PLACE DES VICTOIRES
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RANçois d'Aubusson, vicomte de La Feuillade, intrépide soldat et courtisan de génie, se dévoua corps et âme au maître et en fut royalement récompensé. Louis XIV le flt duc, pair et maréchal de France, colonel des Gardes- Françaises et gouverneur du Dauphiné. Son amour pour son bienfaiteur allait jusqu'à l'idolàlrie ; sa reconnaissance devint un culte, dont la manifestation enlhousiasle avait cela de respectable qu'elle était désintéressée; La Feuillade, comblé au delà de ses souhaits, n'avait plus rien à prétendre. Il témoigna cette reconnaissance avec tant d'éclat et de générosité qu'elle lui constitue un titre de plus, et justifierait les bienfaits el la faveur du prince.
D'abord il se bornait à élever, en marbre, une statue pédestre à son idole; mais ce n'était pas assez, il voulut créer dans Paris même une place et un monument. En conséquence, ayant acheté, pour le démolir, l'hôtel de la Ferté-Senectère, emplaceraenl insuffisant, il persuada au Prévôt des Marchands d'y annexer l'hôtel d'Émery, de le démolir aussi, et de réaliser son rêve : une place, ayant pour centre sa chère statue du grand roi. La Feuillade commença par donner pour sa part cinq cent mille livres, se réservant de doubler la somme, et la ville de Paris commença, elle, sur les dessins de l'architecte Prelot, la construction des maisons symétriques destinées à former le rondpoint de cette place des Victoires. Ce fut le nom que La Feuillade lui réservait. L'année 1686, féconde en succès guerriers et diplomatiques, était bien choisie pour l'inauguration d'une statue de victorieux. La Feuillade n'attendit pas que les travaux de la place fussent assez avancés pour accompagner la statue. Impatient de payer sa dette el d'achever son œuvre, il fit ériger le monument le 28 mars 1686, avec une pompe et une solennité qui n'étaient exemptes ni de tumulte, ni d'ostentation.
La statue représentait Louis XIV à pied, en habit de triomphateur romain, couronné par la Victoire, et foulant aux pieds Cerbère aux trois gueules, emblème de la triple alliance : groupe colossal, en bronze doré, d'une hauteur de 13 pieds, sur un piédestal de 25. Aux quatre angles des corps avancés du soubassement de marbre, quatre figures d'esclaves enchaînés symbolisaient les Hollandais, la Franche-Comté, l'Allemagne et les divers peuples vaincus depuis vingt années. Ce trophée ambitieux n'était pas fait
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pour calmer, en Europe, les haines jalouses qu'avait allumées l'emblème du Soleil royal, et le monument, qui avait coûté près d'un million à La Feuillade, coiila bien plus cher encore à la France, contre laquelle tous les ressentiments s'unirent, pour une commune vengeance, dans une succession non interrompue de guerres désastreuses. Avant de se venger par les armes, les coalisés criblaient la statue de sarcasmes et d'épigrammes. Celte Victoire de Bronze qui tenait la couronne suspendue sur la tète laurée de Louis XIV, leur faisait dire : An offert ? an tollit? — « Lui met-elle la couronne? la luiôte-t-elle ? » Et comme autour du piédestal, La Feuillade avait fait ériger, sur des colonnes sculptées.
quatre lampadaires magnifiques pour éclairer le monument la nuit, on prétait à un gascon celle facétie : « Quoi ! le soleil entre quatre lanternes ! »
Plus tard, en effet, au déclin du règne, la Victoire retira réellement sa couronne à la statue, et un arrêté du Conseil d'État supprimait, en 1699, les fanaux nocturnes, dont le roi dispense le duc de LaFeuillade et ses successeurs. Car le maréchal avait, par testament, imposé, à ses héritiers, l'obligation d'éclairer, à perpétuité, la statue, et de la faire redorer tous les vingt-cinq ans. Un second arrêté vint, plus tard encore, supprimer les socles eux-mêmes de ces somptueux candélabres. — Transit gloria mundi.
Ce VP quartier de Montmartre renfermait :
1 abbaye : de Montmartre, en haut du faubourg Montmartre ; 7 barrières : du Laissez-Passer pour les droits d'octrois, de la Voirie, des Porcherons, des Portes-Blanches, de Conserve, etc. ; 1 bibliothèque du roi, rue Vivien {sic); 3 chapelles : de Saint-Joseph, Nolre-Dame-de-Loretle, des Martyrs; 1 cimetière : en haut du faubourg Montmartre; 4 communautés ou couvents : des Filles Nouvelles catholiques, des Capucines, des filles Saint-Thomas, des Augustins déchaussés ; i corps de Gardes-Françaises (un sergent et 10 soldats), porte du faubourg Montmartre ; I fief: de la Grange-Batelière, relevant de l'archevêché de Paris ; 4 fontaines : rue Saint-Augustin, au bout de la rue de Gaillon, rue Colbert, rue Montmartre, rue des Petits-Pères ; la Grande Pinte, le château des Porcherons ; 9 hôtels considérables : d'Antin, rue Saint-Augustin; de Chamillard, rue Saint- Augustin; Colbert, rue Neuve-des-Petits-Champs , Louvois, rue de Richelieu; de Menars, id. ; de Pont-Chartrain, rue Neuve-des-Pelits-Champs; de Torcy, rue Vivien; de Tresmes, rue Saint-Augustin, etc. ; 1 palais : Mazarin, rue Neuve-des-Petits-Champs; 1 paroisse : de Montmartre, Saint-Pierre ; 1 place : des Victoires ; 2 ponts : sur le grand égout du Marais (aboutissant aux Porcherons) ; 756 maisons; 38 rues et culs-de-sac; 182 lanternes.
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L'HOTEL DE LA VRILLIÈRE (plus tard DE TOULOUSE)
AiMOND Phélipeaux, sieur d'Herbault de La Vrillière et du Verger, secrétaire d'Etat, se fil construire, en 1620, cet hôtel, sur les dessins de François Mansard. L'édifice profita d'une petite éminence dans une assez courte rue qui, du nom de l'hôtel, s'appela depuis rue de La Vrillière.
Il fut vendu, en 1705, à un fermier des Postes, Rouillé, maître des requêtes, lequel, en 1713, le revendit au comte de Toulouse, lîls légitimé du roi Louis XIV et de madame de Montespan. Ce fut alors qu'il cessa de s'appeler hôtel de La Vrillière, et prit le nom d'hôtel de Toulouse.
C'est aujourd'hui l'hôtel de la Banque de France, sauf modifications et suppressions nombreuses.
François Mansard, cet habile et consciencieux artiste si difficile pour lui-même, avait réussi, dans cet ouvrage, à se satisfaire, et indépendamment de l'ordonnance et des distributions intérieures traitées avec un goiit et une ingéniosité rares, il avait, de la porte d'entrée, fait un chef-d'œuvre de science et d'invention. Comme alors les riches étaient
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véritablement riches, et que le luxe ne coûtait pas cher, la mode voulait qu'un hôtel de grand seigneur ou de fermier général fiit meublé somptueusement et enrichi de tableaux, de statues, signés des grands noms italiens, espagnols ou français. L'école flamande et hollandaise était tombée dans le discrédit depuis que Louis XIV avait appelé : magots, les figures de Van Ostadl et de Téniers; d'habiles brocanteurs les achetaient bon marché sournoisement, et les revendirent cher. L'hôtel de La Vrillière acquit donc une célébrité par le choix el la valeur de sa galerie, la richesse de son mobilier.
Mais ce fut à dater de 1713 que, passant aux mains du comte de Toulouse, l'édifice, remanié par Robert de Cotte, devint une maison quasi-royale, et prit des développemenU en rapport avec la naissance et la haute situation du nouveau propriétaire.
Le comte de Toulouse trouvait d'ailleurs réuni, dans son acquisition, tout ce qu'avaient accompli de merveilles le (aient de Mansard, le goût du fondateur La Vrillière, l'opulence du financier Rouillé ; il y trouvait jusqu'à la satisfaction de ses intimes convenances : il
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pouvait voir, de sa fenêtre, la statue de son illustre père sur la place des Victoires, et ce voisinage si précieux au cœur d'un fils reconnaissant, le jeune prince le devait à un second La Vrillière, l'avanl-dernier occupant, secrétaire d'Etat aussi, qui. las d'être claquemuré, sans vue, dans la rue de sa famille, employa son crédit et l'aulorilé de sa charge à l'aire démolir les maisons qui le séparaient de la place, y perça, pour utilité publique, une rue qu'on nomma rue Percée, et obtint, de celte façon, pour son hôtel un débouché, pour lui-même un point de vue remarquable parmi les plus estimés de Paris.
En effet, celte ouverture dégageait devant l'hôtel : la place des Victoires, la rue des Fossés-Montmartre, la rue Montmartre, et un tronçon de la rue Neuve-Saint-Eustache, c'esl-à-dire un espace de plus de 300 mètres. Les travaux considérables que le comte de Toulouse fit exécuter dans son hôtel ne furent terminés qu'en 1719. Après ce prince, l'hôtel fut habité par sa veuve et par leur fils, le duc de Penthièvre.