Procès-verbaux du gouvernement de la Défense nationale
Deux jours après cette affirmation bizarre, le général le Flô s'était nettement prononcé pour l'action.
— Je ne puis admettre qu'une armée qui compte 300,000 combattants et 300 pièces encore attelées défile humblement en déposant les armes aux pieds du roi Guillaume. Ce serait la honte et la démoralisation du pays!
Et Trochu, développant alors un nouveau plan : .
— Ma conviction est qu'on ne peut réussir qu'à la condition d'opérer la nuit, sans artillerie, sans un coup do feu, en laissant derrière soi morts et blessés... Si mon devoir ne me retenait, j'aurais franchi les lignes avec trois cents cavaliers résolus!... Je n'ai consenti à prendre le pouvoir que dans la pensée d^établir un trait d'union entre le Gouvernement et l'armée ; l'armée est épuisée. . . Voulezvous ma démission?
L'idée d'éparpiller l'effort pour percer sur tous les points à la fois était énergiquemont soutenue par Ducrot. Seulement, il entendait former des groupes de deux ou trois mille hommes se lançant désespérément sur chaque route, périssant ou passant sur le ventre de l'ennemi. Les heureux se seraient dirigés au gré de leur chance vers les troupes de province. Nous n'aurions plus d'armée au dedans. Peut-être en posséderions-nous , par là même, une au dehors...
D'autres généraux, Schmitz, Yinoy, Guiod, consultés, haussaient les épaules :
— Pourquoi se diviser en petits paquets? Pourquoi ne pas tenter un grand coup, chercher le point faible, le trouer, ou sauver tout au moins l'honneur des armes !
Le vice-amiral La Roncière :
— Quand la trouée était possible, nous n'avions pas do troupes. Aujourd'hui, nous possédons des soldats, mais les lignes qui nous enserrent sont devenues inforçables.
AU moins, détruisonB les batteries qui nous bombardent ; les Prussiens savent peu résister aux entreprises rapides. Le général Tripier, un brave qui avait fait amplement ses preuves, mais sapeur jusqu'^aux moelles :
— Il faut marcher, pourvu qu'on marche à couvert, par des cheminements;... cheminons, cheminons!
Le général de Chabaud-Latour :
— Lançons sur les batteries la mobile, Tarmée et la garde nationale. Une étincelle de patriotisme jaillira de ce contact. Les résultats matériels seront peut-être minces, mais les résultats moraux seront précieux.
Le général Vinoy :
— Un avis est aujourd'hui difficile à donner... Cepen-^ dant, sî Ton poussait vigoureusement des colonnes, pn découvrirait peut-être des passages.
Le général Ducrot :
— Eh bien, que le général Vinoy les indique donc, ces points! Je les ai cherchés inutilement, et il sait bien que lui-même a échoué à Montmesly I
Le général Vinoy, répondant : .
— Ne discutons pas le passé. Si on le discutait, il serait aisé de prouver que le général Susbiello avait reçu Tordre d'attaquer sans que Ton m'en informât. Prévenu, je fusse venu à son secours, et Ton eût emporté la position ! -
Ducrot, répliquant :
— Et après? Vous vous seriez heurté à Ormcsson, contre des lignes de trois lieues d'épaisseur!
Le général Trochu, président :
— La retraite de Chanzy en province est remarquable. Elle contient peut-être les éléments d'un succès futur. Notre devoir, à nous, est de durer. Durons. La dernière heure venue, on vous proposera une entreprise suprême M