‹ Paris sous le premier empire: recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 81 sur 221 · Il s'appela désormais le Courrier françaia · texte numérisé non relu

Il s'appela désormais le Courrier françaia

2. Dana cet article de chronologie, aorte d'cJphémérides, le CKoijen français aimait à relater dea faitu peu agréables ^ l'ÈgUac catholique»

[1« ocTOBRK 1«04| l'AUlS sors l/KMIMUK 328

pieniier pourrait créer de nouveaux Briilus; les autres pourraient aiguiser les poignards de Jacques Clémoiit, ou renouveler les sdènes des jésuites en Portugal.

Paris. Librairie. — Une tragédie de M. Laignelol, intitulée ftienzi, i-eprésentt'c aux Français en 1790, vient d'être annoncée (lan*; les journaux'. Klle est sans nom d'imitriinerie et sans date. Cette pièce, dont le sujet et divers passages présentent une intention odieuse d'allusions aux circonstances présentes, a fixé l'attention de Son excellence, qui a ordonné d'examiner : l» si elle était imprimée récemment ; 2° si elle est bien conforme au manuscrit qui est au répertoire de la Comédie-française. On fait des recherches sur cette seconde question. Le préfet de police a jugé que l'impression de celte pièce est récente et a fait des visites chez plusieurs libraires. Le ministre vient de lui indiquer le libraire Petit, qui en avait le dép<M.

il y a deux jours

'\rch. nat., AF iv, 1W1.1

Rapport dk la préfkcturk dk polick du même jour.

On a découvert que c'est la veuve Petit, libraire, rue Saint-An Irédes-Arts qui a été chargée de la vente et de la distribution de la tragédie de Rienzi, dont il a été question au rapport d"hier. On en a saisi chez elle plusieurs exemplaires, et l'on y a trouvé une lettre de la dame Laignelot à la dame Petit, qui prouve évidemment que l'on n'a donné dans ce moment une nouvelle édition de cet ouvrage que dans les intentions les plus coupables et les plus criminelles.

Ktranfjers. — M. de Gravina a expédié avant-hier un courrier à sa cour. Ce ministre a dit que, dans le cas d'une rupture entre le roi son maître et l'Angleterre, il serait rappelé pour prendre le commandement des forces navales de l'Espagne. Le secrétaire de M. de Cobenzl a arrêté plusieurs appartements pour des princes d'Allemagne qui viennent ici pour voir le couronnement.

liéunions. — On continue de dire que M. le maréchal ,\ugereau est chargé de quelque expédition contre l'Irlande ; on ajoute qu'il a répondu à quelqu'un, qui lui demandait s'il n'emmenait pas de chevaux, qu'il n'en avait pas besoin pour ce qu'il avait à faire.

Journaux. — Les journaux ne présentent aucune nouvelle de l'étranger (|ui provoque une attention particulière. Dans la (lazette de France, une lettre, écrite ou prétendue écrite de Libourne, présente

K. Voir plii'; haut. ).. n-2:i.

329 PAIUS SOLS l/EMPIllI-: 18 octobre 1804]

une faiiiille comme embarrassée de Taire le voyage de Paris pour les fêtes du couronnement, à cause de la dépense que le trajet entraînerait. Cette lettre ne serait que niaise et insignifiante, si elle ne paraissait de nature à faire croire aux gens faibles que des raisons d'économie peuvent en effet détourner bien des personnes de se rendre à Paris pour l'époque de cette auguste cérémonie.

Bourse. — Les affaires ne se ralentissent point, et la hausse des ventes se soutient parfaitement. Les actions de la Banque n'ont éprouvé aucune variation, mais elles (uit paru moins offertes. Dans le commerce, l'article des eaux-de-vie est le seul dont la faiblesse du cours donne lieu à quelques spécuialious. — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 37 fr. 70, 60, .50, 00, oo. Actions de la Banque de France, \AM U\ .50 ; 1.150 francs ; 1.1 M fi". 50.

Dubois.

;Arch. nat.. F' 3S.33.1

JOLKNAUX.

Journal des Débats du 27 vendémiaire : « Paris, 26 vendémiaire. ...L'Empcreur vient d'accorder à l'artillerie la dénomination de Corps impérial, témoignage flatteur de la bienveillance de Sa Majesté pour le corps qui fut le premier témoin de ses exploits et de sa gloire. On sait que ce fut en 1093 que Louis XIV donna le nom de Royal Artillerie au régiment des fusiliers auquel il avait confié la garde de ses canons. Dans la suite, les troupes destinées à servir rarlilleric furent incorporées dans ce régiment, dont le roi lui-même était colonel. En 1713, les deux corps de l'artillerie et du génie furent réunis sous le nom Corps royal de l'artillerie et du génie. Ce ne fut qu'en 1758 que les ingénieurs formèrent un corps à part, qui conserva également le nom de Corps royal du génie... » — Gazette de France du 27 vendémiaire : « Paris, 26 vendémiaire. ...Les maçons, les terrassiers, les charpentiers ne sont pas les seuls ouvriers qui prennent leur part des dépenses occasionnées par le couronnement ; les besoins et le luxe des particuliers appelés à assister à ces cérémonies contribuent, bien plus encore qu'aucun des préparatifs ordonnés par le gouvernement, à l'étonnante activité qu'on remarque depuis quelque temps dans la classe ouvrière de Paris. Cette époque sera celle d'une révolution générale dans nos modes ; l'impulsion donnée par une cour nouvelle, ipii ne s'était encore fait sentir que dans la capilalo, va nécessairement se communiquer aux départements, au moyen de cette multitude de fonctionnaires publics et de curieux qui affluent ici de toutes les parties de l'Empire. Une foule de branches d'industrie, entièrement tombées avec la monarcliie,se relèvent avec elle.: la sellerie, la gaze, la plumasserie, la pelleterie, la broderie, le bijou, la boucle, la chaîne de montre, le bouton, la perle, les paillettes, la tabatière, le jais, le paillon, la passementerie, qui occupent tant de bras, et mille autres articles qu'on croyait perdus pour la fabrique de Haris, sont plus demandés, plus chers, et se font mieux que jamais. Déjà le prix de journée de plusieurs sortes d'ouvriers s'en est augmenté. I. 'industrie fonde ot règle ses calculs sur

[19 ocTonRE 1804' PAI5IS SOCS I.TMPIIJK 330

iiiu' miiUitude de chances qui, dans ce moinont, paraissent lui êlre fort avantageuses. » — Courrier /'ra)içais ' du 27 vendémiaire : « Paris, 26 vendémjflùr. ...Le Conservatoire de musique se dispose à exécuter incessamment le fameux Requiem de Mozart. Ce sera dans l'église de Saint-Germainl'Auxerrois que celte composition sera exécutée. Le Conservatoire a été autorisé par le gouvernement à faire entendre annuellement une composition de cette nature ; le produit sera consacié à secourir les familles des artistes décédés, membres de cet établissement. Un avis ultérieur indiquera le mode qui sera suivi pour recueillir ce produit, auquel sans doute tous les vrais amateurs de la bonne musique s'empresseront de contribuer. » « Les franges (|ui, il y a quinze ans ne formaient à Paris qu'une branche d'industrie très peu importante, ont été tellement diversifiées, perfectionnées, et ont admis tant de sortes de glands, que l'état de frangier est aujourd'hui un des premiers états de luxe. Plusieurs maisons, outre leurs anciennes fabriques de la rue aux Fers, ont ouvert de somptueux magasins dans les rues Vivienne ou de Richelieu, et, au lieu de cinq ou six ouvriers qu'elles employaient, elles en ont cinquante au dehors, vingt personnes dans le magasin, et outre cela des commis-voyageurs qui, deux fois l'an, parcourent la France, pour renouveler les échantillons. De l'état de frangier dérive celui de tapissier, qui est aussi tout autre qu'en 1788. Les rideaux des croisées et d'alcôves occupent à eux seuls plus d'ouvriers qu'il n'en fallait alors pour toutes les parties de l'ameublement. On met à une croisée quatre et quelquefois six rideaux ; les draper est une grande affaire. L"n tapissier, au lieu de poser son tyrse avec sa lance, vise à l'effet et vous parle de style »

Ti VENUÉAHAIRE AN Xlll ,19 UCTUBKE 1804;.

HaI'I'ORT DI-: LA PRÉFIiCTURE DE POLICE DU '28 VENDÉMLAIRE.

L'esprit des salons est toujours très mauvais : on y fronde luul ce qui se fait, et les riches se plaignent, autant que les simples rentiers, de l'arrêté du préfet du département de la Seine, qui charge les maires d'assigner chez les citoyens des logements pour les officiers qui se rendent à Paris pour la cérémonie du couronnement de S. M. l'Empereur. Ils ont redoublé leius plaintes et elles deviennent même générales depuis que l'époque a été reculée au i frimaire. — Ou a entendu plusieurs propos de la part de mililuires de la Garde impériale sur ce que le conseil municipal a arrêté qu'il y aurait une garde d'hoimeur composée de jeimes gens de Paris pour la cérémonie du sacre ; ils disent que cette garde ne devrait point être établie dans

il Suite du Citoyen français ù partir du 26 vendémiaire. Voir plus haut, pi 3â1.

331 PARIS SOUS L'EMPIRE [19 octobre 1804]

une ville où Sa Majesté a sa résidence habituelle, que la garde d'honneur, à Paris, appartient d'abord à la Garde impériale et ensuite aux députations de l'armée et des gardes nationales appelées à la cérémonie. On dit que l'on va créer des charges avec finance dans les maisons de Leurs Majestés, comme à l'ancienne cour. — Les travaux de l'église Notre-Dame vont grand train. S. A. l'Archichancelier, accompagné de M. l'archevêque de Rouen et de plusieurs autres personnes, a été les visiter hier. — Un sieur de Vidiuiville, qui a été longtemps au Temple, et qui, depuis sa mise en liberté, demeure habituellement à Poissy, fait de fréquents voyages à Paris; il loge, tanliH rue de la Madeleine, hôtel des Champs-Elysées, tantôt chez sa fille, l'ex-comtesse de Cauvigny, rue Turenne, et quelquefois chez un M. Delaplace, rue du Temple, vis-à-vis la rue Chapon. Ce M. de A'idouville est im bourbonien encroûté ; il répand que le parti des Bourbons n'est pas aussi écrasé qu'on le croit généralement, et qu'il sait là-dessus bien des choses, qu'il ne peut divulguer. Sa fille reçoit beaucoup d'émigrés rentrés. On surveille cette société. — Le sieur Duseuil, officier à la suite, demeurent VieilIe-Rue-du-Temple, à l'hôtel Soubise, se plaint amèrement du gouvernement et ne dissimule pas combien peu il lui est attaché. Ou dit chez M. de Corberon, autrefois chargé d'affaires en Russie, qu'il est probable que M. de Sémonville n'a pas réussi en Hollande; qu'on aura de la peine à inspirer à ce peuple de l'attachement pour la France, qui a contre elle un parti fortement prononcé.

Russie et Suède. — On rapporte que la correspondance établie entre la Suède, la Russie et l'intérieur de la France se fait par la Suisse et quelquefois par Mayence ; que la correspondance n'est entretenue, ni avec des Jacobins, ni avec des royalistes, mais avec des personnages en place et mécontents ; que le projet n'est pas de rétablir les Bourbons, mais bien un Directoire composé de trois individus égaux eu pouvoirs. On signale la maison de campagne de Siéyès, près Marly, comme un rendez-vous habituel d'hommes ennemis du gouvernement.

Chouans. — On dit que l'on a fait des propositions à différents chefs de Chouans, d'être employés ou d'aller s'établir sur certains points des frontières, entre autres sur les bords du Rhin, et qu'ils s'y sont refusés.

Journaux. — Aucune nouvelle de l'étranger n'a paru dans les feuilles de ce jour de nature à être notée particulièrement. On remarque, dans le Courrier français, ci-devant le Citoyen français, un éloge très caractérisé de la tenue de l'hospice de Gliarenton. Il règno une certaine retenue dans les critiques littéraires du Mercure de

I^lfl .M:n.iti<K IHiiJ PAUIS SOIS i;i:.MPIHK :v.\-l

France, u° du 2H novembre, an XIH, au ?uji,'l de dilTérenls ouvrages; mais, à travers cette modération, on entrevoit facilement que les rédacteurs ne pardonnent, ni à ce qu'ils appellent philosophie moderne, ni à ce qu'ils qualilienl de grands principes. Us se sont loutelbis abs- Icnus (le donner à leurs réflexions et à leurs sorties contre les plus céli'bros écrivains du wiii® siècle aucun point de contact avec lu philosophie du jour. . .

Bourse. — Les premières négociations rie rentes n'cjnt pas été favorables, et les offres s'étaient multipliées de manière à faiie craindre ime baisse assez sensible, mais le cours s'est remis à la clôture et n'a été qu'un peu plus faible qu'hier. Les actions de la Banque ont été également un peu off'ertes, sans éprouver de baisse. — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 57 fr. 60, 50, 35, 50, 60, 50. Actions de la Banque de France, 1.147 fr. 50, 1.H5, 1.145.

Dubois.

(Arch. nat., F', :]833.)

JOUHNAUX.

Gazette de France du 28 vendémiaire : « Paris, 21 vendémiaire. .. .I.e jour du sacre et du couronnement est fixé au 4 du mois de frimaire. » « Le 4 frimaire lombe un dimanche, jour prescrit dans \c pontifical romain pour le sacre des souverains. » « Il paraît qu'on va construire, en bois, sur la place de Grève, une salle immense, qui sera au niveau de la grand'salle de l'Hôtel de Ville. Trois murs de charpente vont être élevés. I.e jjrcmicr est déjà élahli, en partie devant la façade de l'Hôtel ; le second mur longera la place des voilures publiques ; le troisième s'étendra au niveau de la rue du Mouton ; le (juatrième mur, enfin, sera celui même qui forme le portail de l'Hôtel, et il complétera le carré de la salle. Les trois murs en charpente seront, comme celui qui est déjà construit, ornés de colonnes et de corniches sendilablcs à celles <\\u décorent le frontispice de la ville et do la même dimension. On a pris l'empreinte des sculptures en pierre pour les mouler en plâtre et distribuer ces ornements sur les trois portions de murs en bois, élevés parallèlement. Le plancher de la salle, reposera comme au théâtre, sur d'énormes tréteaux d'environ dix-huit à vingt pieds de hauteur, qui le mettront au niveau du grand escalier, en sorte qu'on pourra entrer de plain-pied dans celle salle en partant de l'intérieur de l'Hôlcl de Ville. Le toit qui couvrira la salle s'élèvera jusqu'à l'horloge, à en juger par la hauteur des colonnes. Dessous le plancher sera ménagée une espèce de rue pour le passage des voitures depuis l'arcade Saint- Jean jusqu'à la rue delà Vannerie... » — Courner/'rajjçais du 28 vendémiaire : « Paris, 21 vendémiaire . ...On travaille jour et nuit au quai Bona[)arte ; il sera entièremenl achevé pour le jour du couronnement, ainsi que le quai Desaix. Les travaux sur la place de Grève se continuent avec la plus grande activité'... On a peine à concevoir qu'un aussi grand travail puisse être achevé

1. Le reste «oinmc dans l'article de la Gazette de France qu'on vient de lire.

333 PAHIS SOLS L'EMIMUE [20 octobre l«04j

pour le 18 ou 20 brumaire; mais on cesse d'en douter lorsqu'arrèté dans l'enceinte des travailleurs, on voit arriver à toute heure, des dilTérents ateliers de Paris, des pièces de charpente et de menuiserie, taillées et façonnées, qu'on n"a plus qu'à poser dans les places qui leur ont été destinées. . . » — Balletin politique et général de l'Europe du 28 vendémiaire : « Paris, le 27 vendémiaire. . . .La princesse Borghèse, sœur de l'Empereur, est en route pour Paris »

28 VENDÉMIAIIŒ AN XIII (20 OCTOBKE 1804).

MlNlSTÈRIi DE LA POLICE GÉNÉIULE. — BULLÈTIN DU 29 VENDÉMIAIRE.

Correspondance du ministre. Le Gendre. — Prêtre de la paroisse Saint-Laurent, signalé précédemment au préfet de police comme ennemi de l'oriii-e actuel des choses, déclamant dans les sociétés contre TEmpereur et s'élant vanté d'avoir dîné chez Spin avec Georges et autres conspirateurs. Le résultat des informations prises par le préfet confirme ces renseignements. On en donne avis au ministre des cultes.

Libelle. Histoire secrète du célèbre procès de Georges. — 11 paraît que l'auteur en a proposé le manuscrit à M. Paine, actuellement prisiinnier de guerre à Verdun, pour qu'il le traduisît en anglais, et que celui-ci s'y est refusé. Le général Wirion est invité à prendre des renseignements sur ce fait auprès de M. Paine, et à s'assurer exactement quel peut être l'auteur de l'ouvrage dont il a rejeté les propositions.. .

Fougue.

Arcli. nul.. Al-' iv, li!Jl.)

R.\PPU1!T DE LA PHÉrECrUKE DE POLICE DU MÈ.ME .JOUK.

Ouvriers. — Les réunions d'ouvriers ont été hier assez nombreuses et très tranquilles. On ne s'y est occupé que des travaux immenses qui se font de toutes parts, et de l'argent qu'ils répandent dans la circulation. Les bro leurs, les carrossiers, les plumassiers, les bijoutiers et les ouvriers de luxe ne savent à qui entendre. Les brodeurs surtout manquent d'ouvriers et font faire à Lyon une grande partie des ouvrages qui leur sont commandés. Les manufactures d'étofteri légères de soie et coton or et argent des faubourgs Saint-Jacques et Saint-Marceau prennent chaque jour un nouveau degré d'activile.

[21 ocT.jiiRK 1804] PARIS SOUS L'EMPIRE 334

En fouillant dans la place du Carrousel, ou a découverl une voùle

(|iii était au-dessus d'une espèce de chambre dont les murs, revêtus

d'une couche de chaux, étaient peints et représentaient des joints

de pierres. Au-dessus était un caveau dans lequel on entrait par

une cheminée étroite. Le parquet élait formé par des dalles, que

l'on a enlevées, et qui ont découvert une maçonnerie en plâtre qui

(ormait différents carrés vides, d'environ six pouces de profondeur.

Ces constructions occupaient le milieu de la cour de Ihûlel de

Coigny

Dubois.

(Arcli. nat., F', 3833.)

JOLHNALX.

Gazelle de France du 29 vendémiaire : a Paris, 28 vendémiaire . ...On ne sait pas encore quelle sera la couronne qu'adoptera l'Empereur Napoléon. Quelques personnes assurent qu'il portera celle des Césars, c'esl-à-dire une couronne de pur laurier avec ses fruits; d'autres prétendent qu'elle sera mêlée de chêne et de laurier. » — a (iràce à la surveillance que la police exerce sur les mœurs publiques, il est maintenant facile de distinguer les femmes honnêtes des filles duI^alais-Roval; ces dernières sont décemment vêtues y>

CLIY

29 VENDÉMIAlRh; AN Xlll (-21 OGTOHIIE 1804J.

KaI'POUT DK la PRÉl-liCrUHb: DE l'oLlCK DU 30 VENDÉMIAIRE.

Spectacles. — Le public s'est porté en foule, hier, dans les spectacles, et il en est peu qui n'aient refusé du monde. Les théâtres des boulevards, surtout, ont attiré la multitude, et il a fallu doubler la garde de celui de la Gaîté, tant l'affluence était considérable. L'ordre et la tranquillité ont été néanmoins maintenus.

Réunions. — On rapporte que Ton a demandé à un loueur de carrosses, demeurant rue tirange-Batclière, cinq cents voitures à raison de 80 livres par jour pour les cinq premiers jours de frimaire; le carrossier insiste pour avoir 100 livre?; le marché n'est pas encore conclu. — Le bruit circule qu'un nouveau manifeste du comte de Lille circule dans la Vendée et dans le Midi, que l'Angleterre recommence à répandre de l'or et des écrits incendiaires dans les départements de l'Ouest.

Journaux. — On remarque, dans lc> feuilles de ce j(»ur, différentes

335 PARIS SOUS L'EMPIRE [21 octobre 1804]

nouvelles qui ont paru susceptibles de fixer par ticulièrementrattenlion. D'après celles que publie le Journal des Débats, arViclQ des États-Unis d'Amérique, il parait que les Anglais respectent moins que jamais le droit des gens, et font des visites les plus sévères, surtout des bâtiments d'Europe qui abordent dans les ports des États-Unis. 11 paraîtrait encore qu'il se préparait à la Barbade une expédition que l'on croyait destinée à prendre possession des îles Saint-Martin et Saint- Eustache, ou qui devrait être dirigée contre la Martinique. Les mêmes nouvelles portent qu'une flotte marchande anglaise, partie de Tortola, vers la fin de juin, a été poursuivie par dix-huit corsaires de la Guadeloupe, qui l'ont harcelée avec succès.

Elles portent enfin, et sur des ouï-dire répandus eu Amérique, que « Dessalines a signé avec le général Ferrand, une convention par laquelle ce dernier s'est engagé à évacuer la ville de Santo-Doming», le i^'' novembre, époque jusqu'à laquelle l'armée des nègres devait conserver les positions occupées par elle. « Dessalines est-il dit, a formé une administration qui porte le nom de Constituante, composée (le deux blancs, trois mulâtres, et six nègres, et chargée de rédiger un code de lois pour les enfants d'Haïti. »

On lit de plus, au même article New-York, publié par le Courrier français, le paragraphe suivant : « M. Jérôme Bonaparte a dîné vendredi dernier dans notre rade, à bord de la frégate française la ûidon. II a été reçu par les officiers avec toutes sortes de démonstrations de joie et de respect. Le lendemain, il est parti pour Baltimore avec sa suite. On assure qu'il est disposé à prolonger son séjour dans ce pays-ci. » L'article de Russie, qui se lit dans le Journal de Paris, a paru très remarquable ; il est ainsi conçu : « S. M. l'Empereur, ayant appris que le comte de Lille avait quitté Varsovie et qu'il se proposait de se rendre en Russie, où il devait avoir des conférences annoncées d'avance avec des personnes attendues d'Angleterre, n'a pas voulu que ces sortes de réunions eussent lieu dans ses États. Elle a fait connaître au comte de Lille qu'ayant eu des relations suivies avec le gouvernement français, ayant signé avec lui [tlusieurs traités, et ce gouvernement étant reconnu en Russie depuis le traité de 1801, elle ne devait rien soufTrii' che/ elle qui put faire penser que la cour de Russie eût cbangé à cet égard de système et d'opinion. » Les journaux publient également, d'après les gazettes étrangères, la lettre que l'Empereur, lorsqu'il était encore Premier Consul, écrivit ii M. Livington pour l'informer qu'il acceptait sa nomination à l'Académie des Arls de New- York. Les articles de Londr.-s ne présentent rien de remarquable. Les nouvelles de 1 intérieur se bornent : \'' \

f21 ocTuBUK 1804] PARIS SOUS L'EMPIRE 336

l'annonce, d'après les Inillelins de Lyon, que Sa Sainteté sera rendue il Lyon, le -l'i novcnnijre ; "2° an détail de quelques calamités causées par le dél)Oiclement de risi'ro et 3° à l'annonce donnée par le Bulletin politique (|iie, suivant ce qu'on assure, diflerents princes de l'Empire ont été invités û se rendre à Paris, pour assister au couronnement de l'Empereur, et que quelques uns vont profiter de cette invitation. Les journaux ne contiennent du reste aucune réllexion sur la politique, ni sur la philosophie ..

Bourse. — L'élévation du cours des rentes et le moment de la liquidation ont donné lieu, aujourd'hui, à une lutte bien sensible et à un inouveinent qui ont d'abord causé un peu d'inquiétude, mais dont le résultat a été favorable, car il y a eu plutôt amélioration que baisse et les apparences les mieux prononcées pour la hausse. Les actions de la Banque ont été un peu plus faibles que les jours précédents. Le commerce n'éprouve aucune variation; les eaux de-vie se maintiennent en baisse et les denrées coloniales dans le plus grand calme. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 57 fr. 55, 70, 80, 85, 70, 75, GO. Actions de la Banque de France, 1.140 francs.

Dubois.

(Arch. nal., I•"^ 3833.

Journaux.

Moniteur du 30 vendémiaire : « Paris, 29 vendénnairr \vaiit-hicr le

général Serviez, membre du Corps législatif, a été frappé d'une attaque d'apoplexie : il est mort dans la matinée. » — Gazette de France du 30 vendémiaire : « Paris, 29 vendémiaire. ...On va voir chez les carrossiers un grand nombre de voitures très brillantes destinées i)Our le couroniiemonl. On a rotal)li les ornements en or et les couleurs vives et brillantes; ce goût est celui (|ui convient k une nation gaie, qu'on a voulue embrumer de toutes les vapeurs anglicanes... » — Put)liciste du 30 vendémiaire : a Paris, 29 vendémiaire. ...Vcntenat, botaniste, de l'Institut, cpii publie le grand et bel ouvrage des plantes de la Malmaison, a trouvé dans celles de la Nouvelle- Hollande un nouveau genre, dont il a fait hommage à l'Impératrice sous le nom Josephinia. M. Palissot-Reauvoir, qui a voyagé en Afrique et en Amérique, en avait déjà dédié une à Sa Majesté, sous le nom de Lapatjoria, et M. de Ilumboldf, qui a rapporté dix mille plantes de son nouveau voyage, y trouvera bien de quoi consacrer aussi la mémoire de nos souverains. 1)ki..\-

LANDK '. »

1. (l'est l'astronome de Lalande, (|ui alors, un le voit, écrivait son nom en uu seul mot.

337 PARIS SOUS L'EMPIRE [22 octobre 1804]

Ministère de la police générale. — Bulletin du 1"'' brumaire.

Paris. Météore. Esprit public. — Des observateurs ont recueilli hier les divers propos tenus par les curieux qui se sont rassemblés pour examiner le météore qui a paru à neuf heures du soir. Quelques-uns ont dit : « C'est du sang, signe de continuité de guerre. » D'autres, en plus grand nombre : « C'est du feu, signe de joie, présage heureux pour le couronnement »

(Arch. nat., AFiv, 1491.)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Exclusifs. — Il y a eu, ces jours derniers, au bureau du Journal des Arts^ quai de la Monnaie, une réunion d'individus qui ont marqué dans ce parti, tels que Pargon, Marcé, Gonod, officiers à la suite, et plusieurs autres. On y a fait la censure la plus amère de tous les actes du gouvernement; on y a dit que le désordre et la confusion étaient dans l'armée de Boulogne; que le couronnement de Sa Majesté n'aurait pas lieu de sitôt; en un mot, on en a dit de toutes les manières. On ne perd pas de vue tous ces individus.

Réunions. — On répand dans les réunions publiques que les Anglais ont tenté une descente sur les côtes de l'Italie, que leur dessein était de mettre tout à feu et à sang dans ces pays, ut d'y protéger le débarquement des princes français.

Etrangers. — M. de Sandoz a dit à M. Deville, peintre, son ami intime, et dont il a déjà été question dans deux précédents rapports, qu'il y avait à la cour de Danemark, un parti puissant contre la France; que l'émigré de Lowendal, bien connu par ses intrigues, y jouissait de la plus grande influence, et que c'était lui qui déciderait cette cour à s'unir à la Russie et à la Suède.

Travaux. — Les travaux du quai Desaix sont dans la plus grande activité et ils avancent beaucoup. On travaille jour et nuit. On fait dans ce moment des dispositions pour établir, sur la place Fénelon, près Noire-Dame, une tente do 48 pieds de superlicie et de forme octogoni'. On la dit duslim-c à recevoir la voiture de Sa Majesté, (jui des- To>iE I. 22

cendra dans cet endroit; on y pratique un escalier qui conduira dans l'aile du bâtiment de l'Archevêché, d'où Sa Majesté se rendra à la cathédrale par la salle du Trésor. Ces travaux vont également très vite.

Journaux. — Les feuilles de ce jour n'ont donné lieu à aucune observation essentielle. . .

Bourse. — La liquidation a multiplié considérablement les négociations de rentes, au lieu de les ralentir, selon l'usage, et le cours s'est élevé avec une grande rapidité ; les observateurs attribuent ce nouvel élan à la nécessité indispensable, pour beaucoup de joueurs à découvert, de se remplacer, et l'on a cité particulièrement les achats nombreux faits par M. Lorin, agent. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XllI, 38 francs, 58 fr. 10, 58 fr. 15, 20, 25, 10, 23, 58 fr. 20, 15, 10, 20, 10, 20, 25, 30, 35, 20, 40. Ordonnances pour rescriptions

de domaines, 91 francs.

Dubois.

(Arch. nat., F', 3833.)

Journaux.

Gazette de France du i^' brumaire : « Paris, 30 vendémiaire. ...On construit devant la façade de l'École militaire, et dans toute sa largeur, un immense édifice, sur lequel l'Empereur siO'gera aux regards du peuple et des militaires venus des différentes parties de l'Empire pour assister à son couronnement. L'estrade impériale s'élève au centre du château, sur quatre colonnes surmontées par un cintre en forme de dôme, qui lui-même est dominé par celui de l'École militaire. Aux deux côtés s'étend une galerie, soutenue par quatorze colonnes et terminée par un pavillon. Cette galerie, au niveau de l'estrade impériale, paraît devoir être occupée par la cour et par les premiers dignitaires de l'Empire. D'autres estrades et des gradins intérieurs sont réservés pour les membres des divers ordres de l'Élat, qui seront placés suivant le rang qu'ils tiennent dans les cérémonies publiques. Un vaste escalier en charpente, composé de trois étages, conduit au.\ deux galeries et aux autres places. Cet édifice ne présente, pour le moment, (ju'un fond de bois ; mais, aussitôt que les charpentiers et les menuisiers auront achevé leurs travaux, ce sera l'ouvrage des peintres et des décorateurs, de repeindre sur ces travaux les draperies et les tapis qui doivent les orner. Des terrassiers aplanissent les tertres élevés en 1780, qui s'étendaient vers l'École militaire. Ce nivellement élargit le chemin oii le cortège doit défiler le 4 frimaire. Le Champ de Mars est fermé aux voitures et aux chevaux. Los curieux, qui viennent en grand nombre, sont obligés de descendre de cari'ossc \)o\iv s'approcher de lenceinle des travailleurs »

339 PARIS SOUS LEMPIRE [23 octobre 1804]

CLYI

Ministère de la police générale. — Bulletin du 2 brumaire.

Détenus. Offre de révélations , — Le nommé Charlier, détenu à la Force comme prévenu du vol fait au Muséum d'antiquités nationales, a demandé à communiquer à Sa Majesté des secrets qu'il dit de laplus haute importance. Il a été amené aujourd'hui au ministère de la police, où il a déclaré qu'il ne pouvait et n'entendait faire ses déclarations qu'à S. M. l'Empereur lui-même. Quand ce voleur fut arrêté, en Hollande, il revenait d'Angleterre, où il avait été pour vendre les objets précieux volés par lui. Cet homme aurait-il surpris là ou en Hollande quelque secret? Ou ne serait-ce qu'un impudent qui cherche à attirer sur lui quelque intérêt? C'est ainsi que le nommé Mingaud, envoyé d'Angleterre comme espion et pour secourir les conspirateurs, sollicite depuis longtemps de S. M. l'Empereur une audience, pour lui dire un grand secret que le prince de Galles lui a confié pour ne le dire

qu'à l'Empereur

(Arch. nat., AF iv, 1491.)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Commerce. — Le commerce pour les objets de luxe redouble encore d'activité. Les ouvriers passent les nuits et craignent de ne pouvoir suffire aux demandes. Les marchands de dorure vendent considérablement, elles voitures de Lyon ne sont en partie chargées que pour eux et pour les brodeurs. Un grand nombre de particidiers font arranger leurs logements pour recevoir leurs amis, ou pour en tirer parti par les locations. Les maîtres d'hôtels garnis, les restaurateurs, les limonadiers font embellir leurs établissements pour attirer chez eux les étrangers qui viennent ici pour la cérémonie du couronnement.

Militaires. — Plusieurs officiers supérieurs des Invalides manifestent leur satisfaction, de ce que l'infirmerie de l'hôtel est confiée aux soins des Sœurs grises, et de ce qu'on a banni enfin les infirmiers qui avaient peu soin des malades. Les Invalides ont passé hier la revue de leur inspecteur; ils se plaignnioni de ce qu'on les avait tonu^ trop longtemps et de la fatigue qu'ils en éprouvaient.

Journaux. — Les feuilles politiques n'ont aujourd'hui donné lieu à aucune observation essentielle ; elles sont en partie remplies par des articles officiels extraits du Moniteur.

Pont du Jardin-des-Planles. — Les travaux de ce pont augmentent d'activité. On doit enlever les bordages du premier caisson, pour les placer de suite autour du troisième; et si les gelées ne prennent pas avant la saison ordinaire, il est à présumer que les quatre piles actuellement en construction seront élevées avant la fin de la campagne. . .

Bourse. — La hausse des rentes continue; leur rareté extraordinaire y contribue essentiellement, mais on ajoute aujourd'hui aux divers motifs connus des achats très considérables faits par MM. Ledhuy, Fould et Martinet, agents. Les marchés les plus nombreux ont été ceux à primes pour la fin du courant et celles du mois prochain. Les actions de la Banque ont été cotées d'un taux bien inférieur à celui des jours précédents, par la seule raison qu'elles ont été négociées, dépouillées du droit de participer à la répartition des nouvelles à raison de une sur quatre. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIll, 58 fr. 60, OD, 40. Actions de la Banque de France, 1.120 francs.

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3833.)

Journaux.

Journal des Débats du 2 brumaire : « Paris, /"■■ brumaire. ...Depuis la renaissance de l'étiquette, on en est revenu aux grands appartements ; les ameu blements d'autrefois en or et en argent, la soierie et les crépines sont plus à

la mode que jamais » — Gazette de France du 2 brumaire : o Paris,

i*"^ brumaire. ...La belle rue de Rivoli, qui se prolonge le long des Tuileries, de toute la longueur du jardin, se trouve entièrement débl.iyée et donne déjà idée de ce qu'elle sera, lorsqu'une façade régulière de maisons magnifiques y offrira un coup d'œil digne d'un voisinage aussi brillant que celui des Tuileries » — Courrier français du 2 brumaire : « Paris, 1^'' brumaire.

...M"'^ Contât, de retour à Paris, a joué hier dans le Vieux Célibataire et dans les Fausses Confidences. Celte actrice a rapporté au théâtre toutes les grâces que la nature lui a prodiguées et dont le temps n'a encore rien diminué. » — « On s'occupe toujours, au Théâtre-Français, de la pièce de M. Bouilly, ayant pour titre Madame de Séviyné. » — « Le Théâtre de l'Impératrice nous promet pour cet hiver deux pièces du directeur Picard, l'une en cinq actes et en prose, l'autre en un acte et en vers. » « Le désastre de Lisbonne n'est point abandonné par le théâtre de la Porte-Sainl-Marlin. » — « M. Spontini travaille

à la Petite maison de Socratr » — Bulletin politique et général de

l'Europe du 2 brumaire : « Paris, /«r brumaire. ...Par un avis du conseiller d'Etat, préfet de police, les ouvriers sont prévenus que, pour travailler hahilucUemenl sur la rivière cl sur les ports dans le ressort de la préfocture

341 PAHIS SOUS l/EMPIRE [24 octobre 1804]

de police, ils sont tenus de se pourvoir d'une médaille. Ils devront, cà cet effet, s'adresser au bureau établi chez l'inspecteur général de la navigation et des ports, quai de la Liberté, n°7, île do la Fraternité. A compter du 2 brumaire, le bureau sera ouvert tous les jours, excepté les jours de repos, depuis liuit heures du matin jusqu'à trois heures de l'après-midi »

CLYII

. Ministère de la police générale. — Bulletin du 3 brumaire.

Paris. Jeu. — Le 2, un ancien cuisinier de la dame de Polignac, qui a été depuis au service du sénateur Lucien Bonaparte, a gagné dans une première séance environ 1.200 louis. Dans une seconde, le même jour, il a perdu ce gain et 1.400 louis de son argent. On a dit à ce sujet qu'il jouait très cher depuis plus d'un an, et on porte à plus

de 200.000 francs ce qui lui reste de ses bénéfices

(Arch. nat , AF iv, 14'JL)

Rapport de la préfecture de police du même jour.

Exclusifs. — Le sieur Duplain, libraire, cour du Commerce, blâme vivement la conduite des patriotes qui se rapprochent du gouvernement, et qui cherchent à obtenir des titres et des emplois. Il dit que la mort du général Serviez est une perte pour le parti républicain, auquel il était secrètement et fidèlement attaché. Il ajoute que les députés appelés à la cérémonie du couronnement ne reconnaîtront plus l'esprit public et qu'ils ne seront point accueillis comme les fédérés de 1790.

Réunions. — On répandait hier, dans les réunions publiques, que de nouvelles négociations étaient entamées, et qu'il était question d'une trêve de dix ans. Du reste, ces réunions n'ont rien offert de remarquable.

Etrangers. — On rapporte que le secrétaire de M. Gallo' a dit confidentiellement à quelqu'un que cet ambassadeur avait reçu l'ordre du roi, son maître, de protéger secrètement les Jésuites qui se trouvent en France ou qui pourraient y arriver.

1. Le marquis de Gallo était .imhassadcnr du roi de Naples à Paris.

[■2i OCTOBRE 1804] PAHIS SOUS L'EMPIKE 342

Approvisionnements. — Au 26 vendémiaire dernier,rapprovisionnement particulier existant chez les boulangers s'élevait à 47. (il 4 sacs de farine.

Celui <iu magasin de Commerce s'élevait au 30 vendémiaire à. 5.939 —

Dans le magasin de Sainte- Elisabeth, le nombre des sacs de farine déposés par les boulangers à titre de garantie était au ler brumaire de 10.710 —

11 restait au l" brumaire à la Halle . . . 10.351 —

Total 74.614 sacs de farine.

Cet approvisionnement augmente journellement et nous n'aurons rien à craindre à cet égard des plus fortes gelées. Les arrivages en grains et grenailles sont immenses.

Journaux. — Les feuilles de ce jour n'ont doimé lieu à aucune observation importante...

Bourse. — Le mouvement des négociations de rentes s'anime de plus en plus ; le cours, qui avait été un peu plus faible à l'ouverture du parquet, s'est encore amélioré très sensiblement au moment de la clôture. La stagnation du commerce laissait dans le doute sur la régularité de certains cours. Les syndics et adjoints des courtiers ont pris tous les renseignements possibles pour faire une révision générale et il en résulte, d'après leur assertion, que tous les cours sont cotés aujourd'hui avec la plus grande exactitude; que les eaux- de-vie sont en pleine baisse, et les autres articles calmes — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 58 fr. 30,50,55,50,40,50 centimes. Actions de la

Banque de France, 1.120 francs.

Dubois.

(Arch. nat., K^ 3833.)

Journaux.

Gazelle, de France du 3 brumaire : « Paris, 2 brumaire. ...Avant-hier, à huit heures du soir le ciel a présonlé le |thénoniène d'une aurore boréale très étendue. Ses divers faisceaux se projetaient du Nord au Midi, et du couchant à l'occidenl {sic). Les parties du ciel qu'elle occupait étaient d'une couleur rouge foncée et sanguinolente. Vue au-dessus des plus grands édifices, elle présentait l'aspect d'un grand incendie. Le phénomène a duré à peu près trois quarts d'heure »

343 PARIS SOUS L'EMPIRE [25 octobre 1804}

CLYIIl

Rapport de la préfecture dk police du 4 brumaire.

Journaux. — Un ?eul article a paru susceptible d'attirer plus particulièrement l'attention à la lecture des feuilles de ce jour. On lit dans la Gazette de France l'extrait d'une lettre écrite de Roscoff, département du Finistère, le 26 vendémiaire dernier, contenant des plaintes graves contre les habitants de différentes communes maritimes, lesquels paraîtraient avoir pillé et dépouillé de malheureux naufragés au lieu de leur porter du secours.

Marché aux bestiaux. — Le marché de Poissy du 3 hrumaire a été très abondant. 11 y a été exposé en vente 18oG boeufs, tandis qu'au marché du 4 brumaire an XII il n'y en eut que 1450. Le prix a été le même, c'est-à-dire à 60 centimes la preuiière qualité. Cette abondance doit être attribuée à l'approche du couronnement de l'Empereur, dont on ignorait encore dans les départements éloignés que l'époque était reculée. Les bœufs, en général, étaient bons. Les moindres étaient ceux venus des départements de la Sarthe, de l'Indre et d'Eure-et-Loir. Il arrive dans ce moment aux marchés de Sceaux et de Poissy peu de bœufs de l'Helvétie et de l'Allemagne. Ils sont maigres et sont conduits à Lisieux et dans la vallée d'Auge, où ils se vendent plus cher qu'à la boucherie.

Evénement. — Hier soir, une rixe s'est élevée dans les Champs- Elysées, entre des dragons de la garde de Paris et des grenadiers cisalpins. Des officiers de police, qui en ont été informés, sont parvenus à empêcher les suites de cette querelle...

Bourse. — Il ne s'est pas fait, à beaucoup près, autant d'affaires que les jours précédents, mais ce ralentissement n'a rien changé aux dispositions du cours des rentes; elles sont toujours très prononcées pour la hausse. On a annoncé ce matin au cercle et ailleurs la disparition de M. Johannot, agent de change ' ; on s'en est beaucoup entretenu en Bourse, et avec d'autant plus d'indignation que, sans parler des différences dont il peut faire tort et qui ne sont pas encore connues, on lui reproche une escroquerie abominable, qui consiste

1. Le nom de cet agent de change qui se trouvait dans VAlmanach impérial pour l'an XII ne se trouve plus dans celui do l'an XIII.

[26 OCTOBRE l>iU4] 1»A11IS sors l/K.MI»IUF 344

à avoir reçu environ 150.000 l'rancs sur de faux Itullelins et du papier, qui lui avait élé confié pour le négocier; les personnes que l'on cite pour avoir élé lésées de cette manière, sont MM. Laneuville, Péan de Sainl-Gilles, Personne, agents, Récamier et Dacosla. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIll, 59 francs, 58 fr. 90, 95. Actions de la Banque de France, 1.120 francs, sans droit du quart.

Dubois.

(Arch. nat., F^ 3833.)

Gazette de France du 4 brumaire : « Pains, 3 brumaire. ...On dit que M"c Clotilde, de l'Opéra, vient de donner sa démission et l'a signifiée par huissier. Quoi qu'il en soit de son nouvel exploit, la belle plaideuse restera encore six mois au théâtre, conformément aux règlements. » — « L'Opéra-Comique vient de rentrer dans la salle de Favart, à laquelle on n'a fait que de légers changements. Les galeries des premières sont seulement rétablies, ainsi que les loges adjacentes, et il n'y a de remarquable dans les ornements nouveaux que des pommes dorées marquant la séparation des loges. On y a aussi placé des espèces de stores ou paravents, derrière lesquels la voisine pourra causer à son aise avec le voisin, sans craindre les regards indiscrets du public d

GLIX

Ministère de la police générale. — Bulletin du 5 brumaire.

Exécution... Kohylenski. — Signalé comme ayant mission particulière de suivre tous les pas de l'Empereur, a montré de l'embarras et de la contrainte dans son interrogatoire; ne donne pour motifs de ses différents voyages que la curiosité et le désir de s'instruire; a parcouru tous les ports de la Belgique ; a fait deux excursions eu Allemagne; paraît très susf)ect. L'arrêter et l'interroger de nouveau.

Collin d'Anglus. — Se disant chimiste ingénieur, renouvelle la demandé qu'il avait présentée en l'an X à l'effet d'obtenir autorisation pour faire l'expérience d'une machine qu'il appelle pompe de guerre, et au moyen de laquelle il prétend qu'un vaisseau peut en désemparer quatre dans l'instant, sans tirer un coup de canon. Cette machine présentant quelque analogie avec celle dont les Anglais ont fait usage dernièrement à Boulogne, l'expérience qu'on en ferait pourrait

345 PARIS SOLIS L'EMPIRE |26 octobre 1804!

donner lieu ù dire que les Français se pennetlent ce qu'ils regardent comme abominable chez leurs ennemis...

Falot. — Ancien capitaine au M'^ chasseurs, sans moyens d'existence, sans papiers, ne justifiant par aucun moyen plausible le séjour qu'il fait à Paris, depuis plus de trois ans; prévenu de tenir dans les cafés beaucoup de propos contre le gouvernement. Le garder à la Force jusqu'au 1" nivôse, et le renvoyer ensuite en surveillance à Thionville, son pays natal...

Exagérés. Libelle. — Le préfet de police annonce qu'il est parvenu à se procurer l'édition entière de la tragédie de Rienzi, qu'il a mis en liberté la veuve de Petit, libraire, et qu'il espère arriver, par ce moyen, à découvrir la retraite de l'auteur et à le faire arrêter...

Fanatisme. — Le curé actuel de Saint-Eustache est signalé comme ayant fait en chaire une violente sortie contre les prêtres qui ont prêté le serm.ent à la onslitution civile du clergé, et notamment contre M. Poupart, son prédécesseur. Yérilier.

FOUCHÉ

(Arch. nat., AFiv, 1491.)

Rapport de la préfectuiuî de police du même jour.

Réunions. — Le retard de la cérémonie du couronnement est considéré, dans le public, comme devant faire beaucoup de bien aux marchands de Paris, qui s'en réjouissent, ainsi que les maîtres d'hôtels garnis. Les habitants chez lesquels les maires ont logé des députés continuent de murmurer, surtout contre le mode d'exécution qui a été adopté, et de ce qu'on n'a eu aucun égard à la médiocrité de la fortune et à l'exiguité des appartements de beaucoup d'individus, qui se trouvent dans l'impossibilité absolue de loger, et à qui il en coûtera très cher pour placer dans les auberges ceux qui leur sont envoyés. Les jeunes gens qui doivent composer la garde d'honneur se sont réunis hier, au Département', et ont arrêté qu'une députation d'entre eux se rendrait auprès de M. Eugène Beauharnais, pour le prier d'être leur commandant.

Militaires. — Hier malin, le nommé Hémart, fusilier de la 3° compagnie du 2^ bataillon de la garde municipale, de service au poste de la rue du Caire, a frappé d'un coup de baïonnette la femme du sieur Laurent, perruquier dans cette rue. Il était tellement ivre, ainsi que toute la garde de ce poste, que le commissaire de police a été obligé

1. Cela veut dire, sans doute, dans le local de l'ancienne administration départementale de la Seine.

•26 OCTOBRK 1804] PARIS sors I/EMPIIŒ 3'f6

d'envoyer à la caserne pour la faire relever. Hier, Jean-Baptisle- (juillaume Porel <\u Longval et Marie-François-Hyppolite Goliel, tous deux cuirap?ierfi au l*"" régiment, ont été arrêtés dans le café Giideau, aux Tuileries, où ils attendaient le sieur Dubarrv, jeune employé aux conlrilmlions, et que Porct du f^ongval avait provoqué en duel. Ce militaire était parvenu à séduire l'épouse de Duharry, l'aîné, et a porté le désordre dans ce ménage. Il a continué d'aller dans la maison, malgré l'époux et le frère. Celui-ci en a fait les plus vifs reproches à du Longval qui, pour se venger, lui a proposé de se battre. Le militaire a reconnu la lettre de provocation et il a été conduit de suite, ainsi que Gohet, son témoin, à l'élat-major du gouvernement de Paris.

Ex-retiijieuses. — Des religieuses de la Miséricorde sont au nombre de douze ou treize, rue de la Chaise, n° 529. Elles ont quinze ou seize élèves, à qui elles montrent à comlre et à broder. Dans l'intérieur de leur maison, elles suivent la règle de saint Augustin, et, le dimanche, elles portent leur habit religieux. Il paraît certain qu'elles viennent de faire faire à une de leurs anciennes novices des vœux non solennels, mais pour une année seulement. Des religieuses de la congrégation, réunies rue Notre-Dame-Saint-Étienne, se livrent à l'instruction, et elles ont beaucoup d'élèves. Elles portent aussi l'habit religieux dans leur intérieur, et le font porter à déjeunes personnes qu'elles n'osent appeler publiquement novices, mais qu'elles disent demeurer avec elles pour les aider. Ces deux espèces de communautés sont reconnues par S. E. le cardinal-archevêque de Paris, qui leur a donné pour directeur M. Lamire Méry, chanoine de Notre-Dame

Bourse. — L'on a attribué à l'affaire du sieur Johannot', dont on s'est beaucoup occupé hier, le ralentissement sensible que l'on a remarqué dans les négociations. Aujourd'hui, elles ont repris toute leur activité, et les cours se sont améliorés, les marchés de rentes à termes fermes, et à primes se multiplient à l'infini. La situation du commerce n'éprouve aucun changement, — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 59, 57, 20, 15, 10, 20, 59. Actions de la Banque de

France, 1.135 francs, sans droit de quart.

Dubois.

(Arcli. nat., F', 3833.)

Journaux.

Journal des Débals du li brumaire: « Paris, 4 brumaire. ...Le pape est, dit-on, atleiidu à Lyon le 2b novembre (4 frimaire). On donne ainsi la

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