‹ Paris sous les obus, 19 sept. 1870-3 mars 1871Chapitre 1 sur 58 · L^HÉRITAGE DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

L^HÉRITAGE DE L'EMPIRE

X' invasion. — Uu regard en aiTÎère. — La veille et le lendemain du 4 septembre. — La mission du gouvernement de la Défense nationale. — La duplicité prussienne. — Apprêts de défense. — Les épaves d'une armée. — Les camps parisiens. — Prouesses allemandes. — Les revenants. — Haut les cœurs!

L'invasion !

^ « Sept corps allemands sont en marche sur Paris, » -télégraphiait le roi Guillaume à Berlin, le soir de Forbach et de Wœrth, vingt et un jours après la déclaration de guerre du 16 juillet 1870.

Depuis près d'un mois déjà, les armées prussiennes s'avançaient sur nos routes et dans nos campagnes. Leurs hordes foulaient insolemment le sol français. Pour la troisième fois en un siècle, le torrent de Germanie, roulant le ilôt de ses peuples alfamés, se répandait dans nos villes et submergeait nos plaines.

L'inva.«iion î l'invasion avec son sinistre cortège d*in-

ccndies et do massacres ; Tinvasion avec ses sanglantes lueurs! L'invasion, image effroyable devant laquelle le pays^ réveillé en sursaut de dix-buit années d'engourdissement, jetait aux hommes cramponnés au pouvoir un long cri de douleur, de honte et de rage : des armes !

N'avions-nous pas encore un allié fidèle : le temps? Le temps, qui ne remporte pas les victoires, mais qui prépare les batailles. Chaque jour qui s'écoulait n'était-il pas un secoure pour nous, et, pour nos ennemis, la défaite peut-être?

Pendant près de trois semaines, Tarmée du prince royal de Prusse, de « notre Fritz », comme ils l'appelaient, venait de manœuvrer à vide, n'avançant qu'avec une prudente lenteur, décidée à n'accepter le combat que deux contre un, étonnée d'effectuer librement la traversée des Vosges, de cette puissante digue d'arrêt que notre tradition nationale, aussi bien que les. lois de la stratégie, eussent fait un devoir de disputer pouce à pouce, et que les subordonnés de Napoléon III avaient laissée loin derrière eux. L'armée de Frédéric s'était attardée.

Une armée qui s'attarde fond sous les pluies, le froid des nuits, le manque de vivres. — Devions-nous attendre, nous?... Fallait-i*l négocier?

Attendre, c'était la ruine assurée du pays. — C'était le doute, il est vrai, pour le sort des Bonaparte ! Et, dans la capitale, le pouvoir croulant ne gardait plus souci et force que pour étouffer les colères d'un peuple qui se voyait livré à l'envahisseur! Et, dans les provinces, l'appel des hommes valides, le rassemblement des volontaires ne s'accomplissaient qu'à travers l'étroitesse des formalités imposées par une administration caduque I Et là-bas,

Page 1