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LE PALAIS DU LUXEMBOURG

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ous écrivons, en véritable parisien, le nom donné, ou plutôt conservé quand même par les habitants de Paris, au palais fondé par Marie de Médicis, et légué par elle en héritage à son deuxième fils, Gaston d'Orléans, qui l'appela de son nom à lui, ce qui était doublement son droit. Mais les princes font par la grâce de Dieu , et les peuples défont par cette même grâce, sous prétexte que leur voix est celle de Dieu même. Voici l'histoire du Luxembourg.

Vers 1612, Marie de Médicis, veuve, mère de deux fils dont lun était roi, dont l'autre

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pouvait l'être, craignit de se voir, au Louvre, exposée à trop de contacts qui pourraient se changer en conflits. Elle était régente ; mais son fils aîné, Louis Xlil, pouvait se marier bientôt ; une belle-mère et une bru se gêneraient l'une l'autre dans ce palais où Henri IV s'était pourtant trouvé à l'aise. Et puis, cette grande dame florentine voulait son palais à elle, comme Catherine de Médicis avait eu le sien. Enfin, qui sait si elle vivait bien en paix avec elle-même, dans ces murailles des Tuileries et du Louvre hantées par l'ombre de son époux?

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l'Al.liS DU UUC n'OHLÉANS, A U JO U H l>'U U I LE LUXEMBOUnG

Elle acheta donc, en 1612, une grande maison bâtie au milieu du xvf siècle par Hobert de Harlay-Sancy, et que sa veuve avait vendue au duc de Piney Luxembourg, dernier duc de celte illustre maison. L'édifice tombait en ruines, mais il était entouré de beaux jardins ou plutôt de beaux terrains plantés, tout prêts à recevoir tel caprice, tel chef-d'œuvre qu'on voudrait leur confier.

Le contrat de vente est le plus complet historique des origines de la propriété. Tenons-nous-en à son énergique simplicité. L'acte dit que « cet hôtel, qualifié d'hôtel

bâti de neuf, consisic en Irois corps de logis, cour devant, autres cours et jardins derrière, tenant aux héritiers Pellerin et au sieur de Mont-Herbu, et aux terres acquises par ledit sieur de Luxembourg devant la rue de Vaugirard. Item : le parc; Item : trois arpents 42 perches tenant à la muraille des Chartreux ; Item : sept quartiers de terre même lieu ; Item : cinq autres, etc., etc.

« La vente est faite moyennant 90,000 livres. »

L'année d'ensuite, la reine acheta une ferme (le Pressoir de l'Hôtel-Dieu), sept arpents et demi ; vingt-cinq autres arpents de terre au lieu dit le boulevard ; l'an d'après, d'un particulier (c'était Anloine-Arnaull d'Andilly), deux jardins, ensemble 2400 toises de superficie, puis elle se fit céder par les Chartreux, ses voisins, différents morceaux du clos de Vigneroi, en échange de terres avantageuses qu'elle leur livra et qui prolongèrent l'enclos des Chartreux vers Issy.

Quand Marie de Médicis se fut assuré la possession de ce territoire immense, elle chargea Jacques de Brosse d'y construire pour elle un palais, sur le modèle, autant qu'il serait possible, du palais Pitti, résidence des grands-ducs de Toscane à Florence. Lu reine caressait ce rêve, de retrouver, au moins par l'architecture, un souvenir de sa chère patrie, qu'elle regrettait si souvent, trop souvent même, sans cacher ce regret dé.sobligcant au bon roi Henri IV, qui se plaisait tant à Paris lorsqu'il n'y était pas querellé par sa femme.

On se mit à l'exécution en 1 6 1 îi sous les ordres et sous les yeux de Jacques de Brosse, et cet ouvrage considérable fut achevé en 1620.

11 pourrait paraître nécessaire de décrire le palais dans ses détails, mais celle fidélité de description qui devient un devoir, un besoin, lorsqu'il s'agit d'édifices ou de monuments disparus, ne serait ici qu'un hors-d'œuvre: tout le monde voit, de nos jours, le palais de Marie de Médicis. Les modifications sensibles qu'il eut à subir datent seulement de 1733, et ce sont plutôt des réparations que des changements. Disons ce qu'il était sous Louis XIV, c'est le décrire à peu près tel qu'il sortit des mains de l'archilecle.

Son plan forme un carré qui serait exact, si la façade du côté des jardins n'offrait l'addition de deux pavillons énormes qui, avec le corps du milieu, doublent l'épaisseur du bâtiment et lui ôtent beaucoup de sa grâce. Mais, sauf cette réserve, toutes les parties du quadrilatère se correspondent et s'enchaînent avec une symétrie pleine d'art. Ce plan consiste donc simplement en une vaste cour entourée de quatre bâtiments. C'est d'un ordre et d'une clarté admirables. On pénètre dans la cour par deux façades principales, celle du côté du jardin vis-à-vis l'Observatoire, celle de la rue de Vaugirard, vis-àvis la rue de ïournon. Celle-ci présente à ses extrémités deux pavillons, et au milieu, au-dessus de la porte, s'élève en un corps avancé de forme quadrangulaire, le dôme

que deux terrasses relient à droite et à gauche aux deux pavillons. Ces terrasses étaient, dans l'origine, portées par un mur massif que l'on perça depuis de quatre arcades pour établir communication entre le dôme et les pavillons.

Une terrasse plus basse s'élevait au fond de la cour, décorée de belles statues de marbre qui furent vendues avec le mobilier dé Marie de Médicis, lorsqu'elle s'enfuit du royaume expulsée par la haine de Richelieu. Cette terrasse, d'un agréable aspect, mais élevée de sept marches au-dessus de la cour, avait l'inconvénient de couper celle-ci dans sa largeur et d'empêcher les carrosses d'arriver directement au corps de logis principal.

Quoi qu'il en soit, le Luxembourg est un palais magnifique, d'une fière et sage architecture, auquel peu d'édifices en France pourraient être comparés.

Le reine n'en jouit guère. En construisant le Luxembourg, elle avait recherché surtout le voisinage de ses chers favoris, Concini, maréchal d'Ancre et sa femme, la Galigaï, qui habitaient leur riche hôtel rue de Tournon ; mais un jour d'émeute, le peuple pilla, saccagea l'hôtel, et un autre jour, de colère royale, Concini fut tué sur le pont-levis du Louvre, et la Galigaï conduite à la Bastille. Marie de Médicis, plus irritée qu'effrayée, demanda une explication au roi son fils qui refusa de la voir. On lui ôta ses gardes, on mura les portes qui, de ses appartements, communiquaient avec ceux du roi au Louvre : alors elle demanda l'autorisation de se retirer dans une ville de son apanage. On lui désigna Blois. Et quand elle eut, au moment des adieux, tenté vainement d'attendrir, de fléchir ce fils muet, inexorable, déçue de son dernier espoir, elle partit fondant en larmes, escortée de ses gardes qu'on lui avait rendus et des chevau-légers du roi, trompettes sonnantes, traversant les flots d'un peuple hostile qui n'osa l'insulter, mais la maudissait tout bas (1617).

Elle revint plus tard, réconciliée, après mille péripéties douloureuses, ayant levé une armée contre son fils ; elle revint plutôt prisonnière surveillée que reine triomphante et mère chérie. Quand elle eut achevé le Luxembourg, quand elle y eut entassé chefs-d'œuvre et richesses, lorsque Rubens eut peint pour elle vingt et un tableaux de sa vie, pages splendides qui racontent tant de merveilles et tant de gloire à la postérité, cette âme inquiète, soupçonneuse, intraitable, n'était pas satisfaite, elle prenait part à tous les complots contre le cardinal, se liguait avec son fils Gaston pour ressaisir l'autorité, elle se croyait à la veille de vaincre ; la journée des Dupes tourna contre elle. Humiliée, vaincue, il lui fallut reprendre encore une fois le chemin de l'exil et, cette fois, ce n'était plus Luynes qu'elle avait à combattre, c'était Richelieu, impitoyable, invincible, qui mourut la même année qu'elle, mais après elle (1642). L'exil de Marie de Médicis ne finit qu'avec sa vie.

Gaston d'Orléans, ce fils préféré de Marie de Médicis, survécut, aussi lâche que traître, à tous les malheureux qu'il entraîna dans ses criminels desseins. 11 les vendit et les livra tous

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pour sauver sa tête, son blen-êlrc et sa liberlé. Marie de Médicis, morte de misère ci de désespoir à Cologne, dans un galetas, lui légua le Luxembourg, où il acheva tranquillement sa trop longue carrière, non sans avoir encore, pendant la Fronde, conspiré contre Louis XIV, son roi et son neveu : il y mourut en 1660.

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Rien ne fut changé sous Louis XIV à ce superbe palais. Les jardins en étaient magnifiques, remplis de charmilles, de bosquets et d'allées couvertes. Ils occupaient toute l'étendue que nous connaissons, plus, dans la partie occidentale, la section comprise entre la rue de Fleurus et le jardin, un tiers environ de la contenance, qui fut supprimée en 1782.

Au centre des jardins du Luxembourg, les architectes, vers 1620, constatèrent l'existence d'un ancien camp romain, des temps de Justinien.

Négligés après la mort de Gaston, et ruinés par l'hiver de 1709, ils furent refaits à neuf sous le règne suivant.

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