CARTE DE BOULANGERIE
AVIS IMPORTANT — Toutes RATIONS non réclamées aux jour* fn* diqués ci-dessous, seront périmées.
Jeudi
FÉVRIER
Mercredi
FÉVRIER
Mardi
FÉVRIER
Lundi
FÉVRIER
Dimanche
FÉVRIER
Samedi
FÉVRIER
Vendredi
FÉVRIER
Jeudi
FÉVRIER
Mercredi
FÉVRIER
Mardi
FÉVRIER
Lundi
FÉVRIER
Dimanche
FÉVRIER
Samedi
FÉVRIER
Vendredi
FÉVRIER
Jeudi
FÉVRIER
Mercred
FÉVRIER
Mardi
JANVIER
Lundi
JANVIER
Dimanche
JANVIER
samedi
JANVIER
Vendredi
JANVIER
Jeudi
JANVIER
Mercredi
JANVIER
Mardi
JANVIER
Lundi
JANVIER
Dimanche
JANVIER
Samedi
JANVIER
Vendredi
JANVIER
Jeudi
JANVIIR
Mercredi
JANVIER
se
Précaution rarement utile. Jamais les Parisiens ne s'étaient montrés plus solidaires que dans cette fraternité du malheur.
L'aggravation apportée par les derniers événements avait jeté les âmes dans un état violent de surexcitation. Chacun comprenait le péril. Les physionomies étaient sombres. Tous avaient trop présagé des suprêmes apprêts. On sentait dans Tair, maintenant, l'approche de la crise
suprême. L'exaspération se manifestait surtout dans les faubourgs, parmi la population que les souffrances du siège avaient plus particulièrement éprouvée.
Le parti qui avait fait le 31 octobre commençait à se remuer de nouveau. Cette agitation allait se traduire, durant la nuit du 21 au 22 janvier, par deux attaques dirigées presque simultanément contre la mairie de Belleville et contre la prison Mazas. Ici étaient Hétenus les inculpés du 31 octobre. Les geôliers furent contraints d'ouvrir leurs cellules.
Pendant ce temps, le Gouvernement délibérait. Autour de la table du conseil, le mécontentement éclatait contre le général Trochu. Le gouverneur de Paris qui « ne capitulerait pas » semblait atterré. Pour la seconde fois on refusait sa démission. Après avoir discuté une partie de la nuit, le gouvernement de la Défense nationale tombait d'accord sur une résolution. Au matin, des afficheurs en tapissaient les murailles :
Le gouvernement de la Défense nationale a décidé que le commandement en chef de Tarmée de Paris serait désormais séparé de la présidence du Gouvernement.
M. le général de division Yinoy est nommé commandant en chef de Tarmée de Paris.
Le titre et les fonctions de gouverneur de Paris sont supprimés.
M. le général Trochu conserve la présidence du Gouvernement.
Ainsi s'accomplissaient les prophéties ; le gouverneur de Paris ne capitulerait pas...
Lugubre quiproquo !
On s'attendait à une manifestation à l'Hôtel de Ville. Des mesures étaient prises. Vers trois heures, deux cents gardes nationaux venus en armes, suivis d'un cortège
qu'avait amené l'éternelle curiosité de la foule^ voient subitement les grilles de l'édifice s'ouvrir, deux rangs de mobiles faire feu. £n quelques minutes, la place est balayée. Une quinzaine de morts, dont deux femmes, restent étendus. Bientôt, devant l'appel de forces considérables, devant l'arrivée des nombreux bataillons sous le commandement du général en chef Clément Thomas, la tranquillité se rétablit.
La nuit, tout est rentré dans le calme. Le 23, Paris semble sortir d'un mauvais rêve. La guerre civile est conjurée. L'assiégé revient à son idée fixe : la victoire ; à son cri : Sus aux Allemands!
Mais déjà ce cri semble ne plus trouver d'écho parmi ceux qui, naguère, le jetaient à tous les vents, dans leurs allocutions au peuple et dans leurs proclamations à l'armée.
Les rapports militaires se raréfient ; les mouvements de troupes sont comme paralysés ; le bruit de la canonnade se ralentit sur tout le périmètre.
On dirait qu'une torpeur engourdit le bras et le cerveau des dirigeants.
Puis, tout à coup, avec la rapidité d'une traînée de poudre, une rumeur se répand et gagne de proche en proche tous les quartiers.
Sur la foi d'un article du Moniteur de Seifie-et-Oise, ce triste journal prussien imprimé à Versailles, on annonce que Chanzy vient d'essuyer une irrémédiable défaite, que Faidherbe a subi un échec dans le Nord, que Bourbaki, battu, acculé à la frontière suisse, a dû se replier hâtivement. Tous les commandants de la garde nationale ont été, dit-on, convoqués chez Clément Thomas pour recevoir communication de ces nouvelles. On ajoute
que Jules Favre est à Versailles où il débat les conditions d'une capitulation.
On ne s'aborde plus qu'avec contrainte ; on échange à voix basse des paroles qu'en vain on cherche à revêtir d'une apparence de confiante fermeté; on jette vers l'horizon des regards chargés de doute ; on tente mille efforts pour pénétrer le mystère qui enveloppe l'avenir. Une calamité immense plane sur la ville.
Vers le dehors, les détonations de Tartillerie et le crépitement des explosions semblent diminuer d'intensité. Le bombardement est entré dans une phase d'apaisement que pan-iennent seules à justifier les rumeurs de négociations. D'instant en instant, elles acquièrent plus de consistance.
Soudain, le 2S, la canonnade prussienne reprend avec fureur. Des maisons déjà ébranlées s'écroulent, Saint-Denis d'une part, Auteuil de l'autre, sont écrasés d'obus. On n'est plus en sûreté dans les caves.
Paris allait avoir bientôt l'explication de cette recrudescence, qui coïncidait singulièrement avec la cessation des feux, ordonnée de notre côté.
Tandis que nos pièces se taisaient, en effet, pendant les pourparlers dont tout le monde s'entretenait et dont nul n'osait affirmer l'existence, les armées ennemies, comme si elles eussent voulu ne perdre ni une chai*ge de poudre ni un projectile, épuisaient contre nous leurs stocks de coups de canon.
Mais elles ne pouvaient être étemelles, ces conférences. La dernière ligne des conventions devait être le signal do la dernière bordée. Le 27 au matin une note paraissait dans Y Officiel. Les feuilles de toutes nuances la reproduisaient encadrée de deuil. Elle soulevait avec une
désolante franchise le voile qui cachait encore les allées et venues des jours précédents :
Tant que le Gouvernement a pu compter sur Tarrivée d'une armée de secours, il était de son devoir de ne rien négliger pour prolonger la défense de Paris.
En ce moment, quoique nos armées soient encore debout, les chances de la guerre les ont refoulées, Tune sous les murs de Lille, Tautre au delà de Laval; la troisième opère sur les frontières de TEst. Nous avons dès lors perdu tout espoir qu'elles puissent se rapprocher de nous, et Tétat de nos subsistances ne nous permet plus d'attendre.
Dans cette situation, le Gouvernement avait le devoir absolu dé négocier. Les négociations ont lieu en ce moment. Tout le monde comprendra que nous ne pouvons en indiquer les détails sans de graves inconvénients. Nous espérons pouvoir les publier demain.
Nous pouvons cependant dire dès aujourd'hui que le principe de la souveraine nationale sera sauvegardé par la réunion immédiate d'une Assemblée ; que l'armistice a pour but la convocation de cette Assemblée; que, pendant cet armistice, l'armée ailemande occupera les forts, mais n'entrera pas dans Tenceinte de Paris; que nous conserverons notre garde nationale intacte et une division de l'armée, et qu'aucun de nos soldats ne sera emmené hors du territoire.
A la lecture de ces lignes, les yeux s'obscurcissent de larmes, une invincible prostration paralyse les cœurs. La vérité implacable se fait jour — et cependant personne ne veut se résigner à cfoire !
Quoi ! ce serait donc vrai ? Quoi cela est possible ? Nous sommes arrivés à une telle fin! Comment! nos murs sont debout, nos canons braquent toujours sur la campagne leurs gueules menaçantes, nos arsenaux sont pleins de boulets et de cartouches, nos soldats gardent, invaincus, leur arme à la main, et notre résistance s'arrête I
Elle était donc vraie, cette affirmation que depuis huit jours Ton murmurait :
« Plus de pain I »
Plus de pain! Cela dit tout, et cela termine tout.
Le courage n'est rien ; le sang versé reste infécond, du jour où, derrière les combattants en armes, les femmes et les enfants se tordent dans les affres de la faim.
Personne n'ose ,plus élever la voix. Les discoureurs de place publique eux-mêmes se taisent. Ils comprennent que Ton n'épilogue pas sur la fatalité.
Le 27 janvier, il restait en magasin 11,000 quintaux de blé, 31,000 quintaux d'orge, de riz et d'avoine ; en tout, défalcation faite du déchet, 35,000 quintaux de farine à •attendre. — A attendre, car les meules écrasaient chaque jour la quantité de grain strictement nécessaire au lendemain. Un seul projectile tombant sur l'usine Cail, et l'alimentation de la cité entière était compromise.
Trente-trois mille chevaux survivaient sur les cent mille que comptait Paris cinq mois auparavant. — Sept jours de pain et de viande, puis sept autres jours de viande sans pain : ainsi se résumait la situation.