LA BASTILLE
Au point de vue chronologique, ou selon la topographie, rien de plus simple qu'une notice sur la Bastille : — rien de plus compliqué, de plus délicat, au point de vue philosophique et politique de l'histoire, car la Bastille est à la fois un fait et un principe. Bacontons d'abord le fait, commençons par le plan et les dessins de cette forteresse dont la célébrité a rempli le monde et qui, effacée du sol parisien, soulève encore
VCE DE LA BASTILLE (CÔTÉ NORb).
aujourd'hui plus de discussions et fait plus de bruit qu'au temps où elle se dressait vivante sur Paris et faisait feu de ses gros canons.
Une porte existait au xiv" siècle à l'extrémité de la rue Saint-Antoine et fortifiée, selon l'usage. Toutes les fortifications de ce genre se composaient, alors, de bastions ou bastilles, tours rondes ou carrées, avec fossés et ponis-levis ; l'enceinte de Philippe-Auguste n'était qu'une longue suite de murailles flanquées de tours et bastilles.
Charles V voulut donc élever une forteresse imposante, pour la défense de la ville et de son propre palais de Saint-Paul, contre les incursions des Anglais, des Bourguignons ou des ennemis de tout genre qui, à chaque instant, se ruaient sur Paris, surprenaient un quartier mal défendu, le pillaient et s'enfuyaient emportant la proie. Il fil donc reconstruire, sur un large plan, la bastille du Chatel Saint-Antoine, œuvre du prévôt Marcel, et ce fut encore un prévôt de Paris, Hugues Aubriot, qui posa la première pierre de la nouvelle Bastille, le 22 avril 1370. Dans le plan primitif, l'édifice se composait seulement de deux tours; deux autres furent élevées quelques années après. Charles VI, en 1383, en construisit quatre autres. En totalité huit tours composèrent l'ensemble de la forteresse avant le commencement du xv" siècle.
Le tracé de cet ouvrage représentait un parallélogramme allongé dont les deux grands côtés regardaient, l'un le faubourg, l'autre la ville — quatre tours s'élevaient sur chacun de ces côtés, de façon à fermer d'une tour chacun des quatre angles.
En 1533, ce massif fut soutenu d'un vaste travail de fortifications, qui consistaient en une courtine flanquée de bastions et bordée de larges fossés à fond de cuve. La Bastille était complétée.
Nous avons dit qu'elle fut d'abord une forteresse de guerre. Mais en ce temps-là, les palais mêmes des rois étaient des forteresses, témoin le Louvre de Philippe-Auguste, et cependant ils étaient demeure royale et aussi prison d'Etat, témoin toujours ce Louvre où Philippe-Auguste se logea, où il put se défendre, etoù, entre autres prisonniers, il enferma uiî comte de Flandres, son vassal révolté. La Bastille, elle, ne logea pas nos rois, mais elle soutint des sièges et elle garda des prisonniers, Aubriot notamment, le constructeur de cette citadelle, qui y fut renfermé avant de comparaître devant la juridiction de l'évèché de Paris, où, condamné comme renégat, il passa le reste de sa vie au pain et à l'eau dans une basse fosse.
La Bastille fut assiégée et forcée par les Bourguignons en août 1418. Les Bourguignons, de connivence avec le peuple parisien, poursuivaient dans ce château les Armagnacs, partisans du roi, qui s'y étaient réfugiés ; on les en arracha pour les conduire au Grand Chàtelet, et la populace, les enlevant à leur escorte, les mit en pièces pendant le trajet. Nous avons raconté les massacres.
Un autre siège, plus honorable pour Paris, fut soutenu à la Bastille, en 1 i36, par les débris de la garnison anglaise qui s'y étaient enfermés. Ils furent contraints de se rendre au connétable de Richemont, qui leur accorda la vie sauve, et loyalement, les laissa se retirer à Rouen.
On ne connaît plus, de Charles VII à la Fronde, d'autres faits de guerre auxquels la Bastille ait été mêlée. Mais Louis XI lutilisa comme prison. Il y fit enfermer, dans une
cage de charpentes boulonnées en fer, dont nous supprimons le détail, bien qu'il soil curieux et donne une haute idée de l'ingéniosité de ce roi dans ses vengeances, il y fit, dis-je, emprisonner, en 1475, Guillaume de Harancourt, évêque de Verdun, convaincu, comme La Balue, d'avoir, aux dépens de son maître, ménagé les intérêts du Téméraire. Louis XI fut impitoyable envers quiconque traversait ses projets, et peut-être en ces temps difficiles, n'eijt-il jamais réussi à parfaire son œuvre, l'unité française, sans la ténacité féroce qu'il montra, sans la terreur que ses exécutions terribles inspirèrent aux tièdes et aux traîtres. On avait sitôt fait, alors, de trouver la frontière d'une enclave bourguignonne ou anglaise, derrière laquelle un sujet déloyal mettait sa trahison et sa tête à l'abri.
Ainsi s'était garanti le connétable de Saint-Pol, Louis de Luxembourg, quand ses menées furent découvertes, et qu'après avoir trahi à la fois le duc de Bourgogne et le roi de France, il fut livré à celui-ci par celui-là chez lequel il s'était réfugié, pris, conduit à la Bastille, où son procès fut instruit par le chancelier. La cour du parlement, devant laquelle il comparut, le condamna à la peine de mort, et il fut, le même jour (19 décembre 1475), décapité en place de Grève.
Deux ans après, la Bastille recevait un autre prisonnier non moins illustre par sa naissance : Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, parent de Louis XI, comme le connétable de Saint-Pol, et que le roi, après lui avoir pardonné plusieurs défaillances et infidélités, avait comblé de bienfaits. Cependant, infidèle encore une fois, Jacques d'Armagnac se déclara pour les mécontents révoltés contre son prince, et accéda*à la Ligue du Bien Public : le roi lui pardonna encore, mais le fit surveiller avec plus de soin, et acquit bientôt la certitude que ce caractère versatile et ingrat prenait part à de nouveaux complots. H le fit arrêter, les armes à la main, dans son château de Cariât, conduire à Pierre-en-Cize, puis à la Bastille, où Louis XI, vainqueur, roi qui pouvait être justicier sans mériter un reproche, se changea soudain en bourreau, et, par les raffinements de sa cruauté, rendit odieux le juge et intéressant le criminel. Jacques d'Armagnac fut enfermé dans une cage de fer d'un pied et demi de longueur, où il ne pouvait ni se coucher ni s'asseoir, et on l'interrogea dans cette cage. Ses biens avaient été donnés d'avance ; d'avance il était condamné ; on le conduisit, de la Bastille aux Halles où, voulant se confesser, il fut mené dans une chambre tendue de noir; son échafaud était tendu de noir également, et, dessous, ses deux enfants vêtus de blanc, tête nue et mains jointes, furent arrosés du sang de leur père ! Pareille vengeance dépassait en atrocité tous les crimes. Le père mort (4 août 1477), les malheureux enfants furent reconduits à la Bastille où ils languirent dans des cachots jusqu'à l'avènement de Charles VllI ; Louis XI s'était vengé jusqu'au dernier soupir.
Vers le milieu du xvi' siècle, Anne Duhourg et Louis Faur, conseillers au l'arlemenl, qui avaient parié contre la religion calliolique avec une éloquence véhémente et agressive, un jour de séance mercuriale, en présence du roi Henri f t, furent conduits et enfermés à la Bastille : leur procès instruit, Henri II mourut, et les poursuites contre Dubourg se fussent ralenties sans l'insistance que mirent les Guises à pousser le procès, dans Cintérét de la foi. François II régnait alors; sollicité vivement par un prince palatin, en faveur d'Anne Dubourg, peut-être eîit-il usé de clémence, mais par une coïncidence malheureuse, le président Minard, créature du cardinal de Lorraine, et l'un des juges les plus acharnés contre Dubourg, fut assassiné en sortant du Palais. Dubourg avait récusé Minard, mais en vain, et dit imprudemment : « On veut qu'il me juge. Dieu saura bien l'en empêcher. » Les Lorrains tout-puissants ne manquèrent pas d'exploiter cette parole; on trouva du rapport entre la menace et l'assassinat ; trois jours après, Dubourg fut condamné à mort, pendu en Grève, et brûlé le 20 décembre 1559-
Nous avons vu qu'Henri IV avait fait déposer ses millions dans la Bastille, mais il y envoya aussi des prisonniers. Le plus grand d'entre ceux-ci fut Charles de Gonlaut, duc de Biron, maréchal de France, bien et dîiment convaincu de trahison envers son roi cl sa patrie. La Savoie et l'Espagne y étaient chacune pour quelque chose, Biron ayant promis au duc de Savoie et au comte de Fuentès, gouverneur du Milanais, d'abandonner le service de France, et môme de livrer à ses ennemis la personne du roi. Cependant Henri informé de ces complots avait questionné amicalement Biron, et comptait, par la persuasion, le ramener dans son devoir; mais le maréchal ne renonçait pas à ses criminels projets, et |)eut-ôtre eussent-ils abouti, si l'Espagnol, se défiant, à son tour, d'un personnage aussi fourbe, et craignant de se trouver compromis par quelque révélation imprévue, ne se fîit décidé à prendre les devants, à s'accuser lui-même près d'Henri, et à fournir toutes les preuves du complot, sans oublier le nom de ses complices.
Henri, encore incertain, ne pouvait se décider à croire Biron à ce point criminel ; ses services passés plaidaient pour lui dans le cœur magnanime du prince ; il voulut essayer encore d'attendrir Biron, d'exciter son repentir, et l'ayant fait venir au Louvre lui offrit un pardon complet, un oubli de père s'il avouait ses fautes et témoignait de vouloir les réparer. Biron, aveuglé par l'orgueil et entraîné par sa destinée, continua de nier avec hauteur et non sans récrimination. Henri, poussé à bout, fil arrêter le maréchal au sortir de sa chambre, et conduire à la Bastille d'où il ne sortit plus.
Jugé, condamné à mort, il fut exécuté dans la cour de cette prison le 31 juillet 1602. Biron ne pouvait croire que le roi en voulût à sa tête, et se flatta jusqu'au dernier instant de recevoir sa grâce. Cherchant à gagner des minutes, il s'agenouilla trois fois, les yeux bandés, puis se releva trois fois, puis, inquiet, demanda s'il n'y aurait pas miséricorde,
et voyant qu'on ne répondait pas, entra dans un tel accès de rage qu'il menaçait d'étrangler tout le monde autour de lui. Enfin, un peu calmé par la promesse qu'on lui fil de ne point le toucher qu'il n'eiit dit son : in manus, comme il s'était agenouillé encore, " l'exécuteur saisit le moment et lui abattit la tête.
Après Henri IV, ses millions s'envolèrent de la Bastille avec une effrayante rapidité. La cour livrée aux Italiens et aux Espagnols, — le jeune roi, sous la tutelle de sa mère, n'était compté pour rien et ne pouvait rien, — la cour, dis-je, puisa si souvent et avec si peu de pudeur dans la réserve de la Bastille que la Chambre des comptes refusa, en 1615, d'autoriser tout enlèvement ultérieur de fonds. La reine-mère et le Grand Conseil prdonnèrent, par arrêt, que les clés du Trésor fussent remises au capitaine des gardes du roi ; le jeune roi fut obligé de venir en personne pour vaincre l'honorable résistance des contrôleur et trésorier général de l'épargne; vainement ces deux fonctionnaires firent-ils remarquer qu'il y avait défense et qu'ils étaient responsables, il fallut obéir à la force. 11 fut enlevé, de cette fois, 1,200,000 livres, et deux mois après, sans même avertir la Chambre, la reine et son conseil firent prendre 1,300,000 livres qui restaient.
Ainsi finirent les richesses si habilement amassées, ménagées si avarement par Sully, pour la gloire de son maître et la grandeur de l'Etat.
Nous trouvons, à l'année 1631, le nom d'un prisonnier qui n'était pas un traître celui-là, mais un spirituel et brave courtisan, maréchal de France, le joyeux Bassompierre. Trop dévoué au parti de la reine-mère, sa bienfaitrice et son amie, très tiède ami du cardinal de Richelieu qui ne lui pardonna pas cette tiédeur, Bassompierre fut enveloppé dans le filet des intrigues de cour, et plus ménagé que Marillac, il ne perdit que sa liberté. Tout le monde et lui-même crut à une brouille légère et de courte durée, le roi aimait ce bon soldat. Bassompierre attendait chaque matin son ordre d'élargissement. Mais le roi n'était pas le maître et le cardinal avait la rancune longue, il oublia le malheureux prisonnier dans la Bastille d'où celui-ci ne sortit qu'après la mort du cardinal duc. La délivrance de Bassompierre inspira le quatrain suivant qui n'est pas une poésie brillante, mais qui ouvre cette époque où l'opinion publique s'exhalait en
des chansons :
Enfin dans l'arrière-saison
La fortune d'Armand s'accorde avec la mienne:
France, je sors de ma prison
Quand son âme sort de la sienne.
En 1650, Condé, le vainqueur de Rocroyet de Lens, animé de haine et de mépris contre Mazarin, premier ministre, et, sans avoir encore pris parti pour la Fronde, donnant l'exemple aux frondeurs de l'insubordination et de la révolte, fut arrêté au Palais-Royal
et conduit, à la IJaslille d'abord, puis au donjon de Vincennes, puis à Marcoussis et au Havre. Sa captivité dura treize mois, pendant lesquels il amassa tant de fiel et conçut tant de projets de vengeance, qu'il avouait plus tard « être entré innocent en prison, et en être sorti le plus coupable des hommes. »
Ce fut alors qu'il prit parti ouvertement pour la Fronde contre la cour, leva des troupes, livra plusieurs fois bataille aux troupes royales, notamment, en 1652, dans le faubourg Saint-Antoine, où la Bastille, au lieu de servir le roi, tira sur l'armée royale, et permit ainsi à l'illustre rebelle de s'abriter dans Paris. Mais il ne s'agit pour nous que de mentionner l'emprisonnement de Condé pour l'ajouter à cet historique succinct.
Nous voici arrivé au règne de Louis XIV, et sans parti pris, sans commentaires même, nous allons consigner le nom des principaux prisonniers que reçut la Bastille de 1652, époque de la majorité du roi, à llilj, époque de sa mort. Fidèle au plan que nous avons adopté pour cette notice, d'ébaucher l'histoire de la Bastille au double point de vue du fait et du principe, nous épuiserons l'un avant de passer à l'examen de l'autre, bien assuré que le lecteur comprendra notre réserve impartiale et tirera lui-même les conséquences de notre argumentation.
En 1661, Mazarin venait de mourir, et Louis XIV, âgé de 23 ans, avait déclaré qu'il ne prendrait plus de premier ministre et gouvernerait lui-même. Anne d'Autriche vivait encore. Le roi marié depuis un an allait être père. Le royaume en paix n'était pas riche, et Nicolas Fouquet, le magnifique et présomptueux surintendant, administrateur des Finances, était plus riche que le roi. Sa fortune, ses prodigalités étonnaient, elles donnaient au roi de l'ombrage, aux courtisans la plus basse jalousie.
Fouquet avait en ce moment l'honneur d'offrir au roi et à la reine-mère l'hospitalité de son château de Vaux : un domaine qui lui revenait à dix-huit millions et dont la splendeur éclipsait les châteaux royaux de Saint-Germain et de Fontainebleau. Fouquet déploya inconsidérément dans sa réception un luxe qui scandalisa la cour et humilia le souverain. Louis XIV se trouva insulté par tant de richesse; on lui en représenta d'ailleurs les origines comme suspectes, et dans le premier moment de son irritation, il allait faire arrêter Fouquet chez lui, en pleine fête, sans les conseils et les prières de la reine-mère qui obtint un sursis. Le roi revint à Paris; mais ce délai fut plus nuisible qu'avantageux au surintendant. L'acharnement de ses ennemis avait redoublé lorsqu'ils l'avaienlvu ébranlé dans la faveur du maître. Le roi fut assailli de rapports, de conûdences, de délations. En fouillant dans la vie publique, et surtout dans la vie privée de Fouquet, la cabale finit par trouver le point d'attaque, l'endroit sensible, et l'orage qui couvait éclata soudain lorsqu'on apprit au roi les tentatives et les ofîres qu'avait faites le surintendant pour obtenir les bonnes grâces de mademoiselle de La Vallière, de La Vallière dont le roi
était secrètement mais passionnément épris. Cette accusation insignifiante et mal prouvée fut la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Fouquet fut arrêté à Nantes et ramené à la Bastille ; on avait l'habitude, en France, de livrer périodiquement à la vengeance publique un surintendant des finances. Celui-ci fut condamné au bannissement, et le roi, aggravant la peine, la commua en une détention perpétuelle.
L'on sait comment, de la Bastille, Fouquet passa aux prisons des Iles Sainte- Marguerite, puis à Pignerol, où il mourut après dix-neuf ans de captivité.
Deux amis fidèles et courageux, dont ce sera l'éternel honneur, Pelisson et La Fontaine, défendirent de tout leur humble pouvoir le ministre disgracié, pour lesquels il avait été un maître doux et un protecteur généreux. Pelisson était premier commis de Fouquet, et ni les menaces ni les séductions ne réussirent à obtenir de lui un aveu à la charge de l'accusé. Il fut envoyé à la Bastille. On espérait lui arracher quelque secret par l'entremise d'un faux prisonnier, son compagnon de chambre, un espion allemand, qui jouait la simplicité avec beaucoup d'adresse. Pelisson devina l'homme, éventa le piège et se fit de l'espion un agent dévoué, par le moyen duquel il correspondait régulièrement avec M"' de Scudéry, son amie, et lui faisait tenir trois mémoires composés par lui pour la défense de Fouquet, et dont l'éloquence convaincue produisit dans le public un effet des plus favorables.
Ainsi réussit-il à gagner l'intérêt général et l'estime même de Louis XIV, qui commença par faire lever le secret imposé au prisonnier, et finit par lui rendre la liberté.
Quant à La Fontaine qu'on n'avait pas craint au point de l'emprisonner, si tant d'oeuvres inimitables ne lui eussent acquis l'immortalité, il l'eiit gagnée par la noble hardiesse avec laquelle il tenta de fléchir Louis XIV en faveur de Fouquet, dans la touchante supplique des Nymphes de Vaux.
Au début de la fameuse question des Jansénistes, Lemaistre de Sacy, directeur de Port-Boyal, fut mis à la Bastille avec deux de ses amis, Nicolas Fontaine et Thomas de Fossé. On l'avait enfermé dans la Tour du Coin (1666). Il y composa la célèbre traduction de la Bible qui porte son nom, et en sortit, libre, le 31 octobre 1669.
Le fameux duc de Lauzun, prétendu, quelques-uns disent mari, de la fameuse Mademoiselle, cousine du roi, contre lequel elle avait fait tirer le canon de la Bastille, Lauzun qui avait manqué de respect au roi, fut envoyé à la Bastille et de là dans plusieurs autres prisons, d'où il revint sans jamais être revenu à résipiscence. A la Bastille aussi le chevalier de Bohan, très grand seigneur, mais de ceux qui gaspillent leur vie et leur honneur sans laisser après eux la mémoire d'une action bonne, ni même éclatante. Il était tombe à ce point, perdu de dettes et de vices, qu'après avoir
été grand veneur de France, une des hautes charges de la couronne, cl colonel des gardes — presque un maréchal de France — il se mit à conspirer avec un certain aventurier perdu aussi de dchauche et de misère qui le persuada de l'aider à livrer la Normandie aux Hollandais ! Ce complice, que le chevalier de Hohan avait accepté pour chef, s'appelait La Treaumont ou Truomont, ancien capitaine dont la conscience n'était pas chatouilleuse, et ils s'étaient associé, pour cette entreprise insensée, un jeune officier, de Préaulx, une marquise, sa maîtresse, femme équivoque, et un maître d'école hollandais nomme Van-dcn-Enden. Découverts ou trahis, peut-être par leurs extravagances, ces malheureux, vrais personnages d'un roman d'aventures, furent arrêtés; le capitaine se fit tuer les armes à la main. Les autres, ayant été mis à la Bastille, — il eût été plus raisonnable de les confier à une maison de fous — le chevalier de Rohan, la marquise et de Préaulx eurent la tête tranchée devant la Bastille; le Hollandais fut pendu, 27 novembre 1674.
Je trouve, à la date antérieure de 1663, l'entrée à la Bastille d'un sieur de La Basinière, trésorier de l'Epargne; on suppose qu'il fut enfermé dans la Tour, qui, par suite, et sans qu'on en sache le motif, s'appela de son nom : Tour de la Basinière. Cette même année entra un prisonnier, le sieur de Guénégaud, aussi trésorier de l'Epargne, Avrèiépoitr l'affaii^e de M. Fouqiiet.
Les ordres d'incarcération signés : Le Tellier, le maréchal d'EsIrées.
Négligeons nombre de prisonniers obscurs ou criminels vulgaires.
Nous arrivons, en 1698, à l'histoire du Masque de fer, ce personnage mystérieux resté inconnu jusqu'à nos jours, et qui le sera probablement à jamais. Chacun sait par cœur sa légende que notre devoir est de rappeler en peu de mots.
On vit cette année-là, le 18 septembre, arrivera la Bastille un nouveau gouverneur, M. Bénigne d'Auvergne de Saint-Mars. Il amenait avec lui, en litière, des îles Sainte- Marguerite, son ex-gouvernement, un prisonnier dont le visage était couvert d'un masque qu'il ne quittait jamais, même en cas de maladie, devant le médecin chargé de le soigner. Ce masque était de velours noir, et les amis du merveilleux prétendirent, non seulement qu'il était de for, comme un casque, mais à ressorts d'acier pour qu'il piit manger avec. Ce prisonnier, contre lequel des ordres exceptionnellement rigoureux avaient été donnés au gouverneur, était un homme de belle taille, que tout le monde traitait avec le plus grand respect, et devant qui le gouverneur lui-même restait debout. On assure que Louvois, l'ayant visité, ne s'assit pas non plus en sa présence. Le personnage, objet de tant de distinctions, ne devait communiquer avec âme qui vive ; l'ordre était donné de le tuer s'il parlait. Il mangeait avec le gouverneur dont le couvert, à table, était accompagné de doux pistolets. Dos prisonniers logés au-dessus de lui.
l'ayant interroge par le tuyau de la cheminée pour savoir son nom et la cause de son emprisonnement, il aurait répondu que cet aveu lui coiiterait la vie ainsi qu'à ceux auxquels il aurait révélé son secret. Il habitait la troisième Bertaudière, c'est-à-dire la troisième chambre dans la tour de ce nom.
Cet inconnu, dit la légende, aimait passionnément le linge fin, les dentelles, toutes les recherches de l'élégance, et on fournissait amplement non seulement à ses besoins, mais à ses fantaisies. 11 passait le temps étendu sur des coussins, à lire et à jouer de la guitare. Doux et silencieux, jamais il ne s'était plaint. Entré à la Bastille en 1698, il y mourut presque sans maladie et sans souffrance en 1703, le lundi, 19 novembre, à dix heures du soir et fut enterré le lendemain dans le cimetière Saint-Paul, en présence du major et du chirurgien en chef de la Bastille, comme le dit l'extrait des registres de sépulture de l'église royale et paroissiale de Saint-Paul à Paris.
11 avait été déclaré sous le nom de Marchialy. Voici l'extrait :
« L'an mil sept cent-trois, le dix-neuf novembre, Marchialy, âgé de quarante-cinq ans ou environ, est décédé dans la Bastille — duquel le corps a été inhumé dans le cimetière de Saint-Paul, sa paroisse, en présence de 3IM. de Bosarges, major, et Beilh, chirurgienmajor de la Bastille qui ont signé. »
A la mort de ce malheureux, l'ordre fut donné de briîler tout ce qui avait été à son usage, linge, habits, matelas ; on gratta et reblanchit les murs de sa chambre, on en leva tous les carreaux pour s'assurer qu'il n'y avait caché aucun billet ou inscrit aucune révélation. Ces détails sont authentiques, mais la légende ajoute ceci : le lendemain de son enterrement, une personne curieuse de pénétrer le mystère, avait engagé le fossoyeur à déterrer le mort et à le lui montrer. Us ne trouvèrent qu'un caillou à la place de la tète.
L'inconnu demeura et demeure encore inconnu. Toute l'Europe essaya de deviner la sinistre énigme. Tous les historiens, tous les souverains, toute la noblesse de France cherchèrent le mot. Évidemment ce prisonnier à la Bastille était quelqu'un de grand puisqu'on avait pour lui tant d'égards. Or, à l'époque de son emprisonnement, personne de grand ne disparut en Europe. Les uns ont prétendu que Marchialy était un frère jumeau de Louis XIV, d'autres croient que c'était le duc de Beaufort, d'autres penchent à soupçonner que ce fut le jeune duc de Vermandois, fils naturel du roi et de La Vallière ; d'autres ont nommé le duc de Monmouth, fils de Charles 11 et de Lucie Walters. Plus récemment on a cru pouvoir prouver que cet inconnu était un patriarche arménien du nom d'Arwedick, ou bien un ministre du duc de Mantoue, Matlhioly; on a nommé Fouquet, Lauzun, mais plutôt dans le roman que dans l'hisloire : on a tout supposé, enfin, on a tout dit, tout écrit, et pour rien.
l'armi le grand nombre de prisonniers sans importance incarcérés comme soupçonnés d'espionnage, de filouterie, de libertinage et d avoir tenu des propos insolents contre le roi, nous avons à mentionner Constantin de Henneville, entré à la Bastille en 1702. Son écrou porte : « transféré à Lille, arrêté à Versailles et conduit à la Bastille par deux hoquetons. » Le ministre de Torcy avait reçu de Hollande des renseignements sur Renne-
VIF. DF. Lt IIAbTILLF. (COTË SUD)
ville qui l'autorisaient à le regarder comme espion des puissances étrangères. On l'arrêta, on le garda prisonnier jusqu'en 1713, et, mis en liberté, il fut banni de France. Ce fut alors qu'il écrivit, pensionné de George I", roi d'Angleterre, son histoire de V Inquisition française, livre qui obtint un grand succès de curiosité en Europe, par les détails inédits qu'il renfermait sur la vie des prisonniers de la Bastille, et les secrets de celte fameuse prison d'État. Ce livre est en effet curieux, et à travers toutes ses exagérations et inexactitudes, il est empreint d'une couleur locale qui rend sa lecture attrayante comme un
roman vécu, ainsi qu'on dit aujourd'hui. Le fait est que Renneville vécut onze ans à la Bastille, et en habita plusieurs chambres successivemenL 11 y passait même son temps sans autre privation que celle de sa liberté, lorsque ses liaisons avec le comte du Bucquoy, son compagnon de captivité qui s'évada, et dont on l'accusa d'avoir favorisé la fuite, l'ayant rendu suspect aux olficiers de la Bastille, on usa envers lui d'une extrême rigueur; il passa d'une chambre au cachot où il faillit mourir et souffrit cruellement jusqu'à sa libération.
L'écrou des prisonniers durant les dernières années du règne de Louis XIV porte en général ces motifs : « poison, libelles, abus et malversations ; transfuges, espions, jansénistes ; écrivains hardis et prêtres mariant clandestinement. »
Les huit tours de la Bastille s'appelaient : du Coin, de la Chapelle, du Trésor, de la Comté, regardant le faubourg; du Puits, de la Liberté, de la Bertaudière, de la Basinière, regardant l'intérieur de Paris. L'entrée de la forteresse était située à droite entre les deux tours de la Comté et de la Basinière. Le pont-levis franchi, on avait en face de soi la grande cour, puis, après, une cour moins grande : celle du Puits. Un chemin de ronde enveloppait toute la place extérieurement aux fossés. Au-delà, sur le Bastion, étaient la promenade et le jardin.
Le service de la forteresse prévoyait tous les cas, depuis l'écrou jusqu'à la sortie des vivants ou des morts, et le règlement, très sévère comme tous ceux d'une place forte, ne contenait rien qui excédât les limites de la justice et blessât les droits de la charité. Il y était notamment accordé toute autorisation pour les soins de la santé du prisonnier comme pour les besoins de son âme; médecin, confesseur fonctionnaient en permanence et habitaient la Bastille.
L'ordinaire de la prison, de l'aveu même de Renneville et du fougueux Linguet, ne laissait rien à désirer. Le roi payait par jour pour l'entretien d'un détenu une allocation proportionnée à l'importance, à la qualité, comme on disait alors, de celui-ci. Pour un homme de bas étage : un écu; pour un bourgeois, un légiste : cent sols ; pour un prêtre, un financier, un juge ordinaire : 10 livres; un conseiller au Parlement : 15 livres; un lieutenant général des armées : 24 ; un maréchal de France : 36. Au prix courant des choses en ce temps-là, le tarif était honnête, et plus d'une fois, en lisant Renneville qui se complaît dans la description de ses repas, on a pu remarquer que la chère était copieuse, et le vin très acceptable, souvent choisi.
Avec la fin du règne, finit pour nous cette histoire de la Bastille à laquelle, nous le répétons, il ne faut demander que la mention des faits principaux et l'interprétation d'une gravure. Après Louis XIV, le caractère de cette prison s'accentue, et le gouvernement de plus en plus personnel, de moins en moins moral, verse dans un absolutisme
que servent, en l'exagérant, et souvent à contre-cœur, les fonctionnaires et officiers éperdus, égarés par des influences inconnues du temps de Louis XIV. Ce qui était alors de la grande politique devient de la mesquine intrigue, et les hautes volontés du grand roi, dictées le plus souvent par la conscience et le sentiment de la dignité royale, tout, jusqu'aux sévérités de cette monarchie responsable devant Dieu, mais qui ne voulait rendre de comptes qu'à Dieu, toute cette majesté redoutable se transforme en une susceptibilité Iracassière : la lumière ne venant plus d'en haut, le pouvoir incertain frappe les peccadilles comme des crimes, et les châtiments ne sont plus compris quand l'exemple a disparu.
Oui, celte Bastille était un fait, mais en même temps un principe. Ceci expliquait cela, et le justifiait peut-être. Il ne faut demander aux temps que ce qu'ils contiennent, et le comble de l'injustice et du ridicule même, c'est de reprocher au xvii* siècle d'avoir ignoré le xvui'. Quel rapport peut-on chercher entre le gouvernement d'un seul, qui peut tout et possède tout, et le gouvernement de tous qui ne peuvent rien quoique tout leur appartienne? Est-ce qu'un semblable gouvernement exista jamais en France avant la fin du xviii" siècle? N'existait-il pas, au contraire, une monarchie transmissible, inaltérable pour ainsi dire, dans sa pérennité, une monarchie souveraine, accordant arbitrairement des privilèges, mais possédant essentiellement le pays? Est-ce qu'on ne disait pas : les armées du roi? les vaisseaux du roi? les finances, les conseils, les provinces, les villes, les sujets du roi? Etait-ce bien là, oui ou non, le régime légué aux rois de France et consenti par la nation? Connaissait-on une loi, une coutume même, qui donnât au sujet le droit de discuter son souverain légitime? Et Louis XIV fut-il démenti, lorsqu'il répondit au Parlement : l'État, c'est moi !
Cela est illogique, hors nature, énorme, je n'y contredis pas; on a changé cela, je m'en réjouis ; mais enfin, ces conditions constituaient-elles, oui ou non, le contrat passé entre le prince et la nation, et le roi était-il le maître dans son royaume? Qui donc oserait dire non?
En ce cas, pourquoi demander aux siècles précédents ce qui n'était pas créé, ce qu'ils ne soupçonnaient pas encore? Pourquoi blâmer Philippe-Auguste et saint Louis, et Henri IV et Louis XIV, de n'avoir pas agi en rois constitutionnels? Cette faute est commune à la plupart des historiens modernes, qui jugent le passé au point de vue du présent. Elle obscurcit et dénature les choses, les figures et les caractères, en sorte que nous ne trouvons plus guère de vérité que dans le récit des contemporains, qui, s'ils manquent parfois d'impartialité quant au détail, ne se trompent et ne nous trompent jamais sur l'ensemble, parce qu'ils ne voyaient et ne jugeaient hommes et choses que selon la morale générale, les intérêts et la politique du temps.
L'ancienne monarchie, limitée seulement aux lois de la conscience et de l'honneur, n'avait pas, pour unique devoir, de garantir ou d'étendre les frontières, d'assurer l'indépendance et la prospérité de l'État, de maintenir la paix ou de déclarer la guerre. Elle était, ou devait être, gardienne de la religion, des mœurs publiques et particulières; sa surveillance s'étendait partout où s'étend l'action du père de famille, car les sujets sont la famille du souverain. Cette forme du gouvernement monarchique pouvait donc revendiquer tous les privilèges de l'autorité paternelle, et en exercer les droits. En ce temps-là, toute personne opprimée, toute victime disait : Si le roi le savait! Et le roi cherchait à savoir et voulait savoir. Cela lui était permis, cela lui était enjoint. De là cette ingérence du pouvoir royal dans les alTaires et dans les secrets de tous. De là, par contre, tant de récriminations, d'attaques et d'accusations contre le despotisme, l'espionnage et les abus du gouvernement des rois. On oublie que l'honneur et l'intérêt du père consiste non pas seulement à punir le mal commis dans la famille, mais à le prévenir, mais à le cacher, à l'ensevelir dans le plus profond secret lorsqu'il a été commis, et à sauver de l'infamie le nom de toute une race en sacrifiant un seul coupable.
J'en ai dit assez pour faire comprendre le véritable sens du gouvernement monarchique, ses agissements dans une foule de circonstances, et pour démontrer que, confié à des mains loyales et chrétiennes, l'exercice du pouvoir discrétionnaire des rois était une œuvre de conscience, légitime, nécessaire, une des forces et un des bienfaits du principe lui-même. Donc, en ces temps, et sous ce régime, la Bastille avait sa raison d'être, comme moyen et comme instrument de paix privée et d'utilité publique.
Serait-ce que l'auteur de ces lignes ignore ou approuve et veuille excuser tout ce que ces sombres murailles étoufîèrent d'erreurs, de vengeances odieuses, de criminels abus de la force, et qu'il regrette le temps des lettres de cachet? A Dieu ne plaise ; et la plume qui écrit ceci a fait ses preuves au service de la liberté. Échautîée par la jeunesse et le sentiment qui sont de dangereux inspirateurs pour un historien, cette plume écrivit autrefois plusieurs pages d'une histoire de la Bastille où respirait la haine de l'injustice poussée jusqu'à l'injustice même. Mais la jeunesse sent et ne sait pas, il faut lui pardonner le mal qu'elle fit par amour du bien. Calmé par l'expérience de la vie et l'étude des choses, si l'on aime toujours la liberté, on veut la connaître et la préciser de telle sorte qu'il soit impossible à l'esprit de confondre cette liberté avec un despotisme tout particulier qui lui ressemble.
« En effet, dit Montesquieu, il n'y a point de mot qui ait reçu plus de différentes significations et qui ait frappé les esprits de tant de manières que celui de liberté. Les uns l'ont prise pour le droit d'être armés et de pouvoir exercer la violence. Ceux-ci ont attaché à ce nom une forme de gouvernement et en ont exclu les autres. Enfin chacun appelle
liberté ce qui est conforme à ses coutumes ou à ses inclinations, » ou à ses intérêts
Or la liberté qu'on n'a pas coûte cher à acquérir, et il arrive toujours un moment où l'on se demande si le gain est en proportion des sacrifices.
Plus que toute nation, la France en a fait l'épreuve; ce fut au nom de la liberté qu'on renversa la Bastille en 1789 : au nom de la liberté que les vainqueurs, français, après une capitulation honorable, égorgèrent les vaincus français. Ce fut au nom de la liberté que, trois ans après la chute des tyrans et la démolition de leur forteresse, au lieu d'une prison il y eut dix mille cachots en France, et qu'au lieu des sept détenus trouvés dans la Bastille, il y eut cent mille prisonniers innocents, femmes, enfants el vieillards dont on prit la liberté, les biens el la vie, au nom de la liberté I
Et c'est pourtant sur cette idée chimérique, ajoute Montesquieu, qu'on fait des livres et qu'on établit des systèmes.
Ce quartier de Saint-Antoine contenait en outre :
1 barrière des huissiers et sergents à verge, rue Saint-Antoine, vis-à-vis les Jésuites; 1 boucherie; lOétaux, rue Saint-Antoine, vis-à-vis la rue Saint-Paul; 1 bureau ou laissez passer de la Porte Saint-Antoine, pour les laissez-passer de Reuilly, la Croix Faubin et Piquepuce ; 1 château, de la Bastille rue Saint-Antoine; 2 communautés de Filles : les Filles de la Croix, cul-de-sac Guémenée ; les Sœurs de la charité pour le soulagement des malades et l'Institution de la jeunesse; 4 couvents el congrégations : du Pelil Saint- Antoine, de Sainte-Catherine, chanoines réguliers de Sainte-Geneviève, rue Couture Sainte-Catherine; des Jésuites dit de Saint-Louis, maison professe, rue Saint-Antoine; les Minimes dits de la Place Royale, rue des Minimes; 2 couvents de filles : les Annonciades célestes (filles bleues), rue Couture Sainte-Catherine, les Ursulines dites de Sainte-Marie, rue Saint-Antoine; 1 grand boulevard cl cours de la ville, de la Porte Saint-Antoine à la rue Neuve-Saint-Gilles; 10 égouls : 2 rue Sainl-Anloinc ; Jean Beausire, rue des Egouls, rue Neuvc-Sainle-Catherine, rue de l'Écharpe, rue du Foin, rue des Minimes, rue du Parc-Royal, rue Vieille-du-Temple; 3 fontaines publiques : de Sainte-Catherine vis-à-vis les Jésuites; de Saint-Louis, rue Sainl-Louis ; de la Porte de l'Arsenal, adossée aux échoppes du château de la Bastille; 2 hôpitaux : de la Charité des femmes, rue du Foin, près la Place Royale; des Filles Sainl-Gervais, vieille rue du Temple; 11 hôtels considérables : d'Angoulème, rue Pavée; d'Argenson, cul-de-sac, vieille rue du Temple; de Beauvais, rue Saint-Antoine; de Carnavalet, rue Couture Saintc-Calherine; d'Effial, ou Pelletier, vieille rue du Temple; d'Estrées, rue Barbette; de la Force ou Saint-Pol, rue du Roi-de-Sicile; de Mayenne, rue Saint-
Antoine ; de Sully, id. ; de Tresmes, rue du Foin ; de Vilry, rue des Minimes ; 1 marché, au pain tous les mercredis et samedis et pour toute sorte de vivres, rue Saint-Antoine, vis-à-vis la rue Saint-Paul ; 2 passages, tous deux rue Saint-Antoine, l'un vis-à-vis l'hôtel Sully, allant aux charniers, cloître et église Saint-Paul, rue Saint-Paul; l'autre passant devant la Porte du pont-levis de la Bastille, se rend dans l'arsenal, et en traversant toutes les cours, aboutit au Quai des Célestins ; 3 places publiques : de la Bastille, où aboutissent les rues des Tournelles, Jean Beausire et Saint-Antoine ; des Jésuites, où aboutissent les rues de la Couture-Sainte-Catherine, de Saint-Antoine et des Egouts; de la Place Royale, où aboutissent les rues Royales, de l'Echarpe, du Pas de la Mulo ou des Tournelles, du Parc royal, ou chaussée des Minimes, où se font les publications de paix ; 1 porte ou arc de triomphe : de la Porte Saint-Antoine avec sa demi-lune qui sépare la ville des faubourgs; 856 maisons; 29 rues et 4 culs-de-sac; 329 lanternes; voirie pour la décharge des immondices et boues de ce quartier, hors la Porte Saint- Antoine, du côté gauche de ladite porte.
Piaa 'du Quartier a/vec
XVr QUARTIER. — DE LA PLAGE MAUBERT