‹ Paris sous les obus, 19 sept. 1870-3 mars 1871Chapitre 32 sur 58 · ug. Seinouerlet, Pi*opos de table du comte de Bismarck · texte numérisé non relu

ug. Seinouerlet, Pi*opos de table du comte de Bismarck

Le lendemain, le ministre du roi Guillaume ajoutait avec fatuité en reparlant de Thiers :

w C'est un homme attrayant, plein de finesse et d'esprit ; , mais il n'y a pas en lui trace de diplomate. Il est trop sentimental pour ce métier. Il n'est pas même capable d'être maquignon. Il est facilement décontenancé, et il le laisse voir. C'est ainsi que je l'ai amené à m'apprendre que Paris n'a plus de vivres que pour trois ou quatre semaines. »

Diplomatie et maquignonnage... On retiendra le mot.

Le moment critique était proche.

Les abattoirs de La Villette, de Grenelle et de Ville- ^ juif, — qui fournissaient l'un onze arrondissements, l'autre six, le dernier trois, — avaient juste de quoi pourvoir Paris pendant trois semaines encore en continuant h tuer chaque jour comine ils le faisaient :

La Villette H 5 bœufs.

Grenelle 64 —

Villejuif 35 —

A la guerre, quand les soldats ont longtemps combattu et se sentent épuisés par une lutte violente, tout bon général doit avoir sous la main des troupes nouvelles prêtes à arriver sur le champ de bataille.

L'époque n'était pas éloignée où ceux qui veillaient sur nos approvisionnements devraient, eux aussi, faire donner la rése?Te. Avec cette différence, remarquait-on,

— car Paris n'avait pas abdiqué son goût pour les concetti,

— avec cette différence qu'au lieu de troupes fraîches, nous aurions une réserve... salée.

Depuis un mois, en effet, il ne s'était guère passé de jour où, indépendamment des bœufs livrés à l'abatage pour la consommation, l'on n'eût tué un certain nombre

d'animaux uniquement destinés à grossir le contenu des magasins de la villf . Les chairs préparées s'empilaient au fur et à mesure en barils^ dans les entrepôts annexes des abattoirs. L'alimentation par la viande de cheval n'apparaissait encore qu'à l'état de menace. Déjà, néanmoins, de prudentes ménagères commençant à s'émouvoir de la transition, s'essayaient à de timides expériences et trouvaient parfois des combinaisons inédites.

Paris commençait à se souvenir à propos que Tinvestissement d'une ville comporte invariablement la phase de transformation durant laquelle les plus fougueux coursiers passent à Tétat de rosbif, et qu'il n'est point de siège un tant soit peu célèbre dont les historiens n'aient eu à écrire :

— On mangeait les chevaux...

Page 1