couronnement de Sa Majesté redoublent d'activité.
Journaux. — Les feuilles publiques de ce jour renferment peu de nouvelles qui attirent une attention particulière. On remarque seulement que tous les journaux fiançais viennent d"étre prohibés en Suède [Journal des Débats); que les membres de la maison de Bourbon vont se réunir à Calmar, ville de Suède, oii fut conclue la dernière alliance des puissances du Nord [idem) ; que déjà on parle d'une alliance entre la Suède et l'Angleterre (le Citoyen français, article Francfort) ; enfin que le frère du marquis de Wellesley va remplacer, à Madrid, monsieur son frère. Sous le rapport d'opinions politiques, les journaux ne présentent aucun article.
Cour de jxislice criminelle. — La cour de justice criminelle a condamné Pierre-Joseph Coppe, Etienne Duruy, le premier à la peine de mort comme fabricateur de fausse monnaie, et le second à quinze ans de fers pour émission de fausse monnaie.
Bourse. — Les cinq pour cent se sont encore améliorés. Cette hausse progressive inspire d'autant plus de confiance qu'elle a lieu sans secousses violentes. Aussi l'opinion se prononce-t-elle généralement en sa faveur. Les actions de la Banque n'ont éprouvé aucune variation. On remarque avec satisfaction que les négociations se négocient sic) avec plus de facilité, ainsi que le papier, dont l'intérêt est un peu baissé. — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 55 fr. 55, 60,55,50,60, 55. Actions delà Banque de France, 1.110 francs,
1 107 fr. 50.
Dubois.
■,.\icii. iiat.. F\ 3833.;
JOUH.NAUX.
(^itujjcn français du 7 vendémiaire : « Paris, 6 vendémiaire. ...Les donations aulhenliques faites aux pauvres et aux hospices pendant le cours de l'an XII se sont élevées à 2.222.o91 francs. Elles s'étaient élevées en l'an XI à 2.044.145 francs, mais il faut observer qu'étaient compris dans cette dernière somme, i° un legs extraordinaire d'un million fait aux hospices de Turin par M. Roasio, avocat ; 2» les legs au-dessous de 100 francs, qui, d'après
(29 sKi-TEMiim: I80i^] P.UtlS SUIS I/KMIMIŒ 286
un ani'lô du gouverneiiu-iil n'ont plus besoin, pour èlre valables, que de l'autorisation des préfets, et ne sont pas compris dans l'état de donations de l'an XII ; d'oix il résulte que ces donations, qui pendant l'an XI avaient fort surpassé celles de l'an X, ainsi (|u'on l'a remariiué alors dans ce journal, ont surpassé pour l'an XII celles de l'an XI de plus du double. Cette circonstance peut faire juger mieux (jue beaucoup de raisonnements, du progrès de l'aisance générale, fruit nécessaire d'un bon gouvernement, et du développement chez les individus des sentiments de bienveillance et d'humanité qui se manifestent presque toujours à la suite de ces progrès »
Rap1>0|{T de la PRKFECTLKE UE police du 8 VENUÉMIAIHE.
Lodoiska Ghodzkiewicz, Polonais, ancien adjudant, commandant à l'armée d'Italie, le même qui a déjà rendu service au gouvernemenl dans l'affaire du général Guidai, etc., arrivant de Russie, m'a confié qu'étant dernièrement à Yilna, l'ex-duc de Fleury, après s'être exprimé vis-à-vis de lui dans le style des journau.K anglais contre S. M. l'Empereur, et avoir voulu lui faire croire que c'était à dessein de la faire exterminer qu'une partie de la Légion polonaise avait été envoyée à St-Domingue, l'a i)résenté au comte de Lille et lui a remis une lettre de crédit de 500 ducats sur les frères Bethmann, de Francfurt-sur-le-Mein ; il lui a donné mission de correspondre avec lui sous cette adresse, de lui faire connaître les noms des officiers mécontents et ceux de tous les généraux et colonels qui sont à l'armée de Boulogne. Le général russe, gouverneur de Vilna, nommé Bennigscn, l'un de ceux qui ont assassiné Paul I^', a eu des conférences dans le même sens que l'ex-duc de Fleury avec Loduiska, et lui a remis une lettre de crédit de 1.000 ducats sur M. Porregaux, banquier à Paris ; il lui a aussi donné mission de lui envoyer les noms des personnes de la maison civile et mililaire de l'Empereur, qui approchent Sa Majesté de plus près; il doit correspondre avec Rennigsen, sous le couvert du général Baur, à Dubno. Loiloi>ka m'a ajouté qu^un gentilhomme russe, nommé Kobilensky, était chargé de suivre tous les gens de S. M. l'Empereur, et qu'il savait que ce Russe était très lié avec le général Oudinot. On a promis à Lodoiska de ne pus le laisser numquer de fonds ; il n)'a montré les deux lettres de crédit dont je viens de parler, il a ordre de voir souvent le prince Sapieha, qui est à Paris, et dont la femme est la maîtresse de l'Empereur de Russie. Lmloiska m'a
287 PARIS SOUS L'EMPIRE [30 septembre 1804]
promis de m'inslriiire de tout ce qu'il découvrirait. J'ai de mon côté, établi une surveillance sûre auprès de lui ; il demande le plus grand secret, parce que sa mère est restée en Pologne.
M. Faujas, professeur au Jardin des Plantes ^ a vu ces jours derniers le tribun Garnot, qui lui a dit que la situation de l'Europe inquiétait S. M. l'Empereur; que lui, Garnot, voulait attendre les événements et ne se mêler absolument d'aucune intrigue. M. Faujas a ajouté que Garnot n'était pas le seul de son avis.
Ouvriers. — Tous les ateliers sont tranquilles. Les travaux sont dans la plus grande activité. Les demandes en bijouterie augmentent chaque jour.
Dubois.
Moniteur du 8 vendémiaire an XIII: « Paris, le 1 vendémiaire . M. Camus, membre de l'Institut national, archiviste, s'est cassé la jambe l'un de ces jours derniers, en se promenant tranquillement dans son jardin. Il est de retour de la campagne à Paris, où les secours de l'art lui ont été administrés. On croit pouvoir assurer que sa fracture n'aura d'autres suites que celles ordinaires de ces sortes d'accidents » — Citoyen français du 19 vendémiaire : u Paris, IS vendémiaire Le Lycée impérial a procédé lundi
7 vendémiaire, par la célébration d'une messe du Saint-Esprit, à la rentrée de
ses classes, qui sont en pleine activité » — Publiciste du 8 vendémiaire :
« Paris, le 7 vendémiaire Le général Garteaux, l'un des administrateurs
de la loterie nationale, vient de quitter sa place pour aller remplir d'autres fonctions en Italiu. Il n'est pas encore remplacé * »
8 VENDÉMIAIRE AN XIII (30 SLPÏEMliUE 18U4).
R.VI'l'OMT nii L.V PRÉl^ECTURE Dli POLICE DU 9 VENDKMIAIUb:.
Depuis l'arrestation du nommé Smith, annoncée au rapport du 14 Iruclidor dernier, et maintenant détenu au Temple comme jirévenu de propos contre le gouvernement et de correspondances avec l'Angleterre, on a découvert que cet individu, né à Glasgow, était autre-