L'ABBA.YE DE SAINT-GERMALN-DES-PRÉS
oiLA une des plus célèbres, des plus vénérables antiquités de la France. Pour en faire l'histoire complète, un volume suTHrail à peine el il ne nous reste que peu de lignes. Résignons-nous à abréger.
Vers le milieu du v" siècle, Childebert, roi de Paris, troisième fils de Clovis, ayant battu A mairie et pris ses trésors, retourna en Espagne et mit le siège devant Saragosse; les uns disent qu'il réussit, d'autres qu'il fut vaincu ; mais voici la version la plus accréditée : Childebert frappé de voir, sur les remparts, les assiégés portant, au lieu d'armes et de machines de guerre, une sorte de bannière que toute la ville escortait en procession, s'informa; c'était rÉIolc de saint Vincent.
Les gens de Saragosse n'avaient pas besoin de comhallre, ils se croyaient assurés d'être délivrés par la relique de leur saint.
Childebert, ému, envoya dire aux assiégés qu'il lèverait le siège si la précieuse relique lui était cédée. Elle le fut; on y ajouta le don d'un fragment de la vraie croix, et Childebert revint en France triomphant. Sur les conseils de saint Germain, évêque de Paris, il fit bâtir une basilique pour y renfermer ses pieuses conquêtes : l'église s'ap|)ela Saint-Vincent et Sainte-Croix.
C'était une vaste et superbe abbaye, enrichie, par le roi, du fief d'issy, domaine
SAIMT-CERMAlM-DES-l>nÉS
important qui s'étendait du Petit-Pont (Saint-Michel) à la porte Saint-Michel, de là au grand chemin de Vanves, puis au-dessus de Meudon, d'où, redescendant jusqu'à la Seine en face de la rue de Sèvres, la ligne d'enceinte remontait la rivière pour s'arrêter au Grand-Pont (le pont Notre-Dame). Le monastère ainsi doté, il s'y installa des religieux de la règle de Saint-Basile, que remplacèrent plus tard des Bénédictins, Aux vn' et viii" siècles, cette abbaye porte les noms de basilique de Saint-Germain, ou de Saint-Vincent, ou de Saint-Vincent et Saint-Germain des Prés à cause de sa situation au milieu des prairies.
L'invasion normande arrive, le monaslère est pillé, saccagé, puis rebâti, puis détruit encore jusqu'à trois fois. Enfin, vers 1100, les ruines en sont relevées par l'abbé d'alors, Morard, aidé des libéralités du roi Robert; et cet abbé meurt avant d'avoir acbevé sa tâche. Toutefois, il semble que beaucoup de besogne fût déjà faite, puisque, tenté par les richesses de l'abbaye, le roi Philippe I", à l'instigation d'un certain Etienne, prévôt de Paris, vint à l'église pour enlever le trésor, mais se retira épouvanté en voyant Etienne, qui l'accompagnait, frappé de cécité par miracle.
Celte délimitation tracée par Childeberl constituait plus qu'un espace, plus qu'un domaine, c'était un bourg tout entier, séparé de la ville et dans lequel les abbés de Saint- Germain étaient maîtres et seigneurs, très jaloux de leur autorité. Ils y avaient tous droits de justice. Lorsque Philippe-Auguste, par le tracé de son enceinte, eut enfermé dans Paris une section du territoire de Saint-Germain-des-Prés, il prétendit exercer son droit de justice à lui dans cette zone nouvelle de sa ville. Il y eut contestation, longue car elle dura 40 ans, vive car elle se compliqua des prétentions de l'évéque de Paris qui réclamait aussi pour lui la juridiction ecclésiastique à l'exclusion de tous compétiteurs, il y eut même intervention du Pape, soutenant Saint-Germain, puis, sentence d'arbitres qui adjugèrent sa requête à l'évéque de Paris intra muros; mais en maintenant tous les droits de l'abbaye extra muros, sur son territoire.
Si dans cette querelle, à propos du privilège de Saint-Germain sur son territoire, le Pape avait soutenu l'abbaye, c'est qu'en 1163, son prédécesseur, Alexandre III, avait déclaré au concile de Tours que cette abbaye ne serait soumise à aucun archevêque ou évêque, mais au Saint-Siège seulement.
De fait, les droits et privilèges de Saint-Germain étaient considérables, ils bâtissaient, sur leur enclos, autant d'églises ou chapelles qu'il leur plaisait, connaissaient de tous délits, appliquaient toutes peines dans leur ressort, à ce point que des faux monnayeurs, prisa Villeneuve-Saint-Georges et pendus par la justice de Saint-Germain-des- Prés (1 256), ayant été réclamés par la justice royale, furent encore pendus, de par le roi ; puis, Saint-Germain-des-Prés ayant prouvé son droit, furent dépendus des gibets de Villeneuve, et rependus à ceux de l'abbaye. — Arrêt du parlement tenu à Melun par saint Louis, 1257.
Autres privilèges, ceux-là, bizarres : le 28 mai, jour de la fête de saint Germain, les Maréchaux de France recevaient de l'abbé 12 pains, 12 septiers de vin et 12 sous parisis; mais ils devaient, eux, à la procession, marcher devant l'abbé un bâton blanc à la main; empêchés, ils devaient se faire représenter par un gentilhomme muni de leur pouvoir écrit.
L'abbé de Saint-Germain-des-Prés était généralement prince du sang ou cardinal.
Mais où cédaient parfois les rois, les évoques et le Parlement, l'Université ne céda pas. Elle grandissait, elle avait aussi ses privilèges. Elevée par ses doctrines contre l'autorité ecclésiastique régulière, non seulement elle protestait quand on touchait à son droit, mais elle le défendait de vive force. Ses archers à elle, c'étaient les écoliers; ses prévôts, les docteurs, et Dieu sait si cette armée apaisait les querelles ! Elle les cherchait avec passion, soit dans la chaire, soit dans la rue. L'abbaye Sainl-Germain-des-Prés, voisine de l'Université, ou plutôt suzeraine du territoire universitaire, ne tarda pas à s'en apercevoir.
En 1278, la mine sourdement chargée fit explosion.
Les Universitaires, maîtres et écoliers, s'allaient d'habitude esbattre hors la ville dans un vaste pré, nommé à cause d'eux : Pré aux clercs.
C'était une race bruyante et encline à mal faire; hommes jeunes, fiers de leur force, toujours prêts à en user, engeance indisciplinée, querelleuse et batailleuse, en un mot, un voisinage redoutable et que les gens tranquilles ne voyaient pas d'un bon œil. Certes, en passant sur les terres de l'abbaye, ils ne se faisaient pas faute d'y gâter ou escornifler. L'abbaye avait donc pris en aversion ces écoliers qui le lui rendaient bien. L'abbé, Gérard de Moret, pour préserver, en cas de besoin, l'enclos de Saint-Germain, fit élever quelques murs, çà et là, sur le chemin qui conduisait au pré : les écoliers offusqués s'ameutent, et arrivant en forces, commencent à démolir ces murs. L'abbé, bon stratégiste, fait occuper par ses gardes les trois portes de la ville qui donnaient dans le bourg, empêchant ainsi les écoliers de l'intérieur de venir prêter main-forte aux autres; le tocsin sonne, les domestiques et vassaux de l'abbaye accourent, joyeux d'appliquer une bonne leçon aux clercs, et la mêlée commence, funeste aux écoliers qui prirent la fuite, laissant force prisonniers et plusieurs blessés sur le lieu du combat.
L'Université porte plainte au Légat, prouve que l'abbé et ses religieux ont armé leurs sujets contre les écoliers, en ont battu, blessé mortellement plusieurs et menace de suspendre ses cours et fermer ses écoles, si elle n'obtient justice. Le cardinal Légat et le conseil particulier du roi donnèrent tort à l'abbaye dont les prévôts furent bannis ou emprisonnés, plusieurs vassaux exilés. L'abbaye dut payer deux cents livres de dommages-intérêts, diverses amendes aux parents des blessés et des morts, et fonder en expiation deux chapellenies, sur la présentation du recteur de l'Université. Et là ne s'arrêtèrent pas les conflits, qui renaissaient au moindre prétexte. Les écoliers avaient peu à peu gagné des recrues parmi les bourgeois, et une campagne commença, dont le but était de faire participer l'abbaye aux contributions levées par le roi sur l'entrée des denrées. Mais une décision du Parlement (1296) arrêta que le territoire de
Sainl-Germain-(]«'s-Pn''s n'était pas faubourg, et, ne dépendant pas de la ville, n'avait rien à payer de ces contrihulions.
Cependant, l'Université continuant ses tentatives d'envahissement, et l'abbaye ses résistances, un nouveau cas donna revanche aux religieux (1403). Un écolier de Rouen coupa la manche et la bourse d'un bon gentilhomme qui écoutait pieusement un prédicateur dans le Pré-aux-Clercs. Le voleur, mis au Châtelet, fut réclamé par l'évéque de Paris, réclamé aussi par l'Official de Saint-Germain pour qu'il fîit jugé par la cour d(3 l'abbé. Le Parlement, conformément à cette demande, adjugea le voleur à l'official.
Ce Pré-aux-clercs fut l'occasion de mille querelles entre l'abbaye et l'Université. En 1547, les écoliers, excités par Pierre de la Ramée, principal du collège de Presie, fondirent sur l'abbaye, ouvrirent des brèches dans les murs, ravagèrent l'enclos, arrachant les arbres et les vignes, maltraitant ouvriers et vassaux de l'abbé, puis, vinrent brûler publiquement les ceps de vigne qu'ils rapportaient en triomphe. .Ménagés par le Parlement, ils recommencèrent leurs dévastations sur les maisons de l'abbaye bâties au petit Pré-aux-clercs (1555).
Le lieutenant-criminel Séguier, dans son rapport d'instruction, se plaignit de la tolérance des juges. Mais, en 1557, les écoliers démolirent et brûlèrent les maisons du Pré-aux-Clercs, toujours, attaquèrent les gens de l'abbaye, et résistèrent aux archers dont ils tuèrent le commandant.
Cette fois le Parlement se fâcha, manda le recteur et les chefs de l'Université qui avouèrent, en latin, n'être plus maîtres de leurs écoliers. Le roi fit répondre qu'il allait envoyer contre eux ses hommes d'armes, fit défense aux maîtres, écoliers internes ou externes de toute nation, d'aller au Pré-aux-Clercs, enjoignit aux externes d'entrer, sous dix jours, dans les collèges, aux écoliers étrangers de sortir, sous quinze jours, du royaume, et prit possession du Pré-aux-Clercs, dont, à partir de ce moment, sauf un essai aussitôt puni (1558), la tran(|uillité ne fut jamais troublée.
Quelques mois sur l'intérieur de l'abbaye, monastère et église, depuis les temps anciens jusqu'à la fin du règne de Louis XIV. Nous parlerons, après, des religieux de Siiint-Germain et de leurs œuvres.
Rien de positif à dire du premier édifice, sinon qu'il fut bâti, par Childebert. sur le l»lan d'une croix. Chilpéric I" fit élever aux deux côtés de Saint-Vincent et Sainte-Croix, deux oratoires, Saint-Symphorien, chapelle où fut inhumé saint Germain près de son père et de sa mère (576). et Saint-Pierre, où reposa le corps du premier abbé de Sainl- Vincent, saint Dootrovée. 11 ne reste de l'édifice de Childebert — on le suppose — qu'un débris, la tour de la façade, et un puits, appelé jadis puits de Saint-Germain.
L'édifice de la seconde époque fut bâii, comme le premier, en forme de croix ; il avait trois clochers, un au-dessus du portail, les deux autres de chaque côté de la croisée. Le chœur, dans le rond-point, est entouré de huit chapelles qui furent dédiées, à l'époque où Alexandre III dédia l'église, c'est-à-dire en H 63, presque en même temps que fut dédiée Notre-Dame, par le même pontife.
L'intérieur de l'église est conçu dans le style roman, sauf les morceaux exécutés vers
MAISON ABBATIALE DE S A I X T r. ER M A I \-D ES-PRÉ S
le commencement du xif siècle ; ils participent du style gothique. 11 est à regretter que les grands travaux de réparation et d'agrandissement entrepris vers 1650 n'aient pas respecté le caractère général de l'édifice, et qu'on ait cru devoir ajouter, dans les nefs de la croisée, les chapelles qui les encombrent.
Sur le grand autel érigé en 1704, on voyait la châsse magnifique de saint Germain soutenue par deux anges. Elle remplaçait la châsse antique donnée par le roi Eudes, vers 890, pour y renfermer les reliques de saint Germain qui avaient échappé aux
Normands, grâce à la piélé des religieux de l'abbaye. La nouvelle châsse, commandée en 1408 par l'abbé Guillaume 111, était de vermeil, incrustée de pierreries, et pesait 26 marcs et demi d'or, et 250 d'argent. En 1793, elle fut fondue à la Monnaie.
Les tombeaux de Sainl-Gcrmain-des-Prés, du moins ceux qu'on voyait encore en iliV), forment, après Saint-Denis, la plus illustre galerie qui existe de sépultures royales ; jadis y furent inhumés les rois et princes chrétiens de la première race, ceux-là même y étaient apportés qui, morts violemment ou tués à la guerre, n'avaient pas exprimé de volonté à l'égard de leurs funérailles. Toutes ces lombes ont été violées ou détruites, et l'on ne voit plus à Saint-Germain que celles de Childebert, d'L'ltrogothe, sa femme, de Chilpéric, de Frédégonde, Glotaire II et sa femme Bertrude. Tous ces tombeaux furent réparés avec soin en 16;J3, à l'époque où, pour changer la disposition du chœur, on dut en lever le dallage. Ce fut alors qu'on découvrit, dans plusieurs tombeaux entr'ouverls par hasard, des corps enveloppés d'étoffes précieuses, chaussés de bottines, et ceints de baudriers. Dans deux grands cercueils de pierre étaient les corps entiers de Childéric II et de la reine Bihilde, sa femme. Les vestiges de leurs vêtements témoignaient d'une grande magnificence, et comme les ouvriers étaient seuls lorsqu'ils firent cette découverte, on ne douta pas qu'ils n'eussent détourné des ornements précieux par la matière et le travail, mais qui l'eussent été bien plus par ce qu'ils auraient révélé des coutumes et de l'histoire des siècles passés.
On trouva seulement dans le tombeau de Childéric II un petit vase de verre contenant un parfum desséché, mais qui n'était pas absolument sans odeur, les restes de l'épée royale, une ceinture, diverses pièces de monnaie d'argent carrées ; dans le cercueil de la reine, il ne restait que des ossements sous des étoffes, le tout tomba en poussière.
Près des rois, dans ces caveaux antiques, ont reposé : le second fondateur de l'abbaye, Morard, mort en 1014; Thomas de Mauléon, abbé, 1247 ; le célèbre architecte de la Sainlc-Chapclle, Eudes de Monlreuil ou Monlereau, mort en 1266. Il avait bâti à Saint- Germain le magnifique réfectoire, un chef-d'œuvre, et la chapelle de la Vierge, sous les dalles de laquelle il fut inhumé; Guillaume III, dit l'évéque, abbé de Saint-Germain. fameux docteur en théologie, auquel l'abbaye dut la châsse de saint Germain el le retable du grand autel, mort en 1418; Jean Grollier, savant protecteur des lettres, mort en 1565, à qui les plus riches bibliothèques du royaume devaient leurs livres les plus précieux; Marie de Clèves, princesse de Condé, morte en 1574 dans la fleur d'une beauté à peine épanouie, et à la veille peut-être de monter sur le trône de France auprès d'Henri III. I^llc avait, sans le savoir, inspiré à ce prince, alors duc d'Anjou, une telle passion qu'il en perdait la raison, faillit mourir de douleur en apprenant sa mort, et ne s'en consola jamais. L'histoire de cet amour, né subitement de circonstances étranges,
sorte de magnétisme dont il subit l'influence irrésistible, est racontée par quelques historiens d'un temps où les réalités tenaient parfois du merveilleux. On célébrait, au Louvre, les doubles noces d'Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, et du prince de Condé avec Marie de Clèves. On étouffait dans la salle du bal ; Marie de Clèves avait seize ans et venait de s'échauffer à danser. Pour se rafraîchir un moment, elle passa chez la Reinemère dont une des femmes, la voyant baignée de sueur, la força de prendre du linge frais ; après quoi elle retourna au bal. Un moment ensuite, le duc d'Anjou, fort échauffé aussi d'avoir dansé, entre chez sa mère, rajuste sa coiffure devant un miroir, et pour s'essuyer le visage, prend le premier linge qu'il aperçoit. C'était la batiste encore humide, encore tiède, que venait de quitter Marie de Clèves. Il rentre parmi les danseurs; assurément il connaissait la jeune princesse et l'avait rencontrée souvent sans faire à elle la moindre attention ; mais ce soir-là, en l'apercevant, il croit la voir pour la première fois. Il est frappé au cœur, ses yeux, fixés sur elle, ne peuvent plus s'en détacher. 11 se trouble comme s'il venait de boire un poison, comme si un philtre embrasait ses veines. Cet amour le prit tout entier. Forcé de partir pour la Pologne, où l'attendait un trône, il accusait le sort, ne songeait plus qu'à revenir en France, et se piquait les doigts jusqu'au sang pour écrire à la princesse. Charles IX, son frère, étant mort, il dépêcha un courrier à Marie de Clèves pour lui dire qu'elle allait bientôt régner. Il s'enfuit de Varsovie, comme un transfuge, comptant réaliser son rêve, et faire rompre le mariage de la princesse devenue catholique, tandis que son mari était protestant. Mais tout à coup elle mourut d'un mal inconnu, inexplicable, dont on accusa d'être l'auteur, les uns disent le prince de Condé, les autres la Reine-mère (1574). Son corps fut conduit aux caveaux de Sainl-Germain-des-Prés.
Quatre mois après, le cardinal de Rourbon, abbé de Saint-Germain-des-Prés, donnait un grand souper de cérémonie dans sa maison abbatiale. Henri 111 y fut à peine entré, que des frissons, des palpitations de cœur, le prirent, tellement violentes qu'il en perdit plusieurs fois connaissance, et la crise ne cessa qu'après l'enlèvement momentané du cercueil de la princesse ; cette chère absente l'avait poursuivi jusque-là.
Entre autres morts illustres dont le nom appartient à l'histoire de l'abbaye, rappelons Casimir V, roi de Pologne, qui, recueilli en France après tous ses malheurs et son abdication, fut gratifié par Louis XIV de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, présent vraiment royal. Casimir mourut à Nevers (16 novembre 1672), léguant son cœur à l'abbaye; son corps fut transporté à Cracovie.
Un prince landgrave de Furstemberg, abbé de Saint-Germain, mort en 1696. Il y fut inhumé, dans un tombeau ouvrage de Coysevox.
Une foule d'autres noms célèbres sont inscrils au nécrologe de l'antique
abbaye, IJourIjon, Condé, Vcrneuil, iJouglas, Casiellan. do Montfaucon, Hoissard, Renaudot, etc., etc.
L'abbaye fut confirmée, par Louis XIV, dans loule la juridiction temporelle sur le bourg et l'enclos, nonobstant diverses oppositions soumises au roi en 167i, el combattues par un mémoire éloquent de Pellisson qui gérait, au nom du roi, réconomal de celte maison, Pellisson exposait à Louis XIV le préjudice matériel el moral dont celte suppression des droits de justice frapperait l'illustre el vénérable abbaye. Il gagna sa cause.
La foire annuelle, qui se tenait dans l'enclos de Sainl-Germain el attirail une affluence considérable, remontait au règne de Louis XI. Ce prince en avait accordé l'autorisation à l'abbaye, en compensation des dommages soufferts par celle-ci sous les règnes de Charles VI et Charles Vil (1482).
On raconte qu'en 1586, Henri IV, assiégeant Paris, Gt sommation au capitaine qui commandait à Sainl-Germain-des-Prés, reçut sa soumission, entra dans l'abbaye, el monta au haut du grand clocher pour voir de là sa ville de Paris, qu'il n'avait pas el qui lui manquait si fort. Il redescendit, rêveur, silencieux, évila l'église, fil un lour dans le cloître, et se retira sans avoir dit un mot. Cependant, les soldats qu'il avait amenés pour occuper le monastère dévorèrent toutes les provisions, tant ils avaient faim, el, la nuit venue, en partant, ils emmenèrent deux chevaux des écuries de l'abbé « pour |)ayer, dit Félibien, la bonne chère de l'abbaye. »
Les bâtiments du monastère, vastes et d'un beau style, avaient un grand air de noblesse el de puissante solidité. On y admirait, entre autres beautés, le fameux réfectoire de Eudes de Monlreuil : cent quinze pieds de longueur dans œuvre sur Irenle-deux de largeur ; et quarante-sept pieds et demi d'élévation, d'un superbe gothique, sans aucun pilier au centre.
Le tout se tenant sur des faisceaux de colonnettes filant en nervures, jusqu'aux arcades de la voûte.
La maison abbatiale, résidence des abbés, bâtie, par le cardinal de Bourbon, vers lu68, fui réparée ou plutôt reconstruite par le cardinal abbé de Furslcmbcrg. Edifice simple, vaste, bien à sa place, bien de son époque.
De tant de lombes illustres, celles de nos rois furent transportées à Saint-lJenis; ]>•< autres ont disparu dans le tourbillon révolutionnaire. Il ne reste plus aujourd'hui, dans Saiut-Germaiii-des-Prés, que les tombeaux de Casimir V, des Douglas el des Caslellan, transférés au musée des Petits-Augustins avant lu Terreur, et replacés plus lartl dans l'église.
Mais ce que n'ont pu détruire ni la slupidilé des révolutions ni la lâcheté des
hommes, c'est le souveilir, ce sont les œuvres des bénédictins de Saint-Germain-dcs- Prés ; cilons quelques-uns de leurs noms, ne pouvant les dire tous :
Mabillon, Dubreuil, Hugues Ménard, Michel Germain, Ruinard, d'Achery, Denis de Sainte-Marthe, Lobineau, Montfaucon, Félibien, honneur de la science, de la morale et des lettres.