BRUM.UHI^ AN XIII 8 NOVEMBRE
JOCKNAUX.
Publiciste du 18 brumaire: « Paris, le 7 brumaire. ...S. M. l'Impératrice, toujours occupée du perfectionnement de notre agriculture, vient d'ordonner la distribution de quarante-quatre béliers mérinos extraits de sa bergerie de Malmaison. Elle en a fait remettre plusieurs aux préfets des départements de lihin-et-Moselle, Scine-et-Oise et de la Somme, en leur témoignant le désir que ces animaux fussent confiés aux cultivateurs les plus éclairés. Les autres béliers ont été donnés à des particuliers qui, depuis .longtemps, travaillent à l'amélioration des laines de France. . . » — « L'ancien hospice, connu sous le nom des Petites Maisons, a pris celui d'Hospice des Ménages. On y a réuni les hommes et les femmes mariés, reçus jadis aux hôpitaux des incurables et des vieillards, et l'on a donné à chaque ménage une chambre où il vit avec la portion d'aliments, de bois et d'argent qui lui est destinée. »
GLXXIII
MlNISTÈlib; DE LA POLICE GÉNÈRALi:. — BuLLtiTlX DU 19 BRUMAIRb).
Paris. Temple. M. Rumbold. — M. Rumbold ' est arrivé hier et a été déposé au Temple. Il est évidemment frappé de l'idée que sa vie est en danger; il a cru toucher à son dernier moment en montant un petit escalier de bois au Temple. Il a demandé un quart d'heure pour écrire à sa famille. Voyant qu'il s'était abusé, il a prié que, lorsque son sort serait décidé, on lui laissât quelques instants pour remplir quelques devoirs de religion et de famille. Ce matin, il a prié le concierge de déjeuner avec lui. Sur le refus de ce dernier, qui avait déjeimé, M. Rumbold a demandé des œufs frais. Cet homme est fortement convaincu que Pichugru a été mis à mort en secret. Cependant
1. Sir Geurges Uunibold, ministre anglais à Hambourg, avait été fait prisonnier \>:\v les Fiançais dans le Hanovre, amené à Paris et enfermé au Temple. Sur l'intervention «lu roi de Prusse, il fut mis en liberté aussitôt et conduit à Cherbourg, où il s'euibaniua. Voir .V. Sorel, L'Iiuroj/e et la Révolution française, i Vi p. Vn à 402. •
ÏOME I. 24
[» NovKMURK 1804] l'AKIS SULS L'tlMPIHE 370
il a [taru fi'ai)|)é du simple raisoiiiiemeiil qu'on lui a l'ail sur les localités, sur le voisinage de la cha-iibre de Georges, qui n'était pas à quinze pieds de fclle île Pichegru, sur la i'orce de celui-ci, qui, lors de son arrestation, lassa par sa résistance quinze à dix-huit gendarmes et agents, etc. M. Humijold dit qu'il y a [)liis de dix-huit mois qu'il était dégoûté dutripoldes affaires, mais t|iie l'intérêt et l'avancement de ses enfants l'onl seuls obligé d'y rester.
Bruits divers et propos. — On répand le bruit d'une augmentation de finances dans les charges des receveurs et autres ; quelques receveurs s'en plaignent, même assez ouvertement. On dit aussi que Sa Majesté a appelé auprès d'elle un des régents de la Banque; que ce régent, ne s'élant pas prêté à des demandes de fonds, a été extrêmement maltraité. Le bruit sur la création de cédules hypothécaires reprend beaucoup de consistance. — Plusieurs prétendent que le voyage du pape est forcé et que S. M. l'Empereur lui a envoyé deux millions pour en faire les frais. On parle de l'ajournement du sacre jusqu'à Noël ou au l""^ janvier, tant pour se remettre à l'ancienne ère que pour attirer un plus grand nombre d'étrangers et faire dépenser plus d'argent à ceux qui sont déjà arrivés. — Quelques personnes s'efforcent de persuader que l'arrestation de .M. llumbold va être le signal d'une guerre générale. — Ces bruits et autres semblables tombent promptement par leur ridicule même, mais ils sont journellement remplacés par d'autres, non moins ridicules, qui sont de même hientùt oubliés. Les oisifs de cafés s'en saisissent, après que les bavards des salons en ont fait leur pâture. Personne n'y croit, mais nul de ceux auxquels ils sont communiqués ne fait faute d'en entretenir à son tour ses connaissances, qui donnent en échange les dires ou quolibets de leur quartier ou de leur coterie. C'est un tribut (jue la crédulité et la sottise lèvent sur toute grande époque ; n'en pouvant point mesurer la hauteur, les gobe-mouches se jettent dans le vague important des niaiseries, et les sots croient ainsi avoir [•ènèlrè le secret de l'Rtat, de ses vues et de ses moyens. . .
Surveillance de la librairie. — D'après les observations de M. le |)réfet de police, sur trois ouvrages nouveaux soumis à son examen, savoir: Œuvres posthumes de Mannontel, Galerie lailitaire ou notions liisloriijues des fjénéraux, etc., et Stances sur l'élévation de Napoléon, on donne l'ordre de ne laisser paraître ces ouvrages qu'en y faisant quelques suppressions, (|ue l'on indique. H ne parait pas d'ailleurs qu'il y ait lieu d'inculper les intentions tles auteurs
(Arcli. nul.. Al" i\. ll'Jl.
371 PARIS SOCS LEMPIRE [9 novembre 1804J
Rapport de la préfecture de police du même jour.
Réunions. — J.es Bourbonistes continuent de répamire que nombre de personnes ne reviendront de la campagne qu'après les fêtes du couronnement de Sa Majesté, crainte, disent-ils, d'accidents ou d'événements. Un sieur Deman(?] demeurant rue d'Anjou Saiut-Honoré, fds de l'ancien cordon rouge de ce nom, dit que, pour les mêmes motifs, il différera son mariage, qui est prêt à se conclure, jusques après cette époque. L'ex-comte d"Andlau, un de ses oncles, et parent des Polignac, lui a écrit, ajoute-til, qu'il se garderait bien lie revenir à Paris avant le mois de janvier. Ces messieurs disent, avec un air d'assurance, que le pape fait le voyage de France contre son gré, et qu'il a fallu le forcer à y venir.
Journaux. — Les feuilles de ce jour ne donnent lieu à aucune remarque importante...
Bourse. — Le cours de o 0/0 s'est ouvert dans des dispositions très favorables, que l'on attribuait au renouvellement d'un bruit répandu depuis quelques jours ; plusieurs personnes avaient assuré que la tlulte de Brest était sortie ; mais, cette nouvelle n'ayant point obtenu une grande confiance, le résultat des variations n'a produit qu'un peu plus de fermeté qu'hier. Des spéculateurs, intéressés à connaître les auteurs de l'opération dirigée par M. Ledhuy, ont prétendu que c'étaient MM. Michel, Vanderberck et Desprez; mais, d'autre part, on a assuré que M. Desprez attestait n'y avoir aucun intérêt. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XllI, 38 fr. 90 ; 80, 70, 80, 7o c. Actions de la Banque de France, 1.122 fr. 50 ; 1. 125 francs. (Arch. nat., V, 3833.)
Autre rapi-ort de la i'héiectuhe de i'olice du même jour.
Réunions. — Un sieur Dax, demeurant rue des Orties, ancien fournisseur de l'habillement du Directoire, ami intime du tribun Carnot, • lit que celui-ci se repent beaucoup d'avoir voté la mort du dernier r(»i, attendu les circonstances présentes, que nombre de ses anciens collègues se félicitent d'avoir pris le parti contraire, et qu'enfin il lui e-t impossible de croire à la conversion de beaucoup d'individus (pii occupent aujourd'hui des places marquantes. — Des malveillants répandent que la maladie, qui désole une partie de l'Espagne, s'est répandue dans les départements mé idionaux de l'Empire français. — Un voyageur de Reims, parti pour la llussio, annonce que ce gouver-
iit'iuciit vionl d'interdire aux Français l'enlrée de celle capitale, et q IIP, d'après cela, il est obligé de rétrograder. — On dit dans le commerce que des lettres de Cadix annoncent qu'une frégate espagnole, arrivant de Vera-Criiz avec trois millions de piastres, a été obligée, par ordre du gouvernement espagnol, de qniller cette rade pour se rendre à Vigo ; que cet ordre a causé une gramle sensation dans le commerce de Cadix, attemlu que la frégate, obligée de passer devant une croisière anglaise, ne pourra manquer de devenir sa proie.
Députés pour le couronnement. — On rapporte qu'un individu rleSaint- Amand, département du Nord, ayant voté hautement contre le Consulat à vie et contre l'hérédité dans la famille de Sa Majesté l'Empereur, est néanmoins parvenu à se faire nommer député. Arrivé au point de réunion avec ses collègues, ceux-ci lui ont notifié qu'ils ne voulaient ni voyager, ni avoir aucun rapport avec lui, et qu'il fallait qu'il donnât sa démission, ou sinon qu'il s'exposerait à vingt coups d'épée avant d'arriver à Paris. L'individu ne s'est pas fait presser davantage et a déclaré qu'il renonçait à la députation, qui est réduite à quinze, de seize qu'elle était. En général l'esprit des députés qui arrivent à Paris est excellent. Il s'en est déjà présenté, jusqu'au 18 de ce mois, trois cent quarante cinq à la préfecture de police, et ils se louent beaucoup de la réception que leur font les Parisiens.
Journaux. — Les journaux présentent aujourd'liui quelque inlérèt. Un article commun aux Publiciste, Clef du Cabinet, Journal des Débals et Gazette de France, et daté de Hambourg, le 10 brumaire, donne à connaître que, dans cette ville, la politique de l'Angleterre et le rùle qu'elle fait jouer à ses agents, sont aussi blâmés qu'y est au contraire approuvée la mesure prise par le gouvernement français au sujet de M. Rumbold. — On remarque surtout, dans la Gazette de France, un article de variétés, consistant en une lettre d'un agent diplomatique anglais, accrédité en Allemagne, au lord llawkesbury. Ci.'lte lellre parait être une critique assez line de la politique du gouvernement anglais et des principes (pi'il suggère à ses agents. Celui-ci, en effet, en témoigne des craintes pour sa sûreté: « Depuis (écrit-il au lord), que vous nous avez avoués officiellement pour des conspirateurs accrédités dans les pays neutres, le règne des diplomates anglais est fini sur le continent. » Il dit ensuite qu'il n'ose plus coucher chez lui ; il prie en consé(|uence le lord de lui donner une place dans les bureaux de Ja Trésorerie, avant surtout les débats que la ilernière noie ministérielle de Sa Grandeur ne peut manquer d'excitei- dans le Parlement de la part de rnpj)osili(>n. On trouve aussi dans les feuilles quelques nouvelles de lEtranger. Le
373 PARIS SOUS l/EMPIRE [9 novembre 1804]
Journal des Débals, à Tarlicle Rolierdarn, donne le rapport de Graham Moore, contenant un assez long détail de la prise des quatre fri'gates espagnoles à la vue de Sainte-Marie, ainsi qu'un état des chargements et des frégates. Ce rapport est dénué de toute rétlexion étrangère à l'action. Ou lit n.w. Bullelin politique <,\\x'\\. yailans lefortde La Valette six vaisseaux de ligne et des frégates en réparation. Le Bulletin parle aussi du bruit répandu en Italie d'un projet d'attaque médité contre la Corse par les Anglais; mais, est-il dit, c'est une fanfaronnade. — La Clef du Caème^, d'après des papiers de New-York, annonce que M""® Toussaint-Louverture est retirée dans cette ville, et l'ait partie des personnes qui fuient Saint-Domingue. Les journaux parlent enfin de quelques événements arrivés dans les départements, comme l'assassinat d'une femme, commis à Nice, par un prêtre, et le meurtre d'un porteballe, par des voleurs, dans une ferme, près d'Evreux. Le reste des articles a paru ne mériter aucune attention particulière. . .
Bourse. — Selon le rapport de plusieurs personnes, le cours des rentes avait paru ce matin incliner fortement à la hausse, mais le résultat des négociations du Parquet a été absolument insignifiant. 11 n'en a pas été de même des actions de la Banque ; elles se sont améliorées très sensiblement ; l'on pense que cette élévation est due au remplacement des ventes faites à découvert, et à l'emploi des capitaux retirés des ventes. Les demandes sur les eaux-de-vie n'ont pas produit une forte hausse, et les courtiers assurent que tous les articles, sans exception, sont maintenant très calmes. — 5 0/0, jouissance de venilémiaire an XIII, 58 fr. 70,75, 80, 75, 70, 75 c. Actions de la Banque de
France, 1.130 francs ; 1.135 francs.
Dubois.
(Arcli. nat., F', 3S33.)
Journaux.
Gazelle de France du 19 brumaire : « Paris, IS brumaire. Il n'y a point aujourd'hTii, à Paris, de fête commémorative du 18 brumaire : elle sera réunie à celles du couronnement, qui rendront plus brillants encore les souvenirs que
rappelle cette journée si célèbre » — Courrier français du 19 bruniaii-e :
« Paris, tS brumaire. ...M. Capperonnier, directeur de la Bibliothèciue iiiq)ériale, avait rappelé l'existence dune bible enricbie de commentaires précieux de Bossuot : on craignait que ce manuscrit fût perdu. Aujourd'hui on annonce qu'il est retrouvé; M. Vasselon, homme de lettres, l'a déterré aa milieu de beaucoup de vieux livres chez M. Brajeux, libraire, rue Saint- Sévcrin. »
10 NOVEMBRE 1804] PARIS SOi:S L'EMPIRE 374
lit HIll'.MAIHK AN Mil (10 NOYIvVIBHE IHOi).
HaPI-OKI' I»K la l'UÉFECTURK MK l'OLlCK DU 20 BRUMAlliE.
Ouvriers. — Les réunions ordinaires d'ouvriers oui été hier moins nombreuses que de coutume, mais toujours aussi tranquilles. Beaucoup d'ouvriers, surtout pour les objets destinés au sacre de Sa Majesté, travaillent jour et nuit. L'orfèvrerie et la bijouterie prennent chaque jour un nouveau degré d'accroissement. Parmi les ol)jets de luxe dont on parle pour l'époque du couronnement, on dislingue un assortiment de plumes enrichies de diamants, qui se fait chez Douché, bijoutier, rue Saint-Honoré, et qui est destiné à garnir une robe. On assure que le prix de celle parure s'élève à près de 200.000 francs.
Exclusifs. — Les hommes de ce parti continuent de jaser sur les préparatifs du couronnement et de faire la censure de tout ce qui se passe. Ils se réunissent de lcm|)s à autre, mais en petit nombre, dans quelques tabagies, et c'est là qu'ils épanchent entre eux leur mauvaise humeur.
Dubois.
(Arch. nat., F^ 3833.)
Journaux.
Courrier français du 20 brumaire : « Paris, 19 brumaire. ...L'École secondaire de M. Butel (rue de Clichy, n" 337) a eu huit de ses élèves admis à l'Ecole polytechnique, par le résultat du dernier concours. Trois de ces élèves sont les premiers sur la liste d'admission pour le génie. La même école avait fourni, en outre, depuis dix ans ironti' élèves à l'Ecole polytechnique. Elle s'occupe, avec les mêmes succès, dos autres branches de l'instruction, et les doit à l'heureuse réunion de l'ancienne discipline des collèges aux améliorations de l'enseignement, par une sage application des lumières noif\ellement accpiises et de rexpérience. » — Journal des Dames et des Modes du 20 brumaire : « Paris, le 19 brumaire. ...Réunir la richesse à une grande apj)arcnce de simplicité est aujourd'hui le type du bon genre. Autrefois les bijoux d'une |)etile maltresse brillaient d'or et d'argent,les pierreries émaillaient partout le riche fond sur lequel elles étaient endirassées. De nos jours on porte les diamants plus simplement encore (|ue des perles enfdées. Ouand ils sont monlés, c'est si légèrement ipi'on ne doit pas même apercevoir l'œuvre de l'orfèvrf. Un moyen jdus neuf et plus élégant encore, est de les porter allacliés tout hoiiiicmcnt à ini ndian do velours: ils n'en rcssortent que davan-
.nS PARIS sous L'EMPIRE [M novembre 1804
tage, et cette triple nuance des cheveux, du velours noir el du diamant jette sur les yeux et sur le teint d'une petite maîtresse une demi-teinte, un je ne sais quoi, dont les Françaises semblent seules posséder le secret »
20 BRUMAIRE AN XIII (II NOVEMBRE 1804). Ministère de la police générale. — Belletlx du 21 brumaire.
Paris. Bruitft. — On répand toujours beaucoup de bruits ; on répète souvent les mêmes. On ne peut en accréditer aucun; ils ne font plus d'impression*.
Temple. Rumbold. — M. Rumbold est parti hier, pour se rendre à Cherbourg, accompagné par un officier de la gendarmerie d'élite-. 11 a donné par écrit son engagement d'honneur de ne pas s'établir, rester et séjourner à une distance moindre de cinquante lieues des postes occupés par l'armée française, durant la présente guerre, sur toutes les parties du territoire non dépendantes de la puissance britannique. . .
Duc d'Ançioulême. — On s'entretient à Paris, comme d'une chose connue, du couronnement du duc d'Angouléme, après l'abdication de son oncle et de son père. On ne peut pas douter qu'il y aura bientôt un manifeste ou proclamation, d'après les confidences qui sont échappées, le mois dernier, à l'évêque de Nancy, à Vienne. On peut croire que ce manifeste aura pour base de donner de la sécurité aux révolutionnaires et toute satisfaction à ceux qui sont, maintenant, pourvus d'emplois dans le civil et le militaire. Les deux, princes, qui ont toujours activement manœuvré pour la contre-révolution, semblent avoir voulu, en abdiquant, détruire tous les intérêts et les passions contre-révolutionnaires, et profluire un monarque nouveau, entièrement dégagé des anciens intérêts, propre par conséquent k se mouler à un nouveau système monarchique. Ce qu'on peut assurer comme positif, c'est que déjà hier on se parlait du manifeste du duc d'Angouléme, comme déjà existant. On en disait les bases, qui sont telles qu'on les présente ci-dessus. On peut en inférer que celte pièce ne tardera pas à paraître. On connaît même une personne qui sera très
1, Ce paragraphe est de In main do Fouche.
2. En marge, de la main de FoucIh' : ■< M. Rumbold a beaucoup insisti- pour rester à Paris au moins un mois. » — Voir plus haut, p. '3(j'J et 372.
(Il NovEMHRK 18041 PAïus Sors i;i:mi»iiîe :{to
probablement chargée de le l'aire iin|triiner à l'aris et ife le répandre aux armées.
Arch. nat., AF iv, 1491.)
Hai'port Dii LA piti:Fi:crL'RE de policI': du même jouh.
Réunions. — II y a eu hier une affïucnce excessive dans tous les spectacles. Les cabarets des faubourg et les guinguettes n'ont pas été moins fréquentés. Tous les ouvriers ont fait ce qu'ils appellent la Saint-Martin, et leurs plaisirs se sont prolongés assez avant dans la nuit. L'(jrdre a été maintenu partout.
Journaux. — Un article des Etats-Unis d'Amérique, commun à presque tous les journaux, annonce qu'il a été fait par la cour do Madrid des propositions tendantes à prévenir une rupture entre les deux puissances ; il porte en outre que les habitants de la Louisiane ne se plaisent pas sous leur nouveau régime, et que, parmi eux, l'esprit de mécontentement se développe de jour en jour; qu'il eût été beaucoup plus facile de les rendre Américains, il y a quelques années qu'à présent; mais qu'ils ont sans cesse aspiré à redevenir Français depuis que Bonaparte gouverne la France. D'après un article daté de Londres, le H brumaire, et commun également à plus;ieurs feuilles, il paraît que les gazeticrs anglais s'égaient aux dépens du ministère au sujet de la dernière expédition qu'il a dirigée contre Boulogne, en annonçant un nouvel essai de machines qui consisteront en bouteilles, barils et poinçons remplis d'air. — La partie la plus marquante des nouvelles de la république batave, et datées du 13 brumaire, consiste dans le paragraphe suivant: « On est informé que le roi de Prusse a témoigné toute sa satisfaction au commandant de Wesel, sur l'attention qu'il a eue de faire complimenter l'Empereur des Français par une députation de la garnison. » — Les nouvelles d'Allemagne (rapportées par la Gazette de France) annoncent que le magistrat de Francfort a défendu sévèrement toute discussion politique dans les endroits publics, et a déclaré en outre qu'il espérait que les négociants n'abuseraient point de leur liberté commerciale pour prendre part à des opérations contraires au droit des gens. — Ces nouvelles annoncent encore le départ prochain du comte de Lille pour Varsovie et du comte d'Artois pour Londres. — Le Bulletin politique à l'article Copenhague, annonce, comme un on dit répandu dans la ville, que la Hotte russe y était attendue d'un jour à l'autre, et devait aller passer l'hiver dans un port d'Angleterre. — « Suivant une lettre particulière (dit le Publiciste)., M. le comte de Markow, ci-devant
377 PARIS SOUS L'EMPIRE [1 1 novembre 1804]
ambîissadeui" de Russie à Paris, a été disgracié, ul a reçu l'ordre de i'Eiiipeieur de se retirer dans ses terres. « A l'article Milan, publié par le Jownal des Débats^ on lit que le cardinal Ruflfo est rappelé au Conseil de Régence et que le roi de Naples se relire à Palerme. On parle aussi du départ de quelques ti-oupes pour les États de Naples, — On lit dans laGazette de France quelques réflexions sur l'attaque de Tripoli par l'escadre des Etats-Unis, dans lesquelles on improuve le Congrès d'avoir entrepris une expédition de cette nature sans l'entière certitude du succès. On ajoute qu'il n'y a que la France dont les pirates de Barbarie aient redouté la marine et les soldats, et que les Anglais eux-mêmes n'ont pu faire respecter leiu" pavillon. — Les nouvelles de l'intérieur ne présentent de remarquable que le détail, donné par le Journal de Paris, d\\n combat soutenu par une péniche française, commandée par le nommé Lemeur, marin de la garde, contre une frégate anglaise, qui n'a pu s'en emparer. — On remarque toujours dans le Journal des Débats, à l'occasion de quelques articles littéraires, des réflexions contre la philosophie, mais moins prononcées que de coutume. — Le Courrier français, de son côté, annonce depuis quelque temps une modération l)ien plus grande dans l'esprit philosophique qui lui a toujours été particulier. — En général, les journaux paraissent animés du meilleur sens; on observe en effet qu'ils ont rivalisé d'efforts pour peindre toute la perfidie anglaise dans ces dernières circonstances. . .
Bourse. — Les négociations de rentes n'ont pas été très nombreuses, et le cours a été un peu plus faible qu'hier. L'inaction dans laquelle M. Ledhuy, agent, est resté depuis quelques jours parait inquiéter les spéculateurs sur le dénouement de son opération, et il est probable que leur irrésolution ne cessera qu';ï la fin du mois présent. Les actions de la Banque continuent à s'élever très rapidement ; on ajoute aujourd'hui aux motifs que l'on donnait à cette hausse le bruit sourd du raitport de la hn qui met en réserve une partie du dividende. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, o8 fr. GO, 50, oo, 50. Actions de la Banque de France, 1.142 fr. 50; 1.1 i5 fi-ancs.
Duiîois.
.loUHNAUX.
Journal des Débals du 21 brumaire : « Paris, 20 brumaire. . . .On assure que le procès verbal du recensement des voles, fait par la commission du Sénat nommée à cet effet, constate que l'hérédilé de la difjnilé impériale dans la descendance de l'Empereur, de Joseph et Louis Bonaparte, ainsi qu'il est
12 NOVEMBRF 1804] PARIS sors I. EMPIRE 378
réglé par le sénalus-consulte du 28 floréal dernier, a été volée par 3, '072,329 citoyens français, c'est-à-dire' par la masse de la nation, par ce qui forme le corps de l'État, puisque les femmes, les mineurs, les hommes en état de tlomo-^ticité, les indigents, !es malades, les absents, forment plus de cinq sixièmes de la population dans tous les Etats de l'Europe. On remarque que ce nombre excède celui des votes qui, en l'an VIII, ont conféré le pouvoir suprême à -Napoléon, et celui des votes qui, en l'an X, le lui ont assuré pour la vie. Ce progrès manifeste assez clairement l'accroissement de la confiance et de la gratitude publiques.» — Gazelle de France du 21 brumaire : <* Paris, 20 brumaire. , ..Pour la commodité des gens de pied, il a été pratiqué dans le pavillon Mazarin une arcade d'autant plus utile qu'elle se trouve près de lendroit le moins largo du quai, celui où l'on risque le plus d'être heurté par les voitures « — Courrier français du 21 brumaire : « Paris, 20 brumaire. . . .Le célèbre baron de Humboldt est toujours dans cette capitale, où il est constamment occupé de recherches et de travaux qui prouvent un zèle ])Our le progrès de la science, aussi estimable et aussi rare que le courage qu'il a montré dans ses pénibles et hasardeux voyages. Quelques journaux ont annoncé qu'il devait passer l'hiver à Paris : il se propose, au contraire, de se rendre dans peu en Italie, pour s'y livrer k une suite d'expériences sur l'analyse chimique de l'air, l'électricité des volcans et l'intensité des forces magnétiques. Ces expériences lui paraissent nécessaires pour en comparer les résultats avec celles qu'il a faites sur la Cordillière des Andes, et qui doivent être publiées incessamment. Il sera accompagné dans ce voyage par M. Gay- Lussac, avantageusement connu par ses travaux physiques et par les deux ascensions aérostatiques qu'il a faites dernièrement, l'une seul, l'autre avec M. Biot, de l'Institut national. M. Bonpland, qui a exécuté avec M. de Humboldt l'expédition des Andes, séjournera cet hiver ici pour y publier l'ouvrage des plantes équinoxiales, dont il a présenté une partie à la première classe de l'Institut national dans sa dernière séance. Ainsi le public jouira des travaux de ces savants voyageurs aussi promptement que le permettront la lenteur de la gravure, le calcul des mesures et la masse considérable des travaux à rédiger »
CLXXYI
21 BRUMAIRE AN Mil (12 NOYRMRliE ISUi).
Rai'I'okt de la pitF^FiîCTunr; dk por.ici-: du 22 brumaire.
Hèunions. — Lo sieur Coulechaude, ancien ofïicier atlaché k rélat-inajor de .Moreaii, d(>nienranl rue du Rac, dit qvi'il se propose de l'ai 1er joindre au printemps prochain, à moins qu'avant cette époque, il n'y ait <le grands changements ; que plusieurs chefs de corps qui ont servi S(tus .Moreau «ont venus le prier de lui écrire de leur part pour l'assurer de leur inviolahleatlachemen t.— On continue de répandre dans le piihlic que l'embarras des finances est extrême. Les capila-
379 PARIS SOUS I/EMPIRE [12 novembre 1804]
Jisles, en général, sèment de l'inquiétude à cetégarii, et font resserrer l'argent. Ils disent qu'Ouvrard n'a pu obtenir que deux millions du ministère des finances de l'Espagne ; qu'ils sont instruits que cette cour est très mécontente des articles du Moniteur; qu'elle leur attribue la. prise des galions par les Anglais, et que, s'il n'y a point une cessation prochaine d'hostilités, il sera impossible. de se tirer d'affaire sans un papier-monnaie, qui, ajoutent-ils, pourra tout bouleverser. — Hier, les ouvriers et les gens du peuple se sont livrés aux plaisirs beaucoup plus que le dimanche. Les cabarets hors les barrières ne se sont vidés que fort tard. Les spectacles ont été également très fréquentés. — On a trouvé, ce matin, sur les murs fie l'enceinte de Paris, du côté intérieur, depuis la bnrrière de Vincennes jusqu'à celle de Saint-Manrlé, des injures contre le gouvernement, écrites au charbon. Elles ont été enlevées de suite.
Journaux. — La plupart des articles de nouvelles étrangères, qui composent les feuilles de ce jour, ne sont que des redites. Ce qu'elles présentent de nouveau consiste dans une note remise par le gouverneur espagnol de la Floride au représentant des États-Unis dans la Louisiane, au sujet des limites contestées de part et d'antre. Cette note a paru assez caractérisée pour faire craindre une rupture, le gouverneur espagnol déclarant positivement que son gouvernement soutiendrait ses prétentions par la force. Cette note est donnée par la Gazette de France, sous la rubrique de Philadelphie, à la date du 18 vendémiaire. — D'après 1*^4 ^'.^ws, plusieurs journaux relèvent la générosité du Gouvernement français à l'égard de M. Rumbold : « Elle met, disent-ils, en évidence, d'un côté l'usage que le gouvernement peut faire de la force dans les circonstances où l'exigent les droits qu'elle lui donne, et d'un autre côté la considération qu'il a pour les puissances qui se sont montrées fidèles à l'amitié et aux traités qu'elles ont contractés.» —Une nouvelle datée récemment de Brest, et commune à plusieurs feuilles, annonce la satisfaction que le maréchal Augereau a eue de la bonne tenue des troupes françaises et du corps (les Irlandais, lors de sa dernière inspection, ainsi que de la sage administration des hôpitaux militaires, — Suivant les nouvelles de Constantinople publiées par le Journal de Paris et plusieurs autres, le Divan n'opposerait aucune difficulté relativement à la reconnaissance de l'empereur des Français, s'il n'était influencé par deux [)uissances, dont il craint le ressentiment, et a déclaré qu'il n'avait fiucun motif de s'y refuser, mais que, d'a|)rès un engagement particulier, il était obligé de se concerter avec l'empereur de Russie, auquel on avait dépêché un courrier à ce sujet, — Le même journal
[13 NOVEMBRE 1804] PARIS sors L'EMPIHE 380
annonce l'exécution, k Caon, d'un malhenreux, dont le moindre (.Tiine était d'avoir trempé dans le complot des îles Marcouf. — Parmi des articles de variétés, on distingue dans le Journal rie Paris, au sujet des embellissements de cette ville, un petit mot qui suppose l'iirrivée du goût d'Egj'pte en France. « Un génie, est-il dit, (|ui domine tous les autres, arracha le goût à l'Egypte et débaripiu avec lui à Fréjus. . . » Bourse. — La Bour^^e de ce jour a été plus satisfaisante que les derniiTes ; les rentes, comme les autres effets, se sont améliorées, et la clôture s'est faite dans des dispositions favorables. L'opinion générale parait se prononcer on faveur de l'opération relative aux rentes, vl dirigée par M. Ledhuy. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 58 IV. GO, 0.'). Actions de la Banque de France, 1.1.^0 francs.
Dubois.
(Arch. nat., F^ 3833.)
GLXXVII 22 BRUMAIRE AN XIII (13 NOVE.MBRE 1804).
RaI'I'OKT bli LA l';!l'::Fi;CrL'RE de rOLICt: du 28 BliL'MAlRK.
Réunions. — Le sieur Coutechaude, dont il a été cpiestion au rapport d'hier, et que l'on continue d'observer, dit que, pendant la nuit qui a précédé le jugement de Moreau, il a vu dans la cour du Palais de Justice beaucoup de militaires, et qu'il a été à même de juger de l'attachement que ceux-ci lui portaient ; il ajoute que Moreau est comblé d'égards et de prévenances en Espagne, et que la foule, quand il sort, se porte toujours sur son passage. — On a remarqué iiier l'ex-directeur Moulin, au café de la Régence, et il a été l'objet de la curiosité des personnes présentes et de quelques quolibets. On a aussi remarqué le retour à Paris de M. Soltin, commissaire des r.îlations commerciales auprès des États-Unis d'Amérique. — Le bruit s'est répandu, hier, que l'ambassadeur de Naples allait très incessamment quitter Paris, mais on n'en donnait pas les motifs. On dit que la perception de l'impôt des droits réunis éprouve beaucoup de difllcultés dans [)lusieurs départements, et que les vignerons s'y sont mis en guerre ouverte avec les commis. Les arrivages en subsistances de toute espèce continuent d"ètre considérables ; la volaille et le gibier sont à meilleur marché que la viande de boucherie. . .
Bourse. — H ne s'est répandu aucun bruit susceptible de faire
38i PARIS SOUS L'EMPIRE ,14 novembre 1804]
impression sur la place, et, néanmoins, la Bourse a été très orageuse
à l'égard des rentes, dont les négociations ont eu pour résultat une
baisse assez sensible ; tout porte à croire que des ventes considérables
ont seules contribué à cette espèce de réaction, et l'on a vu avec
étonnemiut M. Le llmy au nombre de ceux dont les offres ont été
multipliées ; on a cité également MM. Lacaze, Coindre et Boisson.
Les actions rie la Baniue n'ont éprouvé aucune défaveur. — o 0/0,
jouissance de vendémiaire an XIll 58 francs, 63, 60, 40, oO. Actions
de la Banque de France, 1.152 fr. 30.
Dubois.
(Arch. nat., F? 3833.)
Publiciste du 23 brumaire : « Paris, le 22 brumaire. . . .La présidence de M. Chaptal étant terminée, la Société de l'École de médecine, dans sa séance du 11 de ce mois, a nommé pour son président M. Corvisart, premier médecin de S. M. l'Empereur. » k . . .L'eau a été rendue à la fontaine de la place du Marché des Innocents. Elle y tombe, en nappe d'eau, dans un bassin de forme élégante, (jui la reçoit »
GLXXVIII 23 BUL'MAlllE AN XIll (14 NOVEMBUL 1804).
BaI'POHT de la PRÉKECTUHK de police du 24 BRUMAIRE.
Réunions. — Un nommé Hennebert, soldat au 1^'' régiment, 1*' bataillon des grenadiers de la réserve, à bord du bateau 2« espèce, 216, à Vimereux, près Boulogne, écrit ici à sa mère, sous la date du 20 de ce mois, qu'on leur dit qu'il y a du tumulte dans Paris, rapport au couronnement, que l'Empereur avait reçu un coup de pistolet au bras et il la prie de lui marquer la réalité de tout cela. — On atîecte de répauilre, dans les réunions publiques et particulières, que la guerre continentale est inévitable et qu'elle commencera avec le prinlem[is.
Exclusifs. — Un sieur Dubail, ancien juge, demeurant rue de Seine, près les Incurables, bien connu dans le parti, dit qu'on leur a recommandé à tous d'être sages et circonspects ; que la force des choses seule amènerait des changements, et que la liberté sortirait triomphante. Dubail, très lié, avec l'ex-conventionnel Audouin, ajoute
[14 NOVEJiBKE 1804] l»AI{IS SUIS l/liMI'IUE 382
que celui-ci f^'allenil ;i être placé convciiableinenl d'un moment h iaiiti'e.
Franc- Maçonnerie . — Il y a eu un violent schi^^me parmi les francsmaçons; ceux qui suivent le rite écossais l'ont scission avec le Grand- Orient, et il parait (|ue les premiers sont en grande majorité. Le <iranil-Orient, pour se soutenir, se prépare à offrir la place de grandniailre de toutes les Loges à une des premières personnes lie l'Empire. Les têtes s'échauffent des deux côtés, et c'est à qui fera tous ses efforts pour l'emporter sur l'autre.
Journaux. — On ne peut considérer que comme une conlinuation des nouvelles de la veille celles, en très petit nombre, qui se font lire dans les feuilles de ce jour. La seule qui ait paru susceptible d'être remarquée se voit dans le Bulletin politique et la Gazette de France, à Tarticle des bords du Mein, et en date du 18 brumaire. Elle porte que l'électeur de liesse vient d'enjoindre à M.Taylor, ministre anglais près sa cour, de quitter ses États ; ce qu'il a fait ù la hàle. On ajoute que M. Elliot doit quitter Dresde au premier jour ; qu'il n'y aura plus dans toute l'Allemagne de ministres anglais qu'à Vienne et à Berlin, et que, les principaux États ayant déclaré que la Diète n'avait rien à traiter avec l'Angleterre, l'ambassade britannique destinée pour Ratisbonne n'arriverait pas dans cette ville. Le gazetier allemand qui a fourni cet article observe que la Bavière, le Wurtemberg, le pays de Bade, les Cercles de Franconie, Haut et Bas-Rhin n'ont pas cru devoir continuer leur correspondance oflicielle avec le cabinet britannique, ni recevoir ses ministres ou chargés d'affaires, depuis la découverte des intrigues des Drake et des Spencer-Smith. — On lit encore dans le Journal des Débals, comme bruit répandu à Ratisbonne, qu'une note prussienne, relative aux affaires les plus importantes, devait être présentée incessamment à la Diète germanique. — De nouveaux renforts russes, dit le même journal, article Gènes, "Id octobre, sunt arrivés àCorfou et à Zante. — On lit enfin, ilans le Publicisle, qu'un ouragan teirible a fait périr, à Charleslown, vingt navires chargés de tabacs, cotons, etc., et ravagé les campagnes de la Géorgie et de la Caroline...
Bourse. — Les négociations ont été en général beaucoup moins animées qu'hier, et les renies n'ont point éprouvé la continuation de baisse que l'on craignait fortement ; leur cours a même paru très ferme au moment de la clôture. Les actions de la Banque ont été, à leur tour, un peu offertes sans éjirouver néanmoins une baisse sensible. Le commerce est toujours calme ; les sucres venus en hausse de Bordeaux avaient fait croire à un petit mouvement, qui n'a point eu
383 PARIS SOUS L'EMPIRE [lo .novembre 1804]
lieu sur cette place. Les eaux-de-vie paraissent encore disposées à monter au dehors comme ici. — o 0/0, jouissance de vendémiaire an XIII, 58 fr. lo, 10, 30, 25, 20, 25. Actions de lu Banque de France, 1.147 fr. 50.
Dubois.
(Arch. nat., F', 3833.)
Bulletin polilique et ijénénil île l'Europe dir24 brumaire : « Paris, le 23 brumaire. ...Ces jours passés, deux banquiers, gens de goût, s'entretonant sur le poème de M. Esménard et sur celui de son compère Michaud, convinrent que les vers du premier valaient cent pour cent sur ceux du second. Ces deux poètes fortunés, au lieu de placer à fonds perdus sur le Parnasse feraient bien mieux de placer à la Bourse »
GLXXIX
RaPPOMT de la PKÉFECTURE Dli POLICE DU 25 BRUMAIRE.
Réunions. — Les étrangers arrivés pour la cérémonie du sacre et du couronnement de S. M. l'Empereur se répaurlent dans les musées et ne peuvent se lasser d'admirer les innombrables chefs-d'œuvre qu'ils renferment. On continue de remarquer que ces étrangers font en général peu de dépenses. La plus parfaite tranquillité règne partout.
Spectacles. — Une petite comédie de M. Ségur jeune, donnée pour la première fois, hier, au théâtre du Vaudeville, sous le titre du Portrait et l'Original, a obtenu un succès complet. L'intrigue a [)aru très finement conçue; on a applaudi généralement la plupart des couplets. L'ouvrage ne renferme aucune application. Le calme a été parfait pendant tout le spectacle.
Journaux. — D'après l'article Turquie, en date du 10 octobre, publié par le Journal des Débats, là réponse du Sultan à la dernière note de M. le maréchal Brune, étant tpie Sa Hautesse, par des considérations particulières différerait pour le moment d'envoyer de nouvelles lettres de créance à son ambassadeur à Paris, le ministie de France remit à la Porte une note écrite dans laquelle il déclarait ne pouvoir rester plus longtemps auprès d'une cour qui ne reconnaissait pas formellement le nouveau titre de son souverain ; M. le maréchal Brune demanda aus>ilùt après des passeports pour [larlir le 12. Le 9,
[lîi .NovKMiiitK 1804] PARIS sous L'EMIMKE 384
tous les Français qui se Irouvoiil à Constaiilinople onl été convoqués par monsieur ranibassadeiir, qui leur a annoncé son départ prochain ; la déclaration énergique du ministre de France, est-il dit, a mis la Porte dans le plus grand embarras. — Dans la même feuille, des nouvelles de Hambourg datées du 7 iu)vend)re, portent que, suivant des lettres de Constantinople du 13, la Porte, n'ayant pas encore reconnu rormeliement Tempcrcur Napoléon, M. l'ambassaileur Brune était parti de cette dernière ville le 12. — Plusieurs journaux annoncent le passage de l'escadre russe par le Sund et sa destination pour un port dAngleterre. Suivant les nouvelles de Suède, données par le Courrier français, les commissaires des relations commerciales de France, résidant en Suède, ont reçu, par un courrier expédié de Trêves, l'ordre de cesser leurs fonctions dans ce royaiune. Le même Courrier français, dans un article : Gênes, 12 brumaire, dit qu'il doit être étaldi sur les frontières des deux Républiques italienne et de Lucqucs, nn cordon pour intercepter toute communication avec la Toscane à cause de lépidéuiie qui règne à Livourne, et, sur laquelle, est-il dit, les derniers rapports venus'de cette ville sont de la nature la plus affligeante.— On lit dans plusieurs feuilles un détail très intéressant delà fête donnée à Brest par l'amiral Gautheaume à M. le maréchal Augereau.Les habitants, les troupes de terre et de mer et tous les équipages ont témoigné leur affection pour l'Fmpereur par toutes les démonstrations imaginables. — h& Journal de Paris annonce, sur la foi d'une nouvelle datée d'Elseneur, le 3 novembre, que toute la ville de Gothembourg est devenue la proie des flammes. Il se trouve dans le même journal une lettre flatteuse que Sa Sainteté a écrite à M. Desray, libraire-éiiiteur d'un ouvrage d'ornithologie, qui lui en avait fait hommage. . .
Bourse. — Il s'est fait beaucoup d'aflairesen rentes, et le cours s'est parfaitement rétabli ; les négociations des autres effets ont été à peu près nulles. On s'attendait, d'autant moins, à la bonilicatiori des rentes que l'on cr;iiguait que les partisans tie la baisse ne cherchassent à profiter, comme d'une nouvelle très inquiétante, de l'annonce faite par certains joui-naux du retour du général Brune. — 5 0/0, jouissance de vendémiaire an .\I1I, 58 l'r. 30, 40, 00.
Dubois.
(.Vrch. nat., 1' ^ 3S33.)
.loUUNAUX.
Courrier f'raiirttis ihi 2^ hvumn'irc : « Paris, 2i brumaire. ...La SL-anco d'ouverture de rAllionée des étrangers, annoncée pour la fin de ce mois, aura
385 PARIS SOUS L'EMPIRE [16 novemhre J804]
lieu samedi prochain 26, à huit heures du soir : M. FayoUe y lira une notice sur Grosset; M. Luce de Lancival, le cinquième chant de son poème d'Achille àScyi'OS ; M. Millevoye, un récit élégiaque en vers, et M. Chazet, un morceau ayant pour litre : EpUre aux Gobe-Mouches » .
25 BRUMAIRE AN XIII (16 NOVEMBRE 1804). Ministère de la police générale. — Bulletin du 26 brumaire.
Paris. — La cour de justice criminelle, séant à Paris, a acquitté aujourd'hui la femme Verdet. Georges et plusieurs autres condamnés avaient logé chez elle; elle était intimement liée avec Raoul Gaillard, dit Saint-'N'incent. Lors du jugement de cette affaire, elle n'avait point paru aux débats, parce qu'elle était enceinte. Son mari, employé dans les bureaux de la liquidation, fut acquitté...
Communauté religieuse. — On dénonce au ministre une espèce de couvent de religieuses qui s'est établi, sans autorisation, rue des Postes. 11 paraît qu'on y reçoit des sujets, qu'on leur fait faire des vœux de chasteté et d'éternelle clôture, et qu'une jeune personne, que ses goûts porteraient à rester dans le monde, est sur le point d'y être ensevelie par l'égoïsme et l'insensibilité de ses parents. Vérifier les faits '.
(Arch. nat.. AF iv, 1401.)
Rapport de la préfecture de police du même jour.
L'on est parvenu à faire avouer au nommé Charlier, l'un des auteurs du vol fait à la Bibliothèque impériale, le lieu où il avait caché le vase d'agate sardonyx; il a déclaré qu'il l'avait enterré sous des haies, dans le jardin de sa mère, à Rozoy-sur-Serre, déparlement de l'Aisne. Un commissaire de police a été envoyé sur les lieux, et, après plusieurs recherches failesavec précaution, le vase a été trouvé sain et entier et rapporté à Paris.
Réunions. — Il y a eu ces jours derniers, au Palais du Tribunal, un liiner d'un certain nombre de Bretons et auquel se trouvait .\L Chelfontaine, capitaine de vétérans, demeurant à Ménilmontant. On y a dit que, malgré l'exposé qui serait fait au Corps législatif sur la situation de nos finances, il n'en était pas moins vrai que l'arriéré