LWRT ET LE PATRIOTISME
Que Fenclume et rélau geignent près du vaste soufflet attisant sans cesse le feu où le métal se fond 1
Des canons ! des canons ! Chaque bataillon de la garde' civique veut avoir les siens, chaque quartier organise des souscriptions. Dans les. rues, sur les places, des tables se dressent en plein veut, sur lesquelles tout citoyen tient à honneur de déposer son offrande. On voit des hommes donner leurs montres, des femmes arracher leurs boucles d'oreilles et leurs bagues pour les mêler aux pièces d'or et de cuivre qui s'entassent dans le plateau. Des représentations théâtrales s'organisent. La Société des gens de lettres donne le signal avec les Chdiimenis, à la Porte-Saint-Martin.
Quel changement dans cette salle, pour ceux qui se reportaient au temps où la féerie y trônait en souveraine ! Que nous étions loin des soirs de la Biche au Bois et du Pied de Mouton! Quels interprètes, aussi! Et comme les vers tombaient brûlants dans Tâme des auditeurs I II fallait entendre Lafontaine soupirer Y Hymne aux transport tés; M"" Rousseil réciter : Atix Femmes; M"*" Marie Laurent déclamer, superbe et indignée, le Manteau impérial; Berton dire V Expiation; M"' Périga pleurer Pauline Boland;W^^ Favart murmurer Stella; il fallait entendre — et* entendre n'est rien, il fallait voir — Frederick Lemaitre dans le Souvenir de la nuit du i décembre ;\\ fallait écouter Taillade lancer VUltima verba, ce cri superbe du poète qui défie lo destin, le tyran et l'exil.
Eternellement sur la brèche, [les artistes! Le soir, à la scène ; et le jour, les hommes aux remparts, les femmes dans les ambulances. Tandis que nos forgerons et nos fondeurs faisaient sortir de leurs ateliers des montagnes de projectiles; tandis que dans nos grandes usines naissait
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rarmemenl ou s'écrasait le grain dont la ville assiégée attendait sa subsistance, les foyers do nos théâtres se métamoi*phosaient en asiles. L'actrice s'improvisait infirmière et savait trouver dans son cœur des inspirations pour jouer ce rôle, le seul parfois qu'elle n'eût jiimais appris.
Aussi, si au Théâtre-Français les regards de la foule s'an'ètaient fréquemment, humides et émus, sur la plus belle loge, celle qu'on appelait naguère « la loge de l'empereur », c'est que, par une attention délicate dont chacun se sentait touché, on en avait fait le giron d'où les blessés, en train de guérir dans la maison de Molière, pouvaient assister au spectacle.
Parfois, c'était un acte de tragédie qu'on jouait sans décor, les hommes en habit noir, les femmes en robe montante. Parfois, une scène d'actualité signée Manuel ou Bergerat, ou bien une poésie que Coquelin venait dire de soii organe vibrant. Parfois encore une conférence : telle cette Alimentation morale de M. Legouvé, qui fit le tour de Paris et qui, livrée à l'impression, devait devenir comme le bréviaire de l'assiégé.
c< Dans les circonstances critiques que nous traversons, il n'est pas moins utile de songer à alimenter son âme qu'à nourrir son corps. »[ — Voila la^thèse du confét^ncier académicien.
Le corps, lui, est à la ration. Mais l'âme? L'âme est il jeun, à jeun de tout ce qui la console ou la relève. Elle est atteinte de toutes parts : les terreurs l'affolent, l'abattement l'accable, les séparations la déchirent! Ce qu'il faut, alors, c'est se jeter en plein courant, agir et réagir, et surtout I ne pas se résigner.
Se résigner, quand on est cloué sur son lit par la maladie, très bien! Se résigner quand on est enfenmé