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LA TOUR DE NESLE ET L'HOTEL DE NEVERS

Le mur d'enceinle dont Philippe-Auguste entoura Paris était percé de dix portes, dont six principales, et toutes connues aujourd'hui. Ces murailles, flanquées de tours de dislance en distance, offraient une résistance suffisante à cette époque, et chaque porte d'ailleurs était bien fortifiée.

Aux deux extrémités de l'enceinte méridionale, sur les bords de la Seine, se trouvaient deux grosses tours, l'une, de la Tournelle touchant au pont de ce nom et correspondant à la tour de Billy, l'autre nommée, à sa fondation. Tour Philippe Hamëlin, et bien autrement célèbre, depuis, sous le nom de Tour de Nesle. A l'ouest de cette tour, s'étendait l'espace considérable occupé par les bâtiments de l'hôtel de Nesle, dont le voisinage presque immédiat fit donner ce nom à la vieille tour et à la porte Hamelin :

Tour de Nésle, Porte de Nesle.

" Nous n'avons pas à décrire cet hôtel de Nesle bâti sur le terrain compris entre la rue Dauphine et la rue Mazarine, oii sont aujourd'hui le palais de l'Institut et l'Hôtel des Monnaies.

Nous ne pourrions pas non plus, hélas ! rappeler, en les rajeunissant, les légendes dramatiques de cette Tour de Nesle, si poétiquement, si verveusement racontées en plein théâtre, et devenues à ce point populaires, que l'on s'exposerait, en les conleslant, à passer pour un malveillant, très ignorant en histoire. L'écrivain, qui lança jadis par le monde ces mystérieuses chroniques, ces sanglantes mais équivoques accusations, Brantôme, est bien plus un poète qu'un historien. Or, comme il s'agit ici de donner la vérité, cuirassée de preuves et de dates, avouons que les festins nocturnes offerts dans la tour par de belles reines scélérates « aux escholliers et aux gentilshommes » que l'on faisait, au point du jour, noyer dans la Seine, avouons, à notre grand regret, qu'il ne se trouve, pour étayer ces traditions, aucun témoignage sérieux, et ne grossissons pas le dossier déjà volumineux de Marguerite de Bourgogne. Tenons-nous-en à l'histoire, ce sera trop encore pour l'honneur conjugal de Louis le Hutin. Cette Tour de Nesle survécut à sa

mauvaise réputation, et ne fut démolie que sous Louis XIV, en 166i, pour la construction du collège Mazarin.

L'hôtel de Nesle avait duré moins longtemps : théâtre d'une foule d'événemenU historiques d'une certaine importance, il eut aussi sa légende d'amour el de sombre poésie. Ce fut là, dit-on, que la duchesse de Nevers, Henriette de Clèves. apporta la

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tète de son amant Coconnas, victime, avec La Môle, d'une accusation de magie el de sortilèges soutenue contre eux par la reine Catherine, mère de Charles l.\. Ces deux jeunes gens furent décapités en Grève.

Et Henriette, après être allée elle-même, la nuit, chercher la lèle de Coconnasau pilori des Halles, chez le bourreau, la rapporta en son hôtel, la lit embaumer, et la garda longtemps dans l'armoire d'un cabinet, derrière son lit.

Une autre duchesse de Clèves, Marie de Gonzague, petite-fille d'Henriette, pleura.

dil-on, bien amèrement, dans ce même cabinet de l'hôtel de Nesle, la mort de Cinq- Mars, plus coupable que Coconnas, et décapité comme lui.

Le duc de Nevers avait fait élever sur l'emplacement de l'hôtel de Nesle, à l'endroit où est la Monnaie aujourd'hui, une somptueuse habitation, l'hôtel de Nevers, dont sa veuve, Marie de Gonzague de Clèves, vendit le terrain et les matériaux. On y construisit l'hôtel Guénégaud, puis l'hôtel Conti, devenu plus tard l'hôtel des Monnaies.

Quant à cette vieille tour de Nesle, dressée toute noire sur un fond ouaté de nuages blancs, par un beau clair de lune, et trouée d'un feu rouge qui semblait courir sur les rides de l'eau, il n'est pas surprenant qu'elle ait inspiré les poètes et fait rêver les amoureux.

EMBARCATION ROYALE DE l'ÉPOQI'E

PAUiS SOUS LOUIS XIV.

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Vis-à-vis du couvent des Dominicains réformés, rue Suinl-Dominique, Marie de Hohan, duchesse de Chevreuse, s'élait fait construire un hôtel (lOi')). Fatiguée, dit-on,

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des vicissitudes de sa turbulente existence, cette célèbre ouvièrer d'intrigues cl de complots espérait, voulait peut-être, prendre un peu de repos, comme si le calme eùl élé compatible avec sa nature.

Elle avait tourmenté son premier mari, Charles d'Albert, duc de Luynes, connétable de France, favori de Louis XIII, qui ne vécut pas longtemps.

Elle tourmenta Louis XIII et le cardinal de Richelieu qui le lui rendircnl a?*^ usure. Amie d'Anne d'Autriche, et sa confidente plus que son amie, elle soutint celte

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princesse dans tous les périls de sa jeunesse orageuse, s'exposant elle-même avec bonheur par amour du danger; remariée, quatre ans après la mort du connétable, à Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, elle continua ses intrigues, fut exilée par Richelieu, et tellement exécrée de Louis XllI, qu'en mourant, ce prince, qui rappela tous les exilés de son règne, n'excepta qu'elle de cette amnistie. On assure que, poursuivie par les gardes du cardinal, elle traversa la Somme à la nage pour leur échapper et gagner Calais. Ses deux ennemis, Louis XIII et Richelieu, étant morts, Anne d'Autriche étant maîtresse enfin dans le royaume, madame de Chevreuse rentra en France.

On eiit pu croire que les voyages, les malheurs et l'exil l'avaient calmée et l'âge aussi, car elle avait quarante-quatre ans, mais non ; elle revint plus passionnée que jamais pour nuire, plus habile que jamais à brouiller tout ce qu'elle touchait. On eiit pu croire, qu'en qualité d'amie de la reine, elle lui rendrait de grands services dans les complications de la Fronde. Ce fut le contraire. Anne d'Autriche soutenait Mazarin contre les princes, madame de Chevreuse fit la guerre pour les princes à Mazarin, oubliant qu'elle avait naguère conspiré avec lui la perte de ces mêmes princes. Mais la reine plus sage et Mazarin plus fort réduisirent à néant les projets et les menaces de cette dangereuse personne.

Belle, séduisante, emportée dans ses caprices, elle eut beaucoup d'amants et n'eut pas d'amis ; pleine d'esprit et de courage, elle ne réussit jamais à faire à ses ennemis autant de mal qu'elle s'en fît à elle-même. Elle vieillit sans avoir augmenté son crédit, ni sa fortune, n'étant ni aimée, ni respectée, ni redoutée. Elle, la femme du bruit, el.le mourut obscure à 79 ans (1679), et, ne laissant de son second mariage que trois filles, elle eut le chagrin de n'en pouvoir marier une seule ; ses biens et le duché de Chevreuse passèrent aux fils du premier lit. L'hôtel de Chevreuse s'appela hôtel de Luynes, et n'était connu que sous ce nom en 1702.

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