‹ Paris sous les obus, 19 sept. 1870-3 mars 1871Chapitre 19 sur 58 · I/ART KT LE PATRIOTISME · texte numérisé non relu

I/ART KT LE PATRIOTISME

mais existé. La musique classique restait presque ignorée chez nous, et le premier Uon-ilon venu était mieux apprécié que ses plus superbes partitions.

Aussi Victor Hugo ne fut-il point médiocrement étonné (V apprendre de son interlocuteur qui était Beethoven : le plus vaste créateur musical de rAUemagne.

Les années s'écoulèrent.

Puis l'exil vint pour le poète.

L'exil, mais non l'oubli ; car, sur son rocher de Guernesey, un vent lointain lui ramena un jour cet air qui avait charmé sa jeunesse. Et ce fut eu suivant note à note la mélodie que Victor Ilugo écrivit Patria.

Il fallait entendre la cantatrice moduler la première strophe de la mystérieuse vision :

Lu-haut, qui sourit?

Est-ce un esprit,

Est-ce une femme?

Quel front sombre et doux. .

Peuple à genoux !

Est-ce notre âme

Qui vient à nous?

Un feu d'enthousiasme réchauffait Tauditoirc et de frénétiques bravos interrompaient l'artiste chaque fois que s'achevait ce couplet :

(Vest Fange de nuit,

Rois, il vous fuit.

Marquant d'avance Le fatal moment

Au firmament...

Son nom est France

Ou Châtiment !.

Tout ce cortège d'approbations n'était point pour dé-

courager les partisans de la Muse. Peu à peu les murailles se revêtaient d'affiches de toutes dimensions et de toutes couleurs. Tantôt Arsandaux, Melchissédec, ou bien Bosquin, le chanteur aimé de TOpéra, ou Caron, Devoyod ou Leroy, apparaissaient, entre deux factions au rempart, en képi et en vareuse, sur une scène improvi-. sée. Tantôt c'était Berthelier, le comique désopilant, quî^ après avoir passé vingt ans de sa vie à imiter les pioU'^ pions y en portait « pour de vrai » le costume ; ou Ilustache, le prodigue, dont les états de service devaient, au boUt du siège, se chiffrer par trente-huit concerts! ou Constaii* tin, le chef d'orchestre impeccable; et Febvre, et Saiilt- Germain, .et Talbot, et Prudhon, Rey, Daubray, Lut«, Lhéritier, Geoffroy, Monjauze, Parade, — ou madame Gueymard, mesdemoiselles Agar, Duguéret, Borghèsé, Priola, Sanz, de Lagrange, Davril et tant d'autres, prêts et prêtes toujours pour quelque bonne œuvre.

Au milieu de nos préoccupations, de nos soucis, de nos travaux, voilà donc une petite place retrouvée poill' les plaisirs du cœur et les délassements de l'esprit.

Si une pensée pouvait rallier à cette cause jusqu'à ses derniers adversaires, c'était la satisfaction de savoir quô les recettes ainsi obtenues assureraient un refuge contre la misère à des [malheureux souffrant de la faim et <Ju froid.

Et puis la souffrance n'est pas seule à bénéficier de l'art; le patriotisme y trouve aus^i son compte.

Des canons ! des canons ! Que la fournaise flamboie ! Que le bronze en fusion coule à flots dans les moules ! Que les forges retentissent du bruit des marteaux ! Qu(; le fer, l'acier, le cuivre, se tordent sous l'effort des tra vailleurs! Que la flamme éclate ! Que les scies grincent!

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