L'ÉGLISE DE SAINT-EUSTACHE
Cette église, l'une des plus populaires à Paris, et qui fut longtemps la plus vaste et la plus magnifique après Notre-Dame, existait comme chapelle, sous le nom de Sainte- Agnès, au treizième siècle. On n'a, sur ses origines, aucun renseignement précis. Cette chapelle aurait été bâtie, disent quelques historiens (du Breuil), par un maltôtier nommé Alais; selon d'autres, Sainte-Agnès aurait été construite en mémoire d'un saint Eustase — que le peuple de Paris appelait Huilasse — et plus lard Eustache. Il est même des sceptiques qui vont jusqu'à contester l'existence de saint Eustache. L'honnête et savant docteur de Sorbonne Lannoy, qui vivait encore en 1678 et qui avait la réputation d'avoir détrôné plus de saints du Paradis que dix papes n'en ont canonisé, épluchait les saints douteux avec plus de rigueur que d'Hozier la noblesse ; on l'avait surnommé le Dénicheur de saints, ce qui faisait dire spirituellement au curé de Saint-Euslache : « Quand je rencontre le docteur Lannoy, je lui tire jusqu'à terre ma révérence et mon chapeau, ayant toujours peur qu'il ne medéniche mon saint Eustache qui ne tientà rien. » Ce qu'il y ade certain, c'est l'existence de la chapelle de Sainte-Agnès vers 1251, lorsque les pastoureaux, ces bandits prétendus réformateurs qui parcouraient et dévastaient la France au nombre de cent mille, vinrent visiter Paris. Leur chef, une sorte d'illuminé hongrois, prêcha, travesti en évêque, et fil l'eau bénite dans cette église. Et la première preuve de l'existence de saint Eustache se lit, en juillet 1223, dans le cartulaire de Saint-Germain, où la chapelle est désignée sous ce titre : Ecclesia sancti Eustachii. Il est vraisemblable que cette nouvelle église avait été construite sur l'emplacement de l'ancienne Sainte-Agnès.
Saint-Eustache a été souvent, depuis, restaurée et agrandie; mais ce fut en 1532 seulement que l'on entreprit sa reconstruction complète, et que le prévôt et lieutenantgénéral de Paris, Jean de la Barre, en posa la première pierre. Cette œuvre importante ne fut terminée qu'en 1642. Le mérite en est encore bien contesté. Dans la masse de l'édifice les fautes abondent, fautes de goiàt et de construction : du reste, le monument étouffé dans des rues étroites ne saurait être jugé sans appel.
Saint-Eustache, l'une des paroisses les plus fréquentées de Paris, est celle peut-être
qui renfermait le plus grand nombre de sépultures célèbres : Voiture, du Haillan, Benseradc, la Mothe-Levayer, Vaugelas, mademoiselle de Gournay, fille adoptive de Montaigne, Furclière, le docteur René Benoît qui avait été confesseur de Marie Stuart, le comique italien Scaramouche, Homberg, le célèbre chimiste, Jean de la Fontaine, François
BIINT-IUSTICHE.
d'Aubusson de La Feuillade, pair et maréchal de France, et François Chevert. Là aussi reposa Colbert dont le tombeau mérite un examen particulier.